‹ Traité des maladies des artères des veinesChapitre 25 sur 49 · OBSERVATION XLVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLVIII

Un dragon, dans une affaire aux Indes orientales , reçut au jarret droit une balle de pistolet. Une hémorragie abondante remplit à l'instant sa botte de sang, et il tomba

en faiblesse. Transporté dans sa tente, on appliqua un peu de charpie sur sa blessure, et après l’action , on y plaça un cataplasme. Au bout de quelques jours, on fit l'extraction de plusieurs morceaux de bourre : la balle était sortie du côté du genou. Dix jours après, on observa une tumeur pulsative au jarret , qui continua à faire des progrès pendant quelque temps. Elle diminua ensuite et arriva au volume que je lui vis, dix-huit mois après l’accident. Il y avait alors à la partie inférieure du jarret une tumeur aplatie, compressible , molle , accompagnée de pulsation, ou plutôt d’une sorte de tremblement et faisant entendre une espèce de sifflement ou de bruissement. Elle n’était pas si grosse qu’un œuf, et, suivant le rapport du blessé, elle était demeurée dans cet état depuis plus de seize mois. Je fis appliquer une bande ordinaire autour du genou , et pendant tout le Lemps que je donnai des soins à cet homme, il ne survint aucune altération dans la tumeur.

Je suis porté à croire que ce cas était une varice anévrismale , premièrement à cause du tremblement particulier de la tumeur et du bruit qui accompagnait ses pulsations , et ensuite parce qu elle restait stationnaire: cette dernière circonstance est en effet trés-rare

dans les anévrismes, et surtout dans ceux qui ont leur siége au jarret. L’hémorragié

parait s'être arrêtée dans le premier moment par les procédés de la nature : il est probable que l’artére et la veine s’ulcérèrent consécutivement , et qu’il se forma de cette manière une communication entre les deux vaisseaux.

Sabatier(r), MM.Richerand (2) et Boyer(3) font mention d’un cas de varice anévrismale produite par un coup d’épée qui blessa l’artère et la veine poplitées. La préparation anatomique fut donnée à l'Académie de Chirurgie avec l’observation, qui n’a pas été pu-

bliée (4).

(1) Médecine opératoire, HI, p. 417.

(2) Dictionnaire des Sciences médicales, art. Anévrisme VATIQUEUT

(5) Traité des Maladies chirurgicales, t. 1 , ps 499 Scarpa parle de ce cas, comme étant rapporté par Lassus. { De la Médecine opératoire, etc. , par Pierre Lassus , tome u, page 445.) Il est mentionné par Sabatier, auquel Scarpa renvoie; Sabatier ne dit pas que Lassus en ait donné la description. Selon M. Boyer, il a élé observé par M. Larrey, chirurgien distingué de Toulouse. J’en conclus que MM. Scarpa et Boyer ont voulu parler du même fait,

(4) M. le baron Larrey dit (Mém. de chirurgie mili-

taire , toni rv, pag. 540), que son oncle, directeur de l'École de Médecine de Toulouse, alors chirurgien-ma— jor à l'hôpital de cette ville, a vu un anévrisme variqueux produit par la lesion de la veine et de l’artère poplitées. La pièce et l’observation furent envoyées à l’Académie royale de Chirurgie. 4 La tumeur variqueuse , du volume des deux poings, occupait tout le jarret chez un homme ‘de moyen age qui avait reçu, quelques années auparavant, un coup d’épée dans cette région. L’amputation de la cuisse, jugée nécessaire par une consultation de chirurgiens, fut pratiquée avec succes.

» L’artere poplitée présentait , dansle fond de la poche variqueuse, une ouverture assez considérable, éraillée dans les trois quarts de sa circonférence, et continue, par une petite portion, à la partie inférieure oblitérée. Le sac, mince et transparent, était évidemment formé par la veine poplitée, dont les deux bouts correspondans à ce renflement variqueux étaient tres-dilatés, surtout le bout inférieur, de maniere que le tronc dela veine formait avec cette poche une espèce d’entonnoir. Le nerf poplité, aplati comme un ruban, était collé à la surface externe de ce kyste. 5

M. Dorsey , de Philadelphie, a publié une observation d’anévrisme variqueux offrant des particularités assez extraordinaires. Le malade avait reçu sur la jambe un coup de fusil chargé à plomb de chevreuil. Lorsque la. plaie fut guérie, on découvrit un anévrisme variqueux , précisé ment au-dessous du genou; peu de temps apres, les veines superficielles du membre se dilaterent, et l’on sentit distinctement le frémissement qui caractérise cette espece d’anévrisme. M. Dorsey vit le malade, douze ans

DES ARTÉRES ET DES V£INES. 569 M. Richerand (1) ditque M. Larrey a mon-

apres l’accident, les veines étaient considérablement dilaiées depuis les orteils jusqu’à l’aîne ; toute cette région avait été constamment douloureuse, et des ulcères qui occupaient le pied et les chevilles avaient résisté à tous les remedes. ï

Le malade fat soigné par les docteurs Physick et Wistar. L’énorme distension des vaisseaux de la jambe et l’in= certilude de découvrir la communication entre l'artère et la veine, les déterminerent ä lier Ja première vers le milieu de la cuisse. La gangrène se manifesta bientôt : lorsque les parties frappées de mort se séparerént, il survint ino« pinément une hémorragie par l’une des veines dilatées , ce qui diminua beaucoup les forces du malade. Quoiqu’on parvint à arrêter le sang par la ligature du vaissean, cependant l’hémorragie reparut, le malade s’affaiblit de plus en plus, et enfin il mourut, we

A Vexamen anatomique des parties, on trouva la tota~ lité du tronc de Partere fémorale dans un état de dilata~ lion contre nature. Toutes les veines du membre étaient considérablement distendues, etune bougie pouvait passer facilement de l’artère poplitée dans l'artère tibiale posté rieure qui participait à la dilatation , et de celle-ci dans la veine en traversant un kyste situé à la partie interne de la jambe au-dessous du genou (a).

(Note du traducteur. )

(1) Dictionnaire des Sciences médicales, art. Ané-

vrisme vlhriqueux.

(a) Elements of Surgery , ete, ; by John Syng Dorsey ; t. ity p 210. Philadelphia, 1813. |

Page 1