IL. MAS
qu'à ce qu’on arrive au bord interne du muscle psoas, où l’on sent distinctement les
n’y eut point d’évacnation alvine. Le malade trouva du calme et plusieurs heures de sommeil.
Le troisième jour au matin, la figure n’était plus grippée comme la veille; le malade paraissait moins inquiet ; le pouls avait perdu de sa fréquence et de sa dureté ; la langue était moins sèche , la peau un peu moite , la région de estomac moins tendue et moins douloureuse, mais toujours éructations fréquentes. L’on continua la Himonade végétale, et l’on administra deux demi-lavemens dans chacun desquels on mit une demi-once d'huile de ricin : ils ne furent point rendus, mais l’urine coula abondamment. Le soir, l’état du malade était encore meilleur que le matin. La nuit suivante, il y eut trois heures de somme.
Le quatrième jour, le pouls était presque naturel, la langue humectée, les douleurs de l’épigästre paraissaient beaucoup moins vives ; mais il se dégageait toujours par la bouche une grande quantité de gaz. Le membre n’avait rien perdu de sa sensibilité , de sa contractilité et de sa chaleur ordinaire ; on donnait toujours deux bouillons dans le cours de la journée, et l’on continua la limonade et les lavemens émolliens ; l’introduction fréquemment répétée de la sonde de gomme élastique dans l’anus donnait toujours issue à beaucoup de vents. ‘
Le soir, même état. Le malade se sentant un peu d’appétit, on lui permit deux bouillons , et il dormit plusieurs heures ; mais son sommeil fut interrompu subitement par des rêves pénibles.
Le cinquième jour , l'appareil, pénétré par la suppuration, fut enlevé sans causer la moindre douleur, au grand étonnement du malade, qui s’attendait à éprouver de cruelles souffrances. A trois lignes de l’angle externe et supérieur de la plaie , on observa une petite tache noire de deux lignes de diamètre , probablement déterminée par la compression exercée par le spica de l’aîne. La tumeur anévrismale n'avait plus que le tiers de son volume, et n’offrai¢ aacun battement. Les artères poplitée, tibiale postérieure et pé= dieuse n’en offraient pas non plus; cépendant, le malade pon-
DES ARTERES ET DES VEINES. 297 pulsations de l'artère. La veine iliaque externe est située sur le côté interne de l’artère;
vait remuer les orteils. Le. toucher le plus léger était ressenti dans toutes les parties du membre, et la chaleur, loin d’éprouver de la diminution, semblait être augmentée si l’on s’en rapportait à la sensation qu’éprouvait le malade. La douleur épigastrique avait presqu’entièrement disparu ; mais le malade rendait toujours une grande quantité de gaz par la bouche et par l’anus; sa langue était rouge et sèche ; le pouls restait encore fréquent ; il y avait un peu de toux , et à chaque effort , le malade éprouvait nne douleur assez vive, correspondant à la plaie. Celle-ci fut pansée avec des bandelettes de cérat et de la charpie fine maintenue par des compresses et un bandage triangulaire. On continua la limonade et les bouillons. Dans la journée , il y eut nn peu de trouble dans les idées. La nuit fut très-agitée ; on observa un peu de délire, Deux lavemens émolliens amenérent une selle copieuse de matières noires et consistantes. Après cette évacuation, le délire cessa.
Le sixième jour au matin, on trouva la face triste, la langue sèche et brune, les lèvres et les dents couvertes d’un enduit fuligineux , le pouls fréquent; le membre était d’ailleurs dans un état parfaitement bon. La plaie fat pansée comme la veille. M. Dupuytren examina la tumeur avec beaucoup d'attention et y distingua un léger frémissement ; il PEN de la bière spurts avec de l’eau de Seltz.
Le septième jour , la langue resta sèche et rouge , le pouls devint fréquent, la voix sembla un peu altérée. I] n’y ent d’ailleurs nulle difficulté de respirer, nulle douleur à la poitrine et à l’abdomen , si l’on en excepte celle de la plaie, chaque fois qu’il survint des quintes de toux. Le membre resta chaud et sensible, et pouvait se mouvoir aisément ; la suppuration devint abondante et de bonne nature : Vaspect de la plaie était vermeil. M. Dupuytren examina de nouveau la tumeur ; il y reconnut, comme la veille, de légers battemens. On continua l’usage de l’eau de Seltz et de la bière, et Pon permit quatre bouillons. Deux lavemens émolliens furent administrés dans la journée ; ils occasionnèrent d’abord une légère colique , qui fat bien-
le muscle psoas s'étend entre lartère et le nerf crural antérieur ; l’artére et la veine sont
recent rnc RL OLLI COLL A
tôt suivie de deux évacuations assez copieuses de matières jaunatres et liquides ; trois autres selles eurent lieu dans la journée ; elles furent moins abondantes que les premières. Après ces évacuations , l'appétit reparaissant, M. Dupuytren prescrivit six bouillons. La nuit suivante , le malade eut trois autres selles de matière raide: Vers le matin, i! dormit pendant plusieurs heures. ,
Le huitième jour, le malade était dans une moiteur générale; figure bonne , le pouls sans fréquence , la langue rouge et humide, la suppuration abondante et louable , lé membre touissait parfaite- ‘ment de sa sensibilité, de sa contractilité et de sa chaleur, état qu'il conserva pendant tout ie reste du traitement.
M. Dupuytren constata plusieurs fois, dans les pansemens subsc- ‘quens, que la tümeur offrait des battemens sensibles au toucher, mais qui l’étaient encore à la vue lorsque, prenant pour terme de comparaison un point fixe, on regardait la tumeur avec beaucoup @attention. Dans la journée, le malade eut deux petites selles ; le soir, trois autres : elles étaient liquides et jaunâtres. Pendant la nuit, il fut très-calme , et goûta cinq ou six heures d’un sommeil. réparatenr. Dès ce moment il cesta d’éprouver, à la région épi-. gastrique , ce sentiment pénible et quelquefois douloureux qui s’était développé peu d’heures après l’opération , et qui jusqu'ici n’avait laissé que queiques instans de repos. L’éructation presque continuelle qui le tourmentait cessa aussi entièrement.
Le neuvième , on remarqua pendant le pansement , du côté gauche de l’abdomen, à quelques lignes au-dessus de la plaie , des battemens extrêmement forts, et qui semblaient appartenir à l'artère iliaque externe ; la tumeur anévrismale continuait d'offrir des pulsations distinctes au tact et à la vue. Malgré cela on observait dans son volume une diminution qui devenait de plus en plus sensible. La petite escarre que l’on avait observée à quelques lignes de l'angle externe de la plaie, lors de la levée du premier appareil , et qui probablement avait été produite par la compression exercée par le spica de l’aîne, était presque entièrement séparée des parties vivantes : c'est à cette
DES ARTERES ET DES VEINES. 22g
unies ensemble par un tissu cellulaire dense que l’on divisera soit avec l’ongle, soit avec
époque que, pour rétablir les forces du malade affaibli par la diète, on donna deux cuillerées de vin de Bordeaux soir et matin.
Du dixième au douzième jour, le malade éprouva par intervalle un hoqret qui n’était d’ailleurs accompagné d’ancun autre symplômefâcheax , mais qui revenait assez fréquemment pour interrompre le sommeil ; néanmoins le malade avait de l’appétit. On iui accorda deux soupes et quatre bouillons ; trois cuillerées de vin de Bordeaux étaient données après les soupes , et l’on continuait toujours potr. boisson habituelle la bière et l’eau de Seltz. Pendant la nuit du douzième jour , le malade ressentit dans les membres inférienrs des déuleurs vagues qui durérent peu de temps, et qui amenèrent lacessation des hoquets.
Le treizième, on observa que la quantité de pus assez considérable que la plaie fournissait alors , venait d’un petit foyer placé:
au-dessus de l’angle supérieur au côté interne de la crête de l'os des iles : en exerçant dans ce lieu une légère pression dirigée de haut en bas; on donnait issue au pus. Comme l’appétit du malade angmentait, on lui permit trois soupes et deux petites tartines de confitures , après lesquelles il buvait un verre à liqueur de vin de Bordeaux.
Le quatorzième, en cherchant l’artère iliaque, à queiques pouces au-dessus de la plaie, et suivant la direction du vaisseau, on re sentait plus aucun battement, quoiqu’on en eut observé de trèsforts peu d’instans après la levée du premier appareil. Ces battemens. étaient trés-manifestes du côté opposé. On remarqua également que les pulsations de la tumeur étaient irrégulières et intermittentes, ee que les intermittences étaient souvent de plusieurs minutes.
Le quinze , les ligatures ayant été soulevées légèrement, M. Dupuytren les retira de plusieurs lignes hors de la plaie sans éprou-ver la moindre nos. mais il ne voulut point les enlever ce jour-là,
Le soir, comme le malade éprouvait une violente céphalalgie et qu'il n’avait point été à la selle depuis plusieurs jours , on prescrivit
l'instrument , de manière à permettre à l’opérateur d'introduire la pointe de aiguille à
Papplication d’un sinapisme au pied droit, et un lavement émol-
lient. Quelques heures après l’emploi de ces moyens , le malade eut
deux selles assez copienses , la céphalalgie fut dissipée , et le malade dormit bien pendant toute la nuit.
Le seizième jour, les deux ligatures tombèrent d’elles-mêmes ; celle d’attente formait une petite anse dont les extrémités se trouvaient intimement réunies par du pus desséché. La ligature qui avait été serrée offrait assez bien l’image d’une petite tige terminée par un eercle dans l’aire duquel il n°y avait aucun débris de Vartére. On ne put pas s’assnrer si la ligature d’attente avait coupé l’artère daus le lieu même où elle avait été placte, ou bien si elle était sortie par le même endroit que la ligature qui avait été serrée. La première opinion paraît plus admissible d’après les observations faites sur d’autres individus par M. Dupnytren, et particulièrement de= puis des expériences que nous avons tentées sur des animaux; ex-
périences qui ont démontré qu’une ligatyre non serrée coupait l’ar=
tére dans le lieu même où elle était placée aussi promptement que
la ligature serrée. L’appétit du malade augmentait chaque jour ; on Jui prescrivit pour aliment deux cotelettes et plusieurs soapes. On continuait le vin de Bordeaux , la bière et l’eau de Seltz.
Le dix-neuvième et vingtième jours de Popération', les battemens. de la tumeur restaient toujours sensibles au tact et à la vue, La suppuration , quoique de bonne nature, était trés-abondante. On pansa deux fois par jour, et à chaque pansement on exerçait de légères pressions ponr donner issue au pus , qui venait principalement ‘de Wangle supérieur de la plaie ; on administrait tous les deux on trois jours des lavemens émolliens pour combattre la constipation habituelle du malade.
Le vingt-troisième jour , les angles de la plaie commencèrent à se eieatriser. On réprima avec le nitrate d'argent fondu les bourgeons charnus qui, dans quelques points, s’élevaient au-dessus du niveau de la peau.
Le malade, qui n'avait pas dormi de la nuit, se livra sans pros
anévrismes entre l’artère el la veine, et de la ramener de l’autre côté de la première. La
dence & divers mouvemens, et vers les neuf heures du soir , il y eut ane hémorragie qui pénétra l'appareil : la quantité du sang fut évaluce à une demi-palette. L'appareil ayant été enlevé, on examina la plaie avec beaucoup d’attention; mais comme on ne vil rien qui put en faire découvrir la source, on pansa comme les jours précédens.
Le vingt-quatrième jour au matin, il y eut une nouvelle hémorragie un peu plus abondante que la premiére ; : elle fat accompagnée de douleurs vives dans la plaie ; le sang , qui parut venir du bout inferieur de Partére, était éminemment artériel; son écoulement avait lieu en nappe. M. Dupuytren exerça une compression avec Pindex et le médius de la main droite, à un pouce au-dessus de la plaie, nettoya celle-ci des caillots qu’elle contenait ; il placa ensuite une compresse graduée , soutenue par un bandage élastique et circulaire ; la plaie fut seulement recouverte d’ün peu de charpie. La figure du malade était décomposée , et déjà il commençait à y avoir par la bouche un dégagement abondant de fluides élastiques. Au bout d’une heure et demie , il y ent de nouvean un petit écoulement de sang ; il ne fit que pénétrer la charpie appliquée sur la plaie. La come pression fat augmentée et l’hémorragie arrêtée; mais au bout c'une heure, la compression s’était relâchée; il se fit encore un petit cous lement de sang. La compression fut augmentée à un degré qui devint douloureux au malade. Le bord inférieur de la plaie était déprimé, tandis que le bord supérieur s'élevait d’un demi - pouee au-dessus de la pelote du bandage. Alors M. Dupuytren se détermina à employer le tamponnement , qui fut exécuté de la ma: mire suivante : le bandage compressif fut enlevé et la plaie nets toyée; on en retira trois caillots de sang de la grosseur et de la figure d’une grosse noix : l’un d’eux était entièrement composé de fibrine. Après leur extraction , un flot de sang se manifesta. M. Dupuytren porta aussitôt au fond de la plaie ses doigts index et médius de la main droite, et cette manœuvre arrêta de suite l’hémorragie.
Tout ce qu’on avait fait jusqu'ici avait été exécuté avec une telle
252 | MALADIES ligature , conduite ainsi autour de l'artère, élant liée , on rapproche les bords de la plaie
prestesse, qu’il, n'avait. pas été possible de coustater d’une manière certaine si Phemorragie provenait du bout inférienr de lartere, quoique cependant la compression qni avait été exercée quelque temps avec succès sur Je bout inférienr portât à le croiie. Ce fut pour s’en assurer que M. Dupuytren suspendit la compression pen dant une seconde, et alors on put se convaincre que le sang provenait dn bout inférieur du vaisseau. Pendant ce temps, plusieurs aides préparèrent en grand nombre de bourdonnets imprégnés de colophine réduite en poudre impalpable. L’opérateur prit alors un de ces bourdonnets ce la main gauche et le porta au ford de la plaie, en même temps qu’il retira les deux doigts de la main droite qui exercaient la compression. Cette opération fut faite avec tant de promptiinde et d’exactitude qu'il ne s’écoula pas une goutte de sang. D'autres tampons furent placés successivement au-dessus du premier, mais à que'que distance les uns des autres , afin que l’on put observer s’il ne s’écoulait point de sang, ce qui en effet n’ent pas lieu.
Lorsque la piaie fut exactement remplie de tampons, on la couvrit d’une compresse épaisse et de forme triangulaire , et par-dessus celle-ci, on placa d’autres tampons qui furent soutenus par le spica de laine; ce tamponnement, qui exercait une compression plus douloureuse que le bandage, fut cependant supporté patiemment par le malade ,- qui sentait alors toute l'utilité de ce moyen et le danger de sa position. La jambe et la cuisse farent fléchies sur le bassin , et soutennes dans cet état par un oreiller placé sous le jarret. On prescrivit de la limonade vinense et six bouillons.
Le soir, l'appareil, resté en bon état, s’était opposé à l’écoulement du sang. La figure du malade était bonne, son esprit moins inquiet et le pouis naturel. [a nuit fat calme, et il y eut plusieurs beures de sommeil.
Le lendemain matin, on vit qu'il y avait en un léger éconlement de sang qui avait pénétré l’appareil ; de nouveaux bourdonnets de. charpie fnrent placés dans ce point et soutenus par un spica. Le
membre n’épronvait d’ailleurs ancun engourdissement ; il consere
avec des bandelettes d’emplatre agglutinatif. Le malade sera remis ensuite dans son lit,
vait sa chaleur, sa sensibilité et sa motilité; mais le malade paraissait inquiet; sa face était décomposée ; son pouls avait de la fréquence ; il éprouvait de légères douleurs À lépigastre ; il rendait beaucoup de gaz par la bouche. On continua la limonade vineuse et les bouillons, et l’on prescrivit la bière et des Javemens émolliens qui ne donnèrent lieu à aucune évacuation. Le soir, l'esprit du malade était plus tranquille ; mais il se plaignit d’un sentiment de gêne causé par la position qu’il était obligé de garder ; il ressentait au talon une douleur assez vive: comme elle était due à la position, elle cessa presque anssitét qu’on eut placé le malade plus convenublement. Les douleurs de l’épigastre et l’éructation du gaz avaient cessé ; la nuit fut calme , et il y eut un peu de sommeil.
Le vingt-sixième jour , il s’était fait entre la peau et la partie supérieure de l’appareil un léger suintement de sang et de pus; la paroi de | Vabdomen était légèrement douloureuse dans l'étendue de quelques
‘pouces, et immédiatement au-dessus du spica de l'aine. Le malade se trouvait bien ; il avait un peu d’appétit. On continua les bouillons , anxquels on ajouta seulement un peu de crême de riz.
Du vingt-septiéme au vingt-neuvième jour, ilne s’écoula qu'un peu de pus; il se faisait jour entre la partie supérieure, du spica de Paine et les parois abdominales. Comme le malade se plaignait d’éprouver un peu de douieur dans Ja partie postérieure du bassin, et qu’il Pattribuait à la position constante qu’il était obligé de garder, onexamina cette partie, et quoiqu'on n’y apercit ni rougeur ni excoriation , on la couvrit d’un large emplâtre de diachylon gomme. Dans l'intention de prévenir ces accidens , un large coussin fut placé sous le dos, et le corps fut légèrement incliné sur le côté gauche : les oreillers étaient renouvelés chaque jour. |
Le trentième jour au soir, le malade , qui éprouvait tonjours un sentiment de gène, soit qu’il fat couché sur le dos ou sur l’un ou Vautre côté, ayant fait plusieurs mouvemens brusqnes,, donna lieu à une hémorragie : du sang vermeïl s’écoula le long des bourses ; sa
- Quantité fut.estimée à une demi-palette. Les chirurgiens de garde
et on Jui fera fléchir la cuisse sur le bassin, afin de placer l'artère dans un état de relâchement,
arrétérent cette hémorragie en placant dans le lieu d’où elle proves nait de nouveaux bourdonnets de charpie, soutenus par un spica. Le malade ne s’inquiéta presque pas de cette hémorragie ; les nombreux accidens qu’il avait éprouvés semblaient l'avoir aguéri ; et quoiqu’ileût beaucoup maigri , ses forces se soutenaient. M. Dupnytren prescrivit ; un verre à liqueur de vin de Bordeaux, donne soir et matin, et quatre soupes avec la fécule de pommes de terre. La nuit fut bonne; et les jours suivans, l’hémorragie ne se 1enouvela point. Le malade se plaignit seulement d’éprouver un sentiment douloureux à la partie supérieure de la cuisse gauche, déterminé par la compression qu’exercait Je spica de Vaine ; le membre jouissait de toute'sa sensibilité, de sa mouilité et de sa chaleur, ce qui détermina M. Due puytren à ne point toucher à l'appareil.
Ce ne fut que le trente-deuxième jour que l’on enleva une partie de Vappareil; on 6ta une assez grande quantité de charpie avee beaucoup de precaution : on ne laissa que la bande qui avait été appliquée lors du premier tamponnement. Comme il ne s'était écoulé qne trois jours depuis la dernière hémorragie, i] eût été imprudent de renouveler entièrement l’appareil: Le pus contmuait d’ailleurs à s’écouler librement entre les parois abdominales et le dernier bandage. Ce que l’on avait enlevé de l’appareil avait apporté une grande diminution aux douleurs que le maiade ressentait auparavant à la cuisse. Le soulagement fut tel , que ce malade, qui n'avait eu qu’un sommeil interrompa les jours précédens , goûta cinq ou six heures d’un sommeil continu.
Le lendemain, comme il n’y avait eu aucune hémorragie , M. Dupuytren enleva encore plusieurs pièces d’appareil , et ne laissa que les tampons de charpié qui étaient immédiatement engagés dans la plaie. Autour de celle-ci, la peau était ronge et excorice dans quelques points. Ces excoriations furent recouvertes d’empiâtre de cérat, De la charpie , quelques compresses et un bandage triangulaire complé-. tèrent le reste de appareil
La méthode opératoire de M. Astley Coo-
per consiste à faire une incision semi-lunaire
irae NEC Pe ee eee cern L
Le soir, la partie supérieure de la cuisse gauche était rouge , tt méfiée et légèrement douloureuse ; le malade n’avait pas d’appétit 5 Ja soif était vive, la langue rouge et sèche, le pouls fréquent. On applique sur la cuisse des compresses imbibées d’eau de Goulard.
Pendant la nuit , il y eut un peu de délire , durant lequel le malade se livra à une multitude de mouvemens bien propres à renouveler l'hémorragie si elle avait dû arriver ; ii voulut même enlever son appareil. Tous ces mouvemens u’amenèrent heureusement rien de facheux.
Le trente-quatrième jour ou le cinquième après Ja dernière hé-
morragie, on retira de la plaie, non sans beaucoup de temps ; . de peine et de précaution, le reste de l'appareil : il représentait un cône d’un pouce et demi, dont le sommet était légèrement recourbé en avant et à droite. La plaie, qui avait la même forme, laissait écouler un pus de bonne nature qui fut absorbé avec beaucoup de précaution au moyen de petits tampons de charpie mollette, maintenus par quelques compresses et un bandage triangulaire. La tension et la douleur de la cuisse étaient encore angmentées depuis la veille. On continua les compresses trempées dans l'eau de Goulard ; on donna pour boisson la limonade végétale , et pour aliment six bouillons. On remarqua que , non-seulement la tumeur anévrismale n’offrait plus de baitemens , mais encore qu’elle était réduite au sixième de son volume; elle présentait au tact une dureté presque cartilagineuse.
Le soir, la cuisse semblait avoir diminué de volume, mais la douleur était extrémement vive. Les traits de la face, étaient décomposés ; la langue était sèche et rouge , le pouls très-fréquent ; ily avait un peu de délire , de légères coliques , et une éructation abondante de gaz. Quoique le malade éprouvat de Ja constipation depuis quelques jours, M. Dupuytren ne voulut pas donner de lavement, dans la crainte qu’en allant à la selle , le malade ne fit des efforts capables de renouveler l’hémorragie. On prescrivit deux pots de limonade cuite. we
aux tégumens, dans la direction des fibres de l’aponévrose du muscle oblique externe.
Le lendemain , l’état du malade était bien meilleur ; Ia doulenr et Ja tuméfaction de la cuisse paraissaient notablement diminuées ; la langue était toujours rouge, mais humide ; le pouls moins fréquent ; il n’y avait plus de colique ni d’éructation. L’aspect de la plaie était vermeil , la suppuration peu abondante, mais de bonne nature ; le membre parfaitement chaud, mobile et sensible ; l’appétit revenu. On prescrivit deux soupes, quelques bouillons, et, pour boisson ordinaire , la limonade végétale et une petite quantité de vin de Bordeaux. 3
Le soir, la figure est animée, la langne rouge et un peu sèche, Ja soif vive et le pouls fréquent. Les jours suivans , il y eut chaque soir un Jéger paroxysme,
Le trente-sixième jour, la cuisse , loin d’offrir de la tension, était devenue molle et flasque ; on pouvait la toucher sans causer de douleur au malade ; à sa partie moyenne et supérieure, on sentait une fluctuation profonde , depuis le lieu occupé par la tumeur jusqu’à son tiers supérieur et interne ; et suivant la direction de l'artère crurale, on sentait une série de petites tumeurs dont les supérieures étaient plus grosses que les inférieures. Cette espèce de chapelet était probablement formé par des glandes lymphatiques engorgées. La fluctuation profonde que l'on sentait vers la partie moyenne et supérieure de la cuisse était= elle due à la formation d’un abcès , ou bien dépendait-elle d’un épanchement sanguin qui se serait opéré par la rupture du sac anévrismal ? Telles étaient les questions que M. Dupuytren se proposait à lui-même avant d’en venir à nne ponction pour évacuer le liquide que l’on sentait profondément dans la cuisse : dans le dernier cas, il aurait fallu exercer un nouveau tamponnement. Lappareil fut tenn prêt , et le lendemain , M. Dupuytren, préparé à tout évé= nement , s’étant de nouveau assuré qu’il existait à la cuisse une fluctuation profonde , plongea à la partie moyenne et supérieure de. ce membre, à deux pouces au-dessous du lieu qu’occupait la tumeur anévrismale , la pointe d’un bistouri à lame étroite : d’abord if
s’en écoula quelques gouttes d’une véritable sanie d’une odeur ex=
Une des extrémités de cette incision sera située près de l’épine de Piléon; autre se ter-
trémement fétide ; mais une légère pression , exercée au-dessous de cette ouverture, donna issue à une plus grande quaniité de la même matière mélée à un peu de pus très-épais. M. Dupuytren intro duisit alors une sonde cannelée dans la cannelure de laquelle il conduisit le bistouri, et agrandit ainsi la petite ouverture qu’il avait faite ; des pressions ménagées , et surtout celles qui étaient dirigées de bas en haut, donnèrent issue à une trés-grande quantité de pus mêlé de quelques stries de sang. On placa sur l’ouverture un pea de charpie fine , et l’on couvrit la cuisse d’un large cataplasme émollient. On prescrivit pour boisson la décoction de quinquina et Peau vineuse pour prévenir la résorption du pus et soutenir les forces du, malade. |
On pansa deux fois par jour, et à chaque pansement de légères pressions donnaient issue à une grande quantité de pus ; les parties étaient lavées avec l’eau-de-vie camphree ; de la charpie et des com- presses imbibées d’eau-de-vie couvraient l'ouverture de l’abcès et les parties environnantes. Pour prévenir la résorption du pus et soutenir les forces du malade , on faisait boire de l’eau vineuse. II avait pris dans la journée quelques alimens ; sa figure paraissait meilleure et moins rouge ; le pouls était naturel , la cuisse moins douloureuse. La nuit fut calme; la snppuration, quoique abondante, était de bonne nature; Vodeur fétide que l’on remarquait la veille semblait être moins forte. Le trente-septième jour, on permit à-peu -près la même quantité d’alimens , et de plus quelques verres d’eau-de-vie , et pour boisson , on prescrivit de infusion de quinquina. La nuit fat tranquille , et le malade dormit cinq à six heures; la cuisse était à peine douloureuse lorsqu'on était obligé d’exercer des pressions pour faire sortir le pus.
Dans la nuit du 23 novembre, trente-huitiéme jour, le malade fut agité par des rêves, ce qui ne changea rien à son état, À chaque pansement l’on retirait quelques portions de tissu cellulaire mortifié, et lon remarquait que la suppuration était moins abondante. Le membre , qui avait toujours été dans Ja demi-flexion, fut placé de
minera un peu au-dessus du bord interne de l'anneau abdominal ; l’aponévrose du muscle
manière à ce que la partie supérieure de la cuisse fût la plus déclive. L’on continua d’appliquer par-dessus la charpie des résolatifs ; l’on prescrivit un gros de quinquina en poudre à prendre en quatre doses , dans chacune desquelles on ajoutait deux grains de rhubarbe, dans l'intention de soutenir les forces et de relever Pappétit. Il y eut une selle dans la journée et une autre dans la nuit.
Le lendemain, trente-neuvième jour, M. Dupuytren agrandit l'ouverture de l’abcès avec un bistouri boutonné, Dans l’intervalie des pansemens , le malade éprouvait dans la cuisse des douleurs assez vives. Le soir , il parut que la suppuration était moins abondante ; mais il se plaignait d’une vive sensibilité qui s’étendait de la partie supérieure du péroné à la malléole externe : cette douleur ne se faisait sentir que par intervalle , et avait quelquefois une telle intensité que le malade ne pouvait retenir ses cris : déjà il s’était plaint de douleurs au genou et à la malléole , mais on les avait attribuées à la compression qu’éprouvaient ces parties. Le membre étant couché sur le côté externe , dans la demi-flexion , la jambe fut enveloppée de laine et le pied de drap chaud. Ces douleurs se dissipèrent au bont de quelques heures. La nuit fut bonne.
Le quarantième jour, le malade demanda à manger ; la suppuration , quoique abondante, était de bonne nature; elle ne contenait que quelques petits caillots de sang; sa fétidité devenait moindre ; la plaie de l'ouverture de l’abcès était grise; on la pansa avec de la charpie trempée dans du vin miellé. Les douleurs qui s’étaient manifestées le long du péroné se renouvelèrent au moment même du pansement , mais eiles se calmèrent bientôt. Au pansement du soir, il n’y avait de douleur qu’au genou , qui ne dura que le temps du pansement ; le malade se trouvait d’ailleurs très-bien. Il est à remarquer cependant que pendant cette douleur sa figure se décomposait entièrement ; les yeux se fermaient, la bouche restait à demi-ouverte , la lèvre supérieure se portait vers les ailes du nez, les rides du front se concentraient sur la ligne médiane. La nuit fut tranquille, et le malade exempt de douleurs.
oblique externe sera découverte, et on la divisera dans toute l'étendue et dans la di-
go AR GRR
Le quarante-uniéme jour, le pus, de nature louable, diminua de quantité; la plaie de l’abcès était vermeille ; il se manifesta au moment du pansement une douleur au côté externe du genou, et-le soir, cette même douleur se fit ressentir au côté interne. Le malade prenait néanmoins une assez grande quantité d’alimens, quoiqu'il dit les trouver mauvais, |
Le quarante-deuxième jour, même état; diminution de la suppuration d’une manière très-marquée.
Le quarante - troisième jour, sommeil interrompu par des rêves ; suppuration diminuant de plus en plus.
Le quarante-quatrième jour, encore des rêves sinistres ; peu de sommeil et de l’agitation. L’on attribue ces rêves à une trop grande quantité d’alimens , et on la diminue.
Le qnarante-cinquième jour, les selles sont bonnes et régulières , l'appétit excelient ; la suppuration continue à diminuer ; la nuit se passe sans agitation , sans révasserie ; mais point de sommeil.
M. Dupuytren trouvant que ce malade marchait lentement vers la convalescence , craignant d’ailleurs que le séjour trop prolongé dans l’hôpital ne lui donnât quelque fièvre de mauvais caractère, le fit transporter en ville, dans un quartier convenablement situé, Ce transport fut fait le 2 décembre avec les plus grands soins , et malgré cela, au pansement da soir, quelques siries de sang étaient mêlées au pus, qui paraissait être un peu séreux. Une légère toux sèche vint fatiguer le malade ; cependant il conservait toujours un bon appétit.
Le quarante-huitième jour, même état : comme il avait peu reposé, on lui donna deux gros de sirop diacode pour la nuit suivante. La suppuration, qui restait toujours sanguinolente, diminuait néanmoins tous les jours en quantité. Les douleurs de la jambe se firent sentir pendant la nuit; mais elles furent légères. On fit lever le malade , qui resta environ vingt minutes sur sa chaise, n’éprouvant d'autre douleur qu’une roideur dans l’articulation du genou.
Le quarante-neuvième jour, la suppuration était tellement diminude que la charpie était à peine imprégnée de pus, et les pressions
rection de la plaie externe. Le lambeau formé de la sorte étant soulevé, l’on verra le
en tous sens rie donnaient issue qu’à une très-petite quantité de sérosité sanguinolente ; chaque jour la plaie de l’opération diminuait d’étendue et de profondeur. Les douleurs qu’éprouvait le malade à la partie supérieure de la cuisse s'étaient considérablement affaiblies, ainsi que celles qu’it ressentait à la jambe : l’applicatior de la laine sur cette partie fut continuée. Le malade se tint levé cing
quarts d'heure. Depuis environ quatre jours il n’y avait point eu de
selles ; un lavement émollient fut administré et fut rendu avec des
matièrés consistantes. La nuit fut bonne. Le malade dormit six heures au moins à l’aide d’un gros de sirop diacode.
Le cinquantième jour, il fut levé pendant une heure : toujours de la roideur dans les mouvemens du membre. L’on ne pansa plus qu’une fois.
Le cinquante-uniéme jour, même état ; les plaies se cicairisent.
Le cinquante-quatrième jour , la plaie de l’abcès est presque fermée ; celle de l’opération n’a plus qu’un demi-pouce. Le malade va librement à la sélle , se lève lui-même, et peut se tenir debout quelques minutes ; toujours bon appétit ; tous les matins on Jui donne un petit verre d’eau-de-vie , et il ne restait plus, dans le lien qu'a= vait occupé la tumeur , qu’un tubercule de la grosseur d’un noyat de pêche.
Les cinquante-six , cinquante-sept et cinquante-huitième jours , rien de remarquable, si ce n’est quelques légères douleurs assez variables qu’il ressent dans ce membre.
Le 14 décembre ou cinquante-neaviéme jour, la plaie de l’opération est énliérement cicatrisée.
Le 15, 16, 17, le malade se lève seul, et reste levé plusieurs heures ; bon appétit, bon sommeil et selles régulières.
Le 18, l’on remarqüa, autour de l'ouverture faite 4 l’abcès , de la rougeur , de la tension et de la dureté sans sensation douloureuse pour le malade. L’on appliqua sur la partie une comipresse trempée dans le vin miellé, et qui n’empécha point le malade de se lever comme & son ordinaire.
Er. er oi
cordon des vaisseaux spermatiques passant sous le bord des muscles oblique interne et
a a a LL
: ; or Te — M. Collier, le 28 août 1815 , à Bruxelles, sur un
soldat anglais blessé d’un coup de feu à la cuisse à la bas
Le 19, Pengorgement œdématenx était augmenté sans qu'il y eût Ja moindre douleur, soit par la pression, soit pendant la marche ; Cet cedéme était dur et environnait la plate de Pabcés d’un cercle de deux pouces et demi de largeur ; Cet engorgement existait anssi dans l’espace compris entre la plaie de l’opération et celle de l’abcès Set suivant la direction de l’artère crurale. Cependant le malade se pros menait et mangeait bien ; mais il ressentait toujours une vive douleur par elancement , soit dans le genou , soit dans le pied gauche, dans da direction de la distribution du nerf, au côté externe de chaque orteii, et principalement vers le péroné. On appliqua des coms presses trempces dans Peau-de-vie camphrée.
Le 20 , la tuméfaction de Ja cuissé est moindre » mais les douleurs da genou et du pied sont très-vives.
Le 21, le gonflement de la cuisse est presque entièrement dissipé; les douleurs da genou et du pied ont été assez intenses pour empêcher le malade de dormir comme à son ordinaire.
Le 22, méme état.
Le 23, cicatrisation entière de la plaie de l’abcès et disparition de Ja tuméfaction. L’on continue néanmoins l'application des com» presses imbibces d’ean-de-vie camphrée.
Le 26 décembre, soixante-dixième jour, l’an n’emploie plus rien ; mais le malade ressent toujours dans le genon et le pied gauche des douleurs qui, dans cette dernière partie, suivent la direction des nerfs : c’est dans cet état qu’il est parti pour chez Ini le 30 décembre 1816 , trés-bien gnéri de l’opération.
Cet homme a fait depuis cette époque plusieurs voyages à pied de Caen à Paris, sans aucun inconvénient ; cependant, quoiqu'il y ait anjourd’hui (mai 1818) environ dix-huit mois qu'il est guéri, il éprouve eucore des douleurs qui suivent le trajet des nerfs,
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842 MALADIES transverse. L’ouverture du fascia qui borne le muscle transverse et par laquelle sort le
| ë taille de Mont-Saint-Jean. L’opéré succomba au bout de quaire jours. Tout le membre correspondant à la li-
ature de l'artère iliaque externe étant frappé de gan- 8 q PP 5
grène (a).
(a) Jean Morrisy , soldat anglais , âgé de vingt-quatre ans, d’une forte constitution , fut admis , pour un anévrisme de l’artère fémo= yale aroite, dans un hôpital dirigé par M. Collier. La tumeur avait environ trois pouces de long sur deux de large , s’étendait à un pouce en-decà du ligament de Poupart; ses hattemens étaient violens, et elle paraissait offrir une résistance considérable à l'effort du sang. On y remarquait une cicatrice résultant d’une plaie produite par l’entrce d’une baile ; son sommet était à deux pouces ei demi on trois pouces du ligament de Fallope. La peau conservait sa couleur naturelle ; le membre avait la même température et la même grosseur que l’autre.
J'appris que le malade avait été blessé par un coup de feu le 18 juin 1815, que la balle avait pénétré, qu’elle était restée dans le membre, et que la cicatrice s'était faite par-dessus, Le blessé, au moment de l’accident, perdit beaucoup de sang. Mais rien de pare ticulier ne survint pendant sa guérison, et il sortit de l'hôpital, guéri en appatence, le 12 de juillet. Le 17 du même mois, il fut placé dans l’hôpital de Notre-Dame; il y resta jusqu’au 18 d’août, qu’on le jugea en état de reprendre son service; ce n’est qu’alors qu'il montra sa tumeur à l’officier de santé, et aussitôt il fut soumis à un traitement.
Cet hôpital ayant été évacué , le malade fut confié à mes soins,
Je vegardai l’anevrisme comme ayant été déterminé par la lesion du vaisseau dans le passage de la balle, et conséquemment il avait mis deux mois à se former. La constitution du malade etait bonne et vigoureuse , et craignant que les pulsations ou toute autre cause maladive n’occasionnassent l’ulcération de la cicatrice, je me
- cordon spermatique , est située dans l’espace
moyen eutre l’épine añtérieure et supérieure nn RE déterminai à m’assurer sans délai de l’artère iliaque externe par une opération que je jugeai nécessaire pour sauver la vie, et devenir urgente d’après l'accroissement de la tumeur. Le malade mis au lit, on l’assujettit à une diète rigonreuse , et l’on évacna les intestins : avant l'opération, qui fut pratiquée le Jundi 28 août , À midi, en présence dé M. Gunning , chirurgien en chef; de M. Neil, député inspecteur ; du docteur Wray, médecin de l’armée , et de plusieurs gens de l’art , À Bruxelles, à Je fis une incision demi-circulaire qui commenca à trois quarts de pouce en dedans de l’anneau interne, ayant sa base an ligament de Poupart, et se terminant environ à un pouce et demi de l’épine antérieure et supérieure de l’iléon. Le fascia de l’oblique exierne , après avoir été découvert, fut séparé da ligament de Poupart, et dans la même ctendue et la même direction. En soulevant le bord inférieur des muscles oblique interne et le crémaster , on vit distinctement le cordon spermatique s’engageant dans l'anneau intérieurs Quelques fibres de l’oblique interne, tirant leur origine du ligament, furent divisées pour donner de l’espace. Le cordon fat maintenu sur le côté de l’incision , pendant que j’aggrandis l’anneau intérieur avec le manche du bistouri, ét que je décollai le péritoine avec mou. doigt, autant qu’il me fut permis, pour reconnaître l’arière , qui en était couverte. II était étroitement uni à plusieurs petites glandes, dont j'enlevai la plus grosse. Ayant isolé l’arière , je passai un direCteur au-dessous d'elle , et les personnes présentes s’assurérent que c’était réellement ce vaisseau seul que j'avais soulevé, J’engageai un stylet garni d’une ligature le long de sa cannelure, et je liai l'artère : les battemens cessèrent aussitôt dans la tamenr. Les bords de la plaie furent rapprochés par une suture. Deux petites artères donnèrent du sang pendant l’opération ; mais la quantité de ce liquide qui s’écoula ne méritait ancune attention. Une heure après l’opération , le malade se trouva tranquille. Le pouls était mou et battait quatre-vingt-dix fois. La chaleur des deux membres était égale, et un peu au-dessous de la température na
244 MALADIES de Piléon et la symphyse du pubis. L’artère épigastrique marche précisément le long du
turelle. A quatre heures , il y avait une grande diminution de chaleur dans le membre , et le pied et les orteils furent trouvés tout-afait froids. Le malade avait du malaise et se plaignait d’un grand engourdissement. Des flanelles chaudes furent appliquées, et l’on fit de douces frictions ; on placa des bouteilles remplies d’eau chaude sur les plantes des pieds et le long de la jambe. A sept heures, l’anxiété s’accrut , et la douleur devenait excessive avec une sensation de refroidissement ; il était agité et très-inquiet ; plusieurs taches furent apercues vers le gras de la jambe. Pendant la nuit, le pouls fut bon et varia entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix pulsations ; parfois, il présenta des intermittences. Le malade était irritable et avait Vair inquiet ; il se plaignait de douleurs très-vives et même de sensations de froid et d’immobilité du membre ; du reste , il était assez bien. Deux potions calmantes furent administrées, mais il y eut peu ou point de sommeil ; vers le matin, il se trouva lui-même plus libre, La chaleur du membre était entretenue pendant toute la nuit; mais dès qu’on cessa les applications dont on se servait dans ce dessein , la température baissa, | Pendant la journée du 29, l'anxiété et le malaise angmentèrent et furent accompagnés de douleur et d’engourdissement ; les taches gangreneuses s’élargirent ; la peau était douce , le pouls plein et dur ; jamais il n’excéda cent pulsations ; la langue était blanche et humide. Deux doses d’huile de castoréum furent administrées , mais sans produire aucun effet sur les intestins. Le membre fut enveloppé de flanelles , et des hommes furent placés près du lit pour mettre leurs mains sur ia jambe et sur le pied. On continua aussi usage des vessies pleines de liquide chaud, Pendant la nuit, il dormit bien, mais il se plaignit d’une douleur excessive chaque fois qu'il s'éveillait, Le 30, la plaie de l'opération fut pansée , et elle parut irritée ; le pouls était plein et très-dur , la langue blanche et humide , la peau chaude. il se trouvait lui-même un peu mieux , mais il était inquiet, et il se plaignait de perte de sensibilité. Le thermométre , appliqué à la jambe, s’éleva à 80°. Quelques doses de sel neutre furent admi-
bord interne de cette ouverture , au-dessous delaquelle on trouve l'artère iliaque externe,
nistrées toutes les trois heures, et seize onces de sang furent tirées par Papplication des ventonses. Le malade pafat soulagé par cette émission sanguine ; mais il se plaignait de douleurs au-dessous du genou. Deux taches gangreneuses parurent vers la cheville ; il y eut des selles naturelles le soir, et il dormit peu pendant la nait ; sa douleur était intense, et il resta dans une grande agitation ; il trans« pira assez facilement.
Vers le matin du 37, le pouls : s "éleva:; il était plein et dur. Le malade éprouvait des douleurs dans le ventre qui augmentaient par la pression ; la plaie était très-enflammée : on tira douze onces de sang par les ventouses. Le ventre fut tenu libre, et l’on appliqua des cataplasmes sur la plaie. Le malade parut soulagé,et mieux que jamais depuis Popération. Cependant. le membre exbalait une odeur de cadavre. La nuit suivante, le pouls étant toujours dur , et le malade ressentant de la douleur au ventre, huit. onces de sang furent encore tirées. La cuisse était d’une teinte terne ; il n’y avait point d'augmentation de la chaleur naturelle ov, de diminus on de la sensation de stupeur ou. de Vagitation générale. U passa la. nuit dans une grande anxiété , et ‘Je lendemain. matin, le membre, & quelques. pouces an- dessous du genou, était livide et offrait des: phlyctènes en plusieurs endroits. L'opéré prit un pea de vin pendant le jour; mais ses forces baissèrent successivement ; et il mou= rut à quatre heures après midi, le #°° septembre.
Dissection. En ouvrant Vabdomen à la manière accontnmée, on: trouva une couleur rouge générale aux intestins. Le péritoine avait: sa transparence naturelle » et le cœcum y adhérait vers le muscle: iliaque. La ligature était placée sur l'artère , près du ligament de Poupart , à un pouce de l’origine de l'artère circonflexe et à nn quart de pouce de la naissance de l’épigastrique. H existait un léger es. pace entre l'artère fémorale et la veine et le côté de-la tumeur, & un pouce et demi environ de l’origine de la profonde, les enveloppes. supérieures de Vanevrisme étaient formées par la gaine des. vaisseaux. et, par le fascia de la cuisse. L’arttre profonde n'était en, aucune
246 MALADIES Si l’on passe le doigt sous le cordon des vaisscaux spermatiques, et dans ceite ouverture
Nee A SS nN
— M. Smith Soden, en 1816, pour une tumeur ané-
vrismale à laine. Son opération a réussi (a).
manière épaissie ou dilatée. La totalité du membre se trouvait dans un état de gangrène *, | |
(a) Thomas Gater, homme robuste et actif, âgé de cinquante-six ans , fut admis à l'hôpital Le 20 avril 1816. Sa profession de forgeron exigeait parfois beaucoup d’efforts , et son séjour dans la forge l’exposait à des changemens soudains de température. Au mois d’octobre dernier , en fixant une couverture en fer sur un large four, il se tordit le genoû droit et par suite de cette foulure , il fut boiteux pendant une semaine. Depuis cet accident, il éprouvait des douleurs fréquentes à l'aîne droite; mais il n’y faisait pas beaucoup d’attenuon, parce qu’il les attribuait à un rhumatisme. Vers la fin dé janvier ; “il éprouva tout-à-coun ane légère atteinte de paralysie, Il avait de la difficulté à s’exprimer et il ne pouvait pas écrire “coyrec= tement ce qu'il desirait. Il garda le lit pendant une semaine ; mais il se rétablit au moyen d’une saignée , de pargatifs et de la diète. Pendant cet espace de temps, il'eut des douleurs trés-aigués dans la cuisse et dans l’aîne du côté droit, différentes de la doulenr qu’il avait éprouvée auparavant , et il s’apercut alors d’une tumeur pulsative à Paine, ayant le volume d’un œuf de pigeon. Il reprit ses travaux, mais en bojtant, et il ressentit des douleurs constantes dans la tumeur, qui augmenta graduellement de volume. Vers le milieu de mars, après un exercice violent , tout le membre se tu méfia, la tumeur s’accrut considérablement, et ses pulsations devintent si violentes , que le malade croyait que tout son corps en était soulevé. Dès - lors l'affection fit des progrés aussi Loue qu 'larmäbs. Sie
* History of à case femoral artery for which the operation of tying the external iliae artery was perfomed. (Voyez Medico-Chirurgical Transactions ; vol. vir, part. 1, pag. 136. London; 1816. )
da fascia qui borne le muscle transverse, on le mettra en contact immédiat avec l’artere
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La cuisse et la’ ambe avaient le double de leur volume ordinaire ; la tumear était extrêmement douloureuse , et elle s’avancait au-des-. sus du gonflement général du membre sous la forme d’un gros citron. Elle dépassait supérieurement le ligament de Poupart, et s’étendait, dans nne longueur de trois pouces, vers la partie infé= rieure de la cuisse. On pouvait la vider par la pression; mais elle se distendait de nouveau immédiatement après que la pression avait cessé. La nature de la maladie parat évidente , tant par le toucher que par la vue.
Je prescrivis la saignée, le repos et un apéritif, et j’engageai k ne pas différer trop long-temps Popération. Le malade y consentit , et en conséquence, le 22 aviil, à onze heures du matin, je fis la. ligature de l'artère iliaqne externe, d’après le procédé recommandé par M. Abernethy , si ce n'est qne je ne me servis que d’une seule ligature de soie trés-mince. La pulsation dans la tumeur cessa immediatement après que la ligature ent été liée, et aussitôt que le malade fut dans son lit, il s’éeria: Monsieur , ma douleur est passée » je me trouve assez bien.
La journée et la nuit suivante furent bonnes ; mais le lendemain. 23. il survint des symptômes d’une inflammation du péritoine, et i{ fut nécessaire de recourir à la saignée. Le 25, il avait plus de fièvre , et tous les symptômes facheux se dissipèrent successivement,
La chaleur du membre malade, deax beures après l'opération, avait trois degrés de,plus que celle du membre sain. Le lendemain, la température était la même des deux côtés. Le 25, le membre affecté était d’un. degré plus froid que lautre, et ce fat la plus. grande différence qu’on. observa dans la température des membres. pendant tout le reste dela guérison.
La ligature se détacha ie 8 mai. La partie supérieure de la plaie fat guérie au boat d’un mois ; mais à la partie inférieure, une petité portion large comme une pièce de six sous fut longue à se fermer, et ne se cicatrisa complètement que sept semaines après l’opération.
Le contenu de la tumeur fut absorbé; le gonflement du membre-
qui s'étend sur le côté externe de la veine
iliaque. L’artere et la veine sont unies ensemble par un tissu cellulaire dense que l’on doit diviser, pour permettre à l'opérateur de placer une ligature autour de la premiere, au moyen d’une aiguille à anévrismes.
L'opération est exécutée de cette manière en dérangeant le moins possible le péritoine , et l’on applique la ligature a la partie la plus superficielle de l'artère iliaque externe. M. Astley Cooper a employé ce mode opé-
ratoire dans six cas : la bienveillance qu'il a
— M. J. Cole, chirurgien à l’état-major des armées anglaises , le 2 août 1817, à Cambrai, sur un soldat de sa nation , pour une tumeur anévrismale dans l’aine, Environ un mois et demi apres cette opération, le membre avait recouvré en entier sa force et ses facultés ; la plaie était cicatrisée , et la santé du malade n’avait éprouvé aucun dérangement (a). |
disparut. Un mois'après l'opération , le membre était revenu à son velume natarel. Aucune tumeur ne paraissait à sa surface ; mais on sentait À l’aîne et à fa partie supérieure de Ja cuisse, une dureté de la grossenr dane noisette. Cette dureté diminua graduellement, et le malade fat gucri le 15 juin *.
' (Note du tradueteur. )
(a) Voyez le rapport des travaux de la Socicté d’émulation de.la ville de Cambrai, séance publique de 1817:: Cambrai 1817. Exposé d'un anévrisme inguinal guéri par la ligature de l'artère iliaque externe , elc.
* Voyez Medico-Chirurgieal Transactions.
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 249 pour moi m'a mis à même d’être témoin de quelques-unes de ces opérations, et jal pu remarquer la facilité avec laquelle on découvrait et on lait l'artère par la méthode que je viens de décrire. Ce mode opératoire est toutefois impraticable quand la tumeur est volumineuse et qu’elle s'étend sur le ligament de Poupart. Il offre aussi quelque danger de lier le vaisseau immédiatement au-dessous de l’origine des artères épigastrique ou circonflexe iliaque , surtout si ces vaisseaux naissent plus haut qu’à Pordinaire , et cette circonstance peut devenir une. cause d’hémorragie secondaire. Lorsqu’ on adopte ce mode opératoire, on aura donc soin d'appliquer la ligature aussi haut que | l’espace pourra le permettre , ou même de diviser quelque peu les muscles et le fascia pour mettre Popérateur en état de lier avec certitude Partére à une distance convenable de Vorigine de ces valsseaux, |