‹ Traité des maladies des artères et des veines (volume 2)Chapitre 3 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

5o MALADIES

se mit enJre les mains d'un charlatan qui le fit périr en prenant la tumeur pour un abcès et y portant le bistouri (a). Pour le second cas , on se contenta de faire quelques saignées qui n'empêchèrent point la maladie de croître , et la poche anévrismale de se déchirer, d'oii s'ensuivit la mort de la malade.

Dans un mémoire publié récemment, le savant professeur de Pavie déclare qu'il admet sans aucun doute la possibilité de guérir l'anévrisme de la carotide , au moyen de là ligature du tronc de cette artère, dans l'intervalle qui existe de la tumeur à l'extrémité du sternum. Il cite les observations d'Abernethy , de Cooper , etc. , et il va jusqu'à donner la description du manuel opératoire (è).

Cependant le mode de circulation du sang dans la cavité du crâne, les nombreux troncs vasculaires qui s'y rendent , leurs fréquentes anastomoses , l'oblitération spontanée de quelques-uns de ces troncs , sans que les fonctions cérébrales parussent en souffrir, devaient amener à penser que , dans un cas d'anévrisme d'une artère carotide , on pourrait espérer de guérir la maladie en interceptant, par une ligature sur le vaisseau, tout abord du sang dans la tumeur. Celte opération n'a été faite que très-tard , et il n'y a que très-peu d'années, si nous en exceptons le cas rapporté par Hébenslreit , qu'elle a

(a) Dopo sei mesi ehbi contezza , cJie questo infelice auei/a perduto la vita fra le mani d'un igaorante ciarlatano , che gli auei'a aperto il tumore creduto un ascesso. Scarpa , sull'jînew risma , etc.

{b) Memoria sulla legatura délie principali arterie degli arti con una appendice alV Opéra sull'Aneurisma di Antonio S carpa. p. 126, § a4- Pa^ia , «817.

DES ARTÈRES ET DES TEINES. 5l

été pratiquée de manière à devenir une règle de conduite pour le praticien dans le traiteraent des anévrismes. Sous ce rapport , toute la gloire appartient à M. Astley Cooper, car l'opération faite par M. Abernethy dépendit de la. gravité de la circonstance.

Nous allons maintenant faire l'énumération des divers cas dans lesquels la ligature de l'artère carotide a été faite avec ou sans succès. Nous ne ferons que citer les uns, et nous exposerons les autres avec quelques détails lorsqu'ils n'auront pas été rapportés dans le corps de cet ouvrage.

1°. M. Abernethy a pratiqué la ligature de l'artère carotide primitive pour un déchirement des branches de ce tronc vasculaire par la corne d'une vache. Avant l'opération , le malade perdit beaucoup de sang. Il mourut au bout de trente heures.

L'examen du cadavre fit découvrir des traces d'une inflammation au cerveau (a).

2°. Aa mois d'octobre i8o5 , M. A. Copper lia la carotide sur une femme , pour une tumeur anévrismale à la partie moyenne du cou. Deux ligatures furent placées à un demi-pouce l'une de l'autre , maïs on ne coupa point l'artère entre elles. La malade mourut le dixneuvième jour. L'autopsie du cadavre fit voir une inflammation au sac, à la huitième paire de nerfs, dans la trachée-artère , et la glotte en grande partie oblitérée (è).

(a) The Surgical works of John u4berneihy , vol. the second ^ p. ii5 , case XXIV, on injuries oj the head. ( Ployez p. a6 de la seconde partie de cette tradactioa de l'ouvrage de M. Hodgson. )

(è) Medico-Chirurg. Trans. , vol. i , p. i, pi. i et ii. ( f^oy. p. 8 de la seconde partie de cette tradaction de l'ouvrage de M. Hodgson,}

S*». En 1808, M. Cooper répéta cette opération: elle fut couronnée de succès (a).

4°. M. Benjamin Travers fit, le 25 mai 1809, la ligature de la carotide primitive pour une tumeur dans l'orbite y du genre de celles que M. John Bell désigne sous le nom di' anévrisme par anastomose : aucun accident ne survint, et le malade fut guéri de son afFeclion (6).

50. En 1808 , M. Cline lia l'artère carotide à l'hôpital Saint-Thomas. La tumeur , volumineuse, située sur le côté gauche du cou , s'était développée rapidement. Le malade mourut le quatrième jour après l'opération. Le cadavre ne fut point ouvert ic).

6°. M. Hodgson a consigné dans son ouvrage une observation dans laquelle on voit que la ligature de la carotide fut faite avec succès pour un anévrisme faux de cette artère {d}.

7°. En 18 15, le docteur Post, de New-York, a lié avec succès l'artère carotide sur un sujet de trente-cinq ans , qui portait une grosse tumeur anévrismale immédiatement au-dessous de l'angle de la mâchoire et du côté droit (e).

(a) Medico-cJlirurgiccd Transactions , vol. i , p. 22î. ( Voyez page i3 Je notre seconde parlic. )

{h) Medico-Chirurgical Transactions , vol. 11 , p. 5. ( Voyez aussi la page i5 de cetie seconde parlic.)

(c) London médical reuiew*, vol. n , p. 96. M Vose , Disput.pathologica de arteriœ carotidis aneurismate , p. io4. lidinburgi, 1809. ( Voyez aussi la seconde partie de notre traduction, p. 24- )

(c?) Voyez ohs. xl , p. 18 de cet ouvrage.

(e) New ingland Journal of médecins, and S urgery , vol. m, p. ^o5 ; published al Boston , april l8i4- — Elément of surgcry

8". Opération de l'anévrisme faux primitif faite à l'Hôtel-Dieu de Paris en i8i4 («)•

g"*. Opération semblable, et pour un cas analogue, pratiquée en i8i4 à l'hospice de la Salpètrière {b).

\o°. Ligature de la carotide exécutée en ï8i4, par M. Giroux , pour une blessure de ce tronc vasculaire (c).

II". Ligature de la carotide pour une tumeur anévrismale de cette artère.

« Le nommé Dupoeli , dragon espagnol, âgé de vingt- sept ans, d'un tempérament nerveux sanguin, ayant peu d'embonpoint, fut reçu à l'hôpital de Truxillo, oii M. Dupont remplissait les fonctions de chirurgien en chef de la place. Le malade portait depuis six mois , à Ja partie supérieure gauche du cou , une tumeur de la grosseur d'un œuf de poule, qui s'étendait depuis l'angle de la mâchoire inférieure jusqu'à quelques lignes audessous du cartilage thyroïde j à la vue seule , on en distinguait les battemens , qui étaient isochrones à ceux de l'artère. La tumeur diminuait par la pression , et se rétablissait sitôt qu'on l'abandonnait. Le malade éprouvait de violens maux de tête , avec élancemens , pour peu qu'il se baissât ou qu'il fît quelque effort. La respiration s'exécutait assez facilement ; mais il éprouvait une irritation dans le larynx : le malade avait d'ailleurs une

for the use ofstudents ; hy John Syng Dorsey , vo!. ii, p. 189. Philadelphia , i8l3. ( Voyez p. 36 de la seconde partie de notre traduction de l'ouvrage de M. Hodgson. )

{a) Ployez page 3g.

{b) Voyez page 44'

(c) Voyez-ç. 4^ , et la Dissertation sur i'Ane'vrisiue de l'artêra carotide on îronc céphalique , par P. J. Vanderhaghen. Paris., 18)6-

assez bonne santé. M. Dupont ne put tirer aucun renseignement sur la cause de la maladie. Le troisième jour de son entrée à l'hôpital , la tumeur paraissait être augmentée. M. Dupont résolut d'opérer ce malade \ ce qu'il fit conjointement avec M. le docteur Serra ; il suivit exaclement le procédé de M. A. Cooper. L'opération ne fut troublée par aucun accident j le malade fut couché y on lui prescrivit le repos le plus parfait et un régime sévère. Il ne ressentait plus les élancemens dont il se plaignait auparavant j la nuit fut bonne. Même état jusqu'au quatrième jour à dater de l'opération. Le sixième jour on leva l'appareil 5 la tumeur était d'un volume moindre , plus résistante , et le sang qu'elle contenait était coagulé. On réappliqua l'appareil. Le septième jour, la tumeur, plus dure encore que la veille, parut considérablement diminuée j aucun accident ne troubla la marche delà guérison , qui fut complète le 28 septembre , et le malade sortit de l'hôpital n'ayant plus qu'une tumeur de la grosseur d'une olive [a), n

12°. En i8i5, M. Charles Collier a fait avec succès la ligature de l'artère carotide commune dans un cas de blessure à la face. Yoici quelques détails sur celte opération {b).

William Bail , tambour du quarante-quatrième régiment , âgé de vingt-ans , d'une conftitution grêle , fut blessé le 17 juin par la pointe d'une épée qui passa par l'angle de la joue gauche, et pénétra dans la bouche en lacérant cruellement la langue dans trois ou quatre en-

(fl) Dissertation sur l'Aneviisme de l'artère carotide ou trOQC cephaliqne, par P. J. Vandcihagben. Paris, i8i5.

(A) Medico-Chirurgicat Transactions , •vol. vu , p. 107.

droits. Il fut apporté à l'hôpital de Sain te -Elisabeth , le 19, et , d'après son re'cit , il avait perdu une grande quantité de sang dans le chemin ; mais depuis ce temps jusqu'au 22 ,il ne lui arriva rien de remarquable. Le soir du même jour , je vins pour le voir , et je trouvai qu'un sang artériel s'élançait avec une force considérable du fond d'une plaie étroite et profonde , et coulait dans une direction comme s'il fût provenu de plusieurs branches de la carotide externe. Je débridai la plaie 5 mais tous mes eiforts pour découvrir les sources de l'hémorragie furent inutiles ; alors je m'appliquai seulement à modérer l'écoulement du sang par la compression de la carotide , au moyen de compresses graduées appliquées avec soin. Quoique l'hémorragie se fût arrêtée pendant trois ou quatre minutes , il fut bientôt évident que le sang avait seulement changé de chemin , car il reparut en aussi grande abondance par la bouche qu'il l'avait fait auparavant par la plaie, et il fallut enlever continuellement les caillots pour prévenir la suffocation. Le malade était pâle , le pouls faible et précipité j tout indiquait l'extinction rapide de la vie par suite de la perte de sang. Mon opinion que la conservation du malade dépendait de la ligature de l'artère carotide commune , ayant été approuvée dans une consultation avec M. Cavanagh , chirurgien - major , et mon ami M. Cooper , aussi chirurgien-major , je pratiquai l'opération en présence de ces Messieurs , à huit heures du soir. Le ma^ lade étant placé sur une table , et son cou un peu étendu sur le côté , je fis une incision de plus de deux pouces sur le bord interne du muscle slernoeléido-masloïdien j je disséquai le peaucier et le tissu

cellulaire , et <3e'tachai de son bord la veine thyroïdienne, après l'avoir mise à nu. Le muscle disséqué fut tenu de côté par M. Cooper, tandis que je séparai la veine jugulaire de ses connexions , et j'enlevai eu partie son enveloppe cellulaire^ celte difficulté surmontée , j'incisai la gaîne celluleuse de l'artère , et mis de côté la huitièrtje paire de nerf. Par cette dissection , je pus passer sous le vaisseau une sonde cannelée armée d'une ligature composée de deux filsj l'artère fut alors liée à trois quarts de pouce environ du slernuii , et les lèvres de la plaie rapprochées par deux sutures entrecoupées. L'opération dura près d'une heure j l'hémorragie cessa du moment oii la ligature fut appliquée, et le sang ne reparut point. Deux heures après l'opération , le malade était assez tranquille , et avait sa connaissance ; lé pouls était faible , la figure très-pâle. Le matin suivant , 25 juin , je le trouvai parfaitement à son aise , si ce n'est une légère sensation de chaleur dans la gorge, augmentée depuis l'opération ; le pouls donnait quatrevingt-seize pulsations , avec un peu de roideur ; la liberté du ventre fut entretenue par de petites doses de calomel et de jalap. La plaie fut pansée le aS , et paraissait bien ; le pouls était faible , et variait entre cent douze et cent vingt pulsations. Le 26 , le malade se plaignit d'un bruit incommode dans Toreille gauche , et d'une légère sensation d'engourdissement du même côté de la face. Depuis ce temps jusqu'au 2 juillet, il n'arriva rien qui pût causer beaucoup d'alarmes : le pouls était rarement au-dessous de cent dix pulsations j la peau avait sa température ordinaire^ la carotide droite offrait des pulsations bien plus fortes qu'à l'ordinaire; le seusoriura

n'était troublé en aucune manière. On prescrivit des sels neutres, et la diète fut légère. Le 2 juillet, un érysipèle commença sur la glande parotide gauche , s'étendit sur la joue et sur la paupière , causant un peu de tuméfaction , et affectant le côté opposé. Cet érysipèle fut modéré j il eut un eflfet vésicant dans quelques endroits , et s'arrêta au bout de cinq ou six jours par l'emploi de doux purgatifs et par des applications froides. Le 5 juillet, la ligature de l'artère tomba, et la guérison parut être plus prompte que nous ne pouvions l'attendre d'une constitution affaiblie par des maladies antérieures. Le 12 juillet, une deuxième attaque d'érysipèle commença , semblable en tout à la première j elle céda comme elle à un doux traitement.

» La plaie de l'opération guérit bientôt, à l'exception de l'ouverture par laquelle passait la ligature , et qui offrit encore un léger écoulement pendant quelques jours après qu'elle fut tombée j la première plaie s'était fermée immédiatement après l'opération. La santé du malade étant rétablie, il sortit de l'hôpital le 12 d'août. On ne pouvait , à celle époque , apercevoir de pulsation dans aucune partie du trajet de l'artère au-dessus de la ligature. »

i5°. M. William Goodlad a lu, dans le mois de février 1816 , à la Société médico-chirurgicale de Londres, l'histoire de l'extirpation d'une tumeur occupant le côté de la face et du cou , qui avait exigé préalablement la ligature de l'artère carotide primitive. Voici le fait (a) :

(a) IHedico- Chirurgical Transactions ; history oj a tumor in the Jace and neck, etc., \ol. vu, part, i, p. 112, London , 1816.

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«c Les artères carotides fournissent au cerveau une portion si considérable de sang, que les praticiens , jusque dans ces derniers temps , ont été effrayés de leur ligature, craignant que les fonctions de cet important organe ne fussent par là assez entravées pour détruire la vie. M. Abernetliy est le premier qui ait lié la carotide primitive gauche sur un homme dont l'artère carotide interne , et plusieurs branches de l'externe , avaient été divisées par la corne d'une vache. Le malade ne vécut que trente heures , et mourut de la lésion qu'avaient éprouvée les fonctions du cerveau.

» En conséquence, cette opération fut si peu encouragée , qu'on ne la regarda comme justifiable que dans les cas où la mort serait inévitable de toute autre manière. Depuis cette époque , la carotide a été liée par M. A. Cooper et par M. Travers j mais je crois qu'il n'y a pas d'exemple qu'on ait appliqué une ligature à ce vaisseau pour rendre praticable l'extirpation d'une tumeur : le cas suivant, dans lequel cette opération a été exécutée avec succès , sera donc , je l'espère , digne de l'attention de la Société.

» Le 3i du mois d'août, je fus invité à aller voir mistriss Kershaw, de Middieton , femme de moyen âge et maigre , pour une consultation qui avait été faite le jour précédent à Manchester : le résultat général de cette consultation avait été qu'aucune opération n'était exécutable. La malade portait une large tumeur s'étendant depuis l'angle externe de l'œil gauche jusqu'au bas de la joue , et depuis le trou sous-orbitaîre jusqu'à la racine de l'oreille. Celle-ci était soulevée par la tumeur qui , passant sous elle , se dirigeait derrière l'apophyse masloïde.

En avant , cette tumeur allait du menton vers la trachée , qu'elle couvrait en partie , et arrivait jusque sur la clavicule. La circonférence de sa base , la dernière fois qu'on la mesura , était de vingt pouces : depuis cette époque y elle avait augmenté rapidement , mais je regrette de ne ni'étre pas assuré de son volume exact : toutefois , d'après l'espace qu'elle occupait , elle devait avoir au moins vingt-huit pouces de longueur dans sa portion supérieure comprise depuis la corne de l'hyoïde jusqu'au-dessus du zygoma. Celle tumeur, dans sa base, était plus large que dans son milieu ou son sommet j en la soulevant par sa partie inférieure en pinçant une main de chaque côté , et en passant en même temps les doigts sous elle, on pouvait reconnaître avec certitude qu'elle n'avait pas de connexion avec les vaisseaux j mais comme elle s'étendait sur la trachée, et qu'elle était unie avec elle , il fallait un examen très-attentif pour se convaincre qu'il n'existait pas d'union entre elles. La corne de l'hyoïde était mobile sous la tumeur j et en passant les doigts. entre ces parties , je me convainquis très-bien qu'elles pouvaient être séparées. L'œsophage était trop éloigné pour être compris dans la maladie. Au-dessus de la corne de l'hyoïde , la base de la tumeur, profonde et étendue, gênait considérablement la déglutition.

» La maladie , commençant derrière l'angle de la mâchoire , s'étendait au-delà de l'apophyse mastoïde j elle était si intimement adhérente avec les parties sous-jacentes, que le doigt ne pouvait être passé sous elles. La glande parotide était recouverte par la tumeur j mais c'était une question digne d'une considération sérieuse.

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que de décider jusqu'à quel point la substance de cette glande se trouvait intéressée. L'étendue de la maladie devenait de peu d'importance si l'artère carotide pou-« vait être liée , ainsi que j'en avais l'intention. Je crois avoir fait observer que la tumeur était parfaitement mobile, quoique ses mouvemens fussent très-limités, et qu'il n'y avait aucune adhérence , soit à la mâchoire , soit au zygoma.

» La surface de la tumeur était divisée en larges tubercules , et le sommet de chacun de ces mamelons devenait plus proéminent par une collection de fluide : ils paraissaient charnus , mais ils n'avaient ni la dureté ni aucun des autres caractères externes du carcinome. L'en ne remarquait point de glandes absorbantes d'affectées dans le voisinage , et quoiqu'il y eût ulcération dans deux endroits différens^ l'aspect des ulcères n'était pas repoussant : un fongus hœmatodès n'était donc pas à craindre. Cependant une circonstance décourageante provenait de ce qu'un charlatan ayant voulu enlever la tumeur avec l'instrument tranchant , dans le commencement de son apparition , il en était résulté une hémorragie très-alar mante. Après un temps très-court , la maladie avait paru de nouveau , et n'avait mis que neuf mois pour atteindre l'énorme volume qu'elle offrait. De grosses veines variqueuses serpentaient sur sa surface , et comme la peau était uniformément malade , on pouvait s'attendre que l'ulcération s'étendrait jusqu'à elle, et que l'hémorragie en serait une conséquence inévitable. La santé de cette femme paraissait assez bonne , quoique ses forces fussent affaiblies , et que la pesanteur de la tumeur qu'elle portait sur l'épaule l'empêchât de faire de l'exer-

cice. Elle s'était adressée à plusieurs praticiens en ville et dans un hôpital voisin : leur réponse avait été constamment contraire à ses vœux.

» Les objections contre l'opération étaient de deux sortes : la crainte de l'hémorragie qui, survenant immédiatement , devait tuer la malade , et la reproduction de la tumeur lorsqu'on l'aurait enlevée. On répondait à la première par la ligature de l'artère carotide , et alors il n'y avait pas de doute que la tumeur ne pût être extirpée , si ce n'est dans l'endroit dont j'ai fait mention. Comme les consultans pensaient que la mort était inévitable de toute autre manière , et devait même bientôt arriver, il me parut que, nonobstant l'incertitude du succès, j'étais justifié en saisissant le dernier moyen de salut qui restât. La question se tournait alors sur la ligature de l'artère carotide. Si les deux malades sur lesquels M. Cooper avait fait cette ligature eussent péri, cette connaissance seule m'eût empêché d'avoir recours a la ligature. Mais au contraire ^ un de ces malades s'est rétabli. Toutefois , comme aucun chirurgien, dans des cas d'anévrisme , ne doit hésiter d'employer tous les moyens praticables , et encouragé par l'exemple du succès de M. Travers , je me décidai à entreprendre l'opération , plutôt que de voir périr la malade par les progrès de son mal. La chance de l'irritation dans la trachée , l'oesophage , etc. , produisant la toux et détruisant l'adhérence dans le vaisseau , ou troublant les fonctions de l'estomac par la lésion de la huitième paire de nerfs , était égale dans l'un et dans l'autre cas ; mais le danger provenant de l'hémorragie semblait moins considérable que dans un anévri«me , parce que certaine-

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ment l'artère e'tait saine. Si les symptômes inflamma-» toires survenaient , ils devaient être affaiblis par l'écou- Jement provenant d'une large surface en suppuration , et la perte de sang durant l'opération devait, sous ce rapport, paraître avantageuse et désirable.

" Une autre considération était de déterminer le degré de pouvoir de la nature pour réparer la perte de substance , puisque la peau qui recouvrait la tumeur se trouvait altérée : une large surface en suppuration devaiî donc être mise à nu et se couvrir ensuite de granulations. Il ne paraissait pas certain qu'une puissance suffisante restât dans la partie pour ces opérations , surtout d'après la faiblesse qu'avait produite la maladie. Comme j'avais exprimé la ferme volonté de surmonter ces obstacles , celle femme devenait impatiente que j'en vinsse à l'exécution s et une hémorragie alarmante survenue le troisième jour après ma visite , mettant sa vie en danger , il n'y eut plus de temps à perdre. Je me rendis le 5 septembre à Middlelon , et je procédai à l'opération de la manière suivante : La malade fut d'abord placée sur une table, la tête aussi basse qu'elle pouvait la supporter , a cause du danger de suffocation qui était à craindre par la pression de la tumeur.

» Une incision de quatre pouces d'étendue fut faite aux tégumens j la tumeur en même temps fut ramenée , autant que possible, de dessus la trachée vers le bord du muscle sterno-mastoïdien ; le trajet de celui-ci n'avait pas élé tracé auparavant, le bord sternal de son insertion tendineuse étant à peine apparente. L'écoulement de sang qui suivit l'incision fut très -abondant; mais ayant séparé le sac de la tumeur d'avec les tégumens environ-

nans , on aperçut le bord interne du muscle; et le peaucier divisé dans une plus grande e'tendue , on sentit trèsbien les baltemens de l'artère au fond de la plaie. L'instrument fut alors mis de côlé , le tissu cellulaire séparé au moyen des doigts ^ l'enveloppe artérielle découverle , et les vaisseaux saisis entre le pouce et l'indicateur. Je m'efforçai de séparer les fibres aponévrotiques au moyen des ongles de l'indicateur et du pouce , de manière à passer un doigt au-dessous de l'artère, et d'empêcher toute autre partie d'être comprise dans la ligature. La résistance à mes efforts fut grande , et l'extrémité percée d'une sonde qui m'avait été précédemment utile , fut dirigée vers Je côté externe du vaisseau , de manière à presser sur le point opposé à mon doigt ; mais quoique incliné sous différens angles pour s'accommoder à la plaie , une sonde du plus fort diamètre se trouva trop faible pour être dirigée avec sûreté à une si grande profondeur, et elle tournait dans la plaie. Le volume de la tumeur ajoutait beaucoup aux difficultés de cette période de l'opération ^ non-seulement en rendant la plaie plus profonde , mais encore par la nécessité de la tenir de côté et de gêner par là les doigts, tandis que si on la laissait en liberté, en pressant sur la sonde , elle en chau" geait la direction. La pointe d'une aiguille à anévrisme fut alors essayée sans un meilleur succès; mais en dirigeant la courbure de cet instrument dans la plaie, je m'aperçus qu'elle pressait avec une grande facilité contre le doigt , et alors je fus convaincu qu'il n'y avait aucune autre partie de comprise. En effet, le vaisseau avait été dépouillé de son fascia , si ce n'est à sa partie postérieure , où , en insinuant l'aiguille entre le pouce et l'indicateur.

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