OBSERVATION XL
La personne qui fait le sujet de cette lobsef-
(i) Medico-Chirurgical transactions , vol, :ii ,p- ^• Les résultats de l'opération sur la maladie C^<\i avait non siège dans l'orbite , seront exposé* en traitant de l'anévrisme par anastomose.
Î3ES ARTERES ET DES VEINES* ic»
valion était tombée par degrés dans une nié- Jancolie profonde; elle aimait la solitude; ses manières étaient mornes et silencieuses; ell® parlait rarement , ne prenait aucun intérêt à sa famille ou à ses amis, et fuyait la société. Six sernaines auparavant ^ elle se relira un jour dans sa chambre et se frappa au cou au-^ dessous de l'angle de la mâchoire inférieure avec un canif très-petit et dont la lame était fort m.ince ; elle se jeta ensuite sur son lit et fut trouvée le lendemain pale , sans connaissance et sans mouvement. La cbambre éiait inondée de sang. Le côté droit du corps était paraljsé ; les traits horriblement distendus • la figure blême et exsangue , et la voix et les forces entièrement perdues.
Quinze jours après cet acte de désespoir ,, on observa une petite tumeur sous l'angU de la mâchoire ; elle était exlrêmemenf petite , n'étant guère plus volumineuse quo l'extrémité du doigt , et ressemblant sous loiï,s les rapports à un ganglion lymphatique engorgé. On n'eut donc aucun doute que cç n'en fu? réellement un , et en conséquence on frictionna celle tumeur avec une solution de camphre ; elle excita bientôt une attention plus particulière , et la malade elle-même remarqua qiTe celte grosseur présensait une forte puba-
tion : on attribua celte circonstance àViûipul-» sion communiquée par les artères au-dessous de toute glande engorgée , tant cette lumeuf mettait de temps à s'accroître ou à prendre son véritable caracière. Toutefois cinq semaines après la blessure , son volume augmenta , la fluctuation attribuée pendant dix jours' à îa suppuration d'une glande lymphatique , était alors évidemment accompagnée de pulsation. La piqiire faite à l'artère avait été très-petite. La perle excessive de sang occasionna l'hémiplégie , mais diminua la force de la circulation j cl le tissu cellulaire ainsi que la gaine artérielle présentèrent une résistance suflisante pour modérer l'effusion. La première quantité de sang épanché s'était coagulée sous la forme d'un pelit caillot consistan t; mais toute l'économie animale ayant recouvré le sangqu'elle a^ait perdu, elTartère ayantrecominencé à battre avec sa force ordinaire , l'épanchement s'était renouvelé. Le premier caillot était flottant dans le sang nouveau et l'on observait une fluctuation obscure ^ et une pulsation distincte même pour la malade , malgré l'état de torpeur où se trouvait chez elle le sens du toucher. A mesure que la paralysie disparaissait; et que la miin privée de sentiment recouvrait fccs facuhé-j naturelles, cette maladie nouvelle et
formidable faisait des progrès. Les caraclères de l'anévrisnTe paraissaient des moins équivoques. Il était évident que le mal augmentait , et qu'on ne devait point différer l'opération. La tumeur avait le volume d'un œuf de pigeon ; elle était située exactement au-dessus de l'angle de la mâchoire et occasionnait une sensation pénible de suffocation ; elle offrait «ne pulsation forte et distincte et une fluctuation très-sensible à sa partie la plus proéminente. L'état de mélancolie et d'abattement de la malade excitait un intérêt sincère ; elle était morne^ silencieuse, dégoûtée de la vie et de toute espérance de bonheur, et cependant résignée à ce qu'on pouvait lui proposer pour la guérir. La ligature de l'artère carotide était la seule ressource ; oïh: y procéda donc de la manière suivante.
La malade assise sur une chaise , on lit un© incision longue de trois pouces à travers les tégumens , à partir de la base de la tumeur, qu'on prolongea le long du bord antérieur du muscle sterno -mastoïdien. Le corps de ce muscle étant soulevé , fut maintenu en arrière par deux spatules légèrement courbées , et l'on' écarta également les tégumens de l'autre côté de l'incision. La gaîne des vaisseaux fut ainsi mise à nu, et l'on observa que quelques fibres du muscle scapulo-hyoïdien traversaient la partie inférieure de l'iacision, La gaîne fut ouverte ^
et uae double ligature bien cirée et ensuite liuilpe, fut passée au-dessous de l'arlère carotide au moyen d'une aiguille courbe. Le lien supérieur fut serré d'abord ^ dans la crainte que l'artère ne s'ouvrît. L'inférieurle futensuite; on les serra l'un et l'auîro de inanière à ne pas craindre qu^ils divisassent le vaisseau , quoiqu'ils le fussent assez pour arrêter toute cir-? culation dans sa cavilé ; ils ne furent pas séparés , ea sorte qu'ils n'en faisaient pour ainsi dire qu'un seuL La veine jugulaire ne gêna pas l'opération ; on ne la vit naerne point, L'arlère carotide fut liée un peu au-dessus de la partie moyenne du cou , près de la tumeur, et à une distance d'environ trois pouces d® l'angle de îa mâchoire. La plaie avait si peu d'étendue que trois bandelettes d'emplâtre ^gglutinatif la recouvrirent entièrement,
L'appareil ftit cbaîigé chaque jour. Une ^érosilé claire , teinte de sang et noircie par l'emplfitre , sortait de la plaie qui fut réunie le ^i3i;ième jour, à l'exception de son centre, Oq n'essaya pas de retirer les ligatures. L'infé-r rieure se détacha le quatorzième jour^ pendant qu'on lavait doucemeat la plaie , et la supérieure fut enlevée en voulant la raccourcir avec de gros ciseaux, h^ pulsation dans If^ tumeur cessa à l'instant même de l'applicaT
DES ARTÈRrS ET DES YEINES. 2 5
tion des ligatures ; elle diminua rapidement , nîais elle n'avait pas entièrement disparu , quand la malade quiîta son chirurgien. Il restait encore un petit noyau fort dur. L'amélioration graduelle de la déglutition annonçait les progrès de la diminution de la tumeur qui comprimait en dedans le pharynx. On ne remarqua aucun changement dans les fonctions intellectuelles delà malade après cette opération j son état de mélancolie et d'abattement fut toujours le même (i).
Les anévrism^es du cou existent en général à l'artère carotide , dans l'endroit de sa bifurcation. Les dépôts de matière calcaire et les dilatations contre nature de l'artère y sont
(i) La note suivante où il est question d'un autre cas de ligature de l'artère carotide suivie de succès , a été insérée par M. Wishart, dans sa traductiou du traité de Scarpa sur l'anévrisme,, p. 38l. « Hebenstreit, dans le cinquième volume de sa traduction du syS'=^ tème de chirurgie de B, Bell, rapporte Tobservation d'une blessure de l'artère carotide externe , faite en ex-» tirpant une tumeur squirrheuse.L'îiémorragie abondante qui survint à l'instant même, aurait fait périr le malade, si le chirurgien n'eût pas conservé sa présence d'esprit , et n'eût fait sur-le-champ la ligature du tronc de l'artère. L'opération réussit et le malade vécilt encore plusieurs années. ^
a 4 MALADIES
frequens , la tumeur est ordinairement située au-desspusde Fangle delà mâchoire : à mesure qu'elle giugmenle de volume , elle produit par sa pression sur le larynx et le pharynx , une irritation extrême de ces parties , ainsi qu'une gêne très^grande de la respiration et de la déglutition, C'est par cette raison que les anévrismes de l'artère carotide deviennent souvent funestes. Dans le premier cas où M. Astley Cooperfitla ligature de l'artère carolide^la tumeur s'enflamma après l'opération, et augmenta de volume d$ manière à empêcher la dëglutilion p^r sa compression sur le pharynx et par sa compression sur le larynx, à produire des quintes de lou?^ violentes , et enfin à arrêter |a respiration (i). En 1808, M. Cline lia l'artère carotide à l'hôpital Saint-Thomas. Le malade était un homme robuste et d'un âge moyen, l^a tumeur qui était volumineuse avait pris un accioissemen!; extrêmement rapide. Les autres circonstances paraissaient défavorables. La respiration et la déglutilion étaient gênées par la pression de la tumeur qui avait fait dévier le larynx de sa position naturelle, Le malade était tourmenté par une toux très-fréquente et Irèsn incoiïimode. La douleur qu'il ressentait se
P=t~— . >l ; I V I , III I , I I y II II t. . «
(]) MedUo-Chinirgkal transactions, vol. i ^ p. g,
DES AUTÈnKS ET DES VF.lNks. ^5
bornait àla tumeur et au côte correspondant de la figure. Tous ces symptômes se dissipèrent pendant les douze premières heures qui suivirent l'opération. Ils reparurent ensuite avec plus d'intensité , surtout la touT^ et la difiiculté d'avaler^ ainsi qu'une fièvre d'irritation très-, forte qui fut rebelle à tous les efforts de l'art^i Le malade mourut le quatrième jour après l'opération (i), M. John Bell a rapporté une ob-^ servalion d'anévrisme de l'artère carotide qui de* vint funeste de la mêmemanière^ c'est-à-dire par, sa pression sur le larynx et le pharynx et par rir«i ritation qui en fut la suite(2). Ces observations dév ïnonlrent clairement combien il est avantageux défaire l'opération de l'anévrisme de lacarotide,' lorsque la tumeur est petite , et qu'elle ne peut pas produire d'irritation sur les organes importans situés dans son voisinage. On doit toujours désirer que l'opéralion de l'anévrisme soit faite , lorsque la maladie est développée depuis peu de temps; et dans cette conjoncture, c'est un objet de la plus haute importance. Indépendamment des effets directs produits par la pression de la tu-» meur sur le larynx et le pharynx, la toux constan-^ te qui accompagne les anévrismesde la carotide
(i) London médical review^ vol. ii , p. 96,. (2) Frinçiples ofsurgery, vol. î 1 1 j p. a5o9
ZS ?.i  L A D I E S
peut faire déchirer l'adhérence récente de rextrémité de l'artère liée, et produire ainsi une hémorragie secondaire.
Ce n'est pas seulement pour guérir les anévrismes de ce vaisseau qu'on peut faire la liga-^ ture de l'artère carotide, L'observation de M. Travers prouve que les maladies des branches sont susceptibles d'être arrêtées par la ligature du tronc ; aussi a-t-on recours à ce dernier moyen dans les anévrismes par anasto^ moses , qui ne peuvent être extirpés à cause de leur étendue. ïl est aussi quelquefois nécessaire de lier l'artère carotide dans les plaies du cou où il y a lésion de ce vaisseau, ou de quelques-unes de ses branches principales. Dans l'histoire suivante d'une plaie étendue de cette partie , l'artère carotide fut liée par M. Abernethy. On doit toutefois observer que les effets décrits dans celte observation ne se sqnl pas offerts dans les cas subséquens de ligature de l'artère carotide.
Un homme fut frappé au cou par une vache ; la corne de l'animal entra parle côlé gauche du cartilage cricoïde , et pénétra jusqu'aux vertèbres ; elle monta ensuite le long du corps de ces os, jusqu'à la base du crâne; elle sortit enfin derrière l'angle de la mâchoire , en découvrant et en lésant un peu dans son passage la glande
parolide , et en lacérant la peau de la figure jusqu'à la hauteur de la partie moyenne de l'oreille. L'artère carotide interne et les prin-^ cipales branches antérieures de la carotide externe furentdéchirées. Malgré la grosseur de ces vaisseaux ^ l'hémorragie ne fut pas immédiate ; néanmoins on ne fut pas long-temps sans observer que le sang coulait abondamment en bas du cou , et que la pression générale sur la plaie ne pouvait arrêter l'hémorragie : celle-ci n'était suspendue que par la compression de l'artère carotide contre les vertèbres cervicales inférieures. On essaya d'abord de lier les artères les plus superficielles ; mais les lèvres de la plaie étant lacérées , les premières ligatures embrassaient des portions de chair , et ne pouvaient assujétir les vaisseaux. Il parut nécessaire d'élargir la plaie pour pénétrer jusqu'au trono de Fartère carotide , et en conséquence une incision ayant été faite entre ce vaisseau et la trachée , dans une direction parallèle à chacune de ces parties , M. Abernethy passa le doigt indicateur au-dessous du tronc de la carotide , et en la comprimant entre ce doigt et le pouce ^ il arrêta efficacerosnt l'hémorragie. La pression ayant été suspendue ^ il sortit un torrent de sang du fond de la plaie • pn passa donc une ligature autour de la ca-»
iâO MAT.AE:IE-3;
rolide , à un pouce au -. dessous cle sa dlvisioa , qui arrêta récoulement du sang. La ligature fut serrée , et les bords de la plaie rapprochés au moyen des bandelettes agglutinatives. Cinq heures environ après l'accident , l'état du malade semblait beaucoup amélioré] le pouls n'était pas Irès-h^équent, et sa force , fiinsi que sa plénitude , étaient modérées. Le blessé était tranquille , et paraissait jouir de la plénitude de sa raison j cependant il eut dans la nuit de l'inquiétude , de la fièvre et du délire. A diverses reprises , de légères convulsions qui augmentèrent d'intensité, se manifestèrent; le pouls devint dur , et offrait cent trente pulsations par minute. La peau était chaude , et le blessé semblait indifférent aux objets extérieurs. Les convulsions parurent adoucies par l'usage de l'opium; mais la force du pouls diminua graduellement ; et , à la suite d'une convulsion très-forte , le blessé mourut trente heures après la ligature de l'artère carotide.
Le corps fut examiné le lendemain ; le cerveau parut avoir éprouvé une inflammation Irès-intense ; les vaisseaux de la pie-mère semblaient avoir été injectés , et dans plusieurs endroits j à la surface des circonvolutions do l'encéphale , on aurait pu croire , d'après les apparences , àrexisicnce d'un épançhenjent san*
£)ES ARTERES ET DES VEINES. 2g
guin ) qu'on nomme , en langage vulgaire , coup de sang-. Un amas très-considerable d© matière gélatineuse avait eu lieu entre la piemère et rarachnoïde ; les vaisseaux qui se distribuent à la substance même du cerveau ^ quoique plus pleins que de coutume , n'étaient pas cependant particulièrement engorgés. Un fluide aqueux , très-abondant , d'une couleur brunâtre et un peu troublé , se trouvait épanché dans les ventricules , et la consistance des parois^ de ces cavités indiquait suffisamment que celt<^ collection n'avait pas précédé l'accident. En examinant le cou, on découvrit que l'artèr© carotide avait seule été comprise dans la ligature. L'artère thyroïdienne supéiieure , la linguale et les branches faciales de la carotide externe avaient été séparées du tronc, et l'on voyait la carotide interne déchirée en travers , comme on l'a déjà dit. Le nerf de la huitième paire , le grand sympathique ^ et les nerfs de la langue ne paraissaient avoir souffert aucune lésion. Le nerf laryngé supérieur et la branche descendante de la neuvième paire , él aient ceux qui avaient été intéressés dans l'accident (i).
J'ai offert précédemment quelques observa-^
^i) Su/^.c.iL obsc?vaùiofis , on injunes oj' uiie head^^ p. 1 1 5, deuxième éditioa.
ÙO UAtADltS
lions sur la manière dont se fait la clrculalioti du sang dans l'encéphale après l'oblitération dô l'une des arlères carotides (i). La transmission^ du sang au cerveau, par quatre grosses artères^ paraît , dans l'état naturel ^ assurer à cet organe important une double circulalion ; dé sorle que lorsqu'une de ses principales artères est oblitérée , Fencéphale n'en reçoit pas moins, |Sar les trois autres , la quantité de sang néçes- ^$aire à l'exercice de ses fondions.
La circulation collatérale dans l'intérieur du jCrâne a été ménagée avec soin par les larges .communications des troncs artériels, ainsi que par t'inlervenlion des ramifications d'anaslomoses les plus ténues. Le cerveau , pourvu pinsi d'une double circulation j n'éprouve pas même une interruption momentanée dans l'abord du sang , après l'oblitération d'une ou ^e plusieurs de ses artères principales. Cette «disposition était d'autant plus nécessaire, que les vaisseaux de cet organe ne sont pas susceptibles de la plus légère dilatation ^ à cause de leur passage dans des canaux osseux , et qu'en putre il résulterait probablement des effets nuisibles pour le cerveau , s'il y avait unedilatation dans ses branches artérielles les plus déliées. Il est vrai que lorsqu'une des arlères
{i} Piig. 5I'Q e-t 33l p V parlic.
carolides est oblitérée , les branches d'anaslouioses entre les deux carotides et les artères souclavières transmettent une certaine quantité de sang dans la portion supérieure du vais-» seau obstrué j avant son entrée dans le crâae ; ïiiais d'après l'expérience donlj'ai déjàparlé(i)j la réunion de ces branches d'anastomoses o'éga^ lant pis le calibre de l'une des artères carotides dans son état naturel , je suis porté à croire que le cerveau ne pourrait pas supporter la privation soudaine d'une aussi grande quantité de sang, si dans le cours ordinaire de ce liquide il n'en recevait pas plus qu'il ne lui en faut pour l'accomplissement de ses fonctions. Il est donc probable que la circulation co^atéralè existe originellement dans le cerveau | en sorlc que lorsqu'une de ses artères principales est liée , il n'en reçoit pas moins une quantité suffisante desang par lesautres branches artérielles, sans avoir besoin de ces çhangemens qui sur-* viennent dans le diamètre des petites raratifica-* lions , après la ligature d'une artère apparie-^ nant à toute autre partie du corps.
Cette opinion est grandement fortifiée par le fait intéressant que j'ai extraiides ouvrages de Haller, et que j'ai rapporté précédemment (2), Non - seulement I artère carotide conimune
(i) Pag. 352 1 1 333 , i^e partie, (2} Pag. 1^8 j 2"^ partie.
Sa MALADIES
était oblitérée , mais un caillot inlimémenî! adhérent à la membrane interne du vaisseau , s'étendait dans la carotide externe et remplissait complètement le tronc contracté de la carotide interne^ jusqu'à l'entrée de ce vaisseau dans le canal de la portion pierreuse du tempo^ rai. Dans celte circonstance, le cerveau ne devait recevoir du sang que de trois artères ; car, quoiqu'un filet de ce fluide pût se rendre par les brancbesd'anaslomoses dans la carotide externe au-dessus du point de son oblitération^ il n'en pouvait pas davantage traverser la carotide interne dans l'intérieur du crâne. Haller ne dit pas si l'autre carotide et les artères vertébrales étaient plus grosses qu^à l'ordinaire. • La ligature de l'artère carotide se fait de Ja manière suivante :
Le malade étant placé sur une table dans une position horizontale , la tête légèrement élevée par un oreiller, l'opérateur commence une. incision de deux pouces et demi de longueur , 4aiïs la direction du bord interne du muscl© slerno-masloïdien^ et la termine à un poucet au-dessus de l'extrémité sternale de la clavicule. Les fibres du raïuscle slerno-mastoïdien étant mises à nu , on soulève son bord en divisant If tissu cellulaire lâche qui l'unit au musclet Alerno-hyoïdien.Les muscles s terno-mastoidien^ «l «lerno-hyoïdien élani éc*irlés, ou aperçoit.
Î^ES ARTERES ET DES VElNËë. 53
â la partie supérieure de l'incision l'omoîiyoïdien qui croise la gaine des vaisseaux situés au fond de la plaie. La branche descendante de la neuvième paire de nerfs se montre aussi quelquefois sur cette enveloppe des vaisseaux. On voit également d'une manière distincte la pulsation de l'artère carotide , la dilatation et le colapsus alternatifs de la veine jugulaire. Un aide doit alors comprimer cette veine en plaçant son doigt au - dessus de rextréniité supérieure de l'incision, de manière à y empêcher le passage du sang , et à produire Taffaissement de la gaine des vaisseaux (i). Avec une paire de pinces , l'opérateur saisit une petite portion de cette enveloppe cellulaire des vaisseaux, et portant le tranchant de son instrument dans une direction horizontale , comme pour ouvrir un sac her-
(i) Dans deux eirconstances où j'ai vu faire cette operation, la seule difficulté qu'on y rencontra fut due à la dilatation et à la contraction alternatives de la veine Jugulaire ^ qui , dans ce premier élat, s'étendait sur la carotide El la cachait coajplètemenl. Dans une de ces opérations, la cobipression , que j'ai recoainiandée , de ia veine jugulaire au-dessus de l'incision mit l'opérateur à même d'ouvrir avec facilité la gaîne des vaisseaux ; dans la seconde , le chirurgien comprima et maintint de côlé la veiue jugulaire avec les doigts de sa laaia gauche. II.- S"
niaire , il fait une petite incision à cette gaîne membraneuse imméclialement sur l'artère carotide. Cette ouverture peut être élargie de manière à admettre la pointe d'une aiguille à anévrisme qu'on insinue entre Fartère et la veine. Par une pression convenable, dirigée en avant et dans le point de contact de la veine et de l'artère, qui doit être fixée par Pindicateur de la main gauche de l'opérateur, et en remuant l'instrument tantôt en.haut et tantôt en bas , on le fera pénétrer du côté trachéal de la carotide. En retenant l'aiguille à ané- Yrisme en contact avec l'artère , l'opérateur évitera de comprendre dans la ligature la paire vague qui est située derrière et entre les deux vaisseaux. Le lien (i) étant passé sous l'artère , on retire l'aiguille à anévrisme, La ligature doit être fortement assujettie par
(i) Si l'aiièrc esl isolée des parties environnantes dans une plus grande étendue qu'il n'est utile pour le simple passage de l'aiguille à anévrisme au-dessous d'elle, on lui appliquera deux ligatures par les raisons nue j'ai déjà données ) mais il sera prudent de ne pas diviser le vaisseau dans l'inleivalle. En effet , supppose* qu'une ligature appliquée à une artère , à la partie inférieure du cou, vienne à se détacher par une cause quelconque, il sera extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible , d'assujettir de nouveau le vaisseau , ou de se
tJES ARTEUES ET DES VEINES^ 35
deux nœuds ordinaires j et ramenée en dehors de la plaie , immédiatement vis-à-vis de l'endroit où elle est placée sur 1 artère* Les bords de l'incision ne seront maintenus en contact
rendre maître de l'hémorragie. Si la dénudation de l'artère ne suffit qu*au passage seulement de l'aiguille à ané=vrisme au-dessous d'elle, on pourra, je crois, être tranquille avec une seule ligature. Dans trois des cas où l'artère carotide a été liée, et oia les ligatures se sont détachées sans accident , deux ligatures avaient été appliquées , maïs le vaisseau n'avait pas été divisé dans l'intervalle. Une seule fois, M. Asiley Cooper divisa le Vaisseau • le malade se rétablit. Pour la ligature de l'a'K névrisme de la carotide, comme pour la plupart des autres opérations de l'anévrisme, le chirurgien trouvera de l'avantage à employer une aiguille d'une courbure plus étroite que celle qu'on donne ordinairement à cet instrument. Afin de remédier à la difficulté de passer une aiguille à anévrism^ commune autour d'une artère , dans une plaie profonde et peu large, M. Abernethy a recommandé l'emploi d'aiguilles à manche d'argent pur, par conséquent flexible, et terminées par des pointes d'acier assez tranchantes pour traverser le tissu cellulaire , mais pas assez pour léser aucune des parties importantes contignés à celles qu'on leur fait embrasser. Lorsque les pointes de ces insirumens sont ure fis passées au-dessous du vaisseau , le chirurgien peut ployer leurs manches de manière à les accommoder à l'espace dans lequel ils ont à tourner. (Abernethy, Surgicài Observations on aneuiisms , p. 245 > 2* édil. )
que par Jes bandelettes d'emplâtre agglutl^ natif.
Le malade sera mis dans son lit, la tête légèrement élevée et inclinée vers le sternum, de manière à placer l'artère dans le relâchement le plus complet. La tête peut être assujettie dans cette position par un bandage qui, l'embrassant , irait passer sous les aisselles. La plaie ne sera pansée que le quatrième ou le cinquième jour, et l'on évitera avec soin tout ce qui produirait une irritalion générale ou locale.
Obserpation sur un anévrisme de l'artère carotide (i).
L'observation suivante est extraite du Journal de Médecine et de Chirurgie de la Nouvelle-Angleterre (2). Le docteur Post, chirurgien distingué de New-Yorck, a récemment pratiqué avec succès l'opération de l'ané- •vrisme sur Tarière carotide. La tumeur^ située immédiatement au- dessous de l'ani^le de la mâchoire , avait six pouces de longueur et
(i) Celte observalion esl plarée drins l'apitendix de l'ou-* vrage de M. llodi^son. ( A'o/e du traducteur. )
(2) Vol. ni , p. 2i5 , publié à LJoîlou , en avril 1814.
quatre de largeur. Une incision de trois pouces fut faite entre la tumeur et la clavicule. Les nmsclçs étant disséqués et la gaine des vaisseaux ouverte, on sépara l'artère de la veine et de la paire vague. Deux ligatures furent engagées sous l'artère à trois quarts de pouce l'une de l'autre, et après les avoir serrées , on divisa le vaisseau dans l'intervalle. On passa une aiguille au-dessous de 3'extrérnité divisée de la portion inférieure, et Pon mit une ligature sur le bout du vaisseau. Aussitôt après l'application du premier Jien , la pulsation cessa dans la tumeur. Le malade ressentit peu de douleur le jour même de l'opération; ensuite il fut attaqué d'une toux violente , comme le premier malade de M. Cooper. Les ligatures se détachèrent le dix-huitième jour. La tumeur diminua graduellement. La guérison fut retardée par la formation d'un sinus au cou ; mais enfin le malade fut totalement rétabli quatre mois environ après Fopération (ij.
(i) II paraît certain que les anciens connaissaient les anévrismes des carotides j mais ils n'ont rien laissé si*r les opérations que peut nécessiter leur traitement. Paul Barbette dit que le cou est une partie très-fréquemment affectée , et que presque toujours il doit ses nombreuses.
maladies à l'altération des artères carotides {a). Il assure avoir observé la même chose aux genoux et aux bras.
Si les anciens ont peu parlé des anévrismes des carotides , ils ont cependant connu la possibilité et l'innocuifé de la ligature de ces vaisseaux. On trouve dans les ouvrages de Galien des passages qui ne laissent pas de doute» à cet égard.
Plusieurs chirurgiens militaires , anciens ou modernes, font mention de blessures par armes blanches ou par armes, à feu des artères carotides j mais ils s'expriment si vaguement ou en termes si obscurs qu'on ne peut presque rien retirer de leurs écrits,
Acrel rapporte que, dans un cas de lésion de l'artère carotide par un coup de feu , il fit une compression sur le vaisseau et sauva la vie au blessé,
Yan Horne (b) , dans ses notes sur l'ouvrage de Botal , raconte un fait semblable (c),
(a) Pars affecta sœpisfime , imo fere seniper ob arterias carotides , collum est ; ohseruat^i tamen illud in genubus et brachiis-, Oper. MeiL et Chir. Lib. i; , cap. m,
(b) De T^ulneribus sclopetis.
(c) M. Larrey noas a donne l'histoire de la blessure qu'un officier fiançais reçut devant la ville de Saint-Jean d'Acre, dont nps troupes faisaient le siège *. Une baiie vint ouvrir l'arière carotide de M. Arrighi , qni dut la vie h la compression qu'un soldat exerça de snitc sur le vaisseau en portant la main dans la plaie. M. Larrey fît peu après un bandage comprcssif. Ce fait m'a été raconte par M. Pe-^ lissier, un de nos plus braves niiiiiiiires , couvert d'îionorable* cica-» iriccs ^ il est aujourd'lmi retire en Auvergne , sa patrie. Cet oflicier servait comme canonnicr en Egypte , et re fut lui qui arrêta le sang qui sortait en abondance de la [ilaie de M. Arrighi , maintenant duc
* T>Si6mo[rci de Cbirurfjie militaire etCampagnfs du baron Larrçj , V i , p. 3qq.
DES ARTERES ET DES VEINES. b()
Hébenslreit , dans les notes qu'il a ajoulées à sa Iraduc-
de Padoue. La force de l'hémorragie fît pre'snmer qne l'artère carotide externe se tronvait atteinte par la balle. Cet officier , dépourvu de connaissances anatoriiiques , n'a pu me donner aucun renseignement sur ce point ; mais M. Larrey ne paraît pas avoir de doutesar la nature de la blessure. Il a tout récemment publié une observation analogue. « A moti passage à Bruxelles , j'eus l'occasion de voir un jeune soldat anglais qui avait reçu une blessure semblable à celle de i'aide-deçamp Arrigbi , avec celte différence seulement qne, chez l'Anglais , la plaie était an côté gauche de la face , et que la carotide externe n'avait pas été entièrement coupée comme chez M, Arrighi : aussi, chez le premier, l'hémorragie reparut-elle à la levée de l'appareil. Le chirurgien anglais s'empressa de mettre la carotide piimitive à découvert et l'embrassa par deux ligatures très-serrées : à leur chute, les bords de la plaie furent rapprochés; la cicatrice s'en obtint promptement, et ce blessé se trouva guéri peu de jours après. Il n'y avait point de pulsations dans l'artère temporale; et comme le tronc du nerf facial avait été détruit par la balle, ainsi que chez M. Arrighi , les mouvemens des muscles de la face de ce côté et la sensibilité animale étaient éteints ''' ».
Peu avant la prise de Paris en i8i4j deux opérations de ligatures des artères carotides ont été faites dans deux hôpitaux de cette capitale par les chirurgiens de ces maisons ; mais le succès n'a pas répondu à leur attente et à l'habileté avec laquelle ces opérations ont été pratiquées. L'encombrement des hôpitaux , l'épidémie coriiagieuse qui y régnait, l'état de faiblesse et d'épuisement dans lequel se trouvaient les blessés lors de leur réception dans ces asiles , les hémorragies plus ou moins nombreuses et abondantes qu'avaient éprouvées les malades pendant leur transport , donnent sans doate une raison suffisante de cette non réussite.
ïves le Borgne , âgé de quarante-deux ans, sous-lieutenant au premier régiment du corps impérial d'artillerie de marine , reçut h l'affaire de Brienne , le 2 février i8i4, «n coup de feu à la.
* Mswoires de Chirurgie mLUlaIre, stc, t. sv, p. 3a3.
tion de la chirurgie de Benjamin Bell, rapporte une oh-î=.
joue flroite j la balle, après avoir pénètre an-tlessons de I'qs lualaire , vint sortir au niveau de l'spophysq mastoïde du mêtne pôte. Le malade , renverse par le coup , resta pendant quelque temps sans connaissance- revenu à lui, il fut transporte h une ambulance où un premier appareil fut pose' et servit à arrêter le sang ; de Ih le malade fut évacué d'un liôpital sur un antre , et arriva enfin à l'Hôtel - Dieu , cii il entra le ii février 1814, dans Fétat suivant : la face était rouge, tuméfiée; tout le trajet que la balle avait parcouru était enflammé ; le pouls éti-^it assez développé, la respiration libre, le mal de léte modéré, la langite blanchâtre, et le malade conservait assez d'appétit. Uti cataplasme émollient fut appliqué st(r la joue; des lavemens et des bains de pieds furent prescrits. On se contenta de le nourrir avec du bouillon et des soupes. Ce traitement fut continué pendanç trois jours , époque h laquelle les escarres commencèrent à se détacher. On pansa alors la plaie avec un digestif animé d'essence de térébenthine. Le i^, plusieurs morceaux d'escarres étant tombés , une hémorragie survint ; elle fut arrêtée au moyen d'on bandafie un peu serré. Le 18 et le 19 , l'hémorragie se renon-. vêla et fut encore arrêtée par le même moyen. Le 20 , elle se manifesta de nouveau , mais avec plus de force que les jours précédons : il fallut tamponner la plaie avec de la charpie et exercer une forte constriction avec une bande appliquée autour de la tête et da col, ce qui gêna un peu la respiration. Le 21 , ie visage était oedémateux, la respiration gênée, le pouls faible; on laissa le malade dans cet état. Le 22, l'hémorragie se renouvela deux fois ; il fallut lever et réappliqner l'appareil La plaie de la joue, avait un, mauvais aspect; elle était ^lol^i\tre, livide , ienjpiie de caillot; elle ne fournissait plus de pus ; le malade s'affaiblissait de pins en plus; le visage était fortement oedémateux , le pouis trèsfaible et la respiration difficile. Le a/j , il survint une septième hpn^orragie. Le malade paraissant ri'avo'r plus que quelques insçans V» vivre si ou ne recourait prortiptcment à un moyen éncr-r gMI^Pj M- Dupnytrcn se décida h praliqi'cr la ligature de la carq-
DES ARTÈRES ET DES A'^EINES. 4l
servatioii de lésion de l'arlëre carotide interne produite
tide primitive, et l'exécuta de la manière snivanie : Le malade, placé sur son lit, la tète apposée et élevée par des oreillers et eouche'e snr son côté gauche , l'opcratCHr fit une incision obii'' que de bas en haut , de dedans en dehors , sur le bord antérieur du sterno - mastoïdien ; il divisa le tissu cellulaire sous ^cutané. Je muscle peaacier ; il fit porter le ransi'le sterno-mastoïdien eu dehors, et l'assujettit dans cette position par le doigt d'un aide; 51 dirigea lui-même en dedans et à gauche !e larynx , et continua de détruire le tissu cellnlaire qui unissait ces parties , avec la pointe monsse d'une sonde cannelée. Lorsqu'il fut parvenu an f.iisceau nerveux et vascuiaire formé par l'artère carotide, la x'eiice jugulaire interne, îe nerf pneuino-gastrique et la partie supé^ienre du trisplanchnique, il porta son doigt au fond de la plaie pour s'asiurrr d'une manière positive de la situation de l'artère. Elle fut trouvée h la partie interne du faisceau vascuiaire. Il s'agissait de l'isoler des parties voisines avec lesquelles elle était unie par un tissu cellulaire lâciie , infiltré de sérosité , mais non enflammé. On était arrivé au point le plus important , le plus délicat de l'opération , celui qui offrit aussi le plus de difficulté. Comme le doigt de l'aide qui portait en dehors le muscle sterno-mastoïdien gênait les mouvemens de l'opérateur et s'opposait h ce qu'on vît distinctement les objets placés dans le fond de la plaie, il fut remplacé par une sonde cannelée très-forte qui , courbée h angle droit, forma un crochet au moyen duquel on put facilement porter le muscle en dehors. M. Dupuytren se servit encore d'nne sonde cannelée mousse pour isoler l'artère. Lorsque cela fut fait, il en introduisit une autre au-dessons du vaisseau , le souleva et s'assura qu'il était seul au-devant de i'insiruraent. Alors il porta, à îa faveur de la cannelure de celte sonde, un long stilet aiguillé et garni d'un double ruban, au-dessous de l'artè'C carotide; ee vaisseau embrassé par l'anse de fil , l'opération se trouva presque terminée. Le doigt indicateur de la main gauche fut posé snr l'artère soulevée de la main droite par l'anse de fil; une pression assez forte fut exercée par ce doigt pour s'jissuteç
par le bistouri d'un chirurgien qui enlevait une tumeur
que le nerf pnenmo-gastiique n'était point compris dans la ligature : alors on la serra modciement j mais au momenc où la constriction fut exercée , le malade poussa un cri , exécuta de légers mouvemens qui parurent convulsifs ; la respiration , qui jusqa'alors avait été stertoreuse , fut suspendue , et tout fît craindre que le malade n'eût cessé d'exister. Cependant de légères frictions pratiquées sur la région du coeur ranimèrent bientôt les mouvemens de cet organe: la respiration se rétablit, mais beaucoup plus libre qu'elle ne l'était avant l'opération, et le malade , que nous avions cru mort, fut promptement rappelé à la vie. La ligature d'attente , placée au - dessous de celle qui avait été serrée , fut courbée vers l'angle inférieur de la plaie et enveloppée dans un petit linge ; l'autre portée vers l'angle supérieur, et enveloppée pareillement j un plumasseau de charpie molle fut posé sur la plaie récente qu'on ne chercha pas à réunir. Les plaies produi es par le coup de fou furent débarrassées des caillots qu'elles contenaient , lavéps avec une forte décoction de quinquina animée d'eau-de-vie camphrée, et couvertes, ainsi que les parties voisines qui étaient gangrenées , de compresses imbibées de la même décoction. On mit le malade à l'usage du vin et d'un régime fortifiant. Le 23 février , à six heures du soir , il avait toute sa connaissance , et répondait exactement à toutes les questions qui Ini étaient adressées ; il assurait se trouver mieux , ne se plaignait que de la plaie primitive, et ne pouvait rendre compte de l'espèce de changement qu'il disait s'être opéré en lui depuis le moment de l'opération ; la respiration était libre , et non stertoreuse comme ^lle l'était auparavant j le pouls , très - accéléré , n'avait pas de consistance; il s'effaçait aisétneut sous la pression du doigt. La langue commençait k se scclier. On prescrivit une limonade vineuse et le vin de quinquina. La nuit fut bonne, l'hémorragie ne leparui point, et le malade goùia îi plusieurs reprises les douceurs du sommeil.
Le lendemain de l'oiiération , 24 f'^vrier , l'état du malade n'avait d'alarmant que la grande faiblesse où l'avait jeté les Uéiaol-
squirrheuse. La perle énorme de sang qui suivit celte
ragies 5 la plaie Je la jone était gangrenense h sa surface 5 quelques lambeaux semblaient vouloir se détacher , et furent enleve's avec des pinces et des ciseaux ; l'oeJème de la fîce avait diminue. Du reste , même état de faiblesse et d'accélération du pouls , de sécheresse de la langue et d'intégrité des fonctions intellectuelles , la respiration était moins libre, la toux et l'expectoration paraissaient être pins diffi^Ies. ( Looch blanc , limonade vineuse , vin de quinquina. )
La journée se passe sans accident; la nuit , le délire se manifeste j le malade dit qu'il a bien doimi ; il avait enlevé toutes les pièces d'appareil , sans toucher aux ligatures.
Le troisième jour de l'opération , 25 février , l'adynamie semble augmenter; la langue devient plus sèche, la respiration est plus libre et l'expectoration plus facile que la veille; la plaie gangreneuse est pansée avec un plumasseau de charpie recouvert de digestif ; l'auire plaie est pansée à plat. ( Même prescription. )
Pendant la journée , le malade se plaint de son ancienne plaie , dit que les douleurs sont très-vives lorsqu'il est forcé d'avaler.
La nuit fut assez tranquille; la difficulté de la déglutition augm.enta.
Le quatrième jour, 26 février , l'état adynamique fait des progrès ; le malaie est plus absorbé que la veille ; mais il répond encore aux questions qu'on lui adresse ; le pouls est toujours accéléré et faible. (Même pansement , même prescription , moins le looch.) Le soir, le malade est pris d'un léger délire qui augmente pendant la nuit ; il appelle à plusieurs reprises un de ses compagnons d'armes. Le cinquième jour , 27 février , la faiblesse augmente , la langue est brune , le pouls petit , fréquent; la déglutition douloureuse et difficile; les fonctions intellectuelles ne s'exécutent que difficilement. Le malade est dans un délire continuel. ( Même prescription. )
Le soir, le délire augmente; le malade ne connaît personne; il commande difTér-enies manœuvres militaires ; il cherche à plusieurs reprises à se débarrasser des pièces d'appareil ; le pouls de
blessure du vaisseau aurait irifailliblenjent et en peu de
vient întermiiient; la respiration sterioreuse , et la mort arrive le sixième jour de l'opération, 28 février j à cinq heures du matin, vingt -six jours après la blessure,
Ow'erture du cadaure,
1°. Toutes les parties comprises dans l'incision e'taient dans cet e'tat inflaramatoiie qui confond presque tous.les tissus, angraenie leur densité et diminue leur résistance 5
2", La ligature n'embrassait que la carotide et quelques fibres du muscle sierno-iliyroïdieuj il n'y avait ni sang ni caillot dans l'intérieur de l'artère j le point lie était froncé, et avait contracië DU rétrécissement tel qu'il nous a été impossible de lui rendre son premier calibre sans le déchirer ;
3°. La veine jugulaire interne , parfailemeat isolée , se trouvait en dehors de la carotide ;
4°. Les nerfs pneumo-gastrique et irispbmchnique , loin d'avoir (été compris dans la ligature , étaient hors de la s[)hère d'inflammation ^
5°. Il n'y avait d'intéressés que les légnraens , le muscle peaucier , le tissu cellulaire, et l'anse nerveuse que forme la branche descendante du grand hypoglosse pour s'anastomoser avec les rameaux antérieurs des deux premières paires cervicales j
6°. La plaie produite par la balle, gangreneuse à sa surface, avait détruit presque en entier la parotide 5 la branche de la mâchoire était fortement échancrée à son bord postérieur j le condyle et son col, l'apophyse coronoïde , étaient isolés du reste de la branche de l'os , qui était dépouillée de parties molles 5 les muscles masseier et ptérygoïdien interne étaient détruits, réduits eu une espèce de putriiage noirâtre.
La carotide externe était coupée au-dessus de, l'origine de la brandie occipitale; l'ouverture bé.mie de celte artère ne laissait d'autre moyen d'arrêter l'hémorragie que la ligature qui a ete faite. Malhenrensement elle a été pratiquée trop tard.
« Un sujet de vingt ans, d'une bonne constitution, reçut ua
Bes arTjères et des veines. 45
toinutes enlevé !e malade, si l'opérateur, conservant sa
coup de feu à la bataille de Paris en 1 81 4- La balle pe'nëlra der-* i-ière l'apopbyse niasfoïde , et vint sortir sous l'os delà pommette du niéiiie côte. Six jours après la blessure, lie'niorragie considé-' rable et artérielle par les deux orifices de la plaie : le tamponne* ment l'arrêta. Au bout de six ?i huit heures, l'hémorragie se reiîouvela : nouveau tamponnement. L'effusion du sang est encore Suspendue pour quelque temps, et se reproduit ensuite avec plus de Violence. Le sujet se trouvant très-affaibli , MM, Lallement , Mural , Baron et Marjolin convinrent qu'il ne restait qu'âne seule ressource, celle de faire la ligature de l'artère carotide primitive. Un pratiqua celte opération à huit heures du matin. Le malade passa la journée et une partie de la nuit très-tranquillement , sans éprouver le moindre accident. Le lendemain , à six heures du matin , l'hc- Saorragie eat lieu de nouveau par la piaie faite par là balle ; on ne put l'arrêter par le tamponnement, et le blesse mourut. On fit l'examen du cadavre. La liiiature appliquée sur la carotide se trouvait dans l'état où elle était immédiatement après l'opération. L'artère paraissait rélrêcie entre cette iigaluie et le cœur , et contenait une petite quantité' de sang coagule. La portion d'artère située au-dessus de la ligature paraissait au ooniraiie plus grosse que dans l'état naturel. Les veines du cœur éiaient affiiissées. Le tronc des artères carotides externe et interne , et la veine juuulaire étaient iniacis. La balle avait parsé dans les parties internes de l'apophyse mastoïde, et avait déchiré l'artère et ia veine occipitales. Les vaisseaux du cerveau étaient vides de sang ; la substance de cet organe n'offrait aucune altération. »
« Une hémorragie violente s'étant déclarée an cou d'un soldat, après la chute d'une escarre survenue à la suite d'une Llessure d'arme à feu, M. Giroux , l'attribuant à une biccsure d'une divi* «ion de la «irotide , lia le tronc principal. Les quatre premiers jours, le malade était en bon état , excepté un peu de faiblesse. Le cinquième jour , céphalalgie sns-oibitairc , léger trouble des facultés intellectuelles , la plaie blafai de et la suppuration séreuse. Le septième , stupeur , dérangement des idées , accès de iièvre "violent.
pré'ience d'esprit , n'eût fait la ligature de l'arlère. Le succès recoiujiensa son heureuse liardiesse, et le malade vécut plusieurs années après cet accident.
Harder (a) parle d'un anévrisme de l'arlère carotide externe, qu'on chercha à guérir en ouvrant la tumeur. Le malade périt d'hémorragie au milieu de l'opération.
Rumler (5) nous a transmis l'iiistoire d'une rupture de l'artère carotide gauche, chez un homme qui , portant un lourd fardeau , voulut fléchir trop fortement la iête et le cou.
On trouve dans les Opuscules pathologiques de Haller, et dans la Collection des observalions des médecins de Londres (c) , quelques histoires d'anévrismes des carotides j mais ces faits sont pour la plupart tronqués et incomplètement décrils.
Il n'en est pas de même de l'observation publiée par le célèbre Antoine Petit (d) ) l'anévrisme dont il parle se
Le huitième , perte considérable de sang, qui suinte de toute la surface delà plaie , mais qu'on parvînt à arrêter. Même accès de fièvre 5 le froid dure plus de deux heures. Le malade meurt le neuvième jour. L'ouverture du crâne fit voir du sang caillé à la base lie cette cavité, et comme renfermé dans une membrane* ».
(a) J. J. Harder, Apiarium obseri^ationum niedicis et physicïs experimeniis illustratum , obs. 86. Basileœ , 1687.
(Jb) Walchii , Curât, et consilia , obs. Si.
{c) Médical Obseri^ations and inquiries , vol. vi, art. 4-
(J) Mémoires de rAcadcroie des Sciences, année l'jôS. Cette observatian est rapportée en entier par M. John Bell, Principles oj surgery , Discourse yn , of Salwary tuniors , vol. m , p. aSa j et par M. J. Vose , Disputatio pathologica de Arteriœ carotidis aneurismate. Edinburgi , 1809.
• Dûsert. sur TAnévrisme de l'artère carotiJe primitive ou tronc céplialiijue, p»* P. J. Van-Jerhagen. Paris , i8i5. —,
guérit spontanéiuent , el à la mort du sujet, produite par une attaque d'apoplexie, plusieurs années après la guérison de l'anévrisme, on trouva l'artère carotide oblitére'e depuis son origine jusqu'à la tumeur qui existait vers la bifurcation du tronc en carotides interne et externe.
Tous ces faits bien connus d'obîife'ration des artères carotides, dans quelques cas de rupture de la tumeur anévrismale, etpresque toujours la certitude d° la mort du sujet si l'on ne recourait pas à une opfTation ; les expériences tentées sur les animaux par Galien, Yalsalva ,Morgagni , ainsi que par Maunoir et plusieurs autres physiologistes modernes ; la recommandation formelle de Yan-Swiéten de lier l'artère carotide dans les anévrismes faux, n'avaient pointencorepu décider les chirurgiens à élablir en principe la ligature des carotides comme ils l'avaient fait pour les vaisseaux des membres. Cependant le passage de Yan- Sv^iélen ne laisse aucun doute sur ce poinl. I! dit « qu'on ne risque rien à faire la ligature d'une artère carotide , parce qu'une quantité suffisante de sang peut être portée à la tête par l'autre et par les artères vertébrales. Je bai les deux carotides à un chien auquel j'avais coupé auparavant les nerfs récurrens, et je ne remarquai pas qu'il en eût souffert aucun dérangement ; car , après huit jours, je trouvai l'animal vigoureux et alerte: je lui liai alors les veines jugulaires : il n'en résulta encore aucun mal remarquable. Quatre jours après, le chien était en très-bonne santé. J'examinai alors les ligatures que j'avais faites aux caroîidesj je vis qu'elles étaient bien serrées et fermes ; un îhronibus fort épais et compact se trouvait placé entre la ligature et le cœur. A l'ouverture du crâne, rien ne
parut changé dans le Cerveau : au contraire, son volume semblait être plutôt augmente que diminué {a).
Les mênips expériences ont été faites sur un renard par M. Maunoir de Genève, et il a obtenu des résultats sem.blables (è). Moi-uiême j'ai liéutj grand nombre de fois, sur des chiens et des chevaux, les carotides : ces animaux n'ont éprouvé que très-peu de trouble dans leurs fonciions.
Yan-Swiéten insiste sur un point très - important i il dit qu'il faut chercher avec soin les deux bouts de \â carotide coupée, et les ayant trouvés, les lier : il ne suffit pas même d'avoir lié celui qui est le plus prochef du cœur , car le sang continuerait à venir par l'autre , parce que les carotides sont jointes entre elles y et avec les artères vertébrales, par d'assez grandes rainificaàons sous la base du cerveau (c). » C'est peul*êlre
(a) Prœterea impune rndetur ligari posse cctrotis arteria , cuni per altérant et ^>ertebrales arterias sanguinis idonea copia ad caput deduci possit. In cane , oui ante octiduuni abscideram nerç'os récurrentes , ligatn utrnmque carolidem , nec potui obser\'are iltum aliquid niali inde pati : inueni eniin hoc animal post alios oclo dies elapsos vegetum et alqcre. Ligawi tune venas jugulares sine ullo obsert^abiU malo. JExaminans tune ligaturas carotidibus injectas , inweni illas Jinnissime hœrere , *t thrombum valde densuin et eompactum hœrere inter lignturam et cor ^perto cranio in cerebro Jiihil mutatuni apparabat , inio cerebri volumen pctuit auctuni quam minutuni appaiebat, ( Vak-Swieten, Contvientaria in h. Boerh. , t. i , § 170, p. 266, Lugd.-BataU. )
(b) Mémoires pli vsîolof^v et pratiques sur l'Ant^'iisme et Ja ligature (1rs artères. Genève, 1802.
(c) Hls j'actis deberet utrumque , extrernuni carolidis discissce inwesti^ari , et inventum dcinde ligari. Non sirffîcit enim ligasse arteriœ illam parlcm , quœ cordi prnpior est ; pergerel enim. soncuis efflucrc par aUcruin arteriœ discissœ exirerniiin , quia c«-
parce qu'on n'a pas tenu cette conduite dans les ope'rations de ligatures de la carotide que nous avons rapportées, qu'elles ont été suivies d'hémorragies funestes.
En vain le célèbre Haller avait observé une oblitératioa spontanée de l'artère carotide (à) ; il vit périr dans une autre circonstance un homme atteint d'un anévrisme de la carotide , et que la ligature de ce vaisseau aurait peutêtre pu sauver {b). En vain également (c) A. Petit (d) , MM. Baillie (e) et Pelletan (/) ont publié des observations d'oblitération de ce tronc vasculaire.
Le célèbre Scarpa n'a consacré que très-peu de pages de son bel ouvrage à l'histoire de l'anévrisme de la carotide^ il rapporte deux principales observations : i° celle d'un militaire qui fut précipité avrc son cheval du haut des ruurs de Mantoue , et qui souffrit une violente torsion du cou , d'oii résulta une tumeur anévrismale vers l'angle de la mâchoire : elle était grosse comme le poing, et battait avec une grande véhémence ; 2» celle de Lucrèce Boffeti. Dans le premier cas , il vit la maladie , l'examina et ne songea point à l'opération. Le malheureux malade
rotides sub hasi cerebri cum se itwicem et cum ■vertebralibus arteriis , magnis satis ramis emissis ,junguntur. Van-Swietew , t. I, § 370, p. 267.
(a) Obserif. xxiii. Carotis arteria et venu exsecatœ , p. 3oi , Opusc. pathol. f t. III.
(è) Observ. vi. Aneurysma carotidis , Opusc. pathol, p. a85« Lausannce , 1768.
(c) Pages 2 , 4 ) 6 de la seconde pai lie,
(rf) Mémoires de l'Académie des Sciences, année 1765.
(e) Transactions of a Society for the improvement of médical and chirurgical knowledge , vol. i , p. 121.
(/) Clinique chirurgicale, t. i , p. 68.