‹ Traité des maladies des artères et des veines (volume 2)Chapitre 11 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

SaS MAI.ADIES

qu'à ce qu*on arrive au bord interne du muscle psoas , où l'on sent distinctement les

n'y eut point d'evacnation alvine. Le malade tronva du calme cc pluiîeurs heures de sommeil.

Le tioisièrae jour au matin , la figure n'e'tait plus grippée comms la veille i le malade paraissait moins inquiet ; le pouls avait perdu de •a fréquence et de sa dureté j la langue e'tait moins sèche , la peau un peu moite , la région de Testomac moins tendne et moins douloureuse , mais toujours éructations fréquentes. L'on continua li^ limonade végétale et l'on administra deux demi-lavemens dans chacun desquels on mit ime demi-once d'huile de ricin : ils ne furent point rendus, mais l'nrine couia abondamment. Le soir, l'état do malade éiait encore meilleur que le matin. La nuit suivante , il y eut trois heures de sommeil.

Le quatrième jour, le pouls était presque naturel, la langue humectée, les douleurs de l'épigastre paraissaient beaucoup moins vives; mais il se dégageait toujours par la bouche une grande quantité de gaz. Le membre n'avait rien perdu de sa sen^ibililé , de sa contractilité et de sa chaleur ordinaire ; on donnait toujours deux bouillon! dans le cours de la journée , et l'on continua la limonade et les la- Tcmens émolliens ; l'introduction fréquemment répétée de la sonds de gomme élastique dans l'anus donnait toujours issue à beaucoup de vents.

Le soir, même état. Le malade se sentant un peu d'appétit , oa lui permit deux bouillons , et il dormit plusieurs heures ^ mais son «ommeil fut interrompu subitement par des rêves pénibles.

Le cinquième jour , l'appareil, pénétré par la suppuration , fat enlevé sans causer la moindre douleur , au grand élonnement da malade, qui s'attendait h éprouver de cruelles souffrances. A trot* lignes de Pangle externe cl supérieur de la plaie , on observa un* petite tarhe noire de deux lignes de diamètre, probablement déterminée par la compression exercée par le spica de l'utnc. La tumeur anévrismale n'avait plus que le tiers de son volume, et n'offrais aucun battement. Les artères poplitée, tibiale postérieure et pe'dieuse n'en offraient pas non plu» j cependant» le malade pou-

pulsations de l'artère. La veine iliaque externe est située sur le côté interne de l'artère;

vait remuer les orteils. Le toucher le pins léger était ressenti dans toutes les parties du membre, et la chaleur, loin d'éprouver de la diminution , semblait être augmente'e si l'on s'en rapportait à la sensation qu'éprouvait le malade. La douleur e'pigastrique avait presqu'entièrement disparu 5 mais le malade rendait toujours une grande quantité' de gaz par la bouche et par l'anus 5 sa langue était rouge et sèche j le pools restait encore fre'qutnt ; il y avait un peu de toux , et à chaque eiFort , le malade éprouvait une douleur assez vive , correspondant à la plaie. Celle-ci fut pansée avec des bandelettes de cérat et de la charpie fine maintenue par des compresses et un bandage triangulaire. On continua la limonade et les bouillons. Dans la journée , il y eut un peu de trouble dans les idées. La nuit fut très-agitée 5 on observa un peu de délire. Deux lavemens émolliens amenèrent une selle copieuse de matières noires et consistantes. Après cette évacuation, le délire cessa.

Le sixième jour au malin, on trouva la face triste, la langue sèche et brune, les lèvres et les dents couvertes d'un enduit fuligineux , le pouls fréquent; le membre était d'ailleurs dans un élat parfaitement bon. La plaie fut pansée comme la veille. M. Dupuytren examina la tumeur avec beaucoup d'attention et y distingua un léger frémissement; il prescrivit de la bière coupée avec de l'eau de Seltz.

Le septième jour , la langue resta sèche et ronge , le pouls devint fréquent, lavoix sembla un peu altérée. Il n'y eut d'ailleurs nulle difficulté de respirer, nulle douleur à la poitrine et à l'abdomen , si l'on en excepte celle de la plaie , chaque fois qu'il survint des quintes de toux. Le membre resta chaud et sensible, et pouvait se mouvoir aisément ; la suppuration devint abondante et de bonne nature ; l'aspect de la plaie était vermeil. M. Dupuytren examina de nouveau la tumeur; il y reconnut, comme la veille, de légers battcmens. On continua l'usage de l'eau de Seltz et de la bière , et l'on permit quatre bouillons. Deux lavemens émolliens furent administrés dans la )oarnce ; ils occasionnèrent d'abord aoe légère colique , qui fut bieu*

le muycle psoas s'étend entre l'artère et îe nerf crural antérieur ; l'artère et la veine sont

tôt suivie de l'^jx évacuations assez copieuses de matières jaunâtres et liquides ; trois autres selles eurent lieu dans la journée j elles furent moins abondantes q^ue les premières. Après ces évacuations , l'appétit reparp'ssant , M. Dupuytren prescrivit six bouillons. La nuit suivante , le malade eut trois autres selles de matière liquide. Vers le matin , il dormit pendant plusieurs heures.

Le huitième jour, le malade était dans une moiteur générale-, la figure bonne , le pouls sans fréquence , la langue rouge et hnmirle, la siMipuration abond^inte et louable , le membre jouissait parfaitement de sa sensibilité , de sa contractilité et de sa chaleur , état qu'il conserva pendant tout éC reste du traitement.

M. Dupuyuen constaia plusic'a;s fois, dans les pansemens subséqnens , que la tumeur oifrait des baitemeus sensibles au toucher, mais qui l'étaient encore à la vue lorsque, prenant pour terme de comparaison un point fixe , on regardait la tumeur avec beaucoup d'attention. Dans la journée, le malade eut deux petites selles j le soir, trois autres : elles étaietît liquides et jaunâtres. Pendant la nuit , il fut très-calme , et goûta cinq ou six heures d'un sommeil réparateur. Dès ce moment il cesa d'éprouver, à la région épigastrique , ce sentiment pénible et quelquefois douloureux qui s'était développé peu d'heures après l'opération , et qui jusqu'ici n'avait laissé que quelques instansde repos. L'éructation presque continuelle qui le tourmentait cessa aussi entièrement.

Le neuvième , on remarqua pendant le pansement , du côté gauche de l'abdomen, à quelques lignes au-dessus de la plaie , des battemens exiiêmement fort», et qui semblaient appartenir à l'artère iliaque externe ; la tumeur anévrismale continuait d'uiTrir des pulsations distinctes au tact et h la vue. Malgré cela on observait dans sou volume une diminution qui devenait de plus en plus sensible. L-a petite escarre que l'on avait observée à quelques lignes de l'angle externe de la plaie, lors de la levée du premier appareil , et qui probablement avait été produite par la compression exercée par le spica de l'aine , éuit piesque entièrement séparée des parties rivantes : c'est à celte

DES ARTERES ET DES TEINES. 2 2(|

«nies ensemble par un tissu ccllnlaire dense que l'on divisera soit avec l'ongle , soit avec

époque que, potir reoLIir les forces du malade aff.-iibli par la clièie y. on donna deux cuillerées de vin de Bordeaux soir et matin.

Dn dixième an douzième jour, le malade e'prouva par intervalle uq boqnei qui n'était d'ailleurs accompagne' d'aneun autre symptôme' fâcheux, mais qui revenait assez fre'quemment pour interrompre le sommeil 5 néanmoins le njalade avait de l'appf lit. On lui accorda deux soupes et quatre bouillons ; trois cuillerées de vin de Bordeanx étaient doune'es après les soupes , et l'on continuait toujours pour boisson habituelle la bière et l'eau de Seltz. Pendant la nuit da douzième jour , le malade ressentit dans les membres inférieurs de» dfiulcurs vagues qui durèrent peu de temps, et qui amenèrent la, cessation des hoquets.

Le treizième, on observa que la quantité' de pus assez considérable que la plaie fournissait alors , venait d'un petit foyer placé au-dessus de l'angle supérieur au côte' interne de la crête de l'o» des iles : en exerçant dans ce lien une légère pression dirigée de haut en bas, on donnait issue au pus. Comme Pappétit du malade augmentait , on lui permit trois soupes et deux petites tartines de confitures , après lesquelles il buvait un verre h liqueur de vin de Bordeaux.

Le quatorzième, en cherchant l'artère iliaque, à quelques pouceaan-dessus de la plaie, et suivant la direction du vaisseau, on nesentait plus aucun battement , quoiqu'on en eut observé de trcsfirts peu d'instans après la levée du premier appareil. Ces battement fiaient très -manifestes do côté opposé. On remarqua également que les pulsations de la tumeur étaient irrégulières et intermittentes, et que les intermittences étaient souvent de plusieurs minutes.

Le quinze , les ligatures ayant été soulevées légèrement , M. Dapnytren les retira de plusieurs lignes hors de la plaie sans é[)rouver la moindre résistance 5 mais il ne voulut point les enlever ce jour-là.

Le soir , comme le malade épronvaii nneviolentc ccp?ial:iia;ic , et ^11 'il n'avait point été à la «elle depuis plusieurs jours , on piescrivit

i23o MALADIES

l'instrumenl , cle manièie à permettre à l'opérateur d'introduire la pointe de l'aiguille à

l'application d'na sinapisme au pied droit , et un lavement e'naollient. Quelques heures après l'emploi de ces moyens , le malade eut deux selles assez copieuses , la céphalalgie fut dissipée , et le malade dormit bien pendant toute la nuit.

Le seizième jour, les deux ligatures tombèrent d'elles-mêmes ; celle d'atienle formait une petite anse dont les extrémités se trouvaient intimement réunies par du pus desséché. La ligature qui avait été serrée offrait assez bien l'image d'une petite tige terminée par ua cercle dans l'aire duquel il n'y avait aucun débris de l'artère. On ne put pas s'assurer si la ligature d'attente avait coupé l'artère dans le lieu même oii elle avait été placée , ou bien si elle était sortie par le même endroit que la ligature qui avait été serrée. La première opinion paraît plus admissible d'après les observations faites sur d'autres individus par M, Dupuytren, et particulièrement depuis des expériences que nous avons tentées sur des animaux; expériences qui ont démontré qu'une ligature non serrée coupait l'artère dans le lieu même où elle était placée aussi promptement que la ligature serrée. L'appétit du malade augmentait chaque jour ; on lui prescrivit pour' aliment deux côtelettes et plusieurs soupes. On continuait le vin de Bordeaux , la bière et l'eau de Seltz.

Le dix-neuvième et vingtième jours de l'opération , les battemen» de la tumeur restaient toujours sensibles au tact et à la vue. La suppuration , quoique de bonne nature, était très-abondante. On pansa deux fois par jour , et h chaque pansement on exerçait de légères pressions pour donner issue au pus , qui venait principalement de l'angle supérieur de la plaie ; on administrait tous les deux ou trois jours des lavemens éraolVens pour combattre la constipation habituelle du malade.

Le vingt-troisième jour , les angles de la plaie commencèrent à se cicatriser. On réprima avec le nitrate d'argent fondu les bourgeons charnus qui , dans quehjues points , s'élevaient au-dessus du niveau de la peau.

Le njulatie, qui n'avait pas dormi delà nuit, so livra sans pra-

DES ARTÈRES ET DES VEINE*. »3î

anévrismes entre l'artère et la veine , et de la ramener de l'autre côté de la première. La

dence à divers monveoiens, et vers les neuf beares an soir , 'I y enï Bnc he'morragie qui pénétra l'appareil : la quantité dn siing fni eva» Inte h une demi-palette. L'appareil ayant ëte enlevé , on examina la plaie avec beaucoup d'attention; mais comme on ne vit lien qui pût en faire découvrir la source , on pansa comme les jours prccédens.

Le vingt-quatrième jour au matin, il y ent une nouvelle hémorragie un peu pins abondante que la première j elle fut accompagnée de douleurs vives dans la plaie 5 le sang , qui parut venir du bout inférieur de l'artère, était éminemment aitëriel; son écoulement avait lieu en nappe. M. Dupuylren exerça une compression avec l'index; et le médins de la main droite, à un pouce au-dessus de la plaie , nettoya celle-ci des caillots qu'^elle contenait ^ il plaça ensuite une compresse graduée , sontenne par un bandage élastique et circulaire ; la plaie fat seulement recouverte d'un peu de charpie* La fignrcdn malade était décomposée, et déjà il commençait h y avoir par la bouche un dégagement abondant de fluides élastiques. An bout d'une heure et demie , il y ent de nouveaa un petit écoulement dfi sang ; il n« Et que pénétrer la charpie appliquée sur la plaie. La corn» pression fut augmentée et l'Hémorragie arrêtée; mais au bout d'un© beare, la compression s'était relâchée; il se fit encore nn petit écou» lement de sang. La compression fut augmemée 5 un degré qui devint douloureux an malade. Le bord inférieur de la plaie était déprimé, tandis que le bord supérieur s'élevait d'un demi- pouce au-dessus de la pelote du bandage. Alors IVT. Dupuytren se détermina à employer le tamponnement, qui fut exécuté de la ma > nière suivante : le bandage compressif fut enlevé et la plaie nettoyée; on en retira trois caillots de sang de la grosseur et de la figure d'une grosse noix : l'un d'eux était entièrement composé d« fibrine. Après leur extraction , un flot de sang se manifesta. M. Du» pnytren porta aussitôt au fond de la plaie ses doigts index et médius de la main droite , et cette manœuvre arrêta de suite l'hémorragie. Tout c« ^u'oQ avait fait jusqu'ici avait été ex«ctilé avec une telle

ligature , conduite ainsi autour de l'artère , efant liée , on rapproche les bords de la plaie

prestesse, qu'il n'avait pas été possible de constater cl'une maaière certaine si l'heinorra^'ie p?iovtnait du bout inférieur de l'artère, quoique cependant la compiession qui avait été exercée quelque temps avec succès sur le bout inférieur poçiât h le croiie. Ce fut pour s'en assurer que M. Dnpuytren snspendii la compression pendant une seconde, et alors on put se convaincre que le sang provenait du bout inférieur du vaisseau. Pendant ce temps, plusieurs aides préparèrent un giand nombie de bourdonnets imprégnés de colophane réduiie en poudie impulpâbie. L'opérateur prit alors «n de ces bonrdonneib de la main gauche et le porta au fond de la plaie, en niéme temps qti'il retira les deux doigts de la main droite qui exerc.iient la com[)ression. Ceiie ppéiation fut fiite avec tant de promptitude et d'exactitude qu'il ne s'écoula pas une goutte de sang. D'autres tampons furent placés successivement au-dessus du premier , mais ^ quelque distance les uns des autres , afin que l'on pût observer s'il ne s't coulait point de sang, ce qui en elFet n'eut pas lieu.

Lorsque la plaie fr.t exactement remplie de tampons, on la couvrit d'une compresse épaisse et de forme triangulaire, et par-dessus celle-ci , on plaça d'autres tampons qui furent soutenus par le spica de l'ùîue j ce tamponnenient, qui exerçait une compression plus doulour.cnse que le handage, fut cependant supporté patiemment par le malade , qui sentait alors toute l'utilité de ce moyen et le danger de sa posiiioa. La jambe et la cuisse fuient fléchies sur le bassin , et soutenues dans cet état par un oreiller placé sous le jarret. On prescrivit de la limoiiade vineuse et six bouillons.

Le soir, l'àpiiareil, .j-estc en bon étal , s'était opposé à^'écoulement du , sang. T^a figure du malade était bonne, son esprit moins inquiet et le pouls uaiurci. l^a nuit fut calme , et il y eut plusieui'S heures de sommeil.

Le lendemain matin , on vit qu'il y avait en un léger écoulement de sang qui ayail pénètre l'a[)pareil ; de nouveaux bourdonnets de Ciinrpie furent placés dans ce point et soutenus par un spica. Le membre n'éprouvait d'ailleurs aucun engourdissement j il conscçi

avec des bandelelles d'emplâtre agglutinatif. Le malade sera remis ensuite dans son lit ,

vait sa chalenr , sa sensibilité et sa motilité j mais le malade paraissait inquiet ; sa face était décomposée j son pouls avait de la fréquence ; il éprouvait de légères douleurs à l'épigastre ; il rendait beaucoup de gaz par Içi bpucl\ç. Qn continua la limonade vineuse et Jes bouillons, et l'on presçi;ivit la bière et des lavemens émolliens gui ne donnèrent lieu à aucune évacuation. Le soir , l'esprit du malade ét;iit plus tranquille ^ uiais il se plaignit d'un sentiment do gêne causé par la position qu'jl était obligé de garder j il ressentait au talon une doujeur m^çz, vive : , comme elle était due à la position , çUe cessa presque aussitôt qu'oiï eut placé le malade plus convenablement. Les douleurs de l'épigastre et l'éructation du gaz avaient cessé • Il nuit fut calme , et il y eut un peu de sommeil. . Le vingt-sixième jour , i| s'étgit fait entre I9 peau et.Ja partie supérieure de l'appareil un léger suintenjent de sang et de pus 5 la paroi de l ^b49™'^'ï '^'•''t légèrement çlpulpureuse dans l'étendue de quelques pouces , et immédiatement au-dessus du spica de l'aîne. Le malade se trouvait bien ; il avait un peu d'appétit. On continua les bouillons , auxquels on ajouta seulement un peu de crème de.i.^z.

Pu vingt-septième au vingt-neuvième jour, il pes,'éconla,qu'nn peu ^S pf3s.j.,ij ^ . faisait jour entre la partie snpérieuiç du spica de l'aîne et les parois abdominales. Comme le malade se plaignait d'éprouver un peu de douleur dans la partie postérieure du bassin, çt qu'il l'attribuait à la position constante qu'il était obligé de garder, çn examina cette partie, et quoiqu'on n'y aperçût ni rougeur ni f xcoriation , on la couvrit d'un large emplâtre de diachylon gommé. Dans l'intention de prévenir ces accidens , un large conssjn fut placé sous le dos, et le corps fut légèrement incliné sur le cqté gauche : le« oreillers étaient renouvelés chaque jour.

Le trentième jour an soir, le malade, qui éprouvait toujours un sentiment de gêne , soit qu'il fût couché sur le dos ou sur l'un oa 1 antre côté, ayant fait plusieurs mouvemens brusque» , donna lieu à une hémorragie : du sang vermeil s'écoula le long des bourses 5 sa quantité fut estimée à une demi-palette. Les chirurgiens dô garda

et on lui fera fléchir la cuisse sur Je bassin , afin de placer l'artère dans un état de relâchement. ~^-.

arrêtèrent cède hémorragie en plaçant dans le lien d'où elle provenait de nouveaux bourdonnais de charpie, soutenus par un spica. Le malade ne s'inquiéta presque pas de cette hémorragie ; les nombieux accidens qn'il avait éprouvés semblaient l'avoir aguéri ; et quoiqu'il eût beaucoup maigri , ses forces se soutenaient. M. Dnpnyiren prescrivît nn verre h liqueur de vin de Bordeaux, donné soir et matin, ei quatre soupes avec la fécule de pommes de terre. La nuit fut bonne; et les jours suivans, l'hémorragie ne se renouvela point. Le malade se plaignit seulement d'éprouver un sentiment douloureux à la partie supérieure de la cuisse gauche, déterminé par la compression qu'exerçait le spica de l'atne ; le membre jouissait dé toute sa sensibilité', de sa motilité et de sa chaleur, ce qui détermina M. Du» puytren à ne point toucher à l'appareil.

Ce ne fut que le trente-deuxième jour que l'on enleva une partie «îc l'appareil ; on ôla une assez gi-ânde quantité de charpie avec beaucoup de précaution : on ne laissa que la bande qni avait été appliquée lors du premier tamponnement. Comme il ne s'était écoulé que trois jours depuis la dernière hémorragie , il eût été inaprndeot de renouveler eniièremertt l'appareil. Le pos continuait d'ailleurs à s'écouler librement entre les^parois abdominales et le dernier bandage. Ce que l'on avait enlevé de l'appareil avait apporté une grande diminution aux douleurs que le malade ressentait auparavant à la cuisse. Le soulagement fut tel , que ce malade , qni n'dvait eu qu'un sommeil interrompu les jours précédens , goûta cinq oa six heures d'un sommeil continu.

Le lendemain , comme il n'y avait eu aucune hémorragie , M. Du» puytren enleva encore plusieurs pièces d'appareil , et ne laissa que les tampons de charpie qui étaient immédiatement engages dans la plaie. Autour de celle-ci , la [lean était ronfle et excoriée dans qoeique» points. Ces excoriations furent recouvertes d'emplâtre de cérai. De la charpie , quelques compresses et UD bandage triangulaire eo!n['l*" tèiem le reste de l'appar«U,

La méthode opératoire de M. Aslley Cooper consiste à faire une incision semi-lunaire

Le soir , la partie supërienre de la cuisse ganchc e'tait ronge , tu- (uefie'e et le'gèremeni douloureuse ; le malade n'avait pas d'appétit ; la soif e'tait vive , la langue rouge et sèclie , le pouls fre'quent. On appliqua sur la cuisse des compresses imbibées d'eau de Gonlard.

Pendant la nuit , il y eut un peu de délire , dorant lequel le malade se livra h une multitude de raouvemens bien propres à renouveler l'he'morragie si elle avait dû arriver ; il voulut même enlever son appareil. Tous ces mouvemens u'amenèrent heureusement viea de fâcheux.

Le trente-quatrième jour on le cinquième après la dernière hémorragie , on retira de la plaie, non sans beaucoup de temps, de peine et de pre'caution , le reste de l'appareil : il représentait un cône d'un pouce et demi , dont le sommet était légèrement recourbé en avant et h droite. La plaie, qui avait la même forme, laissait écouler un pus de bonne nature qui fut absorbé avec beaucoup de précaution au moyen de petits tampons de charpie mollette , maintenus par quelques compresses et un bandage triangulaire. La tension et la douleur de la cuisse étaient encore augmentées depuis la veille. Ou continua les compresses trempées dans l'eau de Goulard ; on donna pour boisson la limonade végétale , et pour aliment six bonillons. On remarqua que , non-seulement la tumeur anévrismale n'offrait plus de battemens , mais encore qu'elle était réduite au sixième de son volume^ elle présentait au tact une dureté presque cartilagineuse.

Le soir, la cuisse semblait avoir diminué de volume, mais la douleur était extrêmement vive. Les traits de la face étaient décomposés j la langue était sèche et rouge , le pouls très-fréqueut ; il J avait un peu de délire , de lésçères coliques , et une éructation abondante de gaz. Quoique le malade éprouvât de la constipation depuis quelques jours, M. Dupuytren ne voulut pas donner de lavement, dans la crainte qu'en allant à la selle , le malade ne fît des effort* capables de renouveler l'hémorragie. On prescrivit deux pots de Umonade cuite.

aux tégumens, dans la direction des fibre» de Faponévrose du muscle oblique externe.

Le lendemain , i'ëtat da malade était bien meilleur 5 la doulenr et la tnmefaciion de la cuisse paraissaient notahlement diminuées ; la langue était toujours rouge , mais humide ; le pouls moins héquent ; il n'y avait plus de colique ni d'éructation. L'aspect C>2 la plaie était vermeil , la suppuration peu abondante , mais de bonne nature j le membre parfaitement chaud , mobile et sensible ; Fappétit revenu. On prescrivit deux soupes, quelques bouillons, et, pour boisson ordinaire , la limonade végétale et une petite quantité de vin de Bcrdeaus.

Le soir, la figure est animée, la langue rouge et un peu sèclie , la soif vive et le pouls fréquent. Les jours suivans , il y eut chaque soir un léger paroxysme.

Le trente-sixième jour , la cuisse , loin d'oifrir de la tension , était devenue molle et flasque j on pouvait la toucher sans causer de donleuï au malade 5 à sa partie moyenne et supérieure, on sentait une fluctuation prcfontle , depuis Je lieu occupé par la lumcur jusqu'à son tiers. supérieur et interne ; et suivant la direction de l'artère crurale, on sentait une sérii^/^o petites tumeurs dont les supérieures étaient plus grosses que- Ls infciieure;s. Celte espèce dcchnpelet était probablement formé par des glor des lympbal,iques engorgées. Lp fluctuation profonde que l'on sentait vers la partie moyenne et supérieure de la cuisse étaitelle due k la f'>rmationd'un abcès , ou bien dépendait-elle d'un épanchcment sanguin qui se serait opéré par la rupture du sac anévrismal ? Telles ét.iient l's qnpbtions que M. Dupuytren se proposait à iiii-mémc avant ,<reu venir à ime ponction pour évacuer le liquide que l'on sf niait profondément dans la cuisse : dans le dernier rab , il aurait fallu exercer un nouveau tam[)onnernent. L'appareil fut tenu prêt , cl le lendemain., -?î Dupuytren, préparé à tout cvén.ement t s'e'iant de pouveau assuré qu'il existait <*• la cuisse un» lliicluation profonde , plongea h la partie moyenne et supérieure de ce membre, h deux ponces au-dessous du lieu qu'occupait la tumeur anévrismaie , la pointe d'un bistoui .'1 lame étroite : d'abord il t'en écoula quelques gouttes d'une vcùiablc saule d'une odeur el»

DES ARTERES ET DES TEINES. 257

Une des extrémités de cette incision sera située près de l'épine de l'iléon ; l'autre se ter-

tiêmemem fétide j mais une Icgèie pression , exercée aa-dessons de cette ouverture , donna issue à une plus grande quantité de la même matière mêlée à un peu de pus très-épais. M, Dupuytren intro* duisit alors une sonde cannelée dans la cannelure de laquelle il conduisit le bistouri , et agrandit ainsi la petite ouverture qu'il avait faite j des pressions ménagées , et surtout celles qui étaient dirigées de bas en haut, donnèrent issue à une très-grande quantité d«5 pus mêlé de quelques stries de sang. On plaça sur l'ouvertnre un peu de charpie fine , et l'on couvrit la cuisse d'un large cataplasme émollient. On piescrivit pour boisson la décoction de quinquina et l'eau vineuse pour prévenir la résorption du pus et soutenir les forces du malade.

On pansa deux fois par jour , et à chaque pansement de légères pressions donnaient issue à une grande quantité de pus ; les parties étaient lavées avec l'eau-de-vie camphrée j de la charpie et des compresses imbibées d'cau-de-vie couvraient l'ouverture de l'abcès et les parties environnantes. Pour.prévenir la résorption du pus. et soutenir les forces du malade , on faisait boire de l'eau vineuse. Il avait pris dansla journée quelques alimens j sa figure paraissait meilleure et moins rouge; le pouls était naturel , la cuisse moins douloureuse. La nuit fut calme j la suppuration , quoique abondante , était de bonne nature; l'odetir fétide que l'on remarquait la veille semblait être moins forte. Le trente-septième jour, on permit à-peu-près la même quantité d'alimens , et de plus quelques verres d'eau-de-vie , et pour boisson , on prescrivit de l'infusion de quinquina. La nuit fut tranquille , et le malade dormit cinq à six heures; la cuisse était à peine douloureuse loisqn'oa était obligé d'exeicer des pressions pour faire soilir le pus.

Dans la nuit du 23 novembre , trente-huitième jour , le malade fui agité par des lêves , ce qui ne changea rien à son état. A chaque pansement l'on relirait quelques portions de tissu cellulaire mortifié , et l'on remarquait que la suppuration était moins abondante. Le membre , qui avait tonjours été dans la demi- flexion , fut placé de

minera un peu au-dessus du bord interne â& l'anneau abdominal; l'aponévrose du muscle

manière h ce qne la partie snperienre de la cuisse fût la plus déclive. L'on continna d'appliquer par-dessus la charpie des re'solutifs ; l'on prescrivit un gros de quinquina en poudre à prendre en quatre doses , dans chacune desquelles on ajoutait deux g;rains de rhubarbe , dans l'iniention de soutenir les forces et de relever l'appétit. Il y eut une selle dans la journée et une autre dans la nuit.

Le lendemain , trente-neuvième jour , M. Dupuytren agrandi! l'ouverture de l'abcès avec un bistouri boutonné. Dans l'intervalle des pansemens , le malade éprouvait dans la cuisse des douleurs assez vives. Le soir , il parut que la suppuration était moins abondante j mais il se plaignait d'une vive sensibilité qui s'étendait de la partie supérieure du péroné à la malléole externe : cette douleur ne se faisait sentir que par intervalle , et avait quelqviefois une telle intensité que le malade ne pouvait retenir ses cris : déjà il s'était plaint de douleurs au genou et à la malléole , mais on les avait attribuées à la compression qu'éprouvaient ces parties. Le membre étanï couche sur le côté externe , dans la demi-flexion , la jambe fut enveloppi'e de laine et le pied de drap chaud. Ces douleurs se dissipèrent au bout de quelques heures. La nuit fut bonne.

Le quarantième jour , le malade demanda à manger ; la suppuration, quoique abondante, était de bonne nature; elle ne contenait que quelques petits caillots de sang ; sa fétidité devenait moindre; la plaie de l'ouverture de l'abcès était grise; on la pansa avec de la charpie trempée dans du vin miellé. Les douleurs qui s'étaient manifestées le long du péroné se renouvelèrent au moment même du pansement , mais elles se calmèrent bientôt. An pansement du soir, il n'y avait de douleur qu'au genoa , qui ne dura qne le temps du pansement ; le malade se trouvait d'ailleurs très-bien. Il est à remarquer cependant que pendant cette douleur sa figures» décomposait entièrement ; les yeux se fermaient, la bouche restait ï demi-ouverte , la lèvre supérieure se portail vers les ailes du nez , le» rides du front se concentraient sur la ligne médiane. La nuit lut tranquille, et le malade exempt de doQlcurt.

DES ARTÈRES ET t)ES VEINES. sSg

oblique externe sera découverte , et on la divisera dans toute l'étendue et dans la di-

Le quarante-unième jour, le pus , de nature louable , diminua de ^nantitcj la plaie de l'abcèi i-tait vei meille j il se manifesta an moment du pansement une donleur au côië externe du genou , et le soir, cette même douleur se fit ressentir an côie' interne. Le malade prenait néanmoins une assez grande quantité' d'alimens , quoiqu'il dit les trouver mauvais.

Le quarante-deuxième ioar , même e'tat; diminntion delà snp> paration d'une manière très-marquce.

Le quarante- troisième jonr, sommeil intcrrompa par des rêves j •nppuration diminuant de pins en plus.

Le quarante-quatrième jour, encore des rêves sinistres; peu de sommeil et de l'agitation. L'on attribue ces rêves à une trop grande quantité d'alimens , et on la diminue.

Le qnarante-cinqnièmc l'our, les selles sont bonnes et regnlières , l'appe'tit excellent; la suppuration continue à diminuer; la nuit se passe sans agitation , sans rêvasserie ; mais point de sommeil,

M. Dapuytren trouvant que ce malade marchait lentement vers la convalescence , craignant d'ailleurs que le séjour trop prolonge dans l'hôpital ne Ipi donnât quelque fièvre de mauvais caractère, le fît transporter en ville , dans un quartier convenablement situé. Ce transport fut fait le 2 décembre avec les plus grands soins , et malgré cela, au pansement du soir , quelques stries de sang étaient mêlées an pus , qui paraissait être un peu séreux. Une légère toux sèche vint fatiguer le malade ; cependant il conservait toujours un bon appétit.

Le quarante-hnitième jour , même état : comme il avait peu reposé, on lui donna deux gros de sirop diacode pour la nuit suivante. La suppuration , qui restait toujours sanguinolente , diminnait néanmoins tous les jours en quantité. Les^ douleurs de la jambe se firent sentir pendant la nuit ; mais elles furent légères. On iit lever le malade , qui resta environ vingt minutes sur sa chaise , n'éprouvantd'autre douleur qu'une roideur dans l'articulation du genou. Le quarante-neuvième jour , la suppuration était tellement dimi- Quée que la charpie était à peioe imprégnée de pus, et les pressions

â4o MALADIES

rection île la plaie externe. Le lambeau formé de la sorte étant soulevé, Ton verra le

en tons sens ne donnaient issue qu'à une irès-petite quantité de se'rosite sanguinolente j chaque jour ia plaie de l'opération diminnail d'étendue et <ie profondeur. Les douleurs qu'éprouvait le malade à la partie supe'rienre de la cuisse s'étaient considérablement affaiblies, ainsi que celles qn'il ressentait à la jambe : l'applicatior: de la laine sur cette partie fut continuée. Le malade se tint levé cintj quarts d'heure. Depuis environ quatre jours il n'y avait point eu de selles ; un lavement ëmollient fut administré et fut rendu avec des matières consistantes. La nuit fut bonne. Le malade dormit six heures au moins à l'aide d'un gros de sirop diacode.

Le cinquantième jour , il fut levé pendant une heure : toujours de la roideur dans les mouvemens du membre. L'on ne pansa plus qu'nne fois.

Le cinquante-unième jour, même "état 5 les plaies se cicatrisent.

Le cinquanie-qnatrième jour , la plaie de l'abcès est presque fermée ; celle de l'opération n'a plus qu'un demi-pouce. Le malade va librement à la selle , se lèv6 lui-même , et peut se tenir debout quelques minutes ; toujours bon appétit j tous les matins ou lui <!onn« nn petit verre d'eau-de-vie , et il ne restait plus , dans le lien qu'avait occupé la tumeur , qu'un tubercule de la grosseur d'un noyau de pêche.

Les cinquante-six , cinquante-sept et cinquante-huitième jours , rien de remarquable , si ce n'est quelques légères douleurs assez variables qn'il ressent dans ce membre.

Le 14 décembre ou cinquante-neuvième jour, la plaie de l'opération est entièrement cicatrisée.

Le i5, 16, 17 , le malade se lève seul , et reste levé plusieurs heures 5 bon appétit , bon sommeil et selles régulières.

Le 18 , l'on remarqua , autour de l'ouverture faite h l'abcès , de la rougeur , de la tension et de la dureté sans sensation douloureuse pour le malade. L'on appliqua sur la partie une compresse trempée dans le vin miellé , et qui n'empéclw point le malade de se lever comme à soa ordinaire.

cordon des vaisseaux sperniatiques passant sous le bord des muscles oblique iiiLenie et

— M. Collier, le 28 aoiit 181 5 , à Bruxelles , sur un soldat anglais blessé d'un Cvoup de feu à la cuisse à la ha-

Le 19, l'engorgement oedcmûteux était angmeïite sans qu'il y eût la moindie donlenr, soit par la pression, soit penflant la martîie ; cet œdème était dni" et environnait la plaie de l'abcès d'un cercle de deux pouces et demi de largeur , cet engorgement existait aussi dans l'espace compris entre la plaie de l'opération et celle de l'abcès , et suivaiit Is direction de l'artère crurale. Cependant le malade se promenait et mangeait bien j mais il ressentait tonjours nrre vive douleur par élancement , soit dans le genou , soit dans le pied gauihe, dans la direction de la distribution du nerf, au côte' externe de cbaqua orteil , et principalement vers le pe'rone. On appliqua des compresses trempées dans l'eau-de-vie camphrée.

Le 20 , la tuméfaction de la cuisse est moindre , mais les doulenrs du genou et du pied sont très-vives.

Le 2ï, le gonflement de la cuisse est presque entièrement dissipe; les douleurs du genou et du pied ont ctè assez intenses poiit «rapêcher le malade de dormir comme h son ordinaire. Le 22, rnéfue état.

Le 23 , cicatrisation entière de la plaie de l'abcès et dispariiion de la tuméfaction. L'on continue néanmoins l'application des com' presses imbibées d'eau-de-vie camphrée.

Le 26 décembre , soixante-dixième jour, l'on n'emploie plus rien ; mais le malade resseijt toujours dans le genou et le pied gauche df-s douleurs qui , dans cette dernière partie , suivent la directi nt dos nerfs : c'est dans cet état qrr'il est parti pour chez lui le 3o décembre 1816 , très-bien guéri de l'opération.

Cet homme a fait depuis cette époque plusieurs voyages k pied «le Caen .V Paris, sans aucun inconvc'nicnt ; cependant, quoiqu'il y ait aujourd'hui (mai 18 18) environ dix-huit mois qu'il est gae'ri, il cprouvs «utore des douleurs qui suivent le trajet des nerfs.

transverse. L'ouverture du fascia qui boni® le muscle transverse et par laquelle sort 1«

taille de Mont-Saint-Jean. L'opéré succomba au bout cle quatre jours. Tout le membre correspondant à la ligature de l'artère iliaque externe étant frappé de gangrène (a) .

(a) Jean Morrîsy , soldat anglai» , âgé de vingt-quatre ans , d'une forte consiitntion , fnt admis , pour un anevrisine de l'artère fémo* raie droite, dans un hôpital dirige par M. Collier. La tumeur avait environ trois pouces de long sar deux de large , s'étendait à un pouc« «n-dech du ligament de Poupart ; ses battemens étaient violens , et elle paraissait oflFrir une résistance considérable à l'effort da sang. On y lemarqnait une cicatrice résultant d'une plaie produite par l'entré* d'une balle 5 son sommet était à deux ponces ei demi ou trois poucea «lu ligament de Faliope. La peau conservait sa couleur naturelle j le membre avait la même température et la même grosseur qus î^autre.

«J'appris qne le malade avait été blessé par un coup de feu le i8 juin 181 5, que la balle avait pénétré, qu'elle était restée dans le membre, et qne la cicatrice s'était laite par-dessus. Le blessé, au moment de l'accident, perdit beaucoup de sang. Mais rien de particulier ne survint pendant sa guérison , et il sortit de l'hôpital , guéri en apparence, le 12 de jnillet. Le 17 du même mois, il fut placé dans l'hôpital de Notre-Dame; il y resta jusqu'au 18 d'août , qu'on Je jugea en état de reprendre son service; ce n'est qu'alors qu'il montra sa tumeur à l'oiBcier de santé, et aussitôt il fut soumis ci ui» Jraiiement.

Cet hôpital ayant été évacué , le malade fui confié h mes soins^

Je regarilai l'ancvri»rue comme ayant été déteiminé par la léliion du vaisseau dans le passiigc de la balle , et conséqnemment il avait mis deux mois à se former. La constitution du malade était bonne et vigoureuse , et craignant que les pulsations ou tonte autre Mu»e piuladive D'occasionuasseat i'ulcéraltoa de 1a cicMiric« , je nw

DES ARTERtS ET DES VEINES. 24j

cordon spermatique , est située dans l'espace moyen entre l'épine antérieure et supérieure

déterminai à m'assurer sans délai de l'artère iliaque externe par une opération qne je jugeai nécessaire pour sauver la vie, et devenir ■urgente d'après l'accroissement de la tumeur. Le malade mis an lit, on l'assujettit à une diète ris;onreuse , et l'on évacua les intestins avant l'opération, qui fut pratiquée le lundi 28 aoiit , à midi , en présence de M. Gunning , cliiri c^ien en chefj de M. Weii , depnié inspecteur ; du docteur Wray, médecin de l'armée, et de plusieurs gens de l'art . à Bruxelles.

Je fis une incision demi-circulaire qui commença à trois qtiaits de pouce en dedans de l'annean interne , ayant sa base au ligament de Poupart , et se terminant environ à tin pouce et demi de l'e'pine antérieure et supérieure de l'ile'on. Le fascia de l'oblique externe , après avoir e'té découvert , fut sépare' du ligament de Poupart , et dans la même étendue et la même direction. En soulevant le bord inférieur des muscles oblique interne et le crémaster , on vit distino-» tement le cordon spermatique s'engageant dans l'anneau intérieufo Quelques fibres de l'oblique interne, tirant leur origine du ligament, furent divisées pour donner de l'espace. Le cordon fut raaintenii sur le côté de l'incision , pendant que j'aggrandis l'anneau intérieur aves le manche du bistouri , et que je décollai le péritoine avec mon doigt , autant qu'il me ftrt permis , pour reconnaître l'artère , qui «n e'tait couverte. Il était étroitement uni à plusieurs petites glandes j dont j'enlevai la plus grosse. Ayant isolé l'artère , je passai un directeur au-dessous d'elle , et les personnes présentes s'assnrèrenî que c'était réellement ce vaisseau seul que j'avais soulevé. J'engageai on stylet garni d'une ligature le long de sa cannelure , et je liai l'artère : les battemens cessèrent aussitôt dans la tumeur. Les bords de la plaie furent rapprochés par une suture. Deux petites artères donnèrent du sang pendant l'opération} mais la quantité de ce liquide qui s'écoula ne méritait aucune attentioti.

Une heure après l'opération, le malade se trouva tranquille. Le pouls était mou et battait quatre-vingt-dix fois. La clialeur des deux membres était égale , et un peu au-dessous de la tcmpéralure na-

de l'iléon et la symphyse du pubis. L'artère épigastrique marche précisément le long du

turelle. A qnafre heiires , il y avait une grande diminution de chaleur dans le membre , et le pied et les orteils furent trouvés toul-àfait froids. Le malade avait du malaise et se plaignait d'nn grand engourdissement. Des flanelles chaudes furent appliquées, et l'on £t de douces frictions ; on plaça des bouteilles remplies d'eau chaude sur les plantes des pieds et le long de la jambe. A sept heures, l'anxiété s'accrut , et la douleur devenait excessive avec une sensation de refroidissement ; il était agité et très-inquiet ; plusieurs taches furent aperçues vers le gras de la jambe. Pendant la nuit , le pouls fut bon et varia entre quatre-vingts et quatre-vingt-dix pulsations ; parfois , il présenta des intermittences. Le malade était irritable et avait l'air inquiet 5 il se plaignait de douleurs très-vives et même de sensations de froid et d'immobilité du membre ; du resie , il était assez bien. Deux potions calmantes furent administrées, mais il y eut peu ou point de sommeil 5 vers le matin, il se trouva lui-même plus libre. La chaleur du membre était entretenue pendant toute la nuit; mais dès qa'oiî cessa les applications dont on se servait dans ce dessein , la température baissa.

Pendant la journée du 29, l'anxiété et le malaise augmentèrent et furent accompagnés de douleur et d'engourdissement ; les taches gangreneuses s'élargirent ; la peau était douce , le pouls plein et dur 5 jamais il n'excéda cent pulsations ; la langue était blanche et humide. Deux doses d'huile de castoréum furent administrées , mais sans produire aucun effet sur les intestins. Le membre fut enveloppé de flanelles , et des hommes furent placés près du lit pour mettreleurs mains sur la jambe et sur le pied. On continua aussi l'usage des vessies pleines de liquide chaud. Pendant la nuit, il dormit bien, mais il se plaignit d'une douleur excessive chaque fois qu'il s'éveillait.

Le 3" , la plaie de l'opération fut pansée , et elle parut irritée ; le pouls était plein et très-dur , la langue blanche et bamide , la peau chaude. Il se trouvait lui-même un peu mieux , mais il était inquiet, et il se plaignait de perle de sensibilité. Le thermomètre , appliqué h la jambe, s'clcva à 8o°- Quelques doses de sel n«utïc furent admi-

DES AIlTïiîlES ET DES VEINES. 24S

bord interne de cette ouverture , au-dessous de laquelle ou trouve Fartère iliaque externe.

Bistrées tonfes les trois heures, et seize onces de sang furent tirées fr^v l'application des ventouses. Le malade pamt soulage' par ceita cniissran sanguine ; mais il se plaignait de douleurs au-dessous da genou. Deux taches gangreneuses parurent vers la clveville j il y eut des selles naturelles le soir, et il dormit peu pendant la nuit j sa douleur é'tait iiuense , et il resta dans une grande agitation ; il transpira assez facilement^

Vers le matin du 3i , le pouls s'éleva; il était plein et dur. Le malade e'prouvait des douleurs dans le ventre qni augmentaient par la pression j la plaie était très-enflammée i on tira douze onces de sang par les ventouses. Le ventre fut tenu libre, et l'on appliqua, des cataplasmes sur la plaie. Le malade parut soulagé et mieux que jamais depuis l'opération. Cependant le membre exhalait une odeur de cadavre. La nuit suivante y le pouls étant toujours dur , et le malade ressentant de la douleur au ventre 3 huit onces de sang furent encore tirées. La cuisse était d'une teinte terne 5 il n'y avait point d'augmentation de la chaleur naturelle on de diminution de la sensation de stupeur ou de l'agitation générale. Il passa la nuit dans une grande anxiété , et le lendemain matin , le membre ,. h quelques pouces au-dessous du genou , était livide et oiFrait des phlyctènes en plusieurs endroits. L'opéré prit un peu de vin pendant le jour ; mais ses forces baissèrent successi^'Bjnent ^ et il mon= rut à quatre heares après midi , le i*" septembre.

Disseciion. En ouvrant l'abdomen à la manière accoutumée, on trouva une couleur rouge générale aux intestins. Le péritoine avait sa transparence naturelle , et le cœcum y adhérait vers le muscje iliaque. La ligatura était placée sur l'artère , près du liganpent de Poupart , à un pouce de l'origine de l'artère circonflexe et à un quart de pouce de la naissance de l'épigastrique. 11 existait un légères» pace entre l'artère fémorale et la veine et Je côté de la tumenr, à tin pouce et demi environ de l'origine de la profonde, les enveloppes supérieures de l'anevrisrae étaient formées par la gaine des vaisscaus. st par le fascia de la cuisse. L'artère profonde n'était en aucariîi

2 l6 M A ii A JD 1 E s

Si l'on passe le doigt sous le cordon des vaisseaux sperinatic[ues5 et dans cette ouvert are

--- M. Smith Soden , en 1816 , pour une tumeur anévrismale à l'aîne. Son opération a réussi (a).

Sjsaniêie épaissie ou dilatée. La totalité du mereibie se trouvait dans un c'tat de gangrène *.

(a) Thomas Gâter, homme robuste et actif, âge de cinquante-six ans , fut admis à l'tiôpital le 20 avril i8i6. Sa profession de forgeron, exigeait parfois beaucoup d'efforts , et son séjour dans la forge l'exposait à des changemens soudains de lempe'rature. Au mois d'octobre dernier , en fixant une couverture en fer sur un large four, il se tordit le genou droit et par suite de cette foulure, il fut boiteux pendant une semaine. Depuis cet accident , il éprouvait des douleurs fréquentes à l'aîne droite 5 mais il n'y fabait pas beaucoup d'atleu-. tien , parce qu'il les attribuait h un rhumatisme. Vers la fin de janvier , il éprouva tout-à-coup une légère atteinte de paralysie. Il avait de la difficulté à s'exprimer et il ne pouvait pas écriic correctement ce qu'il desirait. li garda le lit pendant une semaine j ruais il se rétablit au moyen d'une saignée , de purgatifs et ae la diète. Pendant cet espace de temps, il eut des douleurs irès-aiguës dans la cuisse et dans l'aîne du côté droit, différentes de la douleur qu'il avait éprouvée auparavant , et il s'aperçut alors d'une tumeur pulsaiive à l'aîne, ayant le volume d'un œuf de pigeon. Il reprit ses travaux, mais en boitant, et il ressentit des douleurs constantes dans lia tumeur , qui augmenta graduellement de volume. Vers 1© milieu de mars , après un exercice violent , tout le membre se tuméfia, la tumeur s'accrut considérablement, et ses pulsations devinrent si violentes , que le malade croyait que tout son corps en était soulevé. Dès - lors l'affection fit des progrès aussi rapides qu'alarmans. ^

* Iliilory of a case fémoral arlefy for v/hich ihe opération ofljting tke exUrnal iliae avleiy wat perfomerl. (Voyez Medico- Chirurgical Tram action s , vol. yii , part. I, pag. i36. London , i8i0°. )

DÉS ARTERES ET DES VEINES, ikj

éa fascia qui borne le muscle trans verse, oit le mettra en contact immédiat avec l'artère

Lacnisse et la jambe avaient le double de lenr volnme ordinaire j îa tumeur e'tait extièmement doulonreuse , et elle s'avançait au-des- 5as du gonflement gênerai du membre sons la forme d'un gros citron. Elle dépassait supérieurement le ligament de Ponpart , et s'é-, fendait , dans une longueur de trois pouces , vers la partie inférieure de la cuisse. On pouvait la vider par la pression ^ mais cil*se distendait de nouveau immédiatement après que la pression avais eessê. r.a nature de la maladie parut évidente , tant par le toucher tjue par la vue.

Je prescrivis la saignée, le repos et un apéritif, et j'engageai à ne pas différer trop long-temps l'opération. Le malade y consentit , et en conséquence, le ai avril , à onze beure& du malin, je fis la ligature de l'aitère iliaque externe, d'après le procédé recommandé par M. Abernethy , si ce n'est que je ne me servis que d'une seul» ligature de soie très-mince. La pulsation dans la tumeur cessa immé* diatement après que la ligature eut été liée, et aussiiôt que le ma» lade fut dans son lit , il s'écria : Monsieur , ma douleur est passée , je me trouve assez bien,

La journée et la nuit suivante furent bonnes ; mais le lendcmaia il, il snrviat des symptômes d'une inflammation du péritoine , c%. il fut nécessaire de recourir à la saignée. Le aS , il n'avait plus de fièvre, et tous les symptômes fâcheux se dissipèrent successivement.

La chaleur du membre malade, deui heures après l'opération, avait trois degrés déplus que celle du membre sain. Le lendemain, la température était la même des deux côtés. Le 25, le membrs affecté était d'un degré plus froid que l'autre, et ce fut la plus grande différence qu'on observa dans la température des membres pendant tout le reste de la guérison.

La ligature se détacha le 8 mai. La partie supérieure delà plaia fut guérie au bout d'un mois; mais à la partie inférieure, une petite portion large comme une pièce de six sous fut longue à se fermer ^ «t ne se cicatrisa complètement que sept semaines api es l'opération.

Le contenu de la taraeur fat absorbe, le gonflooicm du mcmbrs

Qi^ • MAI.AD1ES

qui sVtend sur le côté externe de la vein© iliaque. L'arlère et la veine sont unies en- SPinbie par uo tissu cellulaire dense que l'on doit diviser , pour perniettie à ropéraleur de placer i.neligature autour de la première, aut lîîoyen d'une aigitille à anéviismes.

ï .'opération est ejtécutée de cette manière en dérangeant le moins possible le péritoine , et l'on applique la ligaiure à la partie la plus siii)erfjcielie de l'arlèie iliaque externe. M. Astiey Copper a employé ce 'mode opéraîoiré dans six cas : la bienveillance qu'il a

— M. J. C'vle, (hirurgien à i'ëtat-major des aruiéesanglaises , le 2 aoiii 1017 , à Cambrai, sur un soldat de sa nation , pour uîie tumeur anévrismale dans l'aîne. Enviro!) un mois et demi après cette opération, le membre avait recouvré en entier sa force et ses facultés ; la plaie e'i.iit cicatrisée , et la santé du malade n'avait éprouvé aucun dérangement (a).

disparut. Un mois après l'opc'raiion , le membre était rnvenu h son volume naturel. Aucune tumeur ne paraissait h sa surface; mais on seTitait h l'aîne et à ta partie supérieure de la cuisse, nne duraté de la ï;iossenr d'une noisette. Cette dureté' diminua gradaellement, elle malade fut gutri le i5 juin *•.

( Noie du traducteur. )

(a) Voyez le rapport des travaux de la Société' d'cmiil.iiion de la TÏiie (le (Jainlïrai , séance publique de 1817- Cambrai 1817. Expos/: ffun anéurisme inguinal guéri par la ligature de l'arlère iliaque extffrne , etc.

• Voyei Mtâico-Chtrurgital Tramactiont.

DES AllTÈKES liT DES V£1NES. 24g

pour moi m'a mis à même d'être témoin de quelques-unes de ces opérations , et j'ai pti remarquer la facilité avec laquelle on découvrait et on liait l'artère par la méthode que je viens de décrire. Ce mode opératoire est toutefois impraticable quand la tumeur est volumineuse et qu'elle s'étend sur le ligament de Poupart. Il offre aussi quelque danger de lier le vaisseau immédiatement au-dessous de l'origine des artères épigastrique ou circonflexe iliaque , surtout si ces vaisseaux naissent plus haut qu'à l'ordinaire , et cette circonstance peut devenir une cause d'hémorragie secondaire. Lorsqu'on adopte ce mode opératoire , on aura donc soin d'appliquer la ligature aussi haut que l'espace pourra le permettre , ou même de diviser quelque peu les muscles et le fascia pour mettre l'opérateur en état de lier avec certitude l'artère à une distance convenable de l'origine de ces vaisseaux.

â5o MALADIES

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