OBSERVATION XLVI
Un enfant âgé de neuf ans tomba en tenant sous son bras un plat de terre, dont un long fragment pointu lui perça laisselle gauche. Il fut à l'instant couvert de sang et eut une faiblesse. Le chirurgien que lon appela se contenta de panser laisselle, et au bout de quelquesjours , ayant enlevé l’appa-
~ reil, il trouva la plaie guérie. Il y avait toutefois dans le fond de la plaie une petite dureté accompagnée de battement. La pulsation et latumeur augmentèrent par degrés, et en quelques semaines la tumeur acquit un tel volumequ’elle faisait unesaillie hors du creux de Paisselle. Elle s’arréta alors, devintsolide et diminua ensuite graduellement. Huit mois apres laccident , la pulsation y était a peine perceptible , et le pouls était extrémement faible au poignet. La tumeur finit par perdre entièrement ses battemens. Dix-huit mois après il n’en restait plus aucun vestige, et l'enfant avait recouvré l'usage ainsi 1 la force de son bras(1).
(1) Un cas d’anévrisme provenant d’ane artere bles=
Un anévrisme dû à la piqtire d’une artere se “remplit quelquefois d’un coagulum lamelleux qui ferme lorifice de communicalion entre Vartére et le sac, d’où résulte la guérison de la maladie sans oblitération du canal du vaisseau. Le coagulum est absorbé, le sac se contracte , et l’orifice de Partére ne peut plus cime se rouvrir. Ce mode de guérison des anévrismes arrivant dans les cas de piqûre d'artères , est semblable à celui que J’ai décrit comme ayant lieu quelquefois dans les anévrismes produits par une condition morbide du vaisseau , et je renvoie le lecteur, pour avoir de plus amples détails à cet égard , a la section de la guérison spontanée de lanévrisme.
Saviard (1), Petit (2) , Foubert (3), Scarpa (4) et Jones (5), rapportent des observations qui viennent à l’appui de ce mode de
see quis’était guérie spontanément, est rapporté par Blag— den, in medical Facts and Experiments ,vol.n, pag. 48.
(1) Observations de Chirurgie, obs. uxt. |
(2) Traité des Maladies chirurg., t 11, p.218.
(5) Mémoires de l’Académie royale de Chirurgie, t. ir; p. 542, 543.
(4) Réflex. et Observ. anat.-chirurg. sur l’Anév., par A. Scarpa, trad. par Delpech, p. 375-376 et suiv.
(5) Treatise on Hæmorrhage, chap. 1, sect. 1, ex= per. VIIL,
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guérison pour les anévrismes qui sont le résultat de la blessure des artères. Dans quelquesuns des faits rapportés par ces écrivains, les sacs étaient remplis d’un coagulum consistant qui fermait l’ouverture de lartère sans s’étendre dans son canal. Scarpa a une fois observé que les bords de la plaie de l'artère s'étaient réunis, et qu’il existait même une ligne de cicatrisation assez apparente. Le coagulum sorti, par cette voie, du canal du vaisseau, formait une petite tumeur adhérente à son côté externe (1). Cependant il est probable, toutes les fois qu’un anévrisme provenant d'une artère blessée dans une certaine étendue ou complètement divisée, se guérira spontanément, qu'il y aura oblitération du canal du vaisseau.
Les mêmes modes de traitement doivent être adoptés dans les anévrismes qui dépendent de la blessure des artères que dans ceux qui sont la conséquence d’une condition morbide des membranes du vaisseau. La diminution de la force de la circulation par la saignée, la diète et le repos peut être employée avec avantage pour favoriser la gué-
(1) Réflex. et Observ. anat.-chirurg. sur l’Anéyrisme, trad. par Delpech, p. 375.
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 355 rison spontanée des anévrismes dus aux blessures artérielles. Sabatier rapporte l’histoire dun anévrisme à l’aisselle produit par un coup d'épée, qui fut guéri radicalement par Pexacte observation de ce traitement débilitant (1).
La compression a été fortement recommandée dans le traitement des anévrismes circonscrits qui résultent des blessures des ar teres, et l’on cite de nombreuses observations dans lesquelles ce moyen a été employé avec avantage. Les ouvrages de chirurgie abondent en descriptions d’instrumens inventés pour ~ Ja compression de ce genre d’anévrisme, et qui sont destinés & empécher le passage du sang par la plaie artérielle. L?examen du plus grand nombre des cas dans lesquels on prétend que ce be a effectué la guérison de la maladie, m’a pleinement convaincu que lon ne pouvait pas plus compter sur ce mode de traitement dans les anévrismes provenant » des artères blessées que dans ceux qui dépendent d’une condition morbide des membranes du vaisseau ; et d’après les observations consignées dans is première partie de cet ouvrage, je. pense que très-rarement la compression BR 2 SAS IS Nr PU en
(1) Médecine opératoire , t. nr, p. 170.
peut amener la guérison parfaite de cette affection. Toutefois, lorsque le travail de la guérison spontanée commence, et que le coagulum saccumule dans le sac, la compression, en fortifiant davantage les parties contre limpulsion du sang en circulation, peut prévenir l'accroissement de la tumeur.
Foubert rapporte un cas d’anévrisme de l’artere brachiale dans lequel le travail de la guérison spontanée se fit convenablement tout le temps qu’on employa la compression.
Le malade se lassa de son bandage et le quitta : dès - lors la tumeur fit des progrès si rapides qu’il fallut recourir à l’opération (1). Saviard dit que chez un autre malade la tumeur, après être restée stationnaire peudant vingt ans, commença ensuite à faire des progrès et exigea l’opération (2).
Dans tous les genres d’anévrismes, la ligature de l’artère est le moyen curatif le plus efficace, toutes les fois que la situation de la maladie rend lopération pralicable. Pour les anévrismes qui dépendent de la blessure des artères, l’ancienne méthode d’ouvrir le sac,
(1) Mémoires de l’Académie royale de Chirurgie, t. 11, p. 540.
(2) Observations de Chirurgie, obs. uxt.
et de lier dans cet endroit les deux bouts du vaisseau , est recommandée et même pratiquée de nos jours par plusieurs chirur- . giens. Je ne puis m’empécher de blâmer cette conduite, car je ne vois ici nulle raison qui s’oppose à la ligature de l’artère à une certaine distance du siége de l'affection, comme on le fait pour les anévrismes qui dépendent d’un état morbide des parois du vaisseau.
La nécessité de lier les deux bouts de l'artère blessée dans les anévrismes diffus a probablement fait penser qu'on devait en agir de même dans les anévrismes circonscrits provenans de la blessure des artères. Néanmoins, la différence qui existe dans les deux cas indique une différence importante dans leur traitement. Dans les anévrismes diffus, après la ligature du bout supérieur de Yartére , le sang qui sort par son bout inférieur peut sé répandre dans le tissu cellulaire environnant, tandis que la condition d’un anévrisme circonscrit, produit par la blessure d’une artère, est semblable à celle d’un anévrisme déterminé par la destruction des membranes du Vaisseau au moyen d’une cause interne. Dans les deux cas, la diminution de la force de la circulation dans la poche anévrismale, en conséquence de la ligature de l'artère à une cer-
taine distance de la maladie, aménera inévitablement dans le sac les changemens nécessaires à ’accomplissement de la guérison. L’ouverture de la cavité d’un kyste anévrismal causé par la lésion d’une artère sera suivie, en général, d’une suppuration abondante et même deson ulcération : en un mot, on pourra objecter contre cette pratique toutes les raisons déja émises contre l’ancienne opération de l’anévrisme, si ce n’est que, dans le cas qui nous occupe maintenant, les membranes du Vaisseau ne sont pas exposées à ces altérations morbides généralement observées dans les artères devenues le siége d’anévrismes par cause interne. Il suffira de renvoyer aux observations sur des anévrismes dépendans de la blessure des artères qui ont été guéris par la ligature du vaisseau au-dessus de la tumeur, sans ouverture du sac, pour démontrer que les principes de Popération moderne peuvent s'appliquer avec autant desuccèsaux deux variétés de cette maladie (1). Le traitement chirurgical des anévrismes circonscrits
(1) Des observations sur des anévrismes dépendans d’arteres blessées, qui ont été guéris par Ja ligature du vaisseau au-dessus de Ja tumeur et sans l’ouverture du sac, sont
rapportées par AneL, à la suite de la nouvelle Méthode /
provenant des artéres blessées sera donc le même que celui des anévrismes circonscrits qui dépendent de toute autre cause. |
Les observations contenues dans cette section et dans la précédente me paraissent justifier les préceptes suivans :
1°. Toutes les fois qu’une artère, assez grosse pour produire une hémorragie dangereuse , est blessée , il est a propos de lier les. deux bouts du vaisseau aussi prés que possible. de la plaie de ses parois.
2°. La ligature du bout supérieur d’une artère blessée ou du tronc, quand c’est ‘une branche qui a été lésée, ne mettra pas le malade à l’abri de ’hémerragie qui peut .
avoir lieu, soit par le bout inférieur du vaisseau, soit même par le bout supérieur , dans lequel le sang peut se rendre en parcourant les canaux d’anastomoses qui s’ouvrent dans le tronc, entre la ligature et la plaie: >:
3°. Dans les anévrismes diffus, la ligature des deux extrémités de l'artère est aussi nécessaire que lorsque Phémorragie a lieu extérieurement par une artère blessée.
de guérir les fistules lacrymales, p. 251.— Par Facer,
Observations on aneurism , p. 54. — Par PELLETAN * + e ° 2 Q
Clinique chirurgicale, t. 1, p. 178.
4°, Enfin, dans les anévrismes circonscrits provenans des artères lésées, il est inutile d'ouvrir le sac et de lier les deux bouts du vaisseau dans cet endroit, parce que la ligature de l'artère, à une certaine distance de la tumeur, produira aussi efficacement la guérison de ce genre d’anévrisme que de celui qui est la conséquence d’un état morbide des parois artérielles.