SECTION III
Varice anévrismale et Anévrisme variqueuXo
Quand une veine est percée par un instrument tranchant qui divise en même temps l'artère soujacente , de manière à former une communication directe entre les deux vaisseaux, communication par laquelle le sang passe de l'artère dans la veine, et dilate cette dernière comme un sac, on donne à la maladie le nom de varice anévrismale.
Cette afFeclion est caractérisée par une petite tumeur bleuâire , circonscrite , formée par une veine dilatée , ayant un mouvement particulier, et accompagnée d'un bruissement qui dépend du passage du sang par tine ouverture cuoile de i'artcre dans la veine
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 56l
dilatée. En général, cette tumeur n'est pas plus grosse qu'une noix muscade, et elle est compliquée d'un état variqueux des veines environnantes , qui s'étend à une légère distance vers la partie supérieure du membre. Elle disparaît entièrement par la pression , et quand lé^ membre est élevé de manière à favoriser le retour du sang veineux vers le cœur , son volume diminue ainsi que sa pulsation ; mais lorsque le membre est pendant, ou lorsque la pression a lieu dans le trajet de la veine au-dessus de la tumeur, elle augmente alors de volume, et peut acquérir à l'extérieur une grosseur considérable. Quand la veine est comprimée au-dessous de la tumeur, sa pulsation et son volume ne diminuent pas. Quand l'artère est comprimée audessus de la tumeur, la pulsation cesse immédiatement et ne revient qu^à l'instant où la compression est interrompue. Le tronc de l'artère, au-dessus de la varice, est considérablement élargi, et ses pulsations sont plus fortes que celles du membre opposé; mais la pulsation des artères au-dessous de la tumeur est plus faible que dans les vaisseaux correspondans de Fautre côté du corps.
La dilatation de l'artère au-dessus de la tumeur paraît être l'effet de cette propriété
en vertu de laquelle le volume des artères s'adapte à celui des parties qu'elles sont destinées à nourrir. La quantité de sang qui , à chaque pulsation du cœur, passe dans la veine par la plaie faite à l'artère , est autant de pris sur celle qui est destinée à la nourriture du membre. Pour compe»ser cette quantité de sang qui sort par la plaie de ses parois, l'artère principale se dilate de la même manière que lorsqu'elle doit nourrir une tumeur contre nature.
Il est évident que la varice anévrismale peut survenir dans toutes les parties du corps où une artère est en contact immédiat avec une veine; mais sou siège le plus fréquent est au pli du bras, à la suite d'une saignée mal faite. A l'exception des deux cas que je vais rapporter , je n'en connais qu'un seul autre où cette maladie ait existé ailleurs qu'au pli du bras.
On ne doutera pas, je pense, que dans les observations qui suivent, cette maladie n'ait eu réellement son siège aux extrémités inférieures. La première m'a été communiquée par M. Barnes d'Exeter; j'ai eu occasion de recueillir la seconde.
Le fils d'un maréchal ferrant, âgé de dixsept ans, étant an travail, se retourna toutà-coup , et s'enfonça assez profondément , à la partie supérieure de la cuisse , Textrémité pointue d'une verge de fer presque rouge. Xj'hémorragie violente qui se déclara immédiatement fut arrêtée par un des ouvriers , qui comprima fortement avec ses doigts l'orifice de la plaie. Un chirurgien , appelé , en prévint le retour par l'application d'une compresse et d'une bande serrée autour du membre.Ces applicationSjContinuées pendant deux mois, produisirent la guérison de la plaie. Dix semaines après l'accident , une tumeur d'une couleur pourpre, ayant trois pouces environ de diamètre , et n'étant guère élevée au-dessus de la peau environnante, se manifesta immédiatement sur l'artère fémorale, à quatre pouces au-dessous du ligament de Poupart. Cette tumeur, plus molle à son centre qu'à sa circonférence , était par-tout compressible. Ses pulsations correspondaient avec celles de l'artère radiale au poignet; elles offraient un mouvement vibratoire particulier qui s'étendait à quelque dislance, tant au-dessus qu'au-dessous de la tumeur, mais
plus particulièrement en haut, vers la région inguinale, où il devenait très-distinct. Ce mouvement particulier faisait aussi entendre une espèce de bourdonnement ou plutôt de sifflement qui correspondait avec la pulsation des artères.
Les symptômes étaient si particuliers et le bruit tellement semblable à celui que décrit îe docteur Hunter , c'est-à-dire à celui que produit l'air en passant par une petite ouverture ou au son de la lettre R long- temps prolongé dans la bouche de quelqu'un qui chuchote (i) , qu'on ne pouvait guère douter que ce ne fût une varice anévrismale produite par rintroduction d'une verge de fer pointue à travers la veine et l'artère fémorales.
Le jeune garçon ne se plaignait pas de froid dans le membre, qui, en effet, au toucher, avait la même température que Pautre. Il ne s'en élait pas sefvi depuis l'accident, ayant toujours maintenu sa jambe dans une position horizontale et dans une grande tranquillité , par la frayeur excessive qu'il avait eue alors de perdre autant de sang. Il craignait que le mouvement ne lui occasionnéit une nouvelle
(i) Médical obseivalions and iiit^uirics , vol. ii * p. 4o5.
liémorragie. Il se plaignait souvent d'une douleur au talon, s'étendant jusqu'au jarret, le long du côté externe de la jambe. On ne découvrait au jarret ni pulsation ni sifflement. Le bruit était plus distinct lorsqu'on plaçait l'oreille sur la tumeur, à l'endroit où le fer avait pénétré. Il était aussi très -sensible à trois ou quatre pouces au-dessus de la tumeur, mais à peine pouvait-on l'entendre au-dessous. Il fut décidé dans la consultation que le blessé porterait un bandage lacé tout le long de la cuisse, et sur la tumeur une forte plaque de liège recouverte de cuir. Le bandage devait être graduellement serré, et le membre exercé modérément. Au bout d'un mois de ce traitement, ce garçon put se servir de sa jambe et marcher assez bien. La tumeur était un peu diminuée et la pulsation n'était plus si violente. Il quitta Phopital , et on lui conseilla d'apprendre un métier moins fatigant que celui de maréchal ferrant.
OBSERVATION XliVIII.
tin dragon , dans une affaire aux Indes orientales , reçut au jarret droit une balle de pistolet. Une hémorragie abondante remplit à l'instant sa botte de sang, et il tomba
en faiblesse. Transporté dans sa lente, on appliqua un peu de charpie sur sa blessure, et après l'action , on y plaça un cataplasme. Au boutade quelques jours, on fit l'extraction de plusieurs morceaux de bourre : la balle était sortie du côté du genou. Dix jours après , on observa une tumeur pulsative au jarret , qui continua à faire des progrès pendant quelque temps. Elle diminua ensuite et arriva au volume que je lui vis, dix-huit mois après Faccident. Il y avait alors à la partie inférieure du jarret une tumeur aplatie, compressible, molle , accompagnée de pulsation , ou plutôt d'une sorte de tremblement et faisant entendre une espèce de sifîlement ou de bruissement. Elle n'était pas si grosse qu'un œuf, et, suivant le rapport du blessé, elle était demeurée dans cet état depuis plus de seize mois. Je fis appliquer une bande ordinaire autour du genou , et pendant tout le temps que je donnai des soins à cet homme, il ne survint aucune altération dans la tumeur.
Je suis porté à croire que ce cas était une varice anévrismale , premièrement à cause du tremblement particulier de la tumeur et du bruit qui accompagnait ses pulsations , et ensuite parce qu'elle restait stationnaire : cette dernière circonstance est en effet très-rare
«îansles anévrismes, et surtout dans ceux qui ont leur siège au jarret. L'hémorragie paraît s'être arrêtée dans le premier moment par les procédés de la nature : il est probable que l'artère et la veine s'ulcérèrent consécutivement , et qu'il se forma de cette manière une communication entre les deux vaisseaux.
Sabatier(i),MM.Richerand (2) et Boyer(5) font mention d'un cas de varice anévrismale produite par un coup d'épée qui blessa l'artère et la veine poplitées. La préparation anatomique fut donnée à l'Académie de Chirurgie avec l'observation, qui n^a pas été publiée (4).
(i) Médecine ope'ratoire, 1. 1 , p. 417.
(2) Dictionnaire des Sciences médicales , art. Anévrlsme variqueux,
(3) Traité des Maladies chirurgicales, t. 11 , p. 177. Scarpa parle de ce cas, comme étant rapporté par Lassus. ( De la Médecine opératoire, etc. , par Pierre Lassus , tame iv, page 443- ) H est mentionné par Sabalier, auquel Scarpa renvoie^ Sabatier ne dit pas que Lassus en ait donné la description. Selon M. Boyer, il a été observé par M. Larrey, chirurgien distingué de Toulouse. J'en conclus que MM. Scarpa et Boyer ont voulu parler du même fait.
(4) M. le baron Larrey dit(Me//z. de chirurgie mili-
taire, tom. iv, pag. 54o), que son oncle, directeur de l'Ecole de Médecine de Toulouse, alors cîiirurs'ien-major à l'hôpiial de cette ville, a vu un ane'vrisme variqueux produit par la lésion de la veine et de l'artère poplitées- La pièce et l'observation furent envoyées à l'Académie royale de Chirurgie. <,<. La tumeur variqueuse , du volume des deux poings, occupait tout le jarret chez un homme de moyen âge qui avait reçu , quelques années auparavant, un coup d'épée dans cetle région. L'amputation de la cuisse, jugée nécessaire par uneconsulta.'.ion de chirurgiens, fut pratiquée avec succès.
)) L'artère poplitée présentait , dans le fond de la poche variqueuse, une ouveriure assez considérable, érailîée dans les trois quarts de sa circonférence, et continue, par une petite portion, à la partie inférieure oblitérée. Le sac, mince et transparent, était évidemment formé par la vçine poplitée, dont les deux bouts correspondans à ce renflement variqueux étaient très-dilatés, surtout le bout inférieur, de manière que le troricdela veine formait avec cette poche une espèce d'entonnoir. Le nerf poplilé, aplati comme un ruban , était collé à la surface externe de ce kyste. »
M. Dorsey , de Philadelphie , a publié une observation d'anévrisme variqueux offrant des particularités assez extraordinaires. Le malade avait reçu sur la jambe un coup de fusil chargé à plomb de chevreuil. Lors [ue la plaie fut guérie , on découvrit un anévrisme variqueux , précisément au-dessous du genou j peu de temps après, les veines superficielles du membre se dilatèrent, et l'on sentit distinclenient le frémissement qui caractérise celte espèce d'anévrisme. M. Dorsey ville malade, douze ans
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M. Riclierand ( j ) clitqiie M. Larrey a moii"
après l'accident, les veinés étaient considérablement dilatées depuis les orteils Jusqu'à l'aine ^ toute celte région avait été constamment douloureuse , et des ulcères qui occupaient le pied et les chevilles avaient résisté à tous les remèdes.
Le malade fut soigné par les docteurs Physick et Wistar. L'énorme distension des vaisseaux de la jambe et Tincertitude de découvrir la communication entre l'artère et la veine, lès déterminèrent à lier la première vers le milieu de la cuisse. La gangrène se manifesta bientôt : lorsque les parties frappées de mort se séparèrent, il survint inopinément une hémorragie par 1 une des veines dilatées 5 ce qui diminua beaucoup les forces du malade. Quoiqu'on parvînt à airêter le sang parla ligature du vaisseau^ cependant l'hémorragie reparut, le malade s'aiFaiblit de plus eu plus, et enfin il mourut.
A l'elîamen anatomique des parties, on trouva la totalité du tronc de l'artère fémorale dans un état de dilatation contre nature. Toutes les veines du membre étaient considérablement distendues, et une bougie pouvait passer facilement de l'artère poplilée dans l'artère tibiale postérieure qui participait à la dilatation , et de ceîie-ci dans lai veine en traversant un kyste situé à la partie interne de la jambe au-dessous du genou {à).
( Note du imducieur. )
([) Dictionnaire des Sciences médicales, art. Anévrisme varicjueux.
{a) Eléments of Surgerjr , etc. ^ bjr John Syng Dorsey ; t. it , J». 2ia. Philadelphia, i8i3.