‹ Traité des maladies des artères des veines (volume 2)Chapitre 46 sur 50 · LL · texte numérisé non relu

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(1) Réflexions et Observations anatomico-chirurgicales sur l’Anéyrisme , par Scarpa , trad. de Delpech, p. S11. I. 20

les avantages qui résultent de la rétraction de l'artère ne pouvant être rendus évidens, on peut dire encore en faveur de ces derniers, que , sans diviser le vaisseau , on peut les obtenir dans la plupart des cas, en faisant ployer le membre. Un point important qu'on obtient cependant par Ja division de l'artère, c’est qu’en général, dans ce cas, on en fait la ligature sans la séparer des parties environnantes , et lon sait combien l’application d’une ligature à une artère dénudée, dans une étendue plus où moins considérable’, est susceptible de produire lulcération ou la suppuration de ses membranes. Le même objet sera toutefois rempli par la ligature dé l'artère non divisée, trés-pres de ses connexions ; dans le point le plus rapproché du cœur; et l’existence d’une seule ligature dans le fond de la plaie sera moins sujette à donner lieu à la suppuration et à Ja formation dés sinus que l'emploi de deux ligatures. Quand une artère est divisée, les portions situées au-delà des ligatures s’ulcèrent et deviennent une cause additionnelle de suppuration dans la plaie. L'expérience a démontré victorieusement les avantages de n’em= ployer qu’une seule ligature, et cette méthode est actuellement adoptée par les chi-

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 309 rurgiens les plus instruits de l'Angleterre. J’ai vu seize cas dans lesquels une seule ligature a été appliquée avec un succès complet, pour la guérison d’anévrismes des artères iliaque externe , fémorale et radiale, et je ne connais que trois observations d’hémorragie secondaire après l'emploi d’une seule ligature , lorsque des corps étrangers n’avaient pas été laissés dans la plaie (1).

Quelquefois les deux bouts de l'artère sont exposés à l’impulsion de la circulation, et le défaut d’adhérence dans l’une ou Pautre des extrémités du vaisseau peut être suivi d’une hémorragie funeste. Ainsi , après,la ligature de l'artère carotide, les anastomoses dans lintérieur du cerveau sont si nombreuses et si grosses, qu’un filet de sang passe

(1) Dans deux de ces cas, l’oblitération avait été empéchée par l’état morbide des membranes du vaisseau : dans le trojsieme, il n’existait pas de caillot dans l'artère , et Vadbérence de ses extrémités avait été détruite par l’im= pulsion de la circulation , le quatorzieme jour après l’opération. Dans de telles circonstances, on ne pouvait attribuer l’hémorragie au mode d’application de la ligature. ( Voyez Transactions of a Society for improvement of medical and chirurgical knowledge , vol. 1, p. 255% Scarpa, Observ. et Réflex. anatomico -chirurgicales sur PAnévrisme , trad. de Delpech, p. 235 ; et l'observation À de M. Astley Cooper rapportée précédemment. )

immédiatement dans l'extrémité supérieure de l'artère liée, qui peut être considérée alors comme placée dius ia même condition que l’extrémité la plus voisine du cœur. Cette disposition se rencontre aussi dans le troisième ordre des artères, telles que les radiale, cubitale , tibiale et leurs ramifications, parce que les anastomoses deviennent d'autant plus nombreuses que les vaisseaux diminuent de volume, et c’est de la sorte que le sang se fraie un libre passage dans l'extrémité inférieure de l'artère. C’est dans des cas semblables que l’on peut proposer application de deux ligatures pour assurer l’adhérence des deux extrémités de l'artère en les liant très-près de leurs connexions naturelles: par cette précaution; elles nese trouveront pas dans un état de dénudation , et ne seront pas exposées à la suppuration ou à l’ulcération de leurs membranes. L’on met encore en doute l'utilité de di:

viser le vaisseau dans l'intervalle des deux ligatures lorsque l'artère carotide est l’objet de l’opération ; car si cette opération a été faite à la partie inférieure du cou, et si la ligature a glissé par une cause quelconque , il sera alors impossible de s’assurer de nouveau du .vaisseau, ou de sopposer constamment, à l’hémorragie. D’après

Ÿ oy

DES ARTERES BT DES VEINES. 309

ces raisons, je suis convaincu qu'on peut se

«reposer entièrement sur l'application d’une

. 4 2 5 > [4 seule ligature , à moins que, pendant Fopération , l'artère n'ait été détachée des parties

environnantes dans une étendue considéra-

ble. Dans ce cas, je préférerais Papplication de deux ligatures, ‘pour assurer l’adhérence des deux extrémités du vaisseau, tout en

croyant qu’on dit attacher peu d'importance à sa division dans l’espace intermédiaire.

Les remarques précédentes paraissent justifier les conclusions suivantes sur le mode le plus convenable d’appliquer une ligature à une artère. «

1°. La ligature doit être mince et embrasser exactement le tour du vaisseau , parce qu’elle est destinée à effectuer la division la plus nette possible de ses membranes interne et moyenne, sans occasionner de suppuration où d’ulcération étendue.

2°. La ligature doit être très-serrée, pour.

assurer la division complète des membranes interne et moyenne, et pour prévenir sa chute ultérieure , la division complète d’une artère saine étant une chose presque impossible, même avec la ligature la plus mince (1).

(1) Le nœud. ordinaire est préférable. à celui qu'on.

3°.Onne doit détacher le vaisseau des parties environnantes que dans l’étendue nécessaire pour faire passer la ligature. |

4°, La réunion immédiate de la plaie doit être favorisée par tous les moyens que lart peut fournir.

Enfin , l'expérience ayant prouvé que Fhé-

morragie secondaire dépendait plus souvent

du mode peu convenable employe pour la

nomme le neeud du ARE whe parce que le premier

donne à l’opérateur plus de facilité pour déterminer exactement le degré de force nécessaire pour diviser les membranes interne et moyenne du vaisseau. I] est aussi plus petit et ne produit pas sur l’artère cette pression irrégulière qui résulte du nœud du chirurgien. Il n’est pas vrai que ce dernier ne puisse glisser, quoiqu'il serre dayan~ tage que le nœud ordinaire. En faisant au nœud ordinaire un second nœud, on aura peu à craindre que la ligature ne tombe par suite de son relâchement ; et si le

chirurgien avait cette crainte , il lui serait facile de la

dissiper en en faisant un troisieme. La ligature, si on la serre suffisamment , n’abandonnera pas le vaisseau par l'impulsion de la circulation, à çause de l’enfoncement circulaire qu’elle produit par la division des membranes artérielles interne et moyenne. Il est donc inutile de passer une des extrémités de la ligature au moyen d’une

aiguille autour de l’artere, et au-delà du point où elle

est liée , et de la retenir dans cette situation par un nœud. Si la ligature est appliquée convenablement , on n’aura pas à craindre sa chute ; et si elle n'a pas été assez serrée,

DES ARTERES ET DES VEINES. 5%, ligature de l'artère. ou pour le traitement de la plaie que de Ja condition de non division dé l’artére, il en résulte que la pratique d’appliqüer deux ligatures et de diviser le, vaisseau dans leur intervalle n’est pas tn objet essentiel. Mais dans les cas où une circulation impétüeuse a lieu aux deux extrémités du vaisseau, il est convenable d’ apron deux ligatures, cette précaution ne saurait l'empêcher. Dionis et Richter avaient recommandé ‘celte, pratique , qui, tout. récemment, Vient d’être proposée de nouveau par M. Henri Cline. ( Woyez le Medical and Physical. Journal, vol. vin, p. 8.) |

Quelques chirurgiens ont coutume , et cette pratique a même été recommandée par-plasieurs auteurs , de déposer le bistouri aussitôt que les tégumens sont divisés, et de chercher l’artère par le déchireinent des parties avec le doigt ou quelque instrument mousse. Ce ‘procédé est grandement répréhensible , en ce qu’une plaie ainsi faite par lacération ne peut se réunir par premiere intention , ce qui est l’objet. le. plus essentiel à obtenir après l’opération de l’anevrisme, Ce mode opératoire n’est jamais employé que pour. remplacer ceite connaissance exacte de la situation et des connexions des grandes arteres, que chaque chirurgien doit posséder , et sans la~ quelle aucun homme ne peut étre regardé comme propre à entreprendre l’opération de l’anévrisme. Les tégumens et le tissu cellulaire doivent être divisés avec l'instrument jusqu’à ce que la gaine de Partère-soit mise à nu ; laquelle,

Pa =. : MALADIES

Dans le cours de ses expériences sur les animaux pour déterminer l’opération de la ligature , le docteur Jones est arrivé à un fait qui a donné l'espoir de perfectionner Vopé- . ration de l’anévrisme (1). Lorsqu’on applique une ligature à une artère, elle divise les membranes interne et moyenne, et si on Penléve ensuite ; il survient un épanchement de lymphe dans la cavité du vaisseau par les sur-

dans la plupart des cas, peut être ouverte de la même matière. En général, cette partie de l'opération s'effectue avec facilité, si la pression sur la partie supérieure de l'artère est assez forte pour arrêter la circulation dans son canal, et pour la rendre un peu molle. On passe ensuite la ligature au-dessous de l'artère par le moyen d’une aiguille courbe à anévrisme, que l’on introduit à

travers le tissu cellulaire qui unit immédiatement le vaisseau aux parties adjacentes : c’est la seule partie de l’opération ‘qu’il est nécessaire, dans la plupart des cas, d'effectuer par lacération.. La pratique de passer le doigt du-dessous'de l'artère pour la détacher des parties environnantes , est aussi inutile que nuistble : elle n’est pas essentielle pour application proprement dite de la lis gature’, et elle augmente les'chances de la suppuration dans le fond de la plaie. L’artere doit être détachée le moins possible de ses connexions naturelles, et l’on doit éviter , tant dans l'opération que dans le traitement , tout ce qui pourrait apporter des obstacles à la réunion immediate des parties. | (4). Preatise on Hemorrhage, chap. tx.

faces divisées. Le docteur Jones a trouvé que lorsqu’on faisait de la sorte plusieurs sections des membranes interne et moyenne dans le voisinage les unes des autres il en résultait un épanchement lymphatique asséz étendu pour oblitérer la cavité du vaisseau.

Quand les circonstances qui déterminent la réussite ou le défaut de succès de cette expérience eurent été déterminées, il parut trés-probable qu’il pourrait en résulter une amélioration dans le mode d'application de la ligature pour la guérison des anévrismes.

La ligature étant enlevée , ‘on ne laisse rien dans la plaie qui puisse $’opposer a sa réunion immédiaie., et lon diminue beaucoup par là les chances d’hémorragie secondaire à la suite de la suppuration ou de Pulcération de l'artère. Toutefois l’on doit convenir que ceux qui ont répété les expériences du docteur Jones n’ont pas réussi comme lui à obtenir l’oblitération de la cavité du vaisseau après cette opération. Dans les cas suivans , l’expérience a été faite précisément de la manière décrite. par le docteur Jones , et dans aucun d’eux la cavité du vaisseau n’a été oblitérée, quoiqu’on y ait rencontré dans tous des traces du procédé par a! ee cet objet est rempli.

Si4 à MALADIES

Expérience A.

Trois ligatures furent appliquées sur l’artère carotide d’un gros chien, à la distance d’environ unsixieme de pouce l’une de l’autre: Elles furent assez serrées pour diviser com plètement les membranesinterne et moyenne du vaisseau, et ayant été enlevées immédiatement , l’on reconnut que la circulation avait été rétablie dans ce canal. Le chien fut promptement guéri. Au bout de trois mois, on le tua: On trouva que le vaisseau était encore perméable, mais qu’un épanchement lymphatique était survenu dans sa cavité, à l'endroit où les plaies avaient été faites aux membranes internes du vaisseau par les trois ligatures. Cet épanchement formait trois rétrécissemens dans le tube, qui se trouvait par là réduit à la moitié environ de son diamètre naturel. Lorsqu'on eut détaché la lymphe , il fut évident que les membranes interne et moyenne avaient été ob og ment divisées , mais que ’épanchement n’avait pas été s isean pour oblitérer la cavité du vaisseau. 9. >»

DES ARTERES ET DES VEINES. 3515 Expérience B.

L'expérience précédente fut répétée a-lafois sur les deux artères carotides d’un chien. On le tua quatre mois après. L’épanchement lymphatique n’était pas aussi abondant que dans l’expérience 4. Les membranes interne et moyenne de l'artère avaient été divisées par les ligatures; mais l’épanchement lymphatique provenant de ces mêmes surfaces divisées paraissait si peu considérable, qu’il n’en résulta cette fois que trois légers rétrécissemeus dans la cavité du vaisseau.

D'après ces expériences, qui furent faites avec toute l'exactitude possible, il est évident que l’épanchement lymphatique des surfaces divisées du vaisseau n’est pas assez considérable dans tous les cas pour oblitérer le canal. Elles ont été répétées par plusieurs chirurgiens sur les artères de chiens et de chevaux, et je n’en connais aucune, si CG n’est cellès rapportées par le docteur Jones, dans laquelle Poblitération complète de la cavité du vaisseau ait eu lieu. Il paraît cependant qu’un épanchement lymphatiqre est une suite constante de l’opération : ainsi le défaut d’adhérence est toujours dû à ce que les parois opposées du vaisseau ne sont

pas restées assez long-temps en contact pour pouvoir se réunir (1). La présence de la ligature, d’après la manière dont on l’applique ordinairement , remplit cet objet, et pour le succès de l'expérience du docteur Jones, il paraitrait seulement nécessaire de retenir en contact les parois opposées du vaisseau blessé jusqu’à ce que leur adhérence fût assez forte pour résister au passage du sang à travers le tube. Cet objet pourrait être rempli probablement par la compression; mais les inconvéniens résultant d’un degré de pression assez fort pour tenir en contact les parois opposées d’une artère au fond d’une plaie récente, sont et trop grands et trop nombreux pour en permettre l'emploi. M. Travers pense qu’en appliquant une ligature à une artère, il suffirait de la laisser pendant quelques heures pour assurer l’oblitération du canal par l’adhérence des surfaces blessées , et que, par l’enlèvement de la ligature à cette période peu avancée ; on obvierait aux inconvéniens résultant de son séjour dans la plaie. Le danger de la présence d’une ligature sur

(r) Voyez les Observations sur l'application de la ligature aux artères, etc. , par M. Travers, dans le 4° vol. des Medico-chirurgical transuctions.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 319, une artère est dû à Virritation produite sur ses membranes par ce corps étranger. Jamais on n’a vu l’ulcération se manifester, si ce n’est vinglt-quatre heures au moins après l’application d’une ligature ; tandis que c’est un fait incontestable qu’il faut moins de six heures pour que la lymphe soit disposée favorablement pour l’organisation dans une plaie dont les bords sont maintenus en contact (1). S'il suffit donc que les membranes blessées d’une artère soient maintenues en contact par la ligature seulement pendant trois ou quatre heures pour assurer leur adhérence, on aura de grands moyens de prévenir la suppuration et l’ulcération en favorisant la réunion immé- . diate de la plaie. Appuyé sur ce raisonnement, M. Travers a fait plusieurs expériences dans lesquelles il a reconnu que si on appliquait une ligature pendant six heures, deux — heures ou une heure sur l'artère carotide d’un cheval, et qu'on l’enlevât ensuite, l’adhérence était suffisamment avancée pour effec— tuer Poblitération permanente du canals Il paraissait probable que le même résultat serait obtenu sur une artère saine chez l’homme. ‘L’enlévement de la ligature, avant qu’elle

(1) Jones, Z'reatise on Hæmorrhage, chap. 1v, exp. 1.

soit détachée par l’ulcération , a été pratiqué par quelques chirurgiens, aride que son utilité se bornait simplement au rapprochement des parois du vaisseau , et que Vadhérence de ces parois était assez forte au bout de quelques jours. }

Dans deux opérations d’anévrisme poplité, M. le professeur Dubois, desirant favoriser la dilatation successive des artères collatérales par l’oblitération graduelle du tronc, resserra graduellement la ligature jusqu’à ce que la pulsation eût cessé dans la tumeur. Cet effet ayant été obtenu au bout de quelques jours, on enleva Ja ligature, qui, de la sorte, ne resta pas assez de temps sur le vaisseau pour en être détachée par l’ulcération. La plaie externe fut réunie par première intention, et les maladesse rétablirent promptement (1).

Quoique l’oblitération d’une artère saine puisse suivre l’enlèvement d’une ligature faite : quelques heures après son application , il n’est -pas toutefois improbable que lorsque les membranes du vaisseau sont dans une condi-+ tion morbide , l’inflammation ulcéreuse et

(1) M. LÉVEILLE , Nouvelle doctrine chirurg. , t. rv, p'547, 283 ; ; M. ts , Dictionnaire des Sciences médicales, article Anévrisme.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 51g non l’adhésive ne puisse être la suite de Virritation excitée dans ces membranes par l’opération. Nous avons déjà vu que le défaut de réussite de Ja ligature , d’après le mode ordinaire de son application, est dû quelquefois à la condition morbide des membranes de l'artère, qui les rend incapables de se réunir. Nous savons également que lesané= vrismes sont souvent accompagnés de la destruction des membranes interne et moyenne du vaisseau, et il paraît probable que, dans plusieurs cas, leur formation est due à cette circonstance. Beaucoup de malades font remonter le commencement de cette maladie, affectant les artères des membres, à quelque exercice violent qui a déchiré tout-à-coup les membranes interne et moyenne du vaisseau , lesquelles, par un état morbide antérieur, avaient déjà perdu leur élasticité naturelle. Est-il donc impossible alors que si les membranes interne et moyenne d’une artère malade sont divisées par une ligature , et que la plaie n’en soit pas réunie par l’inflammation adhésive, l’impulsion de la circulation ne puisse distendre la tunique externe en forme de sac, et qu'il n’en puisse résulter un anévrisme ? Si un caillot se forme dans l'artère pendant l'application de Ja li-

1820 1:10: MALADIES gature ou par suite de l’épanchement de la lymphe des surfaces divisées , il peut s’op- - poser à la naissance de la maladie; mais la formation d’un caillot est une circonstance sur laquelle on né peut compter, et qui n’a pas lieu constamment dans tous les cas où on laisse une ligature sur l’artère. Si un caillot ne s’oppose pas à l'impulsion de la circulation contre les surfaces nouvellement réunies , adhérence peut être détruite et la continuité du canal rétablie. On a vu la force de la circulation détruire l’adhérence du bout d’une artère dans laquelle il n’y avait pas eu de caillot formé , et cela le quatorzième jour après application de la ligature : c'était dans un cas d’anévrisme inguinal pour lequel on avait lié l’artère fémorale. L’épanchement abondant de lymphe qui se fait autour de la surface externe de l'artère, après l’application d’une ligature, pourra s’opposer un peu à la distension de la tunique externe, lorsque les membranes interne et moyenne sont divisées; mais ce même épanchement pourrat-il apporter une résistance suffisante à l’impulsion de la circulation qui, lorsque ses barrières naturelles sont détruites, peut absorber les ligamens et les tendons, et détruire même jusqu'aux os ?

FA

. Les faits observés par le docteur Jones et par M. Travers, dans leurs. expériences sur les animaux , paraissent justifier l’essai de la: pratique qu’ils ont proposée pour l’homme , dans un cas où il paraitrait probable que les membranes artérielles sont dans un état sain. Si cette tentative était heureuse, elle constituerait un changement avantageux très-im portant dans l'opération de l’anévrisme , et elle ferait disparaître toutes les craintes dont on ést tourmenté depuis le moment où la hgature est appliquée jusqu’à celui où elle se détache de lartére. Toutefois ,. le mérite réel. de cette méthode ne peut être déterminé que par la seule expérience. :.

Je vais maintenant considérer les changemens qui surviennent dans le système artériel d’un membre, quand la principale artère en est oblitérée par l’application d’une ligature.

Le sang, rencontrant un obstacle à son cours dans son canal ordinaire, se porte en plus grande quantité et avec plus de force dans les branches qui prennent naissance audessus du siége de Pobstruction. Les ramifications de ces branches, par suite de l’afflux extraordinaire du sang, éprouvent une dilatation remarquable : les vaisseaux les plus iénus par lesquels elles s’anastomosent avec.

les ramifications correspondantes provenant des branches qui naïssent au-dessous de l’oblitération , sont , par la même cause, suffisamment dilatés pour permettre au sang de passer librement dans les troncs inféricurs du membre. D'abord la circulation est continnée de cette manière à travers une multitude d'artérioles trés-ténues qui s’anastomosent ensemble ; bientôt quelques-uns de ces canaux se dilatent plus que les autres; à mesure qu'ils augmentent de volume, les plus petits vaisseaux diminuent graduellement, et à la fin quelques larges communications constituent des conduits permanens à travers lesquels le sang est transmis aux parties qu'il est destiné à nourrir. Voilà un des modes par lesquels s’établit la circulation collatérale. + Dans d'autres circonstances, des communications plus directes et plus ostensibles ont lieu : ainsi quand un conduit est obstrué, le sang passe en plus grande quantité dans l'autre pour alimenter la partie à laquelle il se rend. Alors, aucune dilatation des branches collatérales n’est nécessaire: on peut dire que Ja circulation se continue constamment a travers les troncs correspondans. Ces grandes communications existent principalement aux extrémités du corps, où l'impulsion de dila-

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 923 tation que le sang recoit du cœur est trèsdiminuée. C’est ainsi que l'artère radiale communique librement avec la cubitale , la tibiale antérieure avec la postérieure , et la carotide interne avec les artéres vertébrales. Ll existe donc déux modes de communication entre les artères : les anastomoses dés ramifications les plus ténués, et a anastomoses directes des troncs.

~ On peut démontrer , par la ligature de Partére principale d’un membre , et par-Tinjection même d’une matière grossière dans la portion supérieure du Vaisseau , que les communications entre les petites artères sont assez nombreuses et assez étendues, dans [état naturel, pour la transmission du sang de l'extrémité à l’autre d’une partie dont le tronc principal a été tout-a-coup oblitéré.

On trouvera que là matière de l’injection a pénétré dans les branches les plus éloignées, et.la dissection prouvera que cela ne s’est opéré par aucun conduit considérable , mais bien par un plexus d’artérioles aussi ténues que nombreuses. On a observé un grand nombre de cas dans lesquels les artères principales des membres ont été liées avec succès à la suite de blessures, et dans lesquels aucune cause antécédente n'avait occasionné

~ F+ " ¥ p à 4 fs hd |

524 se. MALADIES.

la dilatation graduelle des anastomoses, qui paraissent avoir immédiatement fourni une quantité suffisante de sang pour la nourriture de l'extrémité, après Voblitération soudaine de l'artère principale. Si on lie une artère peu de temps avant la mort d’un animal, et qu’on injecte le membre , on trouvera que la circulation s’est continuée d’une manière semblable à travers les anastomoses des petites ramifications , et que les vaisseaux sont beaucoup plus larges et infiniment plus nombreux. que lorsque l'expérience a été faite après la : mort. Lorsque le sang est arrêté dans son passage par lartère principale , les anastomoses éprouvent donc une dilatation rapide et remarquable. Ce: fait est apparent lorsqu'on divise une artère à la conjonctive. Aussitôt que l’hémorragie a cessé, l’on voit des vaisseaux qui étaient invisibles avant lopération donner passage au sang d’une portion de l'artère divisée à l’autre. Haller (1) a observé, au moyen du microscope , et sur, des grenouilles, la dilatation qui survient” dans les anastomoses , après la ligature de, l'artère mésentérique. A près les amputations, tant que le sang peut couler par l'artère prin-

{1) Opera minora , vol.1, exp. 54.

| DES ARTÈRES ET DES VEINES. 325 cipale, il en sort une quantité comparativement plus petite par les branches collatérales ; mais aussitôt qu’on a lié le tronc, ces branes” en fournissent davantage. Enfin , immédiatement après que des ligatures leur ont été appliquées, on voit le sang s suinter par les orifices d’une multitude d’artérioles qui étaient imperceptibles au commencement de l'opération. —

“Si lon disséque un membre long- temps après Voblitération de sa principale artère , on trouve que la circulation S "est établie d’une manière différente de celle que je viens de décrire. Au lieu des anastomoses vasculaires nombreuses et étendues que Pon rencontre à ‘une période moins avancée, on n’en observe plus que’ quelques-unes qui ont acquis un volume considérable, qui communiquent librement avec les bEHONE qui naissent audessous de la ligature, et qui forment des canaux permañens par lesquels la circulation s’exécute. Les anastomoses nombreuses qui s'étaient dilatées aussitôt après là ligature du tronc, reprennent leur volume ordinairé à mesure que la circulation s'établit dans quelques-uns des plus gros vaisseaux.

Les expériences sur les animaux, et la dissection de membres à différentes époques ,

JeQ + MN Me Ay, ADE Regt

aprés la ligature de l'artère principale , pour Ja guérison, d’ anévrismes, ont, fait. connaître les changemens survenus dans 1 les vaisseaux : lorsque la circulation collatérale s'y établit à Ja suite de HOPRIORUQN, du tronc. Le doe.

is Hl aie jours. >, et Feere EE gauche quarante- -neuf j jours. avant la mort de l'animal. Les membres postérieurs furent injectés par Paorte. Les muscles de la cuisse droite étaient trés-finement, injectés , et plusieurs grosses. anastomoses s'étaient développées entre les artéres ischiatique, crurale pro: fonde , et plusie: urs autres dans le voisinage du genou. Les principales. anastomoses du membre gauche paraissaient en quelque : sorte plus grandes; m ais | les muscles de la, cuisse, quoique irés- -vasculaires, , n ’offraient pas à beaucoup près autant de vaisseaux que.ceux du mem bre opposé, Dans une autre. expérience , un, chien fat tué, quatre-vingt-un jours aprés.la, ligature de Partére fémorale, Les anastomoses étaient: beaucoup plus, développées et de membre, ne présentait pas une structure, aussi vasculaire. et aussi fine que dans les, expériences précédentes. Les branches, de com:

munication marchaient, en serpentant ; Varière offrait un grand nombre, de circonvolu-

DES ARTERES ET DES VEINES. 527 tions, et la plupart des anastomoses formaierit de petits cercles : ainsi > lorsque deux bran+ ches, l’une de la partie supérieure jet l’autre de la partie inférieure, s’approchaient, Pune de l’autre, quelque peu. éloignées .qurelles fussent se fa chacune d'elles se divisait

-en deux. notes plus petites. qui, s’anastor mosant ensemble, formaient un, cercle où un ovale. Les anastomoses peu nombreuses, qui se trouvaient dans Je membre, dont l'artère principale. n'avait pastété . liée. étaient..extrémement. petites, et communiquaient. les unes avec les autres en ligne droite. etnonen spirale (1). Un vieillard. dont. j'ai déjà rapporté ] observation | (2), mourut le quatrième jour afrés la ligature de artère iliaque. externe, pour un: anévrisme à laine. Le.membre ful injecté par l'artère iliaque commune, et j’eus occasion d’assister à sa dissection. L’in-

. avait passé, par des anastomoses nom-

reuses , des branches de l'artère iliaque interne dans celles de la profonde. Ces communications étaient si déliées qu’on ne. pouvait suivre qu’un petit nombre d’entre elles:

ae,

MT (1) Jones , Zreatise on Hæmorrhage , ch. 1v, sect. », expériences XE, XH, XIV.

(2) Observation xxx, p. 275.

Bos REY MX LADIES

L’injection Wavait pas rempli suffisamment Vartère fémorale ; mais il était évident que le ‘sang ‘avait passé des branchés de Viliaque i intérne dans céllés de la crurale profonde par des anastomoses’ nombreuses’ ét tériues (1).

M: Astley Cooper disséqua un membre dont l'artère iliaque externe avait été liée onze semiaines avant la mort du malade. La circulation s était opérée par" des anastomioses nom breuses et ostensibles , entre les branches de Viliaque interne et celles des artères fémorale profonde, épigastrique et honteuse. M. Cooper posséde une autre préparation dans laquelle l'artère iliaque externe a été liée environ trois ans avant Ta mort du malade. Après un aussi long espace de temps depuis l’é tabliSement He la circulation ealtaterale, nad anastomoses

ve +

(1) Le mode ordinaire d’injecter échoue souvent lorsq: la circulation s’est faite par les branches collatérales , i) tout si l'artère principale est obstruée depuis peu , et si les anastomoses sont très:déliées. Dans de pareilles circonstances , il est convenable d’introduire un tube dans ut des troncs inférieurs, et d’injecter le membre inférieure-

ment comme supérieurement. Malgré ces précautions , 1l arrive souvent qu’on rencontre des branches dans lesquelles l'injection n’a pas pénétré. La préparation sera donc rendue plus complète si l’on introduit un tube dans ces branches, et si l’on y fait parvenir une injection fine.

étaient loin d’être aussi nombreuses que dans la préparation précédente, mais leur diamètre paraissait infiniment plus considérable sé M. White disséqua le bras dune femme quatorze ans après la ligature de Partére bra-

chiale. L’injection passa dans l'avant-bras par quelques larges anastomoses de communication entre les branches de l'artère brachiale et les artères récurrentes ke radiale et. cubitale. ‘Ces canaux avaient acquis un volume si considérable que, pris ensemble, ils surpassaient celui de l'artère brachiale audessus de’ l'endroit où elle ayait été oblitérée (2). Dans un membre que 1 M. Astley Cooper injecta plusieurs semaines après l’opération de lanévrisme poplité, il ne put faire pénétrer l'injection dans les vaisseaux de cogmunication des ‘parties inférieures , tandis que , dans un autre membre dont l’artère fémorale était oblitérée depuis très-longtemps, il fit passer l'injection, et rendit visibles les nombreuses anastomoses par lesquelles les branchés de la crurale profonde commu-

(1) Des détails plus circonstanciés de ces intéressantes dissections seront donnés en traitant des anévrismes inguinaux et de la ligature de l'artère iliaque externe,

(2) Cases in Surgery, p. 139, pl. vu.

330 ee ea L'ADUEN EN Le niquaient avec les artères articulaires du genou (1). M. Pelletan disséqua. un, membre douze mois après la ligature de. artère po- | plitée. I] suivit plusieurs. larges communications entre l’articulaire supérieure.et les bran:ches récurrentes des artères tibiales,. et il observa de nombreuses anastomoses entre les ramifications déliées. de ces vaisseaux (2).

D’après les. faits que je viens de rapporter, je pense qu’il est démontré, 1° que quand la principale artère est, liée à we partie moyenne d’un membre, la circulation se continue immédiatement à travers.les innombrables anastomoses des plus petiles ramifications ; 2° que quelques-uns de, ces.conduits se. dilatent davantage que les autres; et.3° que comme ces canaux acquièrent un diamètre suffisant pour transmettre au membre la quantité, de sang qui lui est nécessaire, les. anastomoses; plus petites reviennent: par dREFAAS à. ARAB dimen; sions primitives, . | |

Jai dit qu'aux membres, au troncs: “artes riels communiquent les uns avec les autres par de larges anastomoses. Cette disposition fait jouir ces parties, dans l’état naturel,

1) Medico-chirurgical Transactions, vol. 1, p. 249- (2) Clinique chirurgicale, t. 1, p. 127. |

DES ARTERES.ET DES VEINES. 551 dune double circulation, de manière que lorsqu'un tronc artériel est obstrué , une quantité suffisante de sang.est fournie directement par l’autre tronc sans passer par les anastomoses déliées de communication. Il est encore un organe tellement essentiel à la vie, que la nature lui a accordé une double circulation , afin. que l’abord du sang qui lui est: nécessaire ne puisse être empêché par lPoblitération d’une ou de plusieurs de ses prin- . Cipales artères. En effet, le sang se distribue d’une manière telle au cerveau, qu'il n’a rien à redouter de l’obstruction d’un ou de plusieurs de ses vaisseaux. Cet arrangement était nécessaire, attendu le peu de dilatation dont ses artères sont susceptibles , par suite de leur passage dans des conduitsosseux. Latransmission du sang à l’encéphale par quatre grosses artères paraît remplir ce but, et fournir à cet organe une quantité de ce fluide plus considérable qu’il n’est nécessaire pour l’accomplissement de ses fonctions. On a reconnu effectivement que les fonctions vitales ne souffraient nullement de l’oblitération d’un ou de plusieurs de ces conduits, parce qu'ils ont dans l’intérieur du crane des anastomoses si nombreuses que Fun d’eux suffit pour suppléer tous les autres. Si-vous injectez une des

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