SIÈGE ET NATURE
La physionomie de l'arthralgic saturnine , sa marche , sa durée et l'absence d'altérations analomiques qui la caractérisent , nous indiquent qu'elle consiste en une lésion purement nerveuse, dont le mode d'altération, jusqu'à présent, ne nous est révélé que par les symptômes. Les maladies du cadre nosologique auxquelles celte altération fonctionnelle ressemble le plus , sont les névralgies. Le système nerveux rachidien est la source d'où provient la sensibilité qui va animer la peau, les muscles, les os, etc. , qui composent les parties affectées d'arthralgie. Nous devons donc rapporter cette exaltation de la sensibilité des organes de la vie de relation à une lésion de tous les filets nerveux qui s'y rendent , et qui ne sont que des prolongements du centre nerveux spinal. Si , comme il semble démontré, les organes de la vie de relation puisent leur sensibilité dans des points spéciaux du cordon rachidien , ne serait-il pas probable que la névralgie saturnine aurait son siège dans les filets nerveux qui correspondent a cette partie de la moelle , qui préside uniquement à la sensibilité?
Cette névralgie se développe seulement à la suite de l'absorption des préparations de plomb, qui lui donnent une expression caractéristique; on doit donc classer l'arthralgie saturnine dans la classe des névralgies par cause spécifique. Nous ignorons complètement le mode d'action intime que
522 ARTHRALGIE SATURNINE.
le plomb doit exercer sur le système nerveux rachidien , pour qu'il y ait production d'arthralgie saturnine.
Si l'on compare la colique et l'arthralgie saturnines , on trouve entre ces deux affections produites directement par le plomb, la plus grande ressemblance; la seule différence qui existe entre elles , c'est le siège. L'arthralgie est aux organes de la vie de relation ce qu'est la colique aux organes de la vie intérieure. L'une est l'image parfaite de l'autre : causes, exaltation de la sensibilité, perversion de la contractilité et des fonctions des organes malades , marche , durée , terminaison , pronostic , tout est semblable.
Si vous voulez vous représenter ce qui se passe dans les organes du ventre d'un individu affecté de colique de plomb violente , observez un cas d'arthralgie saturnine d'une égale violence.
Le traitement de la colique semble au plus grand nombre des praticiens être le meilleur moyen à employer pour combattre l'arthralgie saturnine. Cette opinion ne repose pas sur des faits très-cxaclement observés.
Chez nos deux cent un malades atteints d'arthralgie saturnine simple, sans complication aucune, diverses médications ont été employées, qui ont eu une influence variable sur la durée et les terminaisons de cette affection.
Dans trente-cinq cas, la maladie a été abandonnée à ellemême; la guérison a cependant été obtenue dans l'espace de dixa douze jours, chez vingt-deux malades; les treize autres, souffrant toujours après ce laps de temps, ont été soumis à l'usage des bains sulfureux , et ils ont guéri dans un petit nombre de jours.
Parmi quatre-vingts de ces malados traités par les purgatifs et les opiacés (traitement do la Charité, huile de croton, lavements iaudanisés, etc.), cinquante-huit ont été guéris, après six à huit jours d<; l'usago de cette médication; vingt-doux n'ayant obtenu aucun soulngemont, furent guéris très-promptement par l'emploi des bains sulfureux.
Sur quatre-vingt-six individus affectés d'arthralgie saturnine , quatre-vingts ont guéri pendant l'administration de bains sulfureux, dans l'espace de quatre 5 cinq jours, terme moyen. Six ont résisté à cette médication ; leurs souffrances ont cédé spontanément, après l'emploi inutile d'une infinité de remèdes.
Pour obtenir les résultats les plus avantageux de l'administration des bains sulfureux, il faut les prescrire tous les jours, pendant sept h huit jours. Cinq h six onces de sulfure de potasse est la quantité de substance médicamenteuse mise dans chaque bain à la Charité.
Les ouvriers dont la peau est imprégnée de particules saturnine, après avoir pris des bains sulfureux, sont recouverts de sulfure de plomb. Nous n'avons pas remarqué que la formation de ce sulfure influât sur les douleurs qu'ils éprouvent dans les membres , etc. Les malades chez lesquels on ne constate point ce phénomène guérissent aussi vite.
Cinq de nos malades ont été soumis à l'usage des bains simples, aromatiques, ou de vapeur; nous n'avons pas reconnu à ces moyens une influence salutaire. Ces individus ont guéri à peu près dans le môme espace de temps que ceux dont la maladie a été abandonnée aux seuls efforts de la nature.
Concluons donc que les bains sulfureux forment la plus puissante médication que l'on doive diriger contre l'arthralgie saturnine. Ce moyen n'a pas besoin d'être aidé de l'administration des purgatifs , dans le cas où l'arthralgie n'est pas compliquée de colique saturnine. Cependant cette der-
Ô24 AllTHRÀLGIE SATURNINE.
niêre indication ayant une incontestable influence sur l'arthralgie, probablement par suite de la secousse vive qu'elle imprime aux membres malades, peut être employée simultanément avec les bains sulfureux dans les cas même où les organes digestifs et urin aires ne sont pas atteints par le poison.
Artrhalgie violent» des lombes, de la fesse et des membres inférieurs.
— Emploi de ventouses scarifions, puis cessation de traitement ; aucun changement. — Purgaiion avec l'huile de croton; légère amélioration.— Maladie abandonnée à elle-même ; état stationnaire.
— Usage de bains sulfureux, disparition complète de la maladie.
Rcmy, Qgé de quarante-trois ans, d'une forte constitution, d'une vie sobre et régulière, peintre en bâtiments depuis douze ans, n'avait point éprouvé de maladies saturnines, lorsqu'il ya deux ans, il fut atteint d'une colique de plomb modérée, accompagnée de paralysie des poignets et des doigts. Les premiers jours d'octobre 18.I7, la colique se déclara pour la seconde fois, mais toujours modérée. Remy, sorti guéri de l'Hôtel- Dieu de sou affection abdominale, avait repris son travail depuis trois semaines, lorsqu'il sentit tout-à-coup des douleurs très-aiguës parcourir ses membres inférieurs. Bientôt des crampes s'y joignirent; alors impossibilité de continuer son travail; il entre, le 28 novembre 1837, à la Charité, salle Saint-Michel, 12, dans l'état suivant :
Teinte de la face d'un jaune terreux peu prononcé. Bon appétit, absence de douleurs dans le ventre, selles naturelles; sécrétion et émission des urines facile. Respiration et circulation à l'état normal ; intelligerîce intacte. Mouvements des membres
AETHRALGIE S.4.7
thor:.: mais il n'a eu de névralgies, de rhuma-
tismes ni de douleurs ostèocopes.
Lombes . :"; '"•"'■■ stérieore : ta t Disse, renou.
plante du pied, o: ■:.-. La douleur, qui se fait
sentir au-- droite qu'à gauche, a envahi un peu la
face interne du membre abdominal; elle consiste habituellement en picotements ou élancements auxquels Tiennent se joindre par ace inpcs La marche et même la
station déterminent le retour les rompes, caractérisée* par une contraction énergique et permanente de tous les muses parties précitées, qa' t qu'on reconnaît facilement au touche: ; Des crampes, excessivement douloureuses, sont diminuée* un pec ; .
mouvements du membre dont elles limitent retendue; aussi le malade est- il obL- lettre au lit ou de s'appuyer quelque part au moment de k :. Cependant le il. -ments du membre tout causa est couché, à moins qu'ils - :r l'arrivée d'une crampe. Les élancements les crampes sont plus aigus an jarret que partout aQleurs. - l'eau froide soulagent momentanément. Les parendolories ne «ont accompagnées ni de rougeur ni de gonr.L Le malade ce peut i I sommeil, pas pins la ont le iour- Sis venteuses ! ::: :n quart d'alimentation. Le ':
Le " i . :es sont retenues aussi i
• il ra su:- ndes