DES ARTERES ET DES VEINES. 363 OBSER VATION XLVI
Le fils d'un maréchal ferrant, âgé de dé sept ans, étant au travail, se retourna touta-coup , et s’enfonca assez profondément , à la partie supérieure de la cuisse , l'extrémité pointue d’une verge de fer presque rouge.
L'hémorragie violente qui se déclara immédiatement fut arrêtée par un des ouvriers, qui comprima fortement avec ses doigts Porifice de la plaie. Un chirurgien, appelé, en prévint le retour par lapplication d’une compresse et d’une bande serrée autour du membre.Ces applications,continuées pendant deux mois, produisirent la guérison de la plaie.
Dix semaines après l'accident, une tumeur d'une couleur pourpre, ayant trois pouces environ de diamètre , et n'étant guère élevée au-dessus de la peau environnante, se manifesta immédiatement sur Partére fémorale :
a quatre pouces au-dessous du ligament de Poupart. Cette tumeur, plus molle à son centre qu'à sa circonférence , était par-tout compressible. Ses pulsations correspondaient avec celles de lartère radiale au poignet; elles otfraient un mouvement vibratoire particulier qui s’étendait à quelque distance, tant au-dessus qu’au-dessous de la tumeur, mais
plus particulièrement en haut, vers la région inguinale, où il devenait très-distinct. Ce mouvement particulier faisait aussi entendre une espèce de bourdonnement ou plutôt de sifflement qui correspondait avec la pulsation des artères.
Les symptômes étaient si particuliers et le bruit tellement semblable à celui que décrit le docteur Hunter, c’est-à-dire à celui que produit lair en passant par une petite ouverture ou au son de la lettre R long- temps prolongé dans la bouche de quelqu’un qui chuchote (1), qu’on ne pouvait guère douter que ce ne fût une varice anévrismale produite par l'introduction d’une verge de fer pointue a travers la veine et l’artére fémorales.
Le jeune garçon ne se plaignait pas de froid dans le membre, qui, en effet, au toucher, avait la même température que Pautre. Il ne sen était pas servi depuis l'accident, ayant toujours maintenu sa jambe dans une position horizontale et dans une grande tranquillité , par la frayeur excessive qu'il avait eue alors de perdre autant de sang. I] craignait que le mouvement ne lui occasionnât une nouvelle
(1) Medical observations and inquiries , vol. 11 ;
DES ARTERES ET DES VEINES. 365 hémorragie. Il se plaignait souvent d’une douleur au talon, s'étendant jusqu’au jarret , le long du côté externe de la jambe. On ne découvrait au jarret ni pulsation ni sifflement. Le bruit était plus distinct lorsqu’on plaçait l'oreille sur la tumeur, à l’endroit où le fer avait pénétré. Il était aussi très-sensible a trois ou quatre pouces au-dessus de la tumeur, mais à peine pouvait-on l'entendre au-dessous. Il fut décidé dans la consultation que le blessé porterait un bandage lacé tout le long de la cuisse, et sur la tumeur une forte plaque de liége recouverte de cuir. Le bandage devait être graduellement serré, et le membre exercé modérément. Au bout d’un mois de ce traitement , ce garçon put se servir de sa jambe et marcher assez bien, La tumeur était un peu diminuée et la pulsation n’était plus si violente. Il quitta l’hôpital , et on lui conseilla d'apprendre un métier moins fatigant que celui de maréchal ferrant.