OBSERVATION XLIV
IJn homme amené à l'hôpital Saint-Bar-?thélemi venait de recevoir dans une querelle un coup de poignard à la cuisse droite , et une blessure profonde à la partie inférieure et interne du bras du même côté. Immédiatement après celte dernière lésion, son bras tomba tout-à-coup et resta pendant j sans qu il pût s'en servir. Une hémorragie abondante se manifesta sur-le-champ, et ne fut arrêtée qu'avec pqine par un chirurgien qui fit la ligature du vaisseau blessé. Cet individu , à son arrivée à l'hôpital , était froid et presque privé de sentiment, ce quiengageao à lui administrer des cordiaux. Une ligature ayant été remarquée dans la plaie, et aucun écoulement de sang ne se faisant apercevoir^ on se contenta de rapprocher les bords de l'incision à la manière ordinaire. Le lende« wain et les jours suiyans, Ijg blessé ét^it beau-p
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coup pîas fort : on pouvait très-bien sentir le pouls au poignet du bras blessé , et la plaie elle-même paraissait être réunie par adhérence. Tout alla bien jusqu''au soir du sixième jour après l'accident, qu'une hémorragie survint en si grande abondance , qu'elle put traverser le lit avant d'être remarquée par le malade ou par sa garde. La plaie ayant été examinée , on ne put découvrir aucun vaisseau qui donnât issue au sang. L'hémorragie reparut le lendemain matin moins forte, mais suffisante , après l'effet débilitant des premières, pour épuiser totalement les forces vitales, et le malade mourut ta midi. La h'gature qu'on avait placée dans le premier moment s'était détachée la veille de la mort.
La plaie commençait à environ trois pouces au-dessus du coude, sur le devant du bras, et se continuait obliquement en bas et en dedans , dans la direction du condyle interne de l'humérus , en pénétrant dans tout son trajet presque jusqu'à l'os. Le muscle biceps était divisé , à l'exception de quelques fibres de son bord externe ; une partie du brachial interne , l'artère brachiale, les veines qui l'accompagnent , et les nerfs médian et cutané interne avaient aussi été intéressés. L«
bout supérieur de l'artère divisée était oblitéré j mais l'orifice inférieur ne contenait qu'une petite portion de coagulum récemment formé, qui n'était pas adhérent d'une manière intime au vaisseau , et qui n'en remplissait pas même complètement l'ouverture.
Il est évident que, dans ce cas, les hémorragies qui entraînèrent la mort provinrent du bout inférieur de l'artère, et que conséquemment on eut dû. en faire la ligature à l'instant même de l'accident.
La ligature d'une artère , à une ceiiaine distance delà plaie de ses membranes ou d'un tronc , si c'est une branche qui a été lésée , ne met pas, en général , le blessé à l'abri des hémorragies, puisque le sang pourra s'échapper par le bout inférieur du vaisseau , comme il pourrait sortir par le bout supérieur , dans lesquels il aura pénétré par les branches qui s'ouvrent dans le tronc entre la Hgature etrla plaie. Quelques chirurgiens recommandent , quand une artère est divisée dans un endroit où il est difficile d'en saisir les bouts . de recourir à la ligature du tronc lui-même, dans la partie du membre où il peut être mis à découvert avec facilité. Cette pratique est fa'jssement déduite de ce qu^on observe dans le traitement de l'anévrisme par la ligature de
l'artère à une certaine distance de la maladie; nutiis une connaissance plus exacte de l'état du membre après une telle opération, ainsi t{ue des procédés qui amènent la guérison de î'anévrisme par suite de l'emploi de la méthode de Hunier, démontrera complètement rinefïicacilé et le danger de ce mode de traitement pour une artère blessée, puisqu'on sait très-bien que le sang peut encoi'e parvenir au vaisseau et le distendre au-dessous du point où il a été embrassé par une ligature. Je suis redevable à M. Henii Earle du fait suivant ^ qui montrera l'insuffisance de la ligature d'une grosse artère après la blessure d'une de ses principales branches.,