APPENDIX
Description des Vers qui se trouvent dans les artéres de quelques animaux.
Lows ceux qui ont disséqué des chevaux et des anes savent très-bien qu'on rencontre fréquemment des vers dans les artères mésentériques de ces animaux , et que les vaisseaux qui les contiennent sont dans un état morbide trés-remarquable. Voulant examiner cette maladie, je me suis procuré les moyens de disséquer des Anes, parce qu'on m'avait dit qu'elle était plus fréquente chez ces animaux que chez les chevaux. Voici le résultat de mes recherches.
Le siége le plus commun du mal se trouve dans Vartère mésentérique supérieure ; je !’ai rencontré une fois dans l’artére cœligque. L’aorte, à l’origine des arteres cœliaque et mésentérique, était trés-dilatée. L’ar= tere mésentérique supérieure, immédiatement après son origine de l'aorte , est graduellementdilatée en une sorte de sac, dont le diamétre transversal varie depuis un demi-pouce jusqu’à un pouce trois quarts. Dans quelques cas, l'affection n’occupe que l'étendue d’un
pouce du vaisseau, et cet espace, par sa dilatation, forme une tumeur dure et ronde. Quelquefois la totalité de l'artère et de ses branches principales est ma- Jade, et elles se rendent toutes ensemble dans le mésentere en formant des cordons épais. La tumeur ne consiste que dans les trois membranes de l'artère, qui sont épaissies et dilatées d’une manière fort extraordinaire. Dans certains cas , les parois dilatées du vaisseau sont molles et pulpeuses ; dans d’autres, elles sont dures et d’un tissu dense ét tendineux : une seule fois, j'ai rencontré un dépôt de matière calcaire dans la membrane interne. La tunique externe n’est pas, en général , plus adhérente aux parties voisines que dans l’état naturel. La surface interne est, dans quelques endroits, unie et polie; dans d’autres places, elle est irrégulière et rugueuse par suite de l’adhérence de flocons de lymphe ou de coagulum (1). Chez quelques animaux, la lymphe tapisse simplement une partie de la cavité; chez d’autres, elle est déposée en masses irrégulières , et dans trois cas que j'ai examinés, elle était accumulée en si grande quantité, quelle oblitérait complètement la cavité de l’artére mésentérique supérieure. Dans l’un des trois, une quantité considérable de pus était mêlée avec la lymphe, qui, en général, est irrégulièrement Jamelleuse, et d’une couleur plus claire que le coagulum qu'on rencontre ordinairement dans les sacs anévrismaux. Un grand nombre de petits vers ronds sont répandus dans
(1) Voyez planche vuir , fig. 2.
vette lymphe. Quel quefois on en trouve dans la cavité qui n’ont aucun rapport avec la lymphe ou les membranes artérielles ; mais quand le vaisseau est perméable , leurs têtes généralement font saillie dans sa cavité, et ils sont d’un rouge faible. Jai trouvé plus de trente de ces vers dans un seul animal ; d’autres fois, je n’en ai rencontré que trois ou quatre; leur nombre est ordinairement proportionné à la quantité de lymphe contenue dans le vaisseau. Dans l’intention d’éclaircir ce sujet, j'ai examiné les cadavres de neuf Anes; chez sept de ces animaux j'ai trouvé, dans l’artère mésentérique supérieure , des vers et la maladie que j'ai décrite ; chez un autre, les parois de l’artére étaient dilatées et épaissies; mais je ne pus y découvrir ni lymphe ni vers : dans un seul cas, l’arière mésentérique supérieure se trouva saine. Les animaux étaient d’âge différent : les plus jeunes de céux qui présentaient des vers avaient deux ans; le mésentére de celui chez lequel il existait le plus grand nombre de vers était rempli d’une quantité remarquable de graisse ; chez celui-là, la cavité de l'artère était oblitérée : l'animal paraissait avoir joui d’une santé parfaite avant l'accident qui l'avait fait périr.
Les vers que j'ai examinés varient en longueur, depuis un demi-pouce jusqu'à un pouce un quart. Immédiatement après la mort de l'animal qui les renfermait , ils sont demi-transparens ; mais l’exposition à Pair ou l'immersion dans l’eau ou dans de Vespit-de-vin affaibli les rend bientôt d'une cou-
leur blanche opaque. Leur tête est obtuse et leur queue effilée. Une ligne blanche offrant des circonvolutions, et que je crois être le tube intestinal , commence a la téte et se termine un peu au-dessus de Vextrémité de la queue (1). Examiné au microscope, le ver présente plusieurs lignes longitudinales qui passent sous lui, et il est entrecoupé par de nombreux anneaux transverses. Je n’ai pu faire aucune observation satisfaisante relativement à ses or=ganes sexuels. J'ai seulement remarqué une fois un mouvement léger dans un de ces vers; quoique je les aie toujours examinés quelques minutes seulement après la mort de l’animal. qui les:renfermait, je les ai trouvés constamment sans vie, si ce n’est dans le cas unique dont je viens de faire mention. |
L'existence de ces vers a été signalée par plusieurs auteurs; mais je ne sache pas que Ja maladie des membranes de l’arière ait été décrite exactement jusqu'ici. Ruysch dit qu'il a trouvé un amas de vers dans l'aorte d’un cheval (2). Schulz a rencontré un anévrisme dans l'artère qui marche le long du colon, chez une cavale, En examinant la partie interne de la tumeur, qui était formée par les parois
$ (1) Poyez planche viir, fig. 3. Mon ami le docteur Leach, zoologiste au Muséum britannique, m’a fait le plaisir d'examiner
quelques-uns de ces vers: ses observations sont précisément les niêmes. que les miennes.
(2) Opera omnia anatomico - chirurgica, tom. 1, obs. 64: eb decad. 111 , art. 6. Amstel., 1721. Ruysch a donné une représenpatton de ces vers dans Ja planche de la p. Gr, +
artérielles, trois fois plus épaisses que dans l’état or-
dinaire , il observa que leur substance était presque
cellulaire , et que les cellules étaient remplies de vers entortillés les uns avec les autres (1). Sabatier (2) rapporte les observations de Ruysch, de Schulz, et de Morgagni. Ce dernier a trouvé Vaorte d’un chien parsemée de tubercules qui contenaient des vers (3). Rudolphi a remarqué fréquemment des vers dans les artères mésentériques des chevaux. Il. les décrit comme une variété du strongylus armatus y
sous la dénomination de strongylus armatus minor ,
aneurismaticus. I] dit que le strongylus armatus major se voit plus souvent dans les gros intestins des chevaux et des mulets que toute autre espece de vers, et que le strongylus armatus minor ne diffère de ce-
lui-ci que par le volume (4). On a supposé que les:
mo ne
(1) Acta nat. Curios. , vol. 1, obs. 219, pag. 519. — Foyez Scarpa , Treatise on Aneurism » Wishart’s translation , p. 84. (2) Médecine opératoire , t. 1, p- 355, 2° édit. |
(3) Epist. Anat. 9 , n°* 44, 45.
(4) Entozoorum , sive vermium intestinalium Hist. naturalis ; vol. 1, p. 437 , et vol. 11, p. 204. Voici la description que donne Rudolphi de cette espèce de strongylus : « Capite globoso truncato 3 ore aculeis rectis densis armato ; bursa maris triloba , cauda fe-
mine obtusiuscula, » Chez le premier ver que j’ai examiné dans. l'artère mésentérique de l’âne, j’ai vu, au microscope, plusieurs cros chets partant de la téte et tres-apparens, et la gravure qui le représente a été faite avant que j’eusse connaissance de l'ouvrage de Rus
dolphi, Mais dans mes examens subséquens, je n'ai jamais décou- :
vert ces crochets. Quoiqn’on ne puisse gnère douter que ces vers
: i : : tL est décri a ñ appartiennent au genre st ongylus , tel qu'il est décrit par Rudol phi, néanmoins cette eirconstance me rend incertain pour alijrmes
528 MALADIES vers se forment originellement dans des tubercules. ou sacs attachés à la surface externe de l’artére , et
que les tuniques de cette derniére étant détruites par
suite de la pression du sac, une ouverture de communication s'établit entre les deux cavités, d’où il résulte un chemin facile aux vers pour se rendre dans l'artère (1). La nature de la maladie, dans les membranes du vaisseau , réfute néanmoins cette Opi=
nion, car dans tous les cas que j’ai examinés, elle
consistait invariablement dans une dilatation non interrompue et dans un épaississement des trois membranes artérielles. En outre, je n’ai jamais remarqué de tubercules dans le voisinage de l’artère, ni aucune autre apparence dans les parties environnantes qui
puisse autoriser une pareille supposition. On a cru
aussi que ces vers étaient formés dans les intestins, et qu'après avoir percé les parois de ces canaux et uaversé le mésentére, ils étaient enfin arrivés à l’arière. Sil en étais. ainsi, on devrait s'attendre à en rencontrer quelques - uns dans d’autres parties du mésentère. Malgré toute Vattention possible , je n’ai
jamais observé de ces vers que dans l'artère, qui.
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à qu’ils sont toujours de l’espèce nommée strongylus armatus, attendu que les crochets qui environnent la bouche forment le caractère distinctif de cette dernière. Mon ami M. Barnes d'Exeter m’a envoyé récemment une préparation d'anatomie pathologique présentant ce
genre d'affection ; cette lésion organique provenait de lariére me-
senterique d’un cheval; l’état du vaisseau'et l’apparence des vers :
à ; oe a. iret examinés au microscope coincident, à tous égards, avec ce que j ai observé chez les ânes.
(1) Ruporrut, loco citate.
d'ailleurs , n’offrait aucune trace qui pit faire découvrir leur passage à travers ses membranes. Cette idée ne s'accorde pas non plus avec leur fréquence dans l'artère mésentérique supérieure des animaux , tandis que les autres branches de l'aorte abdominale , ainsi que les veines contigués, en sont totalement exemptes, il parait probable que les vers sont la cause de la maladie des tissus de l’artère, et que leur formation n’est pas une conséquence de la dilatation du vaisseau ou du dépôt de la lymphe qu’il renferme : en effet, on n’a jamais rencontré de vers dans les sacs anévrismaux contenant du coagulum, et cependant chaque jour l’occasion se présente d’examiner chez l’homme ce genre de maladies.
De nos jours , on regarde, en général , comme fa- buleux tout ce quia été dit sur les vers qu’on prétend avoir été trouvés dans les vaisseaux sanguins du corps humain (1); et les apparences qui en ont été dé-
(1) Ploucquet renvoie à de nombreuses observatiens dans les quelles il est dit que des vers ont été rencontrés dans le cœnr et dansles veines. M. Peysson de Montpellier a remarqué cinq ou six vers vivans dans le ventricule droit du cœur d’un chien, qui depuis quelque temps se portait mal et était attaqué de convulsions fré= quentes. Ces vers avaient huit où dix pouces de longueur ; lear forme était cylindrique et leurs deux extrémités se terminaient en pointe. Ils. remuèrent pendant quelques instans après qu’on les ent placés eur une table, Les parois du ventricule droit étaient saines ; seulement les piliers charnus paraissaient plus prononcés qu’à Vordinairee L'on ne trouva aucun ver dans les autres cavités du coeur , ni dans les grands vaisseaux sanguins. (Journal de Médecine, par MM. Core visart, Leroux et Boyer, tome x1, p. 441.)