‹ Traité des maladies des artères et des veines (volume 2)Chapitre 5 sur 46 · SECTION VI · texte numérisé non relu

SECTION VI

Des Anèvrismes des artères axillaire et sotià^ clavière.

Nous possédons uri grand nombre d^obser^ valions qui constatent que le bras a reçu une quantité suffisante de sang pour sa nourriture après Toblitéralion des artères sous-cla- ■vière et axillaire.

Dans la première partie de cet ouvrage, j'ai rapporté une observation où l'artère sous-clavière gauche et plusieurs de ses branches les plus importantes avaient été oblitérées par la pression d'unanévrisrae de l'aorte. Une petite tumeur anévrismale avait son siège au corn-mencement de Tartère sous-clavière , dont la cavité, à partir de Pendroit où elle sortait du petit sac, était complètement remplie par une substance ligamenteuse , consistante , qui s'étendait jusque dans les artères vertébrale , ina,niniaire interne et intercostale supérieure. L'artère thyroïdienne inférieure était la première branche qui fut demeurée ouverte , et par elle le sang passait de la thyroïdienne supérieure dans la sous-cîavièro , qui , quoique très-iessèrrce était restée perméable dans cel

endroit. Le membre paraissait bien nourri et jouissait de sa force ordinaire , malgré l'oblitération du commencement de sa principale artère et de ses branches les plus importantes (i). J'ai aussi extrait une observation intéressante du Journal de Médecine , dans laquelle on a rencontré un semblable état des vaisseaux. Dans ce cas, l'artère sous-clavière droite était légèrement dilatée et contenait, depuis sou origine jusqu'à l'endroit où elle passe derrière le muscle scalène antérieur , un caillot d'une couleur brune foncée et d'une consistance de gelée animale. La portion du vaisseau qui s'engage derrière le scalène, dans une étendue d'un pouce et demi, était remplie par un second caillot gris très-consistant, qui la rendait imperméable au sang , et qui adhérait d'une manière si intime aux membranes artérielles qu'on ne pouvait l'en séparer sans déchirement. Toutes les branches de l'artère sousclavière provenaient de cet endroit du vaisseau dont la cavité se trouvait oblitérée , et elles étaient remplies par des caillots grisâtres qui adhéraient très-intimement à leurs membranes et qui s'étendaient à diverses distances clans leur intérieur. A la terminaison de ces

(l) Observation xtx , t- i , p. 149.

caillots, les artères devenaient perméables , et elles recevaient du sang de leurs branches de communication avec celles du côté opposé, ou du même côté, au-dessous de la maladie. A l'origine de la scapulaire commune, l'artère axillaire était remplie d'un caillot qui n'adhérait pas aux parois du vaisseau et qui paraissait d'une couleur peu foncée. Au-dessous de l'origine de la scapulaire commune, qui, aussi- bien que les artères circonflexes , offrait d'une manière remarquable une dilatation , les autres vaisseaux du membre ne se distinguaient de ceux du côté opposé que par la diminution de leur calibre (i). On trouve dans le même journal une seconde observation d'oblitération de l'artère sous-clavière droite . qui était convertie en une substance ligamenteuse , dans une étendue de plus de deux pouces. Le commencement de l'artère contenait un caillot d'une forme conique. Un sac anévrismal avait son siège sur l'aorte thoracique. Ce kyste avait communiqué avec l'aorte par deux ouvertures de huit à dix lignes de diamètre chacune , qui se trouvaient alors complètement fermées par un coagulum assez consistant pour intercepter la

(i) Vojez t. i.

communication entre la cavité du sac et celle de l'artère (1).

Dans ces cas, la seule circonstance extraordinaire qu'on avait observée pendant la vie des malades fut l'absence du pouls au poignet. Les membres étaient bien nourris, malgré l'étendue considérable de l'oblitération de la principale artère , même avant qu'elle eût donné naissance à aucune branche. Il est inutile d'entrer dans un détail minutieux sur les canaux par lesquels le sang se rendait aux membres dans ces circonstances , parce que ce n^est d'aucun vaisseau particulier que les branches d'anastomoses reçoivent ce fluide après l'oblitération d'une artère principale, mais bien de toutes les ramifications en géné-

(î) Journal de Médecine par MM. Corvisart, Leroux et Boyer , t. xi , p. 29. M. Corvisart rapporte aussi une observation où il trouva l'artère sous-clavière gauche tellement rëtrécie , à un pouce environ au-delà de son origine , qu'on ne pouvait y introduire la tête d'aune petite épingle qu'avec une extrême difficulté. Ce resserrement était produit par un dépôt de matière calcaire. Les valvules de l'aorte se trouvaient réunies par un dépôt semblable , en sorte qu'on ne pouvait introduire qu'avec peine l'extrémité du doigt dans l'ouverture du vaisseau , qui était dilaté, rugueux et épaissi à la terminaison de sa courbure. ( Essai sur les Maladies du cœur , p. .2 1 5. ),

p8 MALADIES

rai qui passent dans leur voisinage , quelle que Foit d'ailleurs leur origine. Si nous considérons Is trajet des branches qui se distribuent au cou et à. l'épaule, nous serons convaincus que lorsque Fartère sous-clavière est oblitérée à son origine , comme dans l'observation XIX (i) , ces mêmes branches tirent un supplément abondant de sang des artères carotide et vertébrale, et le transmettent à 1^. sous-clavière, au-delà du point de son pblitér ration. Mais lorsque toute l'étendue de l'artère sous-clavière , et conséquerament les ou-, vertares de ses branches, sont oblitérées j comme dans les exemples que j'ai tirés d^ Journal de Médecine , il existe trois séries de vaisseaux d'anastomoses qui contribueront h, faire passer dans le bras le sang venu d'ea haut. Le sang ira des artèrçs thyroïdienne supérieure, occipitale et vertébrale , dans les branches ascendantes ^es artères thyroïdienne inférieure , sus - scapulaire , cervicale et transyerse du cou et de l'épaule; il passera des branches ascendantes de ces vaisseaux dans d'autres branches qui s'étendent le long de l'épaule et par lesquelles il sera transmis dans les artères sous - scapulaire

(i) Voyez, l. !, p. 149.

DES ARTÈRES ET DES VEINES. 8o^

et circonflex.e qui s'oavrent dans îe tronc de la principale artère du bras. De la sorte, les branches de la sous - clavière constitueront une série intermédiaire de vaisseaux par lesquels le sang arrivera des artères carotide et vertébrale dans les artères axiîlaire et brachiale. Les anastomoses des thoraciques avec les intercostales pourront aussi fournir un supplément de sang à l'artère axillaire, après l'oblitération de la sous-clavière , et , par tous ces rameaux secondaires , il parviendra dans le bras une quantité suffisante de ce fluide pour sa nourriture.

Si les canaux d'anastomoses sont suffisans pour entretenir la circulation du sang dans le bras , après l'oblitération de l'artère sousclavière et du commencement de ses principales branches , il est évident que le même objet sera rempli d'une manière plus facile quand, la sous-ciavière étant perméable, l'artère axillaire est oblitérée. Dans cette dernière circonstance j les branches delà sous-clavière, savoir , la sus-scapulaire , la cervicale et la transverse du cou et de l'épaule , tireront un supplément direct de sang de la sous-clavière, et le transmettront dans les artères sous-scapulaire et circonflexe : ainsi quand l'artère axil-

QO MALADIES

]aire est oblitérée, il n'est besoin que de deux ' séries de branches d'anastomoses pour continuer la circulation. Les communications entre les brandies des artères sous-clavière et axiilaire sont si larges et si nombreuses, même dans l'état naturel, que si on lie l'axilîaire sur un cadavre , et qu'on pousse dans l'artère sous-clavière une injection grossière , celle-ci passera à travers les anastomoses nombreuses et ostensibles qui environnent le scapulum pour aller remplir les artères du bras. Mais lorsque l'oblitération de l'axilîaire comprend les origines des artères sous-scapulaire et circonflexe , on voit alors une série plus étendue de brandies d'anastomoses être employée à la continuation de la circulation dans le membre. Le sang passera d'abord des artères susscapulaire, cervicale et transverse du cou et de l'épaule dans les branches ascendantes des artères sous-scapulaire et circonflexe ; mais , au lieu d'être versé par les ouvertures de ces vaisseaux dans l'artère principale , il se rendra par leurs branches descendantes dans l'artère profonde du bras, qui le conduira dans la brachiale; ou bien , continuant son trajet le long des branches descendantes de la profonde ^ il arrivera par les anastomoses additionnelles dans les artères récurrentes, radiale^^

DES ARTÈRES ET DES VEINES. gi

cubitale et interosseuse. Dans ce cas , les arlères sous-scapulaire et circonflexe constitueront une série intermédiaire a travers laquelle le sang sera transmis des branches de la sous-clavière dans celles de la profonde du bras. Il est tellement prouvé jusqu'à l'évidence , par l'anatomie du sujet sain , que le membre peut recevoir la quantité de sang nécessaire à sa nourriture , même après l'oblitération de l'artère axillaire , que nous croyons à peine nécessaire de rapporter des observations qui viennent encore confirmer ce fait. Des anévrismes de l'artère axillaire se sont souvent guéris spontanément , et cette guérison a été accompagnée de l'oblitération du vaisseau.

J'ai déjà rapporté (i) une observation où

(i) Observation xxvii , t. i , p. 184.

Le docteur Orpen m'a dit qu'il avait observé un anévrisme de l'arlère sous-clavière dans lequel la tumeur, après s'être accrue rapidement et avoir eu des batfemens vioiens pendant quelques mois, avait tout-à-coup perdu sa pulsation , et tellement diminué de volume que , par degrés , elle s'était réduite en une petite tumeur compacte , située au-dessus de la clavicule droite. La pulsation dans ]os ailères du membre devint imperceptible j le bras ne put plus servir, et il tomba dans un état d'émacialion extrême. Il est probable que chez l'individu qui

Page 1