OBSERVATION XIX
Un soldat robuste était affligé depuis trois ans d’un anévrisme trés-volumineux de l'aorte, qui, avait causé labsorption de la totalité de l'extrémité supérieure du sternum, et qui se manifestait à l’extérieur sous la. forme d’une large tumeur pulsative, s'étendant presque jusqu’au. menton. Îl mourut, quelques mois après qu’il se fut confié à nos soins , par suite des obstacles très-grands apportésà la respiration et de Pim possibilité ouse trouvaient les fluides de traverser l’œsophage. On reconnut plus tard que la pression de la tumeur avait produit l’ulcération et la suppuration d’une grande portion de cet organe. Cet.anévrisme considérable naissait de la partie antérieure de la courbure de l’aorte, et remplissait le
sommet. de la cavité du thorax, surtont du côté gauche. L’artère sous-clavière gauche, aussitôt après son origine, était dilatée sous la forme d’une tumeur qui ressemblait beaucoup à une grosse châtaigne. T’anévrisme de Vaorte, en comprimant une portion de cette .
artère au-delà du petit anévrisme, avait causé son oblitération. Le petit anévrisme était presque rempli par des couches de coagulum, et lartère sous-clavière, depuis l’endroit où elle sortait de ce petit sac, était entièrement fermée par une substance ligamenteuse consistante. Les artères vertébrale , mammaire interne, et intercostale supérieure , étaient trés-contractées , et pré~ sentaient dans leur intérieur une substance -semblable (1). Ainsi la guérison de ce petit anévrisme avail commencé à la suite de la pression exercée par le grand sur Fartère sous-clavière. L’artére thyroïdienne inférieure n’était pas oblitérée, et c’est par elle que le sang, dans une direction rétrograde, devait passer pour se rendre dans le tronc de Partere’sous-claviere, qui, quoique trèscontractéé, offrait un passage dans cet: endroit. T/enlèvement des parties ne permet-
ry
(1) Planche vir, fig. 1.
tait pas de suivre les vaisseaux par lesquels la circulation s'était faite ; mais il est probable qu’elle avait eu lieu par les branches de la thyroïdienne inférieure , telles que les artères cervicale et scapulaire supérieure, qui ont de nombreuses anastomoses avec les artères correspondantes du côté opposé, et avec les artères vertébrale et occipitale , et les branches de la thyroïdienne supérieure (1). Rien n'indiquait l’obstruction pendant la vie; mais on avait observé que, plusieurs mois avant la mort du malade, on ne pouvait distinguer son pouls au poignet gauche (2). Il est probable que, dans la plupart des cas où une
(1) L’artere vertébrale aurait pu tirer parti de ses anastomoses dans l’intérieur du cerveau.
(2) Un fait semblable sous bien des points à celui-ci , est rapporté par M. Beauchéne, dans le Journal de Medecine de MM. Corvisart, Leroux et Boyer, tome xx, page 209. La princesse de G***, âgée de soixante ans, mourut d’une hydropisie de poitrine et d’une inflammation des’ intestins. L’aorte avait acquis un diamètre trois fois plus considérable que dans l’état naturel, Sa membrane interne, d’un rouge foncé, était très-épaissie : et incrustée de matière calcaire. Lés cavités gauches du cœur étaient tres-dilatées et leurs parois amincies. L’artere sous-claviére droite était légerement. dilatée , et contenait, depuis son origine jusqu’à l'endroit où elle passe derrière le muscle scalene, une sorte de matière
compression artificielle est rapportée comme ayant guéri des anévrismes, cela a eu leu par la compression du sac sur la partie supérieure ou inférieure de l'artère qui s’y rendait. Toutefois , cette position particulière du sac se rencontre rarement , et l’on doit la regarder plutôt comme une circonstance accidentelle que comme un résultat qu ve est ibaa sible d’obtenir par Part.
IIL. L’oblitération, de. la poche anévrismale, par suite d’un dépôt de coagulum lamelleux dans sa cavité, est le, mode. par lequel s'effectue un grand nombre de guéri-
colorée, semblable pour la consistance à une gelée ani male. La portion du vaisseau qui, passe derrière le sca— lene , dans ’étendue.d’un pouce et demi, était remplie. par une malière grise très-consistante , imperméable au sang et adherente d’une manière si intime aux membranes de l’artère, qu’on ne pouvait les. séparer sans déchire ment. Cette partie du vaisseau était fortement, unie aux parties environnantes par un tissu cellulaire. dense, Son. ‘calibre paraissait contracté; mais. de son bord. inférieur Maissait un pelit sac qui s’avançait sur la premiere côte, ‘et qui était rempli d’un> :uatiere friable d’un gris foncé. Toutes les branches de l'artère sous-clavière provenaient. de cette partie du vaisseau , dont la cavité était oblitérée,, et elles étaient remplies de cette matière grise qui adhérail tres~intimefment à leurs tissus, et qui s’étendait à di- . verses distances dans leurs cavités depuis quelques lignes.
DES ARTERES ET DES VEINES. 153 sons spontanées @anévrismes. L’une des circonslances qui accompagnent en général la première période de la formation d’un anévrisme est l'établissement de ce procédé, base de la guérison future de la; maladie.
Le sang qui pénètre dans le sac aussitôt après sa formation, laisse à sa surface interne une couche de i oye aha , et les dépôts succes- | sifs de sa partie fibrineuse diminuent graduellement la cavité de la tumeur. A la longue, le sac se remplit entièrement de cette substance, et l’amas en général continu asen faire dans l'artère qui entretient la maladie,
jusqu’à un pouce. Depuis l’endroit où cette matière s’arrétait , les artères étaient perméables, et elles receyaient du sang des branches qui communiquaient avec celles du côté opposé ou du côté correspondant , au-dessous de la maladie, A l’origine de la scapulaire commune, artère axillaire était remplie d’un dépôt de matière non adhérente aux côtés du vaisseau et d’une couleur ‘pew ‘mar quée. Depuis l’origine de la scapulaire commune, qui, aussi-bien que les artères circonflexes , était dilatée d’une manière remarquable, les autres vaisseaux du membre ne se distinguaient de ceux du côté opposé que par. la diminution de leur calibre, L’absence du pouls au poignet, lorsque la cavité de l'artère axillaire était oblitérée , ‘a été remarquée par M. Pelletan, dans ‘un cas’ d’anévrisme de l’artère aillaire, qui se guérit spontänément. (Clinique chirurgicale , tome 1 ; p.80.) ME