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DES ARTERES ET DES VEINES. 115 existe des tumeursqui,adhérentes à de grosses arlères, offrent une pulsation qui pourrait les faire considérer comme des anévrismes. Les observations suivantes ont rapporta quelques circonstances qui peuvent nous aider à distinguer, 1° lesanévrismes sans pulsations des extrémités, des autres maladies avec lesquelles on pourrait les confondre, et 2° d’autres affections des membres accompagnées de pulsations, d’avec les anévrismes.
1°. En comprimant la partie supérieure de l'artère qui communique avec un sac anévrismal , de manière à intercepter le cours du sang , la tumeur , en général, est rendue un peu plus molle , qu’elle soit ou non accompagnée de pulsations. Si en même temps on presse sur la tumeur , son volumeest le plus souvent diminué ;maislorsqu’on cesse la compression sur le vaisseau et sur latuümeur, cette dernière reprend: à l'instant son ancien volume. Une pression générale continue avec les mains nous fait souvent découvrir, dans quelque partie de Ja tumeur , un léger degré de pulsation imperceptible A uniexamen partiel. Quand on-comprime une artéré audessous d’un anévrisme.; de maniére:a intercepter Je cours du sang dans les artères. inférieures du membre, la: tumeur.est plus ten-
due et ses pulsations deviennent plus fortes. Le battement peu distinct d’un anévrisme est rendu de cette manière bien plus sensible, et dans lesanévrismes non accompagnés de pulsations, en interrompant le cours du sang dans la portion inférieure du vaisseau par sa compression au-dessous de la tumeur, on produit quelquefois des pulsations dans cette dernicre. | 2°, Diverses maladies, à cause du battement qui lesaccompagne, sont prises pour des anévrismes bien plus souvent encore que les anévrismes eux-mêmes ne sont regardés comme d’autres affections. C’est ainsi que des tumeurs avec pulsation au cou, à laine, au jarret ou à l’aisselle, ont été considérées quelquefois comme des anévrismes. Deux observations générales nous aideront souvent à distinguer des anévrismes les tumeurs qui empruntent leurs pulsations aux artères voisines. 1°. La pression sur la partie supérieure ou inférieure de l’artère ne produit aucun chan- gement dans le volume de la tumeur qui ne communique pas avec la cavité du vaisseau.
2°, Quand on: exerce une pression modérée sur Ja partie supérieure d’une artère qui se rend à un sac anéyrismal , le sang s’y transporteen moindre quantité à cause de la di-
minution de Pouverture qui lui livrait passage. Il en résulte dans le sac, au lieu d’une pulsation égale que la tumeur possède ordinairement, une pulsation ondulatoire ou vibratoire , semblable à celle qu’on observe dans les anévrismes dépendans de la lésion d’une artère , ou dans une varice anévrismale. Si la tumeur n’est point un anévrisme , sa pulsation reste uniforme, quoique moins violente que lorsque le sang passait librement dans l'artère.
Plusieurs sortes de tumeurs présentent des battemens, soit à cause de leur situation audessus ou au-dessous d’une artère, ou parce qu’une artère les traverse. Quand on soulève une tumeur qui ne doit ses pulsations qu’à une artère qui est au-dessous d’elle , les battemens cessent ou diminuent. Le mouvement qu’une tumeur solide emprunte à une artère soujacente consiste dans une élévation et dans un abaissement alternatifs de toute sa masse. Un chirurgien habitué à voir des anévrismes distinguera ce mouvement de celui d’un sac anévrismal dépendant de lafflux du sang qui y a lieu à chaque pulsation du cœur. Toutefois le mouvement communiqué par une artère soujacente à une tumeur qui contient un fluide ou une substance pulpeuse peut la faire regarder facilementcomme
un anévrisme. Cette méprise est plus difficile quand une artère passe sur une tumeur solide; inais on a des exemples nombreux qui prouvent qu'on a souvent pris pour un anévrisme un kyste rempli. d’un fluide ou d'une substance pulpeuse, sur lequel passait une artère considérable. Dans ces circonstances, un examen attentif de la surface de la tumeur nous mettra en état de suivre le trajet du vaisseau qui y passe. Cette observation seule ne sera pas cependant suffisante pour distinguer la nature propre de la maladie, attendu que des anévrismes naissent quel quefois de la partie postérieure d’une artère, et que, dans ces circon-— stances, cette dernières’ étendsur lesac. Quand une tumeur doit sa pulsation à une artérequi Ja traverse, le diagnostic est encore plus obscur, et consiste en grande partie dansl’ histoire de la maladie et dans lattention qu’on aura donnée aux observations contenues dans le dernier paragraphe. Le diagnostic des anévris-
mes par anastomoses , situés dans le trajet
d’ane grosse artère, présente aussi dé grandes difficultés, à moins que la tumeur en s’avan-
. cant vers l'extérieur , n'offre Paspect particu-
lier a cette Sere Cay. |
(1) La plupart dés praticiens français admettent l’exis-
TA
tence des anevrismes vrais ou par dilatation dés membranes, artérielles, l'observation leur ‘ayant. démontré ce genre d’altération , que Scarpa regarde comme ne se rencontrant jamais. Je, pourrais citer des exemples tirés de la pratique des chirurgiens les plus célèbres de Paris; mais je me contenterai de rapporter un fait qui a été récemment publié en Allemagne par un homme dont la haute réputation inspire toute confiance. Cette observation prouvera , indépendamment de la possibilité de la formation des anévrismes vrais, la dificulté quelquefois très- grande de reconnaître cette maladie lorsqu’elle a son siége dans une artère renfermée profondément ‘dans une des cavités splanchniques. Voici le fait: la femme qui a présenté ce phénomène pathologique tresrare, quoiqu’elle eût la colonne vertébrale légèrement contournée , n’en était pas moins d’une haute stature et du reste bien conformée. Elle avait trente-trois ans lorsqu’elle mourut. Elle était d’une famille tres-nombreuse , ét ses parens l’avaient eue dans un âge déjà avancé. Son père, mort à soixante-douze ans d’une hydropisie de poitrine, était souvent tourmenté de la goutte lorsqu'elle vint au monde, ainsi que son frere cadet, Tous deux aussi furent atteints d’affections rhumatismales et arthritiques qui épargnerent entièrement leurs freres aînés. Le corps de son père ayant élé ouvert apres sa mort, on trouva Vaorte ossifiée dans une étendue de plusieurs pouces , et transformée en' une sorte de canal osseux.
Les parens de cette femme, interrogés sur sa vie et sur son état de santé antérieur , donnèrent les détails suivans + la dentition se fit chez elle tres-difficilement 5 à l’âge de
cinq à six ans, elle eut des ophthalmies tres-fréquentes.
On ne s’était pas aperçu jusque là de cette légere courbure de la colonne vertébrale, pour la guérison de laquelle on employa une ceinture (strophium), d’après le conseil d’un médecin. Elle se porta moins bien depuis sa quatorzieme année jusqu’à sa dix-septieme, ét elle était sujette à l’œdeme des pieds, qui était accompagné de la manifestation de taches foncées sur ces parties. Ses menstrues , qui parurent pour la premiere fois à l’âge de dix-sept ans, furent régulières pendant toute sa vie. Jusqu’à l’âge de vingt-deux ans qu’elle se maria, elle n’eut d’autres maladies qu’une fièvre nerveuse et quelques douleurs rhumatismales. Sa constitution était robuste , et ses parens ne se rappelaient pas qu’elle eût éprouvé quelque frayeur ou reçu quelque coup qui pussent lui avoir nui.
Sa tristesse et sa thorosité naturelles furent encore augmentées dans sa première grossesse ; elle se plaignait quelquefois d’anxiétés. À sept mois, elle accoucha d’un enfant mort, qui avait tous les signes d’une putréfaction manifeste. Néanmoins, elle recouvra bientôt sa vigueur premiere, et son lempérament sembla même se fortifier encore plus. Une année apres, les taches foncées de ses pieds s’uleérerent, et résisterent à tout moyen curalif, Dans le même temps, une tumeur se manifesta au genou gauche, et cette tumeur augmentait ou diminuait selon le temps qu’il faisait, mais ne disparaissait jamais entierement. L’issue d’une autre grossesse fut la même : elle accoucha encore d’un enfant mort à huit mois. Ses anxiétés précordiales furent augmentées pendant cette grossesse par la crainte d’un accouchement aussi malheureux que le premier. De 18 l’accroissement de sa langueur et de sa morosité. Une troi-
DES ARTÈRES ET DES VEINES. pas
a a SNS rN \ \
ième grossesse ne fut pas plus heureuse , et dans toutes ses anxiétés s’exaspéraient au dernier point. Elle avait alors recours aux médecins les plus instruits et qui jouissaient de la plus grande réputation , pour qu’ils lui fournissent les moyens d’amener à terme un enfant vivant. Quoiqu’elle fût d’une haute stature, et qu’on ne pit lui découvrir aucun autre défaut de conformation du bassin qu’une plus grande élévation de la hanche gauche, les médecins lui conseillèrent néanmoins, dans sa quatrième gestation , de se coucher le plus souvent qu’elle pourrait sur le dos , attendu qu’ils attribuaient ses fausses-couches à quelque défaut de conformation caché du bassin. Elle suivit ces conseils pendant quatre mois avec toute l’exactitude possible, malgré que son malaise et ses anxiétés fussent augmentes par la position qu’on lui avait fait prendre. Son visage était enflammé et des frissons agi~ taient tout son corps. Quatorze jours environ avant l’epoque de l’accouchement naturel, elle fut prise par des douleurs d’enfantement qui ne tarderent pas à se dissiper, et huit jours apres, elle mit encore au monde un en fant mort. Sa morosité naturelle s’en accrut au dernier point. On lui conseilla, pour rétablir sa santé, l’usage des bains ainsi que plusieurs médicamens, mais ces moyens furent. inutiles.
Ses anxiétés augmentérent encore plus dans sa cinquième grossesse , qui fut la dernière. Elle érait tourmentée par une crainte horrible et par les idées les plus sombres de mettre au monde un enfant mort. Comme, dans les trois premieres grossesses , elle avait été prise par les douleurs et les efforts de l’enfantement, qui ouvraient assez l’orifice de Putérus pour permettre la: sortie du
om
fœtus , et cela dix ou quatorze jours avant l’époque de * Faccouchement naturel, qu’ensuite ces douleurs disparaissaient et qu’il s’ensuivait constamment la sortie d’un enfant mort, les gens de l’art qui donnaient des soins à la malade résolurent d’examiner avec attention ces pre- mières douleurs de l’enfantement, qui devaient avoir encore probablement lieu dans cette grossesse. Quatorze jours avant l’époque ordinaire de l’accouchement , elle mit au monde un enfant débile , offrant quelques légers signes de vie. | ' La texture du placenta était ferme, dense et’environnée d’un cercle cartilagineux et presque solide, dont la structure interne ressemblait à celle d’un stéatome. On trouva dans cet organe et à sa surface plusieurs points osseux ou plutôt terreux. Le placenta avait présenté la même apparence dans les accouchemens précédens. La malade , disposée déjà à l’œdeme des extrémités inférieures, y était particulièrement sujette pendant ses grossesses. Assez souvent les pieds s’ulcéraient , surtout pendant automne. Elle fut a Vabri de cet accident pendant les quatre dernières années de sa vie, c’est-à-dire, depuis sa dernière grossesse. Lorsque ses jambes se tuméfiaient , ses auxiétés étaient moindres et sa poitrine devenait plus libre. Ses pieds étaient toujours secs et tres-froids; la peau en était sèche, âpre, souvent rugueuse et écailleuse, et comme recouverte d’une matière calcaire ; il y avait ensuite desquamation de l’épiderme, en sorte que, dans les dernières années de l’existence de la malade , ses pieds ressemblaient à ceux d’une vieille femme.’
- Dans les quatre ou cinq dernières années de sa vie, elle fut affectée de palpitations de cœur qui s’apaisaient
souvent, mais qui revenaient toujours et plus fortes et plus fréquentes , en s’accompagnant d’un mouvement de battement égal et plus fort dans l’abdomen. Le mari de Ja malade assura qu’il avait déjà observé précédemment celte pulsation. Dans le principe, elle n’éprouvait ses palpitations qu’en se couchant. Peu à peu, elles revinrent plus fréquemment. Quelquefois, mais rarement, elles étaient moins fortes, et si par hasard il arrivait qu'il n’y en eût eu aucune dans la journée, la malade était certaine d’en être tourmentée pendant la nuit, Toutes les affections de l’âme ou occasionnaient ses palpitations de cœur , ou les augmentaient lorsqu'elles existaient deja, et ilen était de même après un entretien un peu vif, après les excrétions alvines , et, dans les trois dernières années de sa vie, surtout apres le coït. Cet acte achevé , elle était obligée de se livrer à un repos parfait, ou bien ses palpitations augmentaient à un degré extrême. Vers les derniers temps de son existence, son esprit était tres-susceptible et tres-irritable. Si l’on parlait devant elle de quelque maladie, elle s’en croyait de suite atteinte , et continuellement elle était tourmentée par la crainte de la mort. A cette’ terreur succédaient des anxiétés, un resserrement de poitrine, un obstacle à la circulation du sang, et des congestions vers la tête, etc. Un médecin très-expérimenté et tres-célebre , qui donna des soins à là malade pendant les trois dernières années de son existence, demeurant à deux milles d’elle, et ne pouvant l’observer continuellement, crut qu’elle avait une hydro- -pisie du péricarde et la traita-en conséquence. Dans l’aujomne de 1812, s’étant livrée au coit, elle fut saisie par ces palpitations de cœur tresefortes, jointes à des anxiétés
HOA. i MALADIES
et a un resserrement de poitrine qui empéchaient presoq = e . - *. e qu’entièrement la respiration. Le visage devint pâle , les’
extrémités froides, les yeux éteints, etc. Au bout de
quelques jours, elle se trouva mieux. Dans l’automne de 1813, elle eut un accès semblable et des plus violens, au moment où elle allait se coucher. Dans les deux dernieres années de sa vie, les palpitations acquirent de plus en plus de force, mais diminuant toutefois un peu lorsque la malade se couchait. Elle fut obligée de s’abstenir entierement de l’acte vénérien , qui aggravait toujours son mal. Un médecin trés-habile, qui vit la malade pendant huit jours en 1814 , soupconna enfin la cause de son mal, et l’attribua à un anévrisme de l’aorte; mais, trompé par la sensation pénible dont se plaignait la malade, et qui se rapportait ala courbure de ce tronc vasculaire , ainsi que par d’autres symptômes , il crut que le siége de l’affection était au thorax. Dans son intime conviction , appuyée sur les raisons énoncées , et sur des symptômes semblables observés dans des anévrismes de l’aorte tho- . racique , il négligea entièrement d’explorer l’abdomen, et reconnut plus tard-sa faute avec une extrême douleur. Dans l’été.de 1814, la malade ne souffrait pas toujours autant de ses palpitations , quoique ses anxiétés fussent beaucoup plus fréquentes. Le 11 novembre de la même année, pendant la nuit, elle éprouva un nouvel acces qui surpassa tous les précédens par son intensité ; elle eut des anxiétés extrêmes, une dyspnée ‘tres-forte, des spasmes ; sa langue et ses membres tremblaient; les traits de son visage étaient altérés ; les membres étaient agités par des mouvemens convulsifs ; il y avait suspension de Vexercice des sens internes et externes , trismus, päleur,
froid , et les alimens qu’elle avait pris à son souper furent rejetés par les narines. Le médecin appelé , la voyant pâle et froide, la croyait déjà morte, lorsqu’elle revint enfin à elle. Cinq jours après cet accident , je fus mandé auprès de la malade, que je n’avais pas vue depuis six mois. À peine pus-je la reconnaître. Sa face était pâle et entièrement changée ; elle était tres-émaciée ; le moindre mouvement. occasionnait des palpitations de cœur ; le pouls, faible, irrégulier, sans aucun type, pouvait à peine être senti. On ne put: y trouver la moindre régularité jusqu’au 28 du même mois qu’arriva la mort de la malade. Son ‘esprit était libre, ses pieds glacés.
On découvrait avec le toucher, un peu vers le côté gauche de l’abdomen , une tumeur oblongue, dure , dirigée de haut en bas, et ayant des pulsations tres-prononcées quoiqu’irrégulieres, Elles étaient si fortes que les deux mains placées sur la tumeur ne pouvaient ni les sus— pendre ni même les diminuer. La cause du mal n’étant plus. douteuse, tous les soins devaient tendre au soulagement des douleurs de la malade. Pendant les trois derniers jours de sa vie, les forces de son esprit et celles de son corps baisserent, de plus en plus. Tour-à-tour elle éprouvait des baillemens répétés, des vomissemens, un bourdonnement des oreilles, un obscurcissement de la vue, de la lipothymie, etc. Le 28 au soir, après quelques légères convulsions, elle s’éteiguit.
A l’ouverture du cadavre, on ne trouva rien de remarquable dans la cavité thoracique, si ce n’est quelques légères adhérences des poamons à la plèvre. Le volume du cœur était un peu plus petit qu’il ne l’est d’ordinaire, et les gros vaisseaux étaient entièrement vides.
On découvrit dans le ventre, vers l’hypogastre, une tumeur d’un bleu noirâtre , un peu proéminente du côté gauche, et de la grosseur d’une tête humaine, Les in= testins enlevés, on vit que cette tumeur, qui était presque ronde, n’occupait pas toute la région inférieure de la cavité abdominale. Sa partie antérieure; qui touchait au péritoine , était tres-mince. Avant la mort de la malade, on ne doutait pas que cetle tumeur ne fût un anévrisme de l’aorte. A
On enleya avec precaution le cœur:et tout le canal de l'aorte. La tumeur seule- pesait'environ cing livres. Nous .Soupçonnämes avec-raïson que la plus grande partie de cette tumeur était formée par des couches de sang coagulé. Ces couches ôtées, nous pümes voir qu’en effet c'était un anévrisme vrai. L’aorte avait commencé à se dilater dans l’endroit ou elle pénètre dans la cavité de l'abdomen , entre des deux piliers du diaphragme. ‘Cette dilatation élait parvenue peu à peu jusqu ’a quatre doigts de l’endroit où l’aorte. se divise en artères ilaques, et là se trouvait , à proprement parler , lesiége de cette. énorme tumeur.ou.sac-anévrismal. La longueur/de toute la partie dilatée était de. onze pouces , celle du sac de six pouces, et sa largeur ou,son diamètre transverse de cing. Le calibre.de l'artère n° ’élait pas-par-tout également dilaté : cette expansion était beaucoup plus grande latéralement et antérieurement.que par-tout,ailleurs./On voyait, à la parle la plus distendue.de la:face antérieure , une petite fente qui. probablement , peu de temps avant la mort de la nalade,, avait livré passage a du sang qui s’était épanché dans le tissu cellulaire. Ainsi l'anévrisine , qui d’abord’ avait été un anéyrisme vrai,)s était changé en ce qu’on
nomme un anévrisme faux , et il en élait résullé une terminaison funeste. |
Nous reconnumes , M. Ackermann et moi , que les trois membranes de l'aorte, ‘interne, la musculeuse et la celluleuse , participaient également 4 la dilatation. Nous suivimes avec le scalpel la membrane musculeuse depuis la partie supérieure de la tumeur jusqu’en bas , et nous né pümes douter que ce ne-fat un anévrisme vrai. Nous fans dans tout le trajet de l’aorte, à sa courbure, à l'aorte thoracique et dans la partie qui formait l’anévrisme, des points osseux et de petites écailles terreuses. La plupart de ces points, osseux étaient situés entre la membrane interne et la musculeuse. L’épaisseur des parois de l’aorte, dans toute l'étendue de la {tumeur , était considéräblement augmentée. La cavité de l’anevrisme présentait un amas de concrétions solides , denses et semblables à des polypes, dont la couleur était blanche ou d’un rouge tirant sur le j jaune. Cette masse avait acquis une densité extrême dans la partie inférieure dù sac.
"Les deux artères iliaques étaient peu développées, et de sR, Tes autres rameaux , qui naissent ordinairement ‘de l'aorte : à angle aigu, en provenaient, dans ce cas, en ligne courbe, Ve age
"Quoique; je. ne prélenüle pas expliquer 1 les causes qui ‘ont ‘donné naissance a célte maladie. FM ne doute point toutefois que la malade 1 n’y ait été prédisposée par le rhu- ‘matisme goutteux dont elle avait eu quelques ailaques dans sa jeunesse et qu ‘elle tenait de son pre À ae
15 EU 1} 4159 2 é ye
bee ere Car. Negele A * Haidelhere gensis epistola vd Th. Frid. Baltz, , qua “historia et deseriptio aneurysmatis , quod CT EN STE continetur , été, Heidelberge, 1816.
128 as ee MALADIES
L’observation que nous venons de rapporter est une preuve irrécusable de l’existence de l’anévrisme vrai, contre laquelle l’illustre Scarpa s’est élevé et qu’il a niée d’une manière peut-être trop absolue. Suivant quelques auteurs, l’anévrisme vrai n’offre pas toujours le même état dans les membranes des artères , et l’on voit leur genre d’allération varier à mesure que la tumeur fait des progres. Dans l’origine de la maladie, tout le cylindre artériel, ou seulement un point de sa circonférence , se trouve dilaté; mais celte période est de peu de durée, surtout dans Ke arteres d’un médiocre calibre, parce que leur membrane moyenne est moins résistante que dans les gros troncs, dans l’aorte, par exemple, où ce feuillet moyen des canaux artériels est jaunatre , ferme , tresélastique , et peut être comparé jusqu’à un certain point aux ligamens jaunes des lames des vertèbres. M. le professeur Dupuytren a fait voir, dans ses leçons d'anatomie pathologique , qu’il y avait entre ces deux tissus plus de ressemblance qu’on ne le croit communément. Cette résistance différente de la membrane moyenne dans l aorle et dans les branches qui en partent, donne la raison de la rareté des anévrismes vrais dans les petites artères et celles d’un calibre médiocre, et leur développement moins rare dans le tronc principal | du système artériel. Éxercez comparativement des. tractions , ou placez « des ligatures sur l’aorte et sur les autres arteres ; et vous ver~ rez que la membrane moyenne. résistera beaucoup plus , toute proportion gardée, dans celte tige de l'arbre artériel que. dans ses branches. | ee
Après avoir cédé simultanément aux causes de distension qui agissent sur elles , quelques- unes des membranes |
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artérielles ; moins élastiques que d’autres , se rompent, et c’est particulièrement l’interne et la moyenne, tandis que la tunique externe résiste et continue à se dilater tout en s’opposant à l'effort latéral du sang.
Cette deuxième période de l’anévrisme est celle que l’on a le plus souvent observée , celle où la tumeur , pre= nant plus rapidement de l’accroissement , commence à appeler attention. La maladie, parvenue à ce degré, n’est réellement plus un anévrisme vrai; mais un anévrisme faux, consécutif ou mixte externe, comme l’appelait Monro; alors 1l compromet la vie du malade, et souvent même par sa rupture amène la mort. L’exa~ men du cadavre, fait dans ces circonstances, en a impose a beaucoup de personnes , et si plusieurs tumeurs n’avaient pas été trouvées et à des degrés différens sur le même sujet, on pourrait sans doute penser commé Scarpa , et croire qu’il n’y a point de tumeurs formées par la dilatation de toutes les membranes des artères.
Beaucoup de praticiens français dignes de foi ont constaté sur le cadavre l'existence de l’anévrisme vrai, et més propres dissections m’ont démontré la même vérité ; mais je dois avomer que toutes les tumeurs que j'ai vues n’avaient qu'un petit volume. Ce n’est. que dans les premiers temps de la maladie qu elle est susceptible de guérison par les saignées, les astringens, un régime tres-séyere, et par tout ce qui appartient à la méthode de Valsalva, de laquelle on ne peut retirer plus tard qu’un léger amendement, mais non la guérison. | La tumeur , parvenue à sa seconde période, exige pres- ‘que toujours dans son traitement les secours de la chirurgie, soit qu’on exerce des compressions, soit qu’on
pratique des ligatures. On a donné le nom d’anévrisme mixte interne à. celui qui consiste dans une espèce de
hernie de la membrane interne à travers les autres feuil-
lets incisés ou détruits dans un endroit limité. Ce genre, établi d’abord par Haller, d’après des expériences trésdélicates sur le mésentère de quelques reptiles , ne fut pas reconnu par tous les praticiens, non qu’ils doatassent de la réalité de ce qu'avait avancé l’illustre physiologiste, mais parce qu’il n’y a pas toujours une analogie parfaite entre les résultats de l’expériment sur des animaux et ceux que donne Vobservation au lit des malades. Aujourd’hui, il ne doit plus rester de doute sur ce mode d’altération des artères, puisque MM. les professeurs Dubois et Dupuytren en ont présenté des exemples à la Faculté de Médecine de Paris, sur lesquels on voyait la roembrane interne de l’artere former hernie à travers la
membrane moyenne, et paraissait sous Ja’ forme d’une poche remplie de sang. On appelle anévrisme faux la
tumeur formée par le sang sorti d’une artere et infiltré ou épanché dans le tissu cellulaire voisin du vaisseau lésé. Cette tumeur résulte le plus souvent d’une blessure de l’artère, et nous en parleroñs plus tard ; ou bien elle est la conséquence d’une altération organique du vaisseau, d’une transformation ou d’une déchirure de ses membranes, et forme, suivant beaucoup de pathologistes , les dernières périodes de l’anévrisme vrai. Dans le premier cas , l’anévrisme est appelé faux primitif, et dans le second on le nomme faux consécutif.*Toutes ces expressions sont vicieuses, et l’on ne devrait conserver le nom d’anévrisme qu’aux véritables dilatations des artères, après en avoir constaté l'existence par de nombreuses
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ouvertures de cadavres. Les autres lésions des arteres qui ne sont pas accompagnées de dilatation , devraient être séparées des anévrismes et rangées parmi les maladies avec lesquelles elles auraient le plus de ressemblance. Les anévrismes faux primitifs, par exemple, trouyeraient tout naturellement leur place parmi les plaies. Les trans-
formations stéatomateuses des artères avec effusion du sang dans le tissu cellulaire et formation d’une tumeur, seraient classées parmi les dégénérescences de tissu , et il est une lésion des artères consistant en une ouverture plus ou moins régulière, faite, pour ainsi dire, comme avec un emporte-piece , et dont je vais donner un exemple, que l’on associerait aux perforations, genre de maladies trop peu étudié, et que les divers tissus PAR fréquemment.
Le fait que je viens de citer a été observé sur une fille de dix ans et demi, » maigre et grêle, d’un tempérament nerveux. Vers la fin du mois de novembre 1811, sa santé, jusque là assez bonne, se dérangea. Cette jeune personne se plaignit de malaises et de fatigues ; a ces symptômes se joignit bientôt une somnolence très-forte , et tous Jes caractères d’une fièvre communément appelée atacto-adynamique très-intense se développèrent. Un médecin fut appelé , et combattit avec succes la maladie. Peu à peu les accidens se dissipèrent , et pendant la convalescence , trois dépôts parurent successivement, l’un à Ja nuque, l’autre au milieu du dos, et le troisième sur la face postérieure du sacrum. Ce n’est qu ’alors que les parens s’aperçurent d’une tumeur qui existait à la partie antérieure et supérieure du thorax, s'étendant jusque sur le côté gauche du cou. Un étudiant en médecine qui
152 O° MADADIES”
pansail la jeune-fille, n’avait point encore vu cette tumeur ; il apprit de la sœur de la malade que deux jours auparavant, celle-ci portait souvent la main sur ce lieu , et qu’elle se plaignait. On examina la partie, et l’on y reconnut un léger gonflement. La tumeur parut s’étendre de bas en haut du sternum et du cartilage de la seconde côte gauche à l’apophÿse mastoide, suivant exactement la direction du muscle sterno-mastoidien. Elle représentait un cône dont la base, un peu aplatie , offrait a-peu-pres un pouce et demi de largeur. Cette tumeur était fluctuente, sans changement de couleur à la peau ni augmentation de chaleur, ne diminuant point par la pression , ne causant pas non plus de douleur marquée et ne pre ‘ésentant aucun battement. D’après tous ces phénomènes et les trois abcès qui s'étaient montrés, l'étudiant en médecine ne douta pas que ce ne fütun quatrième apos= teme. Considérant la rapidité avec laquelle s’était développée la tumeur , la grande laxité des parties ow elle se trouvait située, craignant une énorme dénudation., il regarda comme très-nécessaire de pratiquer une ouverture. Un bistouri fut plongé dans la tumeur, d’où il s’échappa aussitôt un jet de sang noir, dont Ja force diminua successivement jusqu’à l’entiere évacuation du fluide retenu dans le foyer. Une liqueur légèrement irritante fut poussée dans la poche, et y séjourna quelques minutes, pour y provoquer une inflammation adhésive. Ce second liquide écoulé, la petite plaie fut bouchée par un bourdonnet de charpie , et l’éleve exerça sur les par— lies une compression qui devait, selon Jui, déterminer Vadhérence des parois du kyste. Nul accident ne survint d’abord ; mais, pendant la nuit, le sang sortit par la plaie
malgré le tamponnement, et imbiba les différentes pièces de l’appareil. Le lendemain , apres la levée du bandage , on ne vit s’écouler par la plaie que quelques gouttes de sang ce qui fit penser que , pendant toute la nuit, ce liquide n’avait fait que sourdre de la sorte. On fut étonné de trouver le foyer distendu de nouveau par un liquide,
sur la présence duquel,la fluctuation ne laissait point de
doute. Aucune pulsation ne se faisait remarquer, ce qui empécha de soupçonner l'existence d’un anévrisme. Le cas parut cependant embarrassant, et l’on réclama les conseils de M. Dupuytren. En attendant la visite de ce chirurgien , la partie fut recouverte de compresses imbi— bées d’une décoction de noix de galle, Le’ lendemain le praticien célebre que je viens de nommer examina la maladie , en découvrit de suite la nature , en fit con=. naître aux parens toute la gravité, recommanda la plus grande prudence, et se prononça contre toute espèce d'opération. C’est alors que je vis la malade. La tumeur laissait apercevoir de légères pulsations, et je ne doutai point, ainsi que M. le professeur Dupuytren l’avait annoncé , qu’elle ne fût formée par du sang artériel. Cette tumeur alla toujours en augmentant, les pulsations devinrent plus manifestes , des accidens nerveux parurent, la respiration se fit laborieusement, les plaies résultantes de l’ouverture des abcès prirent un mauvais caractère, les forces déclinérent sensiblement, la bouffissure se manifesta au visage, deux jours après elle disparut, et le même soir la mort vint frapper la malade.
A l’examen du cadavre ,.la tumeur ressemblait à un ovoide, dont la grosse extrémité, tournée en bas, correspondait à la partie antérieure-supérieure gauche du tho-
rax, depuis le sternum jusque sur le cartilage de la troisième côte , et sur cette côle elle-même. La petite extrémité, tournée en haut un peu obliquement de dedans en dehors, affectait la direction du muscle sterno-mastoidien , et s’étendait presque jusqu’à l’apophyse-mastoide, A sa partie moyenne, cette tumeur avait environ deux pouces et demi de largeur.
La dissection de la tumeur fut faite avec le plus pr soin par MM. Joleaud , Al. Lebreton et moi. Pour mieux reconnaître d’où venait le sang qui la formait, je fis une ouverture à l'abdomen , j’incisai l’aorte pour y introduire un tube à l’aide duquel je poussai de bas en haut une injection colorée. Aussitôtla tumeur augmenta de volume, ce qui ne permit plus de douter de sa communication avec une artere, La tumeur , dépouillée de ses enveloppes extérieures, parut formée de deux parties , l’une placée hors de la poitrine , et l’autre renfermée dans celte cavité, mais communiquant ensemble par une ouverture au sternum.
La tumeur externe était recouverte cn devant par la peau , les muscles thoraco—facial , sterno-huméral et sterno-mastoidien. En arrière, elle était appuyée sur le sternum , les cartilages des premieres côtes , les muscles: intercostaux , l’articulation costo-claviculaire, et plus haut sur les muscles sterno-thyroïdien, sterno-hyoidien , sternotrachélien, et l’artére carotide du côté gauche. Le muscle sterno-mastoidien du coté droit était désorganise , et pénétré d’une si grande quantité de sang, qu’il offrait quelque analogie avec le tissu spongieux de l’urètre : l’on ne reconnaissait plus ses fibres charnues. L’enveloppe immédiate de cette tumeur était formée par da tissu cellulaire condensé. |
La portion interne ou la partie de la tumeur renfermée dans la poitrine , s’étendait de la face postérieure de larticulation sterno-claviculaire gauche à la crosse de l’aorte ; elle occupait le médiastin, et s’étendait transversalement des cartilages des côtes gauches jusqu’à leurs articulations avec ces os. Sa partie déclive était arrondie , et ne dépassait pas inférieurement la crosse de J’aorte. On voyait la plèvre se porter de ce vaisseau sur ia tu— meur, et la recouvrir de chaque côté pour se réfléchir ensuite sur les parois du thorax. J’incisai la tumeur sur sa face antérieure , et je trouvai sa cavité remplie par des caillots de sang , par un liquide semblable 4 de la lie de vin, et par la matière de Vinjection. Nous observames qu’il n’y avait pas de ¢es couches concentriques qui se trouvent ordinairement appliquées sur les parois des tumeurs anévrismales.
Ces matières enlevées, nous aperçûmes l’ouverture du sternum qui faisait communiquer ensemble les deux parties de la tumeur, Cet os était très-altéré, et tombait par parcelle au moindreeffort. Dansle fond de la seconde partie de la tumeur, on distinguait la face antérietre de l'aorte sur laquelle cette tumeur reposait. Ce gros vaisseau n’offrait aucune dilatation de ses membranes; il ‘avait son calibre ordinaire , mais présentait une ouverture régulière ayant une ligne et demie de longueursur une ligne de largeur. Ce pertuis correspondait à la face antérieure de la courbure aortique , tout pres du tronc brachio-céphalique.
Cette histoire démontre que la science est hérissée de difficultés, et sous le rapport du diagnostic, qui quelquefois est très-obseur , et sous le rapport du traitement E qui, presque toujours, est impuissant, Je ferai encore