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passés de chaque côté, presque toutes les fibres furent coupées , et leur division étant faite , le doigt indicateur fut engagé graduellement et avec précaution sous le vaisseau avec l'aiguille en contact, mais sens dessus dessous. Ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté que Je parvins à la retourner dans une plaie aussi profonde j et malgré l'extrême attention que j'apportais à tenir l'iudicateur de la main gauche entre l'extrémité de l'instrument et la trachée , et à presser sur les extrémités de l'instrument pour l'incliner et l'accommoder à la cavité , je fis plus de violence aux vaisseaux que Je ne l'eusse désiré. La malade supporta celte opération pénible avec le plus grand courage , cherchant seulement à soulager l'irritation que les doigts produisaient , par de fréquens efforts pour avaler. Il s'écoula une quantité considérable de sang , et la ligature fut immédiatement appliquée aussi bas qu'il fut possible dans la plaie. Au moment oii l'on serra le fil, la malade éprouva une vive douleur qui s'étendait de la plaie à tout ce côté de la tête» Le fluide contenu dans le sommet de chaque tubercule fut alors évacué pour diminuer le volume de la tumeur, la rendre plus facile à saisir , et diminuer la pression sur la trachée , dont la malade se plaignait beaucoup. L'incision fut prolongée de la base de la tumeur à sa partie supérieure, et l'on disséqua d'abord en partant de la joue. Durant cette partie de l'opération , on se servit des doigts tant qu'il fut possible ; mais parfois de fortes bandes ligamenteuses rendirent la section par l'instrument nécessaire. En divisant les tégumens qui unissaient la portion supérieure de la tumeur à la tête, endroit oii les veines externes étaient ramifiées , l'hémorragie fut
considérable, et en disséquant en bas, la branche de la mâchoire devint apparente : dans cette partie , aussibien que derrière et sous l'oreille, chaque coup de l'instrument était suivi par un jet de sang , et parfois par un écoulement abondant qui durait quelques secondes. Là malade éfait très-faible après l'opération, ruais un peu de vin , pris par intervalle, lui rendit bientôt sa connaissance. Outre un suintement sanguin général , il y avait quelques endroits d'oii le sang coulait en plus grande quantité. Quoique ce fût un sang veineux , par précaution plutôt que par nécessité , on fit la ligature des vaisseaux qui le fournissaient ; la plaie avait afors l'apparence suivante : tout le muscle sterno-mastoïdien était à nu, et ses fibres se trouvaient disséquées jusqu'à un demi-pouce de distance de son insertion à la clavicule* En arrière, la plaie s'étendait de l'apophyse mastoïdé' jusqu'à la trachée; elle devenait plus étroite à la partie inférieure du cou. La glande sous-maxillaire fut mise à nu , et Ciiviron un cinquième de sa substance , qui pa~ raissait altérée , fut enlevé. Le muscle digaslrique et la grande portion du milo- hyoïdien furent mis à nus j la branche de la mâchoire était seulement recouverte par le périoste , si ce n'est dans l'endroit oii elle est cachée par le muscle masseter , dont une partie, qui paraissait malade , fut extirpée : toute l'apophvse condyloïdienne de cet os fut mise à découvert de la même ma-' nière. On voyait sur la joue une substance cellulaire qui ne paraissait pas saine et qu'on enleva j cependant on conserva une quantité suffisante de peau pour couvrir le zigoma. La glande parotide fut entièrement enlevée. Après avoir nettoyé la plaie , la peaa , rapprochée aa-^
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tant que possible , fut réunie au moyen de bandeletfes agglutinatives, recouvertes de plumasseaux decliarpieen» duite de cérat j la malade, quoique très-faible, se trouvait assez bien. On la plaça dans son lit. Son pouls , trèsfaible , offrait cent dix pulsations.
» Onze heures du soir , même jour. Elle est très-bien , quoique éprouvant une grande soif et du malaise danS la gorge , qui l'empêche d'avaler. Son pouls est élevé , quoique non moins fréquent j elle a uriné librement, I) Deuxième jour , neuf heures du matin. Elle a été tourmentée p«r la soif Jusqu'à minuit j mais ensuite elle a bien dormi : le mal de gorge est diminué , quoiqu'en avalant elle s'en aperçoive encore, A quatre heures du matin , elle a transpiré copieusement , et sa peau eaî encore humide j le pouls est mou, et bat cent huit fois j; elle a uriné librement : aucune selle ^ mais elle en avait eu trois la veille avant l'opération.
>> Il y a une sécrétion copieuse de mucosités de la trachée ; aucune douleur de tête , point de malaise, et la plaie est bien. Un suintement général de sang a pénétré" l'appareil. A neuf heures du soir, le pouls a cent vingt plusalions , la peau est sèche et chaude ) parfois il y a battemens dans la tête ^ la soif ne se fait pas sentir. L'écoulement de sérosité sanguinolente de la plaie continue. » Troisième jour, neuf heures du matin. La malade 3 passé une bonne nuit. Son pouls est maintenant mou* il a cent six pulsations. Aucune douleur dans la plaie , quoique la face soit un peu gonflée. Elle a eu du frisson dan» la nuit j il a disparu immédiatement par l'application d'une couverture chaude , et a été suivi d'une chaleur considérable. Outre le mal de gorge , elle a une
BES ARTERES ET DES VEINES. b'J
légère toux qui ne lui cause aucune douleur. Un lavement a procure' trois évacuations copieuses de couleur et de consistance convenables : elle a uriné librement , et pris du thé et du gruau avec plaisir , mais en petite quantité. Neuf heures du soir. Le pouls est plein , et s'est de nouveau élevé à cent vingt pulsations. Elle éprouve aussi quelques douleurs de tête , et les élancemens s'étendent jusqu*à la facej elle n'a point eu de nouvelles selles. Le suintement de sang parait avoir cessé ^ le ma» laise de l'oesophage et la sécrétion du mucus sont un peu modérés. Sa lête et son cou ont été tenus humides avec de l'eau tiède, et on lui donne une prise des pou« dres suivantes toutes les vingt-quatre heures :
'2f Sous-muriate de mercure, , , . . . gr. vj |
Antimoine en poudre. gr. xvj.
Mêlez et divisez en six prises.
» Quatrième jour , neuf heures du matin. Pouls mou et à cent pulsations j peau froide et moite. La malade a passé la nuit assez bien j les batleinens dans la tête sont moins incommodes , et peut-être de peu de conséquence parce qu'elle y est sujette. La plaie fournit une suppuration abondante. Il y a eu une nouvelle évacuation ce matin. Elle fait encore des efforts pour avaler , et l'écoulement du mucus est considérable ; la toux , qui a toujours été très-légère, a disparu. — Même jour, huit heures du soir. Pouls vibrant et donnant cent quatre pulsations; la tête est sans douleur; la malade n'a point de chaleur, peu de soif, et elle est sans toux. La sécrétion muqueuse n'augmente pas , quoique la dou-
68 BIALADIES
leur se soil étendue à la base de la langue. Les règles ^ qui avaient commencé à paraître ce malin , ont cessé. Il y a eu une nouvelle évacuation. Si le mal de tête revient j ou si le mal de gorge augmente, un lavement lui sera donné j on lui fait continuer ses poudres , et prendre du lait en abondance.
» Neuf heures du matin, cinquième jour. Pouls mou et à cent quatre pulsations. La malade ne se plaint ni de soif ni de mal de tête. La peau est fraîche, la difficulté delà déglutition et le pîyalisme sont comme à l'orditiaire^ mais elle éprouve principaleuient la première après le sommeil. La nuit s'est passée assez bien. L'appareil a été levé , et la plaie a présenté l'aspect suivant ; elle est très-étendue et recouverte dans sa partie supérieure d'une matière muqueuse très - colorée qui y adhère. Une petite quantité de sang coagulé et très -coloré suinte dans plusieurs points. La moitié inférieure de la plaie n'offre pas par-tout des granulations, mais elle est d'une couleur pâle , et la peau , dans quelques endroits de ses bords , est desséchée. L'écoulement est aqueux et considérable. De la charpie sèche est appliquée , et l'on ordonne , outre du lait et du bouillon , du vin ou du porter en petite ouanlité. On prescrit aussi deux cuillerées , à prendre toutes 1rs vingt-quatre heuies, de la potion suivantes
If Décoclion de quinquina ... * 3 ^'j 7
Teinture de quinquina composée... 5jj
Acide sulfurique étendu 5 j;
Teinture d'ojiium g»'- ^1.
» Le soir, peau fraîche, pouls à cent pulsations. La
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 6g
nialade a pris du bouillon , du lait , et une petite quantité devin ; comme il n'y a point eu d'évacuation depuis la visite du matin, on prescrit une poudre purgative j le quinquina et le vin sont discontinués jusqu'à ce que la poudre ait produit son effet.
» Dix heures du matin , sixième jour. Le pouls est mou et offre quatre-vingt-dix-huit pulsations. La peau est fraîche j il n'y a ni douleur de têle ni soif, et la difficulté d'avaler a cessé. Sur les trois heures, elle s'est réveillée en sursaut , à la suite d'un rêve , et a été trèsagitée j son pouls était alors très-fréquent et les éJancemens dans la tête Irès-violens , avec une douleur aiguë ; mais au bout d'une demi-heure , elle s'eot rendormie , et a passé très-bien le reste de la nuit. 11 y a un peu de sensibilité dans la jouej mais la chaleur est toujours naturelle j il n'y a pas eu d'évacuation. La surface supérieure de la plaie est en suppuration ; la partie inférieure offre des granulations, mais elles sont très -pâles. Une escarre borde l'orifice qui conduit à l'artère.
» Lundi , dix heures du matin, septième jour. La malade a passé une bonne nuit; le pouls est mou et a cent pulsations. Elle est exempte de soif et de fièvre. Son appétit est bon , et elle prend en abondance du lait , du potage et du bouillon ; une selle a été procurée hier par un lavement, elle en a eu une autre ce matin. La sécrétion du mucus et la difficulté d'avaler ont cessé; il y a eu un peu de diminution, dans la sécrétion de la salive , !a bouche étant généralement sèche après le sommeil. L'écoulement est partiellement puriforme , mais la glande maxillaire sécrète une grande quantité de salive. L'es- •arre est plus mince, avant çà et là des points de gra-
nulations qui s'élèvent au travers , et dont l'un offre le oiaiBetre d'une jîièce de six sous. Au cou , les granulations sont pâles 5 mais il y a une disposition à se cicatriser sur le bord postérieur où passe le muscle sternomastoïdien. La pulsation dans la carotide droite s'étend au côté gauche, et celle de la sous-clavière gauche semble s'être communiquée au vaisseau qui a été lié , et peut faire soupçonner qu'il y a encore communication entre ces troncs vasculaires.
» Mardi , neuf heures du matin , huitième jour. Les escarres continuent à se séparer, et la surface (raumalique est moins pâle. L'écoulement est copieux , et sur le cou il est puriforme. Il y a aussi un peu de suintement par l'orifice à travers lequel passe la ligature pour se rendre à l'artère j mais cette ouverture a une apparence trèssaine, et l'escarre qui la bordait s'est séparée. La dernière ligature appliquée aux petits vaisseaux s'est aussi détachée ce matin. La malade a passé une bonne nuit, et ses forces augmentent.
» Mercredi , elle est resiée jusqu'à une heure sans reposer ; mais ayant été ensuite à la selle , elle a assez bien dormi : cependant elle n'est pas si bien ce matin 3 son pouls est à cent dix pulsations; l'appétit manque^ la malade a du dégoût pour toute autre chose que du gruau : sa langue est nette , sa peau moite ; il y a eu une nouvelle évacuation , et l'écoulement est naturel. Elle a eu hier quelques élancemens près de la ligature; mais aujourd'hui la plaie est bien. L'ulcération sur le cou diminue rapidement; les granulations, quoique pâles, sont bonnes; dans la partie supérieure qui recouvre la jQue, la surface est mollasse et irritable. Les escarres se
sont séparées pour la plupart, si ce n'est une du diamètre •d'un slielling , au-dessous de l'oreille, el une autre dan la partie la plus profonde de la plaie, au bord inférieur de la glande sous-maxillaire. L'écoulement de la salive est toujours très-grand. Une très-petite quantité de pus de tonne nature sort par la pression de l'orifice à travers lequel passe la ligature 5 mais les granulations naissent rapidement, et ce n'est maintenant qu'une simple ouverture fistuleuse. De la charpie sèche a été appliquée pour absorber la matière de l'écoulement, et par-dessus on a mis des emplâtres agglutinafifs. J'ai visité de nouveau ce soir la malade, et j'ai trouvé son pouls plus mou et battant cent quatre fois par minute. La transpiration a été considérable, et il y a eu des selles naturelles^ on ordonne de manger du fruit mûr , et on fait quitter le vin.
« Jeudi , dixième jour. La malade a passé une bonne nuit ^ son appétit est revenu^ et ce matin, de bonne heure , son pouls était à quatre-vingt-quatorze pulsations. La plaie va beaucoup mieux et se ferme ra^Didement ^ la portion supérieure commence à se guérir , particulièrement près de l'oreille.
» Vendredi, comme hier; elle va bien sous tous les rapports. Le pouls est à cent deux pulsations. On a permis a la malade de se lever; depuis trois jours elle mange bien ; les selles sont régulières.
î) Samedi, onzième jour. La ligature est tombée ce matin sans la plus petite hémorragie 3 le pouls est mou et a quatre-vingt-douze pulsations. La malade a bien dormi depuis minuit ; son appétit est excellent.
»> Dimanche , douzième jour. Gomme hier , le pouls a
quatre-vingt-douze pulsations. Elle s'est leve'e pendant une heure sans éprouver de fatigue , et elle a bien dormi.
» Mardi , quatorzième jour. Le pouls , hier matin , par suite de l'agitation qu'avait éprouvée la malade , était irrégulier et à cent huit pulsations; aujourd'hui il est seulement à quatre-vingt-deux pulsations , mou et régulier. La malade se rétablit progressivement ; mais les granulations s'élèvent au-dessus de la plaie , et il y a eu une abondante sécrétion de salive : eu conséquence, la surface de l'ulcération a été touchée de temps en temps avec une solution de nitrate d'argent, qui a remédié à ces deux inconvéniens. L'ouverture qui conduisait à l'artère est entièrement fermée. La santé générale est boniae, et le dix-septième jour après l'opération , la malade s'est levée pendant trois heures sans éprouver de fatigue. Au bout de dix semaines, la plaie était cicatrisée j mais les granulations n'ont jamais été vermeilles , et la sécrétion de la salive , long-temps considérable, n'a pas retardé la cicatrisation de l'ulcère. Il n'y a eu aucun symptôme du retour de celte formidable affection.
» Je ne puis terminer mon récit sant; appeler l'attention de la Société sur l'amélioration que la chirurgie peut tirer de eette opération pour l'exlirpation de toute tumeur derrière la mâchoire , qui n'a pas de connexion plus profonde que les muscles attachés à l'apophyse slyloïde , et que Ton peut enlever avec sûreté : le chirurgien , toutefois, ne peut prendre trop de précautions pour s'assurer que ni le larynx ni le pharynx n'ont tl'altaches avec elle.
>» Jp ne. connais pas de cas oîi la maladie ait pu ttre
comparée avec celîe-ci. La rapidité de la naissance de |a tumeur montre son extrême vascularité, et l'écoulcment de savig fut si considérable, même après la ligature de la carotide , que je fus convaincu qu'il était impossible à l'opérateur le plus habile de réussir sans cett» précaution préparatoire. Dans un cas semblable , particulièrement si la tumeur était bien définie, l'opération serait simplifiée si , au lieu de lier l'artère , le chirurgien incisait dessus , et arrêtait le cours du sang par la pression qu'exercerait un aide , soit sur les vertèbres , ou entre son pouce et l'indicateur , jusqu'à ce que la tumeur fût enlevée et qu'on eût lié toutes les branches divisées.
» Non-seulement par là l'opérateur serait plus tranquille ^ mais la crainte de voir la tumeur se reproduire serait aussi diaunuée.
» Une question pourrait ici s'élever sur l'utilité de faire simplement l'opération préparatoire, et de laisser la masse morbide se détacher. Mais je crois cela impraticable , parce que la chute d'une substance aussi volumineuse produirait plus de dérangement constitutionnel que son ablation par l'instrument , et retarderait, si elle ne l'empêchait pas , l'adhérence des membranes artérielles.
» Je n'insiste pas sur la confiance que l'on a maintenant dans la ligature des principaux vaisseaus sanguins quand il n'a point existé d'obstacles à îa circulation. En eîTet , sur ce point très-important de pratique , l'on a une parfaite conviction de sa nécessité et de son utilité , et l'on est redevable de cette conviction à M. Abernethy €t à d'autres chirurgiens modernes. »
iq". M. Dalrymple a fait avec succès la ligature du tronc coinmun de Tarière carotide gauche , pour un anëvrisme par anastomose dans l'orbite , cas semblable à celui pour lequel Me Travers a eu recours à la mêmQ opération (a).
Le 24 novembre 1812 , une femme de quarante-quatre ans , d'une constitution délicate , vint me trouver , en se plaignant de son œil gauche. Elle me dit que , cinq mois auparavant , éiant grosse de son sixième enfant , elle fut saisie , au milieu de la nuit, d'une douleur intense dans le globe de l'œil , accompagne'e d'une sorte de bruissement dans la tête qui l'alarma beaucoup. L'attaque fut soudaine et instantanée. Entendant un Lruit comme un craquement , et éprouvant en même temps une douleur extraordinaire dans le globe de l'œil, elle s'éveilla toute alarmée et sauta hors du lit. Dix ou douze heures après , l'œil devint enflammé et les paupières se tuméfièrent tellement qu'elles dépassaient de beaucoup le niveau des arcades orbitaires supérieures et inférieures, lia malade sentit aussi une douleur aiguë dans toute la partie gauche de la tête, ainsi que dans la paupière et au fond de l'orbite du même côté. La nuit suivante , l'extrême violence de la douleur diminua ^ ijiais le gonflement des paupières sembla plutôt augmenter , et elle croyait sentir que le globe de l'œil était lire en haut vers le front. Aucune altération particul.ière n'eut lieu dans les sept semaines suivantes , au bout desquelles elle fut délivrée.
Pendant les douleurs de l'enfantement, qui furent
(rt) f^ojez page i5 , seconde panie.
très - intenses , une tumeur d'un rouge foncé et d'une foriBC oblongue se manifesra entre les paupières j pendant sept à huit jours ;, elle augmenta graduellement, jusqu'à ce qu'elle eût occupé , dans une direction verticale , la presque totalité de l'espace entre le bord sourcilier et le bord inférieur de l'aile du nez j elle s'étendait horizontalement depuis l'angle externe de l'œil. gauche , le long de la racine du nez , presque jusqu'à l'angle interne de l'œil droit. Pendant le temps que l'accouchée mit à se rétablir, celte tumeur fut piquée en divers endroits par un chirurgien qui donnait alors des soins à la malade. Elle fournit du sang en abondance , devint plus petite et d'une couleur extrêmement rouge. Une semaine après on la piqua de nouveau et avec des résultats semblables. L'opération ayant été encore répétée plusieurs fois, les dernières incisions ne procurèrent aucun soulagement.
Deux mois avant l'apparition de cette tumeur, la malade perdit tout pouvoir sur le muscle élévateur de la paupière supérieure j mais si l'on déprimait la tumeur et qu'on relevât cette paupière , elle voyait aussi bien qu'auparavant. Elle ne tarda pas à perdre tout -à- fait la vue de ce côté.
Telle était sa position lorsque je la vis pour la première fois le 24 novembre. Je ne la vis point pendant trois ou quatre mois , et lorsqu'elle eut de nouveau recours à mes soins vers le milieu de mars , son état était très-empiré. L'affection locale paraissait décidément anévrismale. La douleur , constante et aiguë , correspondait , suivant la malade, au fond de l'orbite ; mais ce qui l'incommodait le plus était un bruit continuel dans la tête , qu'elle comparait à un bouillonnement d'eau , et , d'à-
7^ îiï A L A D I E S
près son rapport, il devenait insupportable quand , par tjuelque accident, sa tête se trouvait au-dessous d'uu certain niveau.
Le globe de l'œil gauche, immobile, était telle-^. ment augmenté . ou plutôt poussé avec tant de force contre la paupière supérieure, qu'il obligeait cette partie à s'avancer sous une forme convexe , bien au-rdolà des, Lords de l'orbile Le sourcil du côté aifecté s'élevait tm peu au-dessus du niveau de celui de l'autre cô(é., La surface externe de la paupière tuméfiée était, dans sa plus grande parlie , molle et élastique au loucher; mais son épiderme était épaissi d'une manière remarquable, comme toute la texture de la peau en général , dans le voisinage de l'orbite. On trouvait profondément , entre les tégumens de la paupière , un peu vers l'aDgîe interne de l'œil , un amas de petites tumeurs d'une structure dense et consistante, occasionnant une grande douleur quand on les comprimait, et communiquant au doigt un mouvement pulsaloire. Entre cet amas et le bord inférieur du sourcil, précisément dans le trftjet de la branche frontale de l'arière ophtalmique, se rencontrait une substance tuberculeuse, dure, qui s'élevait un peu plus haut , au-dessus de la surface générale delà paupière, et ayant des pulsations encore plus dist. lincfes que celles des petites tumeurs. Celle sublance était dure, compacte, et la plus légère pression y occasionnait une. douleur intoléiable. La paupière inférieure était fermée, et présentait une tumeur convexe, d'un rouge foncé ^ suivant. dans son contour la direction du bord inférieur de l'orbite , et s'élendant depuis la commissure ex'erne des paupièies jusqu'au-delà du teadoa du muscle ox-.
t)ËS ARTERES ET DES VEINES. 77
biculaire. A sa parlie la plus hauîo , elle était recouverte ^
par une avance de la paupière supérieure , qui élait paralysée et qui cachait entièrement le glohe de l'œil. La partie la plus déclive de cette tumeur ne dépassait pas la ligne du trou sous-orLitaire. De même que les tumeurs de la parlie supérieure de l'orbite , celle-ci communiquait au toucher une pulsation auévrismale , qui devenait également perceptible à la vue lorsque la force de la circulation était augmentée. En outre , immédiatement au - dessus du tiers nasal du bord supérieur de i'orbite , les légumens , doucement soulevés , formaient une tumeur molle ^ qui occupait exactement la place de certaines branches de l'artère frontale , et qui avait des battemens isochrones à ceux du pouls. Une élévatioa semblable de la peau existait à la racine du nez , et soulevait le doigt qu'on plaçait sur elle. Lorsque le globe de l'œil était découvert, il paraissait d'abord augmenté de volume j mais une inspection plus attentive montrait qu'il était poussé en avant. On pouvait suivre une multitude de vaisseaux dilatés depuis la surface de la tumeur inférieure jusqu'à cette portion de la conjonctive qui recouvre la membrane sclérotique, La cornée conservait son éclat et sa transparence ordinaires j mais les fibres de l'iris avaient perdu totalement leur faculté contractile^ et la pupille, très -dilatée , avait une figure irrégulière. Derrière le cristallin , on apercevait quelque chose d'une couleur fauve. Les veines cutanées de la figure étaient , en général , très-gorgées de sang, et donnaient à la peau de toute cette partie une apparence d'étranglement. Lorsqu'on exerçait une forte pression sur l'artère carotide coaimune , les battemeos
de la tumeur situe'e à la partie inférieure de l*orbile ces-* eaient; mais ceux des tumeurs supérieures continuaient encore un peu. La force de la pulsation était , il est vrai , très-afFaiblie ; la malade ne pouvait supporter aucune compression capable de la faire cesser entièrement.
D'après l'examen très-attentif de ce fait intéressant , je ne pus m'empêcher d'y remarquer tous les caractères de l'affection particulière des artères qu'on a nommée anévrisme par anastomose , et dont on trouve une si belle description par M. Travers , dans le second volume des Transactions médico-chirurgicales .
En conséquence, le 7 avril i8i5 , je liai le tronc commun de l'artère carotide gauclie en présence de plusieurs gens de l'art.
L'opération fut pratiquée d'après la méthode adoptée par M. Astley Cooper , dans le cas de Humphrey Hymphry , et son exécution présenta les mêmes circonstances que celles qui accompagnèrent l'opération de mon illustre ami. Aussitôt que le bord du muscle mastoïdiea eut été soulevé , on aperçut la branche descendante du nerf de la neuvième paire , et , après avoir ouvert la gaine de l'artère , la paire vague fut distinguée au côté externe du vaisseau. La veine jugulaire repoussée par l'indicateur de la main gauche au-dessous du bord du muscle mastoïdien , ne causa aucun embarras. Rien que l'artère découverte ne fut compris entre les ligatures, formées d'un fil rond, petit, mais très -fort. Placées à la dislance d'environ un pouce un quart l'une de l'autre, elles furent très-serrées autour du tronc de l'artère, qu'on divisa dans l'intervalle, à la distance d'environ deux tiers de pouce de la ligature inférieure.
Les bords de la plaie furent rapproche's au moyen de l'emplâtre agglutinatif ordinaire.
Les effets de l'opération furent imme'diafs et décisifs. Aussitôt que les ligatures eurent été liées , les mouvemens pulsatoires des tumeurs du front et de la joue cessèrent entièrement^ mais une légère vibration était encore apercevable dans la paupière supérieure tuméfiée. La tumeur rouge de la paupière inférieure devint pâle , et sa surface s'affaissa. Quelques minutes après que la malade eut été replacée dans son lit, elle ne ressentait presque plus de douleur, et le bruit qui l'avait si long-temps tourmentée n'existait presque plus : elle me dit que la ièle ne lui faisait plus éprouver les sensations dont elle se plaignait auparavant.
Cinq heures du soir. II n'y a de pulsations dans aucune des tumeurs. La malade a senti une vive douleur à la partie postérieure de la tête , mais qui a disparu , et maintenant elle est tranquille. Le pouls a cent deux pulsations.
Neuf heures. Il existe un peu de difficulté à avaler « ainsi que de l'anxiété.
8 avril. La malade a passé une nuit tranquille , quoiqu'elle ait peu dormi. Le pouls est mou et offre cent pulsations.
Une heure après midi. Il y a du calme et du bien-être^ l'intellect est parfaitement lucide. La paujjière supérieure est mobile pour la première fois depuis plusieurs mois.
9 avril. La nuit a été bonne, le sommeil a produit dtt calme. Le pouls est mou et a cent pulsations. La tumeur sur la partie interne du sourcil est entièrement disparue. Celle de la paupière supérieure est beaucoup
plus petite, sa texture est plus molle , et elle est moini douloureuse quand on la comprime. Le globe de î'œÉl est aussi considérablement retiré dans son orbite. La plaie va bien ^ mais la malade a toujours beaucoup de difficulté à avaler.
Dix heures du soir. Elle a passé une Journée tranquille, et elle a été très-enjouée.
10 avril. Nuit excellente , pouls à quatre-vingt-dixhuit pulsations. Une heure après midi , il y a eu une selle. Pouls à quatre-vingt-seize pulsations.
1 1 et 12 avril. Les deux journées et les deux nuits ont été excellentes. Pouls à quatre-vingt-quatre et à quatrevingts pulsations.
i3 avril. On a enlevé le premier appareil. Les bords de la plaie sont l'éunis dans toute leur étendue, à l'exception des points oii les ligatures ont été placées.
La malade a eu un peu de frisson. Maintenant , elle éprouve de la chaleur et de la soif. Le soir , l'accès de fièvre avait disparu. Le pouls était mou et battait quatrevingt-dix fois.
14 avril , six heures du matin. La malade a j)assé une bonne nuit et a bien dormi.
Deux heures après midi. Elle souffre et se plaint d'un ébranlement général. Le pouls est dur et offre cent douze pulsations. On a tiré seize onces de sang du hras , et ordonné une potion purgative.
Cinq heures du soir. Elle a été purgée deux fois et se trouve maintenant mieux.
i5 avril. Elle est bien; de grands changemens sont «urvenus dans les tumeurs. Le globe de l'œil est complètement rcnhé dans l'orbilc , et la proéminence gd-
DES ARTÈRES ET DES VEINES. Si
îiërale de la paupière supérieure a diminué. On ne peut apercevoir, dans aucune des parties malades , ni la plus légère pulsation, ni le moindre mouvement vibratoire.
18 avril. La ligature supérieure s'est détachée en re» nouvelant l'appareil.
4 mai. Pendant les trois ou quatre derniers jours, la ligature inférieure s'est détachée , au milieu d'une évacuation abondante de matière , mais sans être accompagnée de l'escarre de l'artère.
7 mai. Depuis deux jours ^ dès granulations se sonÉ élevées aux extrémitéès de la plaie f dans les endroits oii les ligatures avaient été placées. On les a touchées avec le nitrate d'argent , mais on a eu de la peine à arrêter leur croissance, et la suppuration est très=abondante.
10 mai. 11 y a eu un peu de fièvre j; avec douleur, tension et rougeur à la peau , le long des bords de la ci* catrice.
12 mai, tJn sînuâ s'est formé, et ùnè évàCùàtibri considérable de pus a eu lieu par l'ouverture inférieure.
l'j mai. Les granulations spongieuses ayant été délfuïtes et la plaie étant presque guérie^ on a laissé aujourd'hui la malade retourner dans sa famille. Depuis tette époque jusqu'au 3 juillet , ïl n'cât rien survenu de iiouveau. Les tumeurs ont tout-à-fait disparu ^ et la sauté générale est rétablie 5- quoique la plaie ne soit pas entièrement fermée. Des granulations mollasses et paies s'élèvent chaque jour dans les endroits où les ligatures ont été placées sur l'arîèré , et plusieurs petits sinus, se formant lentement et , âucCessivême»t , occasionnent beaucoup d'incommodités. Dans la soirée du 5 juillet , je fus appelé en grande hâté
lié 6
pour une hémorragie qui était survenue par la parti© inférieure de la plaie. J'accourus de suite , mais l'hémorragie avait cessé lorsque j'arrivai. Le sang perdu était rouge , et sa quantité pouvait monter à dix ou douze onces. Cet accident m'effraya beaucoup , et il produisit une telle commotion dans le système de ma pauvre malade , que la substance fongueuse qui entourait la petite ouverture par laquelle le sang était sorti, était poussée visiblement à travers la plaie , à chaque pulsation du cœur.
Un écoulement semblable eut lieu dans la soirée du Q juillet , et , comme le premier , il cessa spontanément. Dès-lors tout alla bien , et le ig juillet, cent trois jours après l'opération, la plaie était parfaitement consolidée cî la malade rétablie. Maintenant , et il y a deux ans d'écoulés , la guérison paraît complète , à l'exception de la vision , qui est perdue irrévocablement. Quant à la circulation locale , on ne sent point de pulsations dans aucune des branches des artères temporale et faciale, du côté oii la ligature a été appliquée j mais dans le cas traité par M. Travers, l'artère peut être distinguée , elle bal trèsfaiblement au -dessous de l'angle de la mâchoire (a),
i5°. J'ai appris de mon ami M. llodgsôn que M. Dalrymple avait fait une seconde opération de ligature de la carotide commune pour un cas semblable à celui que nous venons de rapporter, mais que les résultats n'avaient pas été les mêmes.
16°. J'ai également appris de M. HodgsonqueM. War-
(«) Voyez Medico -Chirurgical Transactions , etc. , vol. rr. JLondon 1 8 1 5. A case of Aneurism bjr anasiomosis in the leji •rhiU, cic.
drop avait, mais en vaiti , pratiqué la ligature de la carotide primitive pour un anévrisme par anastomose. La maladie avait re'sisté à celte ope'ration.
17". Dans les premiers jours du mois d'avril 1818, M. le professeur Dupuytren a fait la ligature de la carotide commune pour une de ces tumeurs qu'il nomme érectiles , et que les Anglais, depuis John Bell , appellent des ané^^rismes par anastomoses {a). La maladie affectait le pavillon de l'oreille droile et la région mastoïdo-auriculaire correspondante. Nous ferons connaître dans un autre chapitre les résultats de cette opération. .
18°. Je viens d'apprendre que M. Wallher de Landshut, en Bavière , a pratiqué en i8i4, siir un hommede trente ans environ, la ligature de la carotide commune, pour un anévrisme de la carotide externe. Les puisalions de la tumeur ne cessèrent point par la conslriction. du vaisseau , et elles existaient encore dix semaines après l'opération, époque à laquelle la plaie' était complètement cicatrisée. Quelques mois plus tard , les baltemens de l'anévrisme ne se faisaient plus sentir. La fumeur anévrismale , primitivement du volume d'un œuf d'oie, n'a aujourd'hui que celui d'une noisette. Le s.ac s'est considé» rablement resserré, et ce noyau n'offre sous le doigt qui l'explore qu'une espèce de ganglion dur et résistant. Dans cette opération , M. Wallher n'a employé qu'une seule ligature, ronde, immédiate, qu'il a placée à la partie inférieure du cou.
( Noie du traducteur. )
{a) Voyez dans celte seconde partie le chapitre où l'on parle çÎ0 cette maladie. Voyez anssi l'onvrage de M. John Bell , Principles of iSurgerjr. Discourse si , p. 456 , vol. i , Edinburgh, iSai.