‹ Traité des maladies des artères et des veines (volume 2)Chapitre 27 sur 46 · SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIERE

Inflammation des Veines^

jLes veines sont sujettes aux même» altéralions morbides que les parties molles en général ; mais la tunique membraneuse de ces vaisseaux est plus particulièrement susceptible d'inflammation. Quand une veine est blessée, l'inflammation qui en est la suite s'étend quelquefois le long de la membrane interne du vaisseau , jusque dans les principaux troncs veineux, et dans quelques cas, jusqu'à la membrane qui tapisse les cavités du cœur. Cette inflammation peut également produire un épanchement de Ij'rnphe coagulable , qui réunira les parois opposées de la veine , de manière à oblitérer sa cavité : c'est de la sorte que quelquefois une grande étendue du vaisseau se trouve convertie en un

cordon solide. Dans quelques cas, la sécrétion du pus dans la cavité du vaisseau est la conséquence de l'inflammation de la membrane des veines : la matière purulente peut être alors ou mêlée avec le sang en circulation , ou bien encore l'inflammation ayant produit l'adhérence des parois du vaisseau à de cerlains intervalles, les collections de pus peuvent être resserrées de la sorte et former une chaîne d'abcès dans le trajet de la veine.

Quand l'inflammation des veines n'est pas très-étendue , ses symptômes sont les mêmes que ceux de l'inflammation locale; mais lorsqu'elle se prolonge dans les principaux troncs "Veineux et qu'il y a du pus de sécrété dans le vaisseau, elle est accompagnée d'une irritation constitutionnelle tr'ès-intense , et de symptômes qui ont la plus forte ressemblance avec ceux de la fièvre typhoïde. J'ai choisi le cas suivant entre plusieurs autres, parce qu'il présente, non-seulement les symptômes àe l'inflammation veineuse, mais encore les résultats de la dissection. Il m'a été comniuoiqué par M. Broughton , chirurgien des gardes-du-corps.

BES AB.TEflES ET DES VEINES. SSg

OBSERVATIO.V XLIX.

t^n soldat robuste , âgé de trente-six ans , fut saigné aa bras pour une ophtalmie qui fut diminuée par cette opération. Toutefois il survint de la lièvre, et cette fièvre s'accrut par degrés. Le dix-sepiième jour après la saignée , le pouls était faible et présentait cent vingt pulsations par minute; la peau était chaude, la langue couverte d'oo enduit brunâtre , la respiration difficile; le malade s© plaignait d'une grande prostration de forçais et de douleujs à la tête, au dos et aux. extrémités. La plaie de la veine s^était g'jérie , Riais le jour qui suivit la saignée , UD'a tuméfaction et une douleur considérables commencèrent à se manifester dans le bras, et s'étendirent par degiés vers s'a partie supérieure. Le malade fut saigné de l'autre bras, et on lui fît prendre divers niéîîicamens. Les symptômes persistèrent, avec très-peu d'altération , jusqu'au vingt-troisième jour, qu'on observa une tumeur- douloureuse au-dessus de la clavicLjle. Quelques jours après , on découvrit une autre tumeur molle, diffuse, audessou de l'angle dû la mâchoire inféi ieure. Ijes' symptômes s'accrureot ientemetit'j îa

5gO MAIiADIES

respiration devint plus pénible et plus difficile; le pouls offrait rarement moins de cent vingt pulsations par minute; le malade éprouva du délire et mourut dans le courant de la septième semaine après la saignée. La dis-seclion du cadavre fit voir les altérations suivantes : la veine ccphalique, à l'endroit où l'on avait pratiqué la première saignée , ressemblait à une artère , tant pour l'épaisseur de ses membranes que par la forme circulaire qu'elle conservait lorsqu'on en faisait la division en travers. Elle était saine au-dessous de la partie piquée. A un pouce au-dessus de la piqûre ;, sa cavité était fermée, et cette oblitération s'étendait jusqu'à l'épaule. Les brandies qui communiquaient avec la veine cé^ phalique uu pli du bras se trouvaient saines. Les glandes absorbantes au-dessus de la clavicule étaient tïîméfiéeset endurcies. Le calibre de la veine jugulaire externe paraissait moindre que celui de la veine correspondante du côté opposé. La veine jugulaire interne était lrcs-dila!ée , épaissie et dans un état d'induration ; les cfî^els de l'inflammation étaient manifestes dans tout son trajet; elle avait lesappa'ençcs extérieures d'une artère, si ce n'est qu'elle était plus grosse que toute autre artère , à rexcepliou de l'aorte. Les veines sous-

DrES ARTÈRES ET DES VEINES. 691

ckvière , axillaire, et la veine brachiale au pii du bras, offraient des apparences semblables. Les veines jugulaire externe et sous-cîavière étaient remplies de pus. Après les avoir ouvertes, on les tiouva très épaissies et tapissées de lymplie. Plusieurs des veines plus petites paraissaient dans un état semblable. L'inflammation , l'adhérence et l'induration devenaient tellement fortes à la partif^ supérieure du bras, qu'il y avait une ditliculté extrême à suivre les vaisseaux et à les séparer de leurs connexions. La veine cave supérieure éSait saine. Les apparences morbides ne se perdaient pas graduellement, mais se terminaient tout-à-coup. Le cœur était sain ; les poumons renfermaient quelques peliîs abcès. Un fluide séreux mêlé de flocons de lymphe se trouvait épanché dans la cavité thoracique. Les poumons adhéraient à la plèvre costale, partiellement du côté gauche , mais dans une bien plus grande étendue du côté droit. Le cerveau ne présentait rien de particulier; les ventricules renfermaient seulement une plus grande quantité de sérosité qu'à l'ordinaire; }es veines de la pie-mère étaient gorgées de sang. La grande veine de Galien ainsi qu© les sinus offraient une dilatation remarquable.

593 MAIiATDIES

On m'a communiqué plusieurs observations d'inflammaiioii étendue des veines après l'opération de la saignée, et dans une circonstance dont j^ai été témoin des accidens, les symptômes et les résultats de la dissection , quoiqu'à un degré moindre, étaient semblables à ceux qui sont décrits dans le cas qui précède. Les symptômes avaient une analogie frappante avec ceux de la fièvre typhoïde, et la dissection fit reconnaître, sur divers points , l'adhérence et l'oblitération des vaisseaux, et sur d'autres, des épanchemens de lymphe coagulée ou de pus (1) dans leurs cavités, avec une induration très-grande, un épaississement et une adhérence des parties environnantes. Quelquefois l'inflammation s'étendait, aussi-bien en haut qu'en bas, dans le trajet de la veine (a). Les mêmes sym-

(i) On a Irouvé plusieurs fois dans les veines un fluide qui rfssomblait à du pus, quoiqu'il ne parût pas être le résulîat de l'inflammalioa. Bichat rencontra sur un cadavre la veine splénique , ainsi que le tronc de la veine porte et foutes les branches hépalii|ues remplis d'une sanie ^\\s,i>.\re. {Anatomie géiiérala^ t. i. Considérations générales , j). Lxx. )

(2j Voye.z HuNTER , m Transactions oj a Society foc Oie improvemeiU of médical and chirurgical kno\\»'m

DES ARTisRES ET DES VEINES. 5^5

ptômes sont survenus quand l'inflammation de la veine a été produite par l'application d'une ligature, et Hunter a observé des altérations semblables dans les cadavres des individus morts après des amputations , des fractures compliquées, ou par les suites de la gangrène (i). Dans plusieurs cas de fièvre puerpérale , le docteur Clarke (2) a trouvé les veines de l'utérus remplies de pus. M. "Wilson a vu , chez une femme morte quatre ou cinq semaines après l'accoucliement, les membranes des principales veines de l'utérus épaissies et leurs cavités partiellement oblitérées. Les veines iliaque commune, iliaques externe et interne, et leurs plus grosses branches, particulièrement celles qui ramènent le sang de l'utérus, aiusi que les veines émuïgentes et spermatiques offraient

lerlge , vol. I , p. 18. — J^ojez aussi Abernethy , Sur-^ gical Observations , on llie occasional ill conséquences of venesection , p. 147, 2^ édition.

( I ) Transactions ofa Society for the improvement of médical and chirurgical hnowledge , vol, i , p. 19.

(2) Practical essajs on the management of prc" gnancy , etc., p. 65 , 72, a* édition j c'est-à-dire : Essais de pralique sur les soins qu'on doit prendre pendant la grossesse , e!c. , e{ç.

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des traces d'inflammation. Leurs membranes étaient épaissies et leurs cavités oblitérées par de la lymphe ou des caillots. Les tissus de la Yeine cave inférieure étaient au moins trois fois plus épais qu'à l'ordinaire , et elle adhérait d'une manière très -intime aux parties environnantes. Ce vaisseau contenait quatre onces environ de pus bien formé, qui n'avait pu se rendre au cœur , en partie par le resserrement de la veine immédiatement audessous de la naissance des trois grosses veines caves hépatiques , et en partie par une certaine quantité de lymphe coagulable qui adhérait à ses membranes, et qui, supérieurement , remplissait la cavité du vaisseau dans une étendue d'environ un quart de pouce. Une grande quantité de lymphe coagulable, intimement adhérente à la membrane interne de la veine , remplissait complètement sa ca-. vite inférieurement à partir des veines étnulgentes (1).

(i) Transaclîons of a Society for the improvemeni of médical and chirurgical knowledge, vol. m, p. 65. Outre ce cas , M. Wilson a trouvé les mêmes allérations dans les cadavres de deux femmes mortes quelques jonrsi après l'accouchemenl. Chez l'une et l'autre, plusieiirsi des plus grosses veines de l'utérus contenaient du pus , eli

DES ARTiE.ES ET DES VEINES. O^tJ

Quand Finflanimation est bornée à la veine piquée , sou traitement doit êire le même que celui de rinflamnîation locale en général, et à cet effet Foo emploiera les sangsues , les lotions tièdes et la diète, limiter croyait qu'en appliquant la compression à la "Veine enflammée au-dessus de la partie blessée , de manière à mettre eu contact les parois opposées du vaisseau et à les faire adhérer , on empêcherait Finflammation de s'étendre le long de la surface continue de la membrane interne du tube. Hunter fit une fois l'essai de cette pratique , et elle réussit selon ses désirs (x). L'irrilation constitutionnelle qui arrive dans une inflammation étendue des veines est accompagnée de symptômes d'une faiblesse plus grande que dans toute autre inflammation aiguë en général. Cette circonstance peut provenir de l'étendue de la surface enflammée; mais il n'est pas impossible non plus qu'elle soit un effet produit sur

il y avait oblitéralion d'une partie de la veine cave inférieure par une lymplie coagulable forîement adhérente ' à sa surface interne et remplissant supérieurement sa cavité. — Ibid. , p. 80.

(î) Transactions of a Society for tlie improvcment of médical and chirurgical knowledge , vol, i , p. 9.9,

SgB MALADIES

le sj^stème nerveux par le pus sécrété dans le vaisseau et méJé au sang en circulation. Quoique les symptômes paraissent réclamer des indications opposées, il est évident, lorsque rinflammation est aussi élendue que dans les cas que j'ai rapportés au commencement de cette section, qu'on ne peut l'arrêter, même dans sa première période , que par des saignées copieuses et par l'emploi rigoureux de tous les moyens propres à combattre l'inflammation aiguë en général (i).

(i) Les inflamtoalions des vaisseaux sanguins et lymphatiques , celle du tissu nerveux , sont beaucoup moins rares qu'on ne le croit coiumunéuienf , et clans mes recherches (l'anatomie pathologique, j'ai souvent reconnu sur le cadavre ce genre d'altération dont je me propose de faire l'histoiie.

La phlegmasie des veines était connue des anciens, Arétée (a) parle de l'inflammation de la veine cave, et donne les .signes qui la font reconnràtre. Ou pourrait peut-être rapporter à l'inflammation de la veine du br.is les accidens qu'éprouva le roi Charles IX à la suite d'une fiaignée, et contre lesquels Ambroise Paré employa des onguens , un bandage roulé, et recommanda i'usage do

(a) Aretœi Cappadocis , Medicl insignis , de Causis et Signis acutorum morhorum , cap. y m , lib- Il , p. 38 et 3i). Ex. eJic. /in. mcd. PrincbiK AUt~-de HaUcr. T. r, /m 4 et 1 5, ex. edU . Heiir. Siepjian,

DES ARTÈRES ET DES VEINÉS. Sgjy

riiuile êe térébenthine chaude, mêlée avec de Teau-devie recfifiée. Mais s'il reste quelque doute sur la vraie cause des accidens dans ce cas , il me paraît que ceux qui arrivèrent à mademoiselle Courtin , dont le bras s'en-» flamma et tomba en gangrène, doivent être rapportés à l'inflammation de la veine (/z).

Je regarderai aussi comme apparfertonf à la phlegmasie des veines ce que Dionis raconte des suiles de la phlébotoniie. « Il se fait quelquefois sur le bras saigné, quoique l'opération n'y ait point de part , ce qui arrive à des personnes cacochymes , accablées d'humeurs qui sont prêles à se jeter sur quelque partie. Si on les saigne dans ce temps-là, ces humeurs se déterminent à couler sur la partie qu'on a vidée par la saignée | le lendemain, on trouve le bras gonflé et douloureux , qui enfle à vue d'œil, et qui grossirait extraordinairement , si l'on ne travaillait à détourner ce torrent par de grandes saignées faites à l'autre bras. La furie de ces humeurs est quelquefois si grande, que j'ai vu la gangrène survenir dès le deuxième jour , et le malade mourir dès le troisième. Un pareil malheur arriva à la femme d'un officier de \a reine, et quelques mois après le duc de Saint-Simon fut saigné à Paris par un chirurgien des plus emplojés : il se fit sur son bras une fluxion qui se termina par un abcès qu'on ouvrit , et dont il fut guéri en trois semaines sans en être estropié (è). »

(a) Ameroise Paré, liv. x, des Plaies en particulier , p. ^ot , ehap. XLI. ( Histoire dujeu roy Charles IX. )

(i) DioKis, Cours d'opérations de chirurgie* huilième de'mons- Uaiion , p. 680, Edit. de Lafajc

îgS SfALABiE*

Planer («) , Boerbaave et Van-Swie'fen {b) parlent ôussi de l'inflammation des veines j et Morgngni, dont le talent a éclairé tant de points obscurs de médecine el d'anatomie , s'exprime en des termes qui ne laissent pas d'inceilitude sur l'existence de la phiegmasie dont nous traitons. L'histoire d'une femme qui présenta des altérations dans les veines iliaque et crmale du coté gauche , el celle d'un porte-faix, dont la face interne de la veine cave abdominale offrait des traces d'érosion , paraissent démontrer qu'il avait existé dans ces parties une inflammation dont ces lésions n'étaient que la conséquence (c).

Parmi les auteurs modernes , plusieurs ont parlé de l'inflammation des veines ou ont publié des observations sur celte maladie ^ mais c'est à Sasse [d) , Meckel (e) et à J. Hunter {f) , qu'on est le plus redevable. Schwilgué a communiqué à la Société de Médecine de la Faculté une note insérée dans la Bibliothèque médicale, oii il trace rapidement les principaux caractères dès phlegmasies des veines et des artères. Il ne rapporte aucun fait qui lui

(a) Jo. Zach. Platneriinstit. cJiirurgicœ talionaîis , etc. , p. iS et 19 Lipsice , i75S.

(è) Gerardl L. B. P^an-Swieten , Commentaria in H. Boefh. , Aphorismos. , etc , i. 1 , § 372, § 3^4, p. 628 et 63o. Edit, quaria Lcidensis.

(c) Jo. Bapiistœ 3'!orgagni de Sedib. et Causis Blorhor. pef anat. indag. Epist. LVi , art. 10 ; epist. lui , art. i'] , p- 171 el 119, t. IV. Edit- Louian'd.

(d) Dissert, de f^asoruni sanguijerorum injlammatione. liai,

(e) Dans l'ouvrage de Sa^^c.

{f) Médical and Philosopîi.cal comrnentaries , by a Society in LdinburgJi ; vol. third. p, /, p. 43o.

DÈS ARTiîRES ET DES VEINES.

soit particulier (a). Nous verrons plus loin que MM. Abernelhy , Osiander , Reil , Frank , Sherwen , Charles Bell, Marjolin, Fizeau, Bodson , B. Travers, ont aussi écrit sur cette matière ^ mais ils n'ont point rattaché ce qu'ils ont dit à un corps de doctrineé

^ P'. Inflammation des peines produite par la phlébotomie.

Suivant J. Hunter, quelques médecins ont attribué les accidens qui suivent la saignée à la pif[ûre d'un nerf. Mais les nerfs sont lésés dans beaucoup d'opérations chirurgicales sans qu'on en voie survenir rien de fâcheux. Il faut aussi remarquer que les nerfs qui peuvent élre intéressés dans la saignée sont petits et très-peu imporlans.

D'autres personnes ont pensé que ces mêmes accidens reconnaissaient pour cause la piqûre d'un tendon ou d'une aponévrose. J. Hunter fait observer avec raison que les tendons sont fréquemment piqués sur d'autres points du corps sans qu'il en résulte le plus petit inconvénient, et le tendon d'Achille est souvent coupé ou déchiré sans qu'on voie paraître les symptômes qui se manifestent quelquefois après la saignée. Encore si ces accidens survenaient lorsque cette opération a été pratiquée sur une veine voisine d'un tendon, on pourrait raisonnablement «oupçonner qu'ils sont dus à la blessure de cette dernière partie; mais ces symptômes inflammatoires arrivent après l'incision de la veine céphalique ou de la médiane céphalique, et non lorsqu'on a ouvert la basilique ou la médiane basilique.

Enfin des physiologistes ont cru devoir accuser la con-^ atitulion générale du sujet ou le mauvais état des humeurs

40Ô MALADlEë

et des solides. Ils se trouvent aussi en opposilion avec la raison et l'expérience , car une personne qui jouit de la plus parfaite santé est susceptible d'éprouver les accidens qui suivent la saignée , tout comme les sujets cacochymes , infirmes ou d'une faible complexiun. il est bon de remarquer que dans plusieurs circonstances oli ces accidens sont survenus , le malade avait été saigné à l'autre bras sans aucun inconvénient.

D'après toutes ces considérations , J. Hunier fut porté h rejeter les opinions anciennement reçues , et il fut aussi conduit a prendre cette détermination en observant ce qui arrive chez les chevaux.

Il n'est pas rare de voir des palfreniers pratiquer, sans nécessité ou par des soins mal entendus, une saignée ait cou de leurs chevaux, souvent même lorsqu'ils sont en bonne santé. Hunter vit que le cou de ces animaux se tuméfiait, et qu'ils périssaient. II voulut découvrir la cause de ces phénomènes et de cette terminaison. Une dissection attentive lui fit reconnaître que la cavité de la veine jugulaire était enflammée j que celle itxflaintnation se prolongeait au loin sur la surface interne du vaisseau > jusque dans la poitrine, et quelquefois jusqu'au cœur lui-même. Ces observations le conduisirent tout naturellement à penser que la surface interne des veines che,ï riiomme peut , dans quelques circonstances, être afFeclée d'inflammation comme le sont les membranes qui revêtent nos cavités splanchniques.

Dans l'examen qu'il fit d'abcès au pou mort , il découvrit des altérations qui changèrent ses conjectures en certitude. Il trouva souvent que la surface interne des veines à la suite des abcès élait non-seulement dans un état

DES AUTERES ET DES VEINÉS. 4oi

d'inflarnmalion , mais encore en suppuration sur plusieurs points. Il put même parvenir à assigner les progrès et la fia de l'inflammalion et de la suppuralion. II avait toujours reconnu qu'elles s'étendaient sur les membranes des veines , à une certaine distance et dans toute la circonférence de l'abcès. Il vit les mêmes altérations en examinant les veines des membres lorsqu'une inflammaiion très-intense était survenue après l'amputation, Jl était, en outre, persuadé que l'inflammation ne s'étendait sur le membre, dans quelques circonstances et plus ou moins loin du moignon , que par la seule raison qu'elle s'é==' tait développée dans la cavité de la veine. D'après tous ces faits , Hunter ne balança plus pour attribuer les accidens de la saignée à une phlegmasie de la membrane interne des veines , et bientôt il en trouva une nouvelle preuve sur un malade qui vint à l'hôpital Saint-George pour s'y faire traiter d'une inflammaiion du bras droit , par suite de la saignée à la veine basilique. Ce malade ne resta que huit jours à l'hôpital j il y mourut soudaine-^ ment. La dissection du membre fit voir une inflammation de la veine qui s'étendait de la piqûre faite par la lancette jusqu'à l'aisselle. Vers le milieu du bras, la veine était en suppuration , et dans un autre point , le vaisseau offrait une ulcération et une division en deux parties. Chaque bout , irrégulier et festonné , se terminait à l'abcès. Les membranes de la veine avaient acquis beaucoup d'épaisseur , et ]a surface interne de ce vaisseau , à quelque distance au-dessus et au-dessous de la pî;ne , était tellement couverte de lymphe coagulabîe , que son canal se trouvait oblitéré , et que le sang n'y pouv.cit plus passer. Enfin dans plusieurs points il existait de véritables II, 26

adhérences. Plusieurs branches des veines voisines se trou" vaient également imperméables, et les membranes de l'arlère étaient affectées par l'effet de leur conliguité avec ïa partie m^alade.

Daiîs quehjuescas d'inflammation des membranes de& veines, il est arrivé que les parois de ces vaisseaux ont contracté des adhérences qui ont borné l'inflammation en l'empêchant de se porter au-delà. Quelquefois ces adhérences se formaient de dislance en dislance , da puss'^accumulait dans les intervalles et constituait de petits abcès séparés. Hunier raconte qu'il a eu occasion d'ouvrir une suite de ces abcès sur le trajet de la veine saphène, depuis la pointe du pied jusqu'à l'aîne, et dans celte circonstance l'inflammation s'était élevée d'une plaie à l'extrémité du pied (a).

Sherwen ne partage point les opinions de John Hunterj; il pense que, le plus communément, la douleur et l'inflammation qui surviennent dans le point où l'on a fait une saienée doivent être regardées comme dépendant de la lésion du nerf, et particulièrement de sa section incomplète, plutôt que de l'irritation et de la phlegmasie de la veine. Les deux observations que ren-.. ferme son Mémoire ne viennent point , selon moi , à l'appui de son assertion. Il avoue même que la seconde paraît confirmer le sentiment de Hunter , et que les phé- | noniènes qui succédèrent à l'opération de la saignée paraissent dépendre de rinfl-niimalion de la surface interne de la veine. Voici le fait : Une dame de distinction , très-

(a) Médical and PhilosopUcal Commentaries , eic. ; vol. ii»> part. I , p. 4^0.

î)Ës ar1:ërês et des yeinés. 4o5

avancée en âge , d'une constitution mauvaise et scorbu-* tique, futsaigîiée du bras à la veine médiane. Au bout de très-peu de temps , elle se plaignit de sensibilité et d'inflammation à la plaie Shenven fut appelé. La douleur augmenta graduellement, et se termina par un abcès situé à quelques pouces au-dessous de la pifjére ^ entre les muscles fléchisseur radial du carpe et supinaîeur. Une matière purulente s'écoula pendant long-temps de la plaie 3 enfin la maladie se termina par un abcès au-dessus de la clavicule, que l'on crut dépendre de l'absorption du pus formé dans les parties situées au-dessous, mais qui devait être rapporté à l'inflammation transmise par la veine. Ce dernier abcès fut accompagné d'une grande douleur, et ne guérit qu'après une longue et abondante évacuation de pus.

Dans /a seconde observation , le malade présenta des phénomènes analogues à ceux que nous venons de faire connaître , mais ils furent plus longs et plus intenses. Cependant l'issue de la maladie fut heureuse, et si nous devons nous en rapporter aux symptômes, nous regarderons l'affection qui les produisait comme une inflammation de la veine (a).

Dans les plaies des veines qui ne se réunissent pas immédiatement , il arrive souvent une inflammation dont le degré et l'étendue peuvent varier. Une inflamœatiori légère devra seulement produire un épaississement des parois de la veine et leur adhérence 5 une inflammation

(a) Case of the Puncture oj anerpe in phlebotomy , coinniunicated to D'' Andrew Duncan , hy John Sherwen. Voyez i>/sdical and Philo sophical Commeiitaries ; hy a Society in Edin- ■ burgh. Vol. IV , p. 3rio.

4o4 MALADIES

plus intense sera moins bornée, et des abcès pourront en résulter. La matière de la suppuration se mêlera auS fluides en circulation , et donnera lieu à de fâcheuses' conséquences ; ou bien si l'inflammation est circonscrite, l'épaississement et l'adhérence des parties voisines en seront un effet immédi.it , un abcès se formera dans ce point. Si la plilegmasie du canal veineux occupe une grande surface, très -probablement qu'il s'ensuivra le développement d'une fièvre symploraalique , surtout si l'irritation se prolonge îe long de la membrane interne des veines jusqu'à Torgane central de la circulation. M. Aberneîhy cite trois fails tirés de sa pratique sur Tinflammation des veines après la plilébotomie. Dans le premier cas, la veine s'enflamma dans l'étendue de trois pouces au-dessus et de trois pouces au-dessous de la piqûre. Cette phlegmasie avait pour symptômes la rougeur , la douleur et le gonflement des tégumens correspondans à la partie afl'ectée. Une fièvre très-forte se manife-.(a j le pouls était fréquent et la langue chargée. Après la cessation de l'inflammation , et la tuméfaction étant dissipée , la veine parut imperméable au sang, car elle ne se gonflait plus lorsqu'on la comprimait au-dessus de la partie affectée. Le second cas ressemblait au premier , mais à un degré moindre. Dans le troisième , l'inflammation , au lieu de s'étendre en haut du côté du cœur, gagna la partie inférieure, et alla jusqu'à l'arliculaiion du poignet , sans doute parce qu'il s'était formé une adhérence entre les parois de la veine , au-dessus du point oii elle avait été ouverte (a).

(a) TIlc Surgical w^rks ofJohn ^bernethy , vol. ii , p- i^J. — • On thii M consequcncef sometimes succecUng to vencesccUon,

DES AE.TÈRES ET DES VEINES. 4o5

Un accident très-fréquent après la saignée est . suivant M. Charles Bell, le gonflement et l'inflammation delà petite plaie. Celte inflammalion peut être érysipélateuse , s'étendre sur tout le bras, et se terminer par la suppuration.

La phlegmasie de la membrane interne de la veine elle-même est aussi une circonstance fâcheuse, parce que la maladie peut se propager le long du vaisseau et parvenir jusqu'au cœur.

On a vu l'inflammation qui suit la phlébotomie donner lieu à un abcès , oii gagner les tissus aponévrotiques, affecter le fascia lui - même , et finir par amener un endurcissement du tissu cellulaire et la contracture du muscle biceps. Dans ces circonstances , en connaissant les rapports particuliers de l'aponévrose avec les tissus adjacens, on se rend compte des effets produits , et l'on peut remédier au mal. M. C. Bell nous assure que dans les inflaftimations et les abcès de l'avant-bras , il a fréquemi' ment vu survenir un épaississement de l'aponévrose , et des adhérences avec les parties voisines. Souvent , après avoir détruit l'inflammation , il a fait cesser la contracture ou roideur des parties , par l'emploi des cataplasmes camphrés , puis par l'usage d'une attelle rembourrée placée le long de l'avant-bras , et appropriée à sa courbure, pour étendre le bras ou pour le maintenir toujours convenablement {a).

Après as recherches historiques sur l'inflammation dos veines à la suite de la saignée , nous rapporterons quelques observations sur celte maladie.

(ff) yi System of dissections erplaining tJie a?iatomy of tha human Body, etc. ;I>y Charles BeU, Vol. ir , p. ^^i.Londoiif iSog,

Gaspard Goldinger, âgé c!e vingt-deux ans , garçon cordonnier, entra à l'Hôlel-Dieu de Paris, le 3i octobre )8o6, pour y être traité d'une épilepsie dont il n'avait éprouvé les premières atteintes que six semaines auparavant. II fut plusieurs fois saigné j et la dernière phlébotomie qu'on lui pratiqua au bras fut suivie de douleurs dans la partie blessée. Le lendemain , le malade se plaignit de son bras^ il y avait aux environs de la saignée un peu de rougeur et de tension ; les jours suivans , la douleur s'accrut , le gonflement s'étendit depuis l'épaule jusqu'au-dessous du coude. Le voisinage de la piqûre était rouge, le pouls devint faible et fréquent.. Ces accidens augmentèrent encore pendant les jours qui suivirent; la fièvre s'alluma, la prostration des forces survint , une douleur vive se manifesta au côlé droit du thorax , la respiration se fit avec difficulté , et la mort arriva dans la nuit du 25 novembre.

A 1' uverture du cadavre, on trouva à la partie supérieure du cerveau une assez grande quantité de sérosité jaufiâlre, infiltrée entre l'arachnoïde et la pie-mère, et dotKs quelques parties du tissu de celle dernière membrane. La portion de l'arachnoïde étendue sur la convexité du cerveau avait perdu de sa transparence , et acquis plus d'épaisseur et de dureté. Les ventricules latérf»ux renfermaient un peu de sérosité jaunâtre. Dans la partie ujoyenne et postérieure des plexus choroïdes, de l'un et l'aulrc côlés, on remarquait une concrétion du volume d'un petit noyau de cerise: cette concrétion paraissait être formée par du phosphate calcaire. Il sortit du côté droit de la poitrine huit à dix onces de sérosité jaunâtre et opaque. Le poumon gauche adhérait à la plèvre

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 4o7

cosîale par une fausse membrane. Dans difîérens points des deux poumons, on voyait des traces d'une inflammation récente. En ces endroits, le tissu pulmonaire e'tait dur et gorgé d'une sérosité pnriforme.

On voyait encore au pli du coude l'ouverture de la -saignéej en pressant sur les environs, il s'écoulait un peu de pus- le bras n'était ni dur m gonflé. La veine céphalique, incisée, se trouva remplie de pus dans toute son étendue. La veine radiale superficielle contenait aussî du pus jusqu'à deux pouces environ de son origine. Ce pus était épais , bien lié , et d'un blanc mat , sans aucun mélange de sang j il semblait même que le sang n'était plus admis depuis plusieurs jours dans la veine cépha^lique. Les parois de ce vaisseau étaient très-épaissies , dures, rougeâtres à l'extérieurj sa surface interne avait une teinte uniformément grisâtre. Dans le tissu cellulaire inter-fibrilaire du grand pectoral du même côté , on remarquait aussi une certaine quantité de pus disséminé, assez épais et verdâlre (a).

Françoise Rousset, domestique, âgée de vingt-ans, d'un tempérament sanguin et d'une bonne constitution , avait toujours joui d'une parfaite santé jusqu'à son arrivée à Paris, qu'elle habitait depuis deux ans, lorsqu'elle entra à l'Hôtel-Dieu, le i5 juillet 1812.

Elle était affectée de voinissemens de sang qu'on attribuait à un dérangement des menstrues. Quelques heures, après une saignée du pied gauche , qu'on lui pratiqua le 20 du même mois, elle éprouva une douleur très-aiguë

(a) Journal de Médecine, Cliirurg. , Pharnî. , etc., tome xir , page 417- ( Obsenfation sur une inflainination de la veiii& céphaiique , suiy'te de suppuration , par Le Mérissé. )

MALiADIES

à l'enrîroit de la piqûre, dont les bords devinrent durs et saillans. Ce gonflement s'étendit peu à peu jusqu'à la parlie supérieure de la jambe, et les ganglions lymphatiques de l'aîne s'engorgèrent et devinrent douloureux. Il Sîirvint de la fièvre et de l'irsomnie. Ces accidens durèrent iusqu';^u 20 au soir, oii les douleurs, ainsi que le gonflement, diminuèrent par l'emploi des cataplasmes, des bains locaux , du repos et des boissons délayantes. Alors on pu! voir la veiné saphène dure, tendue , augmentée de volume , depuis deux travers de doigt audessous de la malléole jusqu'à la hauteur de l'origine du tendon d'Achille. Une friction avec les mains , dirigée vers l'ouverture de cette veine non encore cicatrisée , déterminait la sortie d'une petite quantité de pus épais, d'un blanc mat, mêlé de quelques stries rouges , prenant la forme sphérique à sa sortie, avant de tomber. Le 26, les douleurs avaient complètement cessé, la suppuration était tarie et la plaie cicatrisée j la veine , quoitjue diminuée de diamètre, conservait encore sa dure'é lors de la sortie de la malade, le 5 aov\t de la même année.

Fréand (Jacques)^ pâtissier , âgé de trente-quatre ans, d'une assez bonne constitution , éprouvait depuis environ un an des douleurs vagues aux jambes^ ces douleurs ayant red'^ublé dans le mois d'avril i8i4 , "i' se fit saigner trois fois au bras droit dans l'espace de quinze jours 3 les petites pl.'iies résultant des saignées se cicatrisèrent chacune ;iu bout de trente-six heures sans aucun accident. Les douleurs ayant reparu de nouveau, Fréaud eut recours fiu moyen qtii l'avait d'abord soulagé, et se fil '^^ pratiquer une nouvelle saignée au bras gauche par le

DES ARTÈRES ET DES VETNES. 4o9

même chirurgien. La plaie de la veine et des tcgumens ne se ferma point comme dans les saignées précédentes; elle suppura, se couvrit de bourgeons charnus qui devinrent fongueux. La persistance de cette plaie, qui gênait les raouyemens du coude , l'espoir d'une prompte guérison , firent entrer Fréaud à l'Hôtel-Dieu le lo septembre ï8i4î huit jours après sa dernière saignée. Il offrait alors au pli du bras , sur le trajet de la veine médiane céphalique, une petite plaie fongueuse, rendant un pus blanchâtre et non sanguinolent. De la charpie simple fut appliquée pendant les premiers jnurs ; mais bientôt une légère inflamraa'iion érysipélato-phlegmoneuse se développa au pli et à la partie interne de ce Lras : on parvint à la calmer par des cataplasmes émol- Jiens.. Le sixième jour, M. Dupuytren, ayant palpé avec soin la partie externe et antérieure du bras , sentit une espèce de cordon étendu depuis le pli du coude Jusqu'à îa partie supérieure du membre ^ la rénitence légère de ce cordon , sa forme cylindrique , sa situation sur le trajet de la veine céphalique, lui firent soupçonner qu'il était formé par cette veine enflammée. Le septième jour , un nouvel examen confirma M. Dupuyiren dans son idée , et le huiiième jour, pour en convaincre les élèves, il pratiqua , au tiers inférieur du cordon, une petite incision à l'aide d'une lancette^ aussitôt jaillit un sang mêlé à du pusj et pour prouver que ce dernier liquide ne venait point du tissu cellulaire environnant la veine j comme le pensaient quelques personnes , il introduisit dans celle-ci un stylet qu'il fil pénétrer inférieurement à une assez grande profondeur^ de plus, lorsqu'on comprimait au-dessous de la nouvelle plaie, le

ÂIO MAIiADIES

sang et le pus cessaient de eouler , et si l'on pratiquait au contraire la compression au-dessus, le sang mêlé au pus sortait par jels, surtout si en raême temps le malade contractait ses muselés de ravan{-bras. Mul doute à tous ces signes que la veine céplialique ne fut enflammée. On continua l'usage des c&taplascies e'molHens. Le neuvième jour, la cicatrisation de la nouvelle plaie était opérée ; on en écarta les bords , et l'on iît sortir une nouvelle quantité de pus sanguinolent. Les jours suivans , on vit le cordon formé par la veine céphalique diminuer insensiblement de volume , et la plaie du pli du coude se cicatriser, Enfin , le seizième jour , les deux petites phies de la veine étaient fermées j celle-ci n'offrait plus qu'une espèce de cordon bien moins volumineux que la veine du côté opposé , ce qui confirma l'opinion de M. Dupiiytren , qui prétendait que celte veine ne donnerait plus passage au sang, et que, réduite d'abord en un cordon ligamenteux , elle se confondrait peu à peu avec le tissu cellulaire ambiant , comme la veine ombilicale chez l'adulte. On conçoit aussi que l'oblitération de cette veine entraînera très-peu d'accidens , à cause des nombreuses anastomoses qui existent au pli du coude entre les veines céphalique, basilique , etc. Quoi qu'il en soit, Fréaud sortit de l'hôpital le dix-septième jour après son entrée , ayant recouvré l'usage des mouvemens du coude, qui cependant étaient un peu gênés par l'état de flexion que le bras avait conservé durant sa maladie {a).

(rt) Observaiion recueillie à la clini<}ae de M. le professeur DapuytrcD.

BES ARTÈRES ET DES VEINES. 4ll^

Un militaire âgé de Irenle-trois ans , d'une conslilution détériore'e par des travaux trop pénibles, entra, le i5 mai !8io,dans un hôpiial militaire anglais , pour s'y faire traiter d'une ophlliahîiie. On lui ouvrit la veine médiane basilique du bras droit, on lui administra plusieurs potions purgatives , et il fut mis à la diële. En trois jours il fut convalescent, et put sortir de l'hôpital j mais il y rentra bientôt , parce que l'oplithalmie reparut avec une nouvelle intensité; il se plaignait sussi de douleurs au bras droit, et dit que la plaie faite par la lancette ne s'était point cicatrisée ; que pendant quelques jours , elle avait été mise à nu 'enfin , qu'il avait fait sur cette partie de légères frictions. En examinant la plcie, on vit que ses bords étaient écartés et renversés, et qu'il en sortait un peu de pus. Bientôt la douleur s'étendit au bras en suivant le trajet de la veine. Le pouls était fréquent. La partie fut couverte d'un cataplasme ; l'on fit des fomentations sur le bras; enfin le malade fut purgé. Cependant la douleur s'accrut , les veines grossirent , la rougeur et la tension augmentèrent; mais la plaie ne changea point. On prescrivit le calomel à l'intérieur ; douze sang» sues furent appîi(|uées sur le brds , et l'on continua l'usage des cataplasmes et des fomentations. Le lendemain , on trouva moins de sensibilité , de tension et de gonflement au membre affecté ; la plaie était presque, entièrement fermée. Le malade eut trois selles copieuses,, et il parut mieux , quoique la fièvre n'eût pas cessé. On remplaça les fomentations et les cataplasmes émolliens par une lotion spiritueuse. La plaie se cicatrisa entièrement; mais l'état général ne s'améliora point. La fièvre continua et offrit évidemment les caractères au typhus.

4l2 MALADIES

Tous les symptômes généraux prirent beaucoup d'intensité , et l'on administra sans aucun avantage les me'dicamens recommande's dans ces circonstances. Enfin le 6 juin, le malade mourut.

A l'ouverture du cadavre , on vit que la piqûre de la veine médiane basilique était fermée , et l'on ne découvrit aucune altération produite par la lancette, La veine blessée parut très - dilatée , plus épaisse que dans l'état naturel et adhérente au tissu cellulaire ambiant. Du pus occupait la grande veine médiane , environ à deux pouces au-dessous de l'origine des médianes basilique et céphalique ; l'on en vit autant dans tout le trajet de la veine humérale jusqu'à l'axillaire. Là , se trouvait un dépôt irrégulier de lymphe adhérente à la membrane interne de la veine. Avant de passer sous la clavicule , et à un pouce de distance de cet os , le vaisseau reprenait tout-à-coup son aspect naturel, et l'on ne trouvait plus jusqu'au cœur aucune trace d'altération. Ce dernier organe était sain , à l'exception d'une petite tache circonscrite de lymphe sur sa face antérieure , et une semblable sur la surface opposée du péricarde , dans ]a cavité duquel il y avait un peu de liquide épanché , ainsi que dans les cavités du thorax (a).

Henri Pennak, âgé de vingt-deux ans, fut admis dans l'hôpital de Guy, le 4 niars 1818, pour un ulcère à la jambe , pendant le traitement duquel il fut atteint d'une pneumonie que l'on combattit par la saignée aux deux Lras. Le défaut do soin pour le bras droit occasionna une hémorrhagic trois jours après la phlébotomie. Le ma-

(a) On wounJs rtncUigaiurcs of vains. Voyz Surgical Essays hj Aitley Coopcr and B. Jravers. P. i , p, 325. Londvn , 1818.

•DES ARTÈRES ET DES VEINES. 4l5

lade se plaignit de douleur à ce membre^ la plaie s'enflamma , et la veine , ainsi que le tissu cellulaire environnant, devinrent durs comme une corde. La compression exerce'e sur le trajet de ce vaisseau déterminail une évacuation de pus par la plaie. Cependant l'inflammaliou e'tait presque entièrement dissipée par l'emploi des fomentations et des cataplasmes, lorsque la phlegmasie de la poitrine prit un nouveau développement , et se termina d'une manière funeste cinq jours après la saignée.

L'examen anafomique des parties fit voir la petite plaie du bras gauche légèrement enflammée , et l'on découvrit un abcès au pli du coude du bras droit j la plaie des tégumens était agrandie par l'ulcération; mais celle de la veine paraissait fermée , et ses bords offraient un aspect blanchâtre , comme s'il en était sorti de la lymphe. La veine, dans l'étendue d'un pouce au-dessous et de quatre pouces au-dessus de la piqûre , se trouva remplie de coagulum dont l'extraction laissait voir la membrane interne du vaisseau enflammée, mais dans la longueur seulement de quatre ou cinq pouces.

Toute la surface de la plèvre était couverte d'une couche albumineuse très-épaisse et récemment déposée. Les poumons contenaient de nombreuses vomiques ^ il y avait un épanchement considérable dans les cavités de la poitrine^ le cœur et les viscères abdominaux étaient sains (a).

(a) Behj. Travers , ouvrage cinf.

4l4 MALADIE

§ II. De V Inflammation des veines produite par leur ligature et par V excision des varices.

Dans un mémoire fort curieux , el, duquel nous avons extrait les deux dernières observations, M. B. Travers y^ chirurgien de l'hôpital Saint- Thomas à Londres, nous fait connaître les dangers qui peuvent résulter de Tînflammation des veines produite par leur ligature ou par leur division dans le traitement des varices.

Nous savons pourtant, ainsi que nous le rappelle M. Bo Travers , qu'Hippocrate piquait les varices ; qu'^tius d'Auiide , Paul d'^gine , Aviceiine et Albucasis décrivent l'opération de l'excision , et qu'elle paraît avoir été pratiquée par Fallope et Marc-Aurèle Severin ; que les deux Fabrices plaçaient la partie variqueuse du vaisseau entre deux ligatures , el la vidaient par l'incision } qu' AmbroiseParé, Dionis , Petit et autres, ouvraient les varices pour en retirer les caillots, puis rapprochaient par la compression les parois du vaisseau. Cependant il esl constant, d'après un grand nombre de faits , que la ligature et l'excision des varices ont donné lieu à des accidens inflammatoires dont la mort n'a été que trop souvent 1» terminaison.

En 1801 , la ligature de la grande veine sapbène fut pratiquée à l'hôpital de Guy, sur une vieille femme ^ pour la guérison d'ulcères variqueux aux jambes. L'opération se fit un peu au-dessus et sur le côté interne du genou j l'inflammation de la veine en fut le résultat , et plusieurs abcès se formèrent dans la direction du vaisseau , au-dessous de la ligature et sur le côîé interne du gras de la jambe. Il y eut un trouble général des fonc-

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 4l5

lions 5 plusieurs des abcès s'ouvrirent et s'ulcérèrent, et la malade mourut d'épuisement. Dans un second cas , chez un homme , deux ligatures furent placées sur la veine , et le vaisseau fut divisé dans leur intervalle. Au bout de trois jours, le malade se plaignit de douleurs dans le trajet de la veine , depuis le lieu de sa division jusqu'à l'aîne. Une tache inflammatoire se manifesta sur la jambe, s'étendit du genou jusqu'à l'articulation du pied , et le Jour suivant il y eut un gonflement considérable. La douleur au-dessus de la ligature se propageait jusque dans la cavité abdominale^ la cuisse devint gonflée et sensible au toucher; toute l'économie animale fut ébranlée par cette maladie locale; il n'y eut point d'abcès -y mais , comme dans l'observation précédente , le malade succomba à une inflammation élendue de la veine (a). Un jeune homme de vingt-trois ans , d'une constitution pléthorique , était tourmenté depuis deux ou trois ans d'ulcères douloureux à la partie interne de l'articulation du pied droit avec la jambe , qui se fermaient et se rouvraient alternativement , de manière à l'empêcher de travailler. Il eut le désir, d'après le conseil de M. Travers , de se faire lier la veine saphène, qui était variqueuse. Une incision de trois quarts de pouce fut faite un peu au-dessus du point distendu , immédiatement sur la veine et dans la direction de son trajet. Le tissu cellulaire fut séparé avec soin, jusqu'à ce qu'on parvînt à la veine, qu'on mit à nu. Une aiguille portant une double ligature fut passée sous le vaisseau , et l'on eut soin de ne comprendre que lui dans l'anse de fil que l'on serra»

(a) Mémoire de M. B. TraTCïs.

ÀlS MAliADlES

L'on divisa ensuite la veine entre les deux ligaiures , et l'on rapprocha les lèvres de la plaie par utie suture et un emplâtre àgglutinatif , dans la vue de guérir par première inlenlion. Le malade fut mis au lit , et fit usage d'embrocations froides. Le second jour, il prit une mixture apéritive. Le troisième , la plaie fut pansée et parut parfaitement réunie , à l'exception du point d'oii les ligatures sortaient. La ligature fut coupée, et l'on appliqua un nouvel enipiâlre àgglutinatif. Ce jour-là, le malade se plaignit de douleurs dans la partie inférieure du membre , le long de la veine , depuis la ligature inférieure jusqu'au pied. Suivant son expression , on aurait dit que le sang faisait dans la veine des efforts pour surmonter l'obstacle produit par la ligature. Cette sensation, disparaissait entièrement en appliquant un bandage modérément serré depuis les orteils jusqu'en haut. Le cinquième jour, il parut une petite marque érythémateuse vers la plaie. Il y eut un épistaxis , et l'on jugea à propos de tirer seize onces de sang par la saignée. Le sixième jour , il se manifesta de la douleur au côté interne du genou dans la direction de la veine: il n'y avait pourtant aucune inflammation extérieure sur ce point. Les lèvres de la plaie commencèrent à se désunir. Dans la soirée , le malade fut saisi d'un frisson violent , suivi de chaleur, et il eut un peu de délire. Le pouls, dur et plein , offrait cent trente jîulsations. On réitéra la saignée, qui produisit un soulagement momentané. La moiteur et les sueurs survinreiil, et après elles le malade goûta quelque repos j mais bientôt les symptô)nes fébriles reparurent avec la même violence } ils augmentèrent graduellement en fréquence, mais diminuèrent en force, jusqu'à ce

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 4l7

que la nature fût épuisée 5 et que la mort arrivât le vingtdeuxième jour après l'opération.

Pendant les quatre ou cinq jours qui suivirent le frisson , la plaie fournissait du pus en abondance; l'inflammation gagna graduellement la veine : elle s'était manifestée par la douleur qu'occasionnait la pression. Cependant la plaie était, avant la mort, presqu'entièrement guérie. Les ligatures s'étaient séparées le quatrième jour. Le traitement médical fut slrictemenl anli-pblogistique; le malade fut saigné à diverses reprises , et chaque fois avec un soulagement apparent. Néanmoins , deux jours avant la mort, les forces vitales étaient si affaiblies qu'où fut obligé de recourir aux cordiaux.

Dans une autre observation , M. Travers fait connaître que l'inflamnaation de la veine fémorale peut être produite par la simple ligature de ce vaisseau.

Jean White , âgé de vingt-huit ans , fut admis à l'hôpital de Guy ^ dans le mois de novembre 1816, pour une fumeur anévrismale au jarret gauche. Pendant qu'on plaçait deux ligatures sur l'artère crurale ," il survint une hémorragie par une petite plaie de la veine fémorale. Cet écoulement de sang fut d'abord incommode; mais on l'arrêla en embrassant la veine par un ruban de fil. Au bout de dix jours, un fil se détacha pendant le pansement; on crut qu'il provenait de la veine. Lé lende- I main , une légère hémorragie se fit par la plaie. Le ma- ! lade se plaignit de douleurs au toucher, entre l'arcade \ crurale et la plaie , et dans la direction de l'artère' fémo- 1 raie. Du treizième au seizième jour, les deux ligatures j se séparèrent ; la plaie fournissait un pus de bonne na- 1' îure; la tumeur du jarret était moindre et plus molle ; 1 II. 27

4l8 MALADIES

msis le malade se plaignait de ce; li.î^i.Igio • son pculs ëhiit pleia et fréquent; le ventre libre , la soif peu vive. A l'eKcejïtion de quelques le^cvs accès de fièvre, loûî alla bien jusqu'où vingt-cinqnièaie jour, cii, en pansant le malade, on vit que la plaie avait donné du sang: on évalua à douze onces environ la quantité de ee licjiiide qsi était sortie. Le lendemain , riiémorragie se renouvela deux fois, et nn accès de fièvre parut et revint pendant les jours suivans. Le pou!s avait de la fréauence j l'on remarquait un changement notable dans la physionomie. La tumeur de la partie inférieure de la cuisse et du jarret continuait à diminuer j mais la jambe offrait un engorgement œdéniateux cédant sous la pression du doigt. Le malade s'affaiblit de plus en plus , et le trente-deuxième jour après l'opération il cessa d'exister. A l'examen du cadavre , on trouva le membre, et prineipalement la jambe et le pied , œdémateux , la plaie en suppuration et offrant dans son fond quelques granula-' tioRS. Le bout de l'artère divisée parut sain. La veine fémorale ainsi que la crurale profonde étaient rpmjdie» par une matière qui adhérait à leurs parois. Un chalu- Bieau ayant été introduit dans la partie supérieure de la veine fémorale , l'air passa, par l'insufflation, jusqu^â la plaie extérieure. On fit la même expérience sur l'arlère fémorale ; mais elle parut n'avoir aucune communication avec la plaie externe. On ouvrit ensuite la veine : sa membrane interne fut trouvée recouverte j-ar une fausse membrane , et ses parois, vers sa partie inférieure^ adhéraient entre elles. Ce vaisseau ne contenait rien qui ressemblât à du sang; foules ses membranes étaient tiësépaissies, el sa capacité diminuait graduellement jusqu'à

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 4l9

la plaie , où il élait complètement obliléré. Il existait une ouverture aux parois de cette veine , à environ trois quarts de pouce au-dessus de la partie oblitérée , et cette ouverture communiquait avec la plaie externe. L'inflammation adhésive s'était étendue de la surface interne de la veine fémorale jusqu'à l'iliaque et la bifurcation de ia veine cave. Cette dernière était aussi enflammée j mais la phlegmasie n'avait produit ni lymphe ni pus. La surface interne de la veine iliaque offrait la même apparence que celle de la fémorale. L'iliaque correspondante n'était pas affectée. La surface interne de l'artère était saine j le caillot lymphatique s'étendait à une distance assez considérable au-dessus de la ligature, et son bout était resserré et oblitéré. Il y avait un épanchenient séreux considérable dans la poitrine ; l'un des lobes du poumon gauche était recouvert d'un dépôt récent de lymphe , et la substance parenchymateuse des poumons paraissait avoir été enflammée. Il y avait aussi une légère teinte inflammatoire à la surface des intestins.

§ lïl. De l' Inflammation des Freines à la suite des amputations.

J. Hunter a plusieurs fois reconnu par la dissection que les veines peuvent s'enflammer après l'amputation d'un membre , et c'est cette phlegmasie qu'il accuse de produire la douleur , le gonflement des parties et la propagation de l'inflammation dans tout le membre , et très- loin au-dessus de la surface traumalique. La ligature des veines et des artères est regardée comme étant la cause déterminante de ces accidens dans la plupart

des cas , cependant on peut raisonnablement admettre' que l'inflammation . dont 'e moignon est le siège, peut facilement s'étendre aux veines cjuis'y rendent, et qu'elle se propage ensuite le long de ces canaux vasculaires.

M. B. Travers croit que les ligatures des veines , dans tes amputations , sont nuisibles en déterminant les accidens dont nous parlons. J'ai entendu dire à M, Larrey que les inflammations qui se manife.sient dans ces circonstances, et qui s'étendent parlois jusque dans les cavités du tronc > pouvaient bien être dues à la coaipressioai des filets nerveux du trisplanchnique qui for- Tîient, comme l'on sait , une sorte de réseau sur les artbre5. Cependant je tiens de M. Hamiuick, chirurgien' en clierdu plus grand hôpital de la îiiarine en Angleterre^ qu'il avait très-fréquemment lié les veines dans les amputations, et presque toujours impunément. Je puis assurer avoir trouvé des traces manifestes de phlegmasie dans les veines sur un grand Vionibro de sujets morts à la suite d'auiputation de la jimibe ou de la caisse y et doril j'ai disséqué avec soin le moignon pour étudier la cicatiisaîfon dans les dilféiens tissus.

Un jeune njilitaire de vingt-deux ans, d'une bonne constitution , ro.çut à la bataille de Laon , en iBiif , une balle qui tui fit une plaie à l'avant-bras droit , et lui fraclura les os prés de leur articulation avec l'humérus. Plusieurs lién)orragies , le manque de soin, le transport du blessé d'un hôpital dans un autre, l'affiablirent ,. etinfliièrenl sur sa plaio de manière à lui faire prendre uir Ynauvais' caractère ; la diarrhée survint et produisit un épuisement auquel le malade siiccomba. li'cxamen du bras avait fait remarquer uue dureté qui suivait le trajet des

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 42 î

veines , et la dissection des parties fît reconn.TÎlre que la veine ine'diane céj>haliqno el la radiole superficielle avaient une résistance elune épaisseur contre nature dans un pouce d'étendue. Dans cet endroit , la membrane celluleuse était épaissie et rouge. Ayant disséqué ces veines jusqu*à leur réunion à la céphalique, et celleci jusqu'à la hauteur de raîtaclie du deltoïde , leurs parois parurent moins résistantes, et leur couleur sembla moins foncée que dans l'élat ordinaire. La cavité de CCS vaisseaux , mise à nu par une incision longitudinale de leu! s parois , fut trouvée remplie par un pus blanc, bien lié, épais et sans odeur. Ce liquide formait sur la iHembrane inierrie un enduit blanc-grisâire, qui s'enlevait facilement. Cctfe membrane était légèrement rouge dans toute l'étendue où elle avait été en contact avec le pus, et parliculièiement vers les valvules, qui parai ::;ssient sensibiement épaissies. Ces altérations se terminaient en haut par des caillots, des flocons de «us, et un rélrécisseujent du canal plus marqué que dans le reste de la veine (a).

Jean Crute , âgé de trente ans , subit l'ampuiation de la jambe droite , au-dessus du genou , pour une maladie scrophuleuse ancienne de cette articulation. Sa santé générale n'était pas très-délériorée. Pendant Jes deus premiers jours qui suiviretil l'ojjération , le malade parut extraordinairement faible- il poussait de profonds soupirs el parK'iit très-peu. Dans la soirée du troisième jour , on reconnu! que le trouble généial était plus grand que ^'ordinaire ajrès une aaiputalion. Pendant la nuit, il

Ça) L. B. LoNGtJET; i. C. , p. 2G.

eut plusieurs vomissemens bilieux et fut très- agité. Le lendemain , le pouls fut trouvé très- fréquent et trèsdur ;, on tira du bras vingt onces de sang, et l'on prescrivit quelques apéritifs. Le pouls baissa, devint mou , ' et le malade fut soulagé , quoique les vomissemens continuassent par intervalles. Le moignon mis à nu , on vit que les bords de la plaie étaient séparés , et il se fit un écoulement abondant de sang grumeleux et de sanie purulenîe. Des fomentations émollientes et un cataplasme furent appliqués sur le moignon ; dans la soirée , il y eut un paroxysme ; la fièvre et le délire se manifestèrent. Le cinquième jour , le pouls prit encore plus de fréquence; Jes traits de la face s'altérèrent, et dans la soirée, le malade s'éteignit.

L'examen anatomique fit voir que l'artère était saine, qu'un caillot albumineux consistant obstruait le canal contracté sur lui-même. Il y avait sur la veine fémorale une ligalure qui y avait été appliquée pour arrêter une hémorragie provenant en apparence de cette veine. Depuis cette ligature , le long des veines fémorale, iliaque externe et cave, jusqu'à l'endroit où les rénales arrivent à cette dernière , la membrane interne était tapissée par de larges plaques albumineuses. Il y avait aussi des traces d'une inflammation légère, s'étendant jusqu'à l'oreilleite droite du cœur ; mais les caractères de l'inflammation adhésive étaient tels que je viens de les décrire. Entre les ouvertures de la veine fémorale et de l'artère, on découvrit une petite branche naissant immédiatement au-dessus de la ligature de l'artère , et il n'y avait pas de doute que l'hémorragie ne se fût faite par ce vaisseau.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 4t20

Un homme de moypn âge , d'une mauvaise consliîuîion produile par l'intempérance, fut admis dans un hôpital pour une ulcération très-e'tendue de la jambe. L'amputation, comme ressource dernière , fut pratiquée au-dessus du genou , et Ton appliqua une ligaîure sur îa veine commi* sur l'artère. Le cinquième jour après l'opération , l'amputé éprouva une fièvre très-forte , qui ne fil qu'augmenter pendant les deux jours suivans. Le septième , il j eut du délire , et le malade miourut le neuvième jour.

Les bouts de l'artère et de îa veine embrassés par la ligature furent trouvés, lors de la dissection, dans un e'îat de gangrène, et dans une étendue de quelques pouces au-dessus de la ligature, la veine contenait une fausse membrane mêlée à de la maiière purulente.

Après avoir donné ces observations sur l'influence de !a ligature des veines pour produire riiiflnmu:!aîioa , M. B. Travers fait connaître , d'après des expériences qui lui sont propres , le mode d'agir des ligatures ap.* pliquées sur des veines. Suivant cet auteur, une Us;sluvê ne divise pas la membrane interne d'une veine , soit chez l'homme , soit chez les animaux. Elle allonge seulement celte membrane , el lui imprime une ligne visible de dépression , qui semble être d'abord une ligne de séparation °j et l'on dirait que la tunique externe ou cellulaire est seulenicnt divisée. En esainirsant la veine jugulaire d'un cheval au bout de vingt-cjuafre heures , de trois ou de cinq jours, il n'a pu apercevoir aucune différerce dans les apparences. La veine , tant au-dessus qu'audessous , est plissée longitudinalemertt de chaque côté de la ligature. La portion^ voisins du cceur est pastiaûemeot

vide et afïaissée sur elle-ixiéme ^ celle qui est voisine de l'exîiéiiiilé est distendue par un long caillot de sang , généralement consistant, qui est moulé sur le vaisseau, et porte l'impression de ses valvules senai-lunaires. Le caillot s'étend dans une longueur de plusieurs pouces ; il n'est pas toujours compacte etlamelleux, ou adhérent à ]a memT>rane interne. Parfois il est peu consistant et divisé; mais il remplit toujours le cylindre de la veine. Il n'y a ni rougeur sur la membrane interne, encore moins de signes d'inflammation a dh ésive , ou d'épaississeu.ent des membranes de la veine, ou d'agglulinaiion des replis contigus : ces replis s'oiFacent lorsqu'on enlevé la ligature ; mais la gaîne cellulaire de la veine est épaissie par un déj)ôt de lymphe dans le voisinage de la ligature. La division du vaisseau entre deux ligalures permet la réfracîion des bouts divisés , dans l'étendue d'un pouce , sans produire aucune différence dans l'état que je viens de décrire. Au bout de sept jours , l'épanchement de lymphe dans la gaîne cellulaire est tellement augmenté autour de la ligature , qu'il forme pour elle une sorte de canal distinct de la plaie. L'ulcération des Eieuabranes de la veine existe déjà au neuvième jour , et elle marche progressivement jusqu'à ce que la séparation soit accomplie. Ce travail forme une période de quinze à vingt-cinq jours. Chez un cheval jeune et vigoureux , la ligature ne tomba point avant le vingtcinqutèiiie jour. Les bouts ulcérés de la veine étaient séparés dans l'espace d'un pouce, el unis à la giîne cellulaire par un dépôt albumiîieiix forjnani une couche solide el lisse. La mfnibrane interne de la portion supérieure de la veiue avait un bord mince j Je bord inférieur était uni

et enfoncé dans la nlaie. Ces cleux bouts n'avaient éprouve d'autre contraction que celle qui dépendait de l'adhérence de l'estrémilé ulcérée de la gaine. La portion de îa veine voisine du cœur se trouvait vide, La portion supérieure se trouvait remplie par un caillot lamelleux, épais , adhérent d'une manière intime à la membrane interne, qui paraissait décolorée. En séparant avec précau'ion le fpuillet (pii fapisse l'intérieur de la veine , on ne put découvrir aucun épaississement des membranes de ce vaisseau , ni aucune apparence d'inflammation dans son canal. Ptien de semblable n'existait dans la portion inférieure.

^L'effet d'une ligature sur une aitère est aujourd'hui si bien connu qu'il serait parfaitement inutile de s'y arr-èîer ou d'en parler de nouveau , s'il ne fallait pas montrer ici en quoi il diiTère de l'état précédent.

La membrane interne d'une artère est divisée par une ligature ronde ; le resserrement du canal dans le lieu do la ligcTturo est ren^îu permanent par un dépôt de l^'mphe entre lès membranes du vaisseau. Celle sécrétion se porte eu quelques heures de la fissure produite par la ligature jusqu'au point opposé , et finit par amener une union solide entre les parois du vaisseau. La ligature, qui j.e sépare au bout de dix, quinze on, vingt jours , laisse les bouts contractés à une peiite distance l'un de l'autre et adhérens à la gaine, en repréentant une sorte de cène j le tube est complètement fermé à chaque bout par nn cr.illct de lymphe qui en bouche complètement l'orifice , et un caillot de sang se trouve ordinairement dans l'intérieur du vaisseau. L'épaississementdela gaine par un cLépêt adhérent à l'estérieur, et répaississement des nicm-

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