‹ Traité des maladies des artères des veinesChapitre 34 sur 49 · OBSERVATION LI · texte numérisé non relu

OBSERVATION LI

Un charpentier âgé de dix-neuf ans s’apercut, en 1806 , que les veines de sa jambe droite étaient plus grosses que celles de la gauche. Dès-lors , elles augmentèrent graduellement , et en janvier 1814, il avait au côté interne du gras de la jambe, à-peu-près à la partie moyenne du tibia, un amas de veines dilatées : dans le trajet de la grande veine saphéne, un peu au-dessous du genou, l’on voyait une varice aussi grosse qu’un œuf de pigeon, et il y en avait une autre de mème volume à la partie moyenne de la cuisse. Les portions intermédiaires de la veine étaient dilatées ; mais toutes les fois que , jusque la, le malade avait pris une position horizontale, les tumeurs avaient disparu. Peu de jours après, ayant exercé le membre pendant plusieurs heures avec plus de force qu’à Yordinaire , il s’aperçut que les tumeurs ne se vidaient plus par la pression et qu’elles ne disparaissaicnt pas lorsque le membre éLait élevé. Il était évident que la circulation avait cessé dans leur intérieur ; elles devinrent dures et trés-douloureuses : la veine , entre les tumeurs, ressemblait à une corde qu’on aurait passée sous la peau.

Lorsque je vis le malade, la srande veine saphène , depuis le milieu de la jambe jusqu'à la partie moyenne de la cuisse, se trouvait dans cet état. Les tumeurs, quoique dures à leur circontérence , étaient élastiques à leur centre; la peau qui les recouvrait offrait une ae rouge foncée; le malade se plaignait d’une grande douleur dans le membre, particulièrement à Varticulation du pied. On appliqua des lotions froides sur les tumeurs ; on fit tenir le membre dans une position hor izontale et dans un repos parfait. La douleur disparut par ce traitement : au bout de quelques jours, on recouvrit les tumeurs d’emplatres de savon, et le membre fut enveloppé par une bande roulée depuis les orteils jusqu’à laine. Les tumeurs diminuérent graduellement; cinq mois après qu'on se fut apergu pour la première fois que la circulation avait cessé dans la veine, la peau qui recouvrait les tumeurs était de niveau avec les parties environnantes, et elles se convertirent en de petits nœuds durs, de la grosseur d’un pois, et qui se trouvaient disposés dans le trajet de la veine, changée elle-même , du moins à en juger par le toucher, en un cordon solide.

Mais tandis que ces changemens s’opéraient,

les veines ‘qui entourent l'articulation du pied et Ja petite veine saphene se dilataient , et peu de temps apres, lorsque le malade eut reprit ses occupalions, ces vaisseaux étaient devenus évidemment variqueux. Une compression régulière avait jusque la arrété les progrès de leur dilatation. ‘Tl s'était écoulé déja dix mois lorsque je vis cet individu pour la première fois : tout ce qui reste de la varice de la cuisse et de celle qui était immédiatement au-dessous du genou, consiste en deux nodosités résistantes, de la grosseur de deux grains d’orge. Une veine évidemment perméable, et contenant du sang, se distingue sur le côté interne du genou, dans le trajet de la grande veine saphène ;. mais il est douteux si c’est bien ce vaisseau ou une de ses branches collatérales. I] y a plus de probabilité que c'est une de ces dernières, parce qu'une portion de la grande veine sa- phène , des deux côtés de la varice inférieure, est encore dure, contractée et évidemment imperméable : on ne peut guère douter , par exemple , que les portions du vaisseau dans lesquelles les varices ont leur siége ne soient oblitérées. De nombreuses veines dilatées s'ouvrent depuis l'articulation du pied et le long de la partie interne de la jambe, dans

la petite veine saphène , dont une large branche traverse en serpentant le jarret.

Page 1