‹ Traité des maladies des artères et des veinesChapitre 11 sur 52 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Un homme revenu depuis peu de îa Jamaïque 5 où il avait été cruellement tourmenté de la dysenterie , fut attaqué d\ine pneumonie violente qui, en cinq jours , le conduisit au tombeau. Les cavités de la plèvre contenaient une grande quantité de lymphe et de sérosité ; le péricarde était recouvert de lymphe ; les cellules des poumons renfermaient une sérosité sanguinolente, et les bronches étaient très-enflammées. Tous les viscères thoraciques portaient des traces de l'inflammation aiguë la plus intense, et cette inflammation s'était étendue également à l'aorte , dont la membrane interne était d'une couleur rouge foncée, et qui offrait un épanchement lymphatique considérable dans sa cavité. La lymphe épanchée était unie d'une manière très-intime à îa membrane interne du vaisseau ^ et une partie en était passée jusque dans l'artère sous-ciavière gauche^

qu'elle oblitérait presque loute entière (i)» Ce cas démontre les effets de Finflamma-' tion aiguë sur la tunique interne d'une artère 5 ainsi que la tendance de cette membrane à l'inflammation adhésive. Un état semblable des gros vaisseaux sanguins se rencontre quelquefois dans les inflammations violentes des viscères thoraciques. Je Fai observé dans trois cas de cardite, de pneumonie et de bronchite ; mais dans aucun d'eux Fépanchement n'était aussi considérable que dans l'exemple rapporté précédemment. Chez l'un des malades , l'aorte était d'une couleur écarlate foncée ; le médiastin postérieur était rempli de sérosité ; et un peu au-dessus des valvules semi-lunaires, le tissu cellulaire qui unit entre elles les membranes de l'aorte était distendu par de la lymphe. Les pathologistes ont fait peu d'attention à cette condition morbide des grosses artères. Morgagni et Boerhaave font mention , il est vrai, de son existence; mais ils Fattribuent à quelques-uns des symptômes de suffocation et d'oppression du cœur que l'on remarque dans plusieursmaladies des viscères thoraciques {2]. M. Portai

(i) Planche i , ûg. 5.

fa) Mop.GAGM, Z/iô. II, de Morbis thoracis, Epist:^ Anat. medica xxri , art. 56.

î'a aussi observée chez un jeune homme qui mourut quelques jours après la répercussion d'une éruption aiguë. L'aorte thoracique était très- rouge, tuméfiée et molle, et sa membrane interne près du diaphragme était particulièrement gonflée et ramollie (i). Un épanchement lymphatique semblable a lieu quelquefois dans le voisinage des ulcérations et des dépôts calcaires des artères. J'ai vu une artère ulcérée et épaissie où un amas de lymphe, évidemment produit par l'inflammation , remplissait la cavité de l'iliaque commune.

La lymphe ainsi épanchée dans les artères donne lieu quelquefois à la production de granulations ou de fongosités : les premières se rencontrent assez fréquemment à l'origine de l'aorte , particulièrement sur les valvules semi-lunaires et dans les cavités du cœur , dont la membrane interne continue avec celle des artères paraît avoir les mêmes propriétés.

L'inflammation excitée dans une artère par l'application d'une ligature , se propage quelquefois le long du vaisseau, dans une étendue considérable. J'ai vu l'inflammation de la membrane interne Entendre jusqu'au, cœur

(1) Cours d'Anatomie médicale, lome m, p. 127.

après la ligature de l'artère fémorale dans une amputation , et le même effet a eu lieu, à ma connaissance, par l'application d'une ligature pour la guérison d'unanévrisme de Textrémité supérieure. MM. Cline (i)et Abernethy 2)ont aussi été témoins de cette circonstance après la ligature de l'artère fémorale dans des cas d'anévrisme , et on l'a également observée dans les artères hypogastriques, après laligature du cordon ombilical (^5). La surface interne des artères offre souvent un aspect rouge qui ne dépend pas d'une inflammation aiguë. La couleur rouge foncé delà membrane interne s'étend quelquefois à tout le système artériel , et, dans d'autres cas , on observe seulement des taches écarlates circonscrites. Cet état n'estaccompagné ni d'épanchement lymphatique, ni d'épaississement du vaisseau ; et si l'on enlève le tissu interne, on trouve à la membrane moyenne son appa-

(i) Transactions of a sociely jor ihe impros^emenl of médical and chirurgical knowledge ; c'est-à-dire, Transactions d'une société pour l'avancement des connaissances médicales et cliirurgicales, vol. i, p. 171.

(2) Surgical observations , ou Observations cliirurgicales, part, iv, p. 23r>, , prendre édition. '

(5)0ehme, Diss. de Morbis recens-nalonim infanlum chirurgicis. Lips. 1773,

DES ARTÈRES ET DES VEINES. g

rence naturelle , tandis que, dans les cas d^iriflammatiou aiguë que j'ai examinés, la membrane moyenne offrait toujours un degré de vascularité contre nature. Cette apparence rouge de la surface interne d'une artère s'observe souvent dansle voisinage d'un coagulum, et elle n'est alors probablement que l'effet de la transsudation après la mort. Mais très-fréquemment aussi , je l'ai remarquée dans des artères qui n'avaient pas de caillots , et dans celles qui avaient été long-temps exposées à l'air dans les salles de dissection. Cependant des sujets examinés peu d'heures aprèsleur mort présentaient aussi cetétat, qui, chez eux , ne pouvait être considéré comme étant produit par l'exposition à l'air. Je ne puis donc encore déterminer si l'on doit le considérer comme une apparence morbide ou comme un changement qui survient après la cessation de la vie. D'après M. Corvisart, cette couleur rouge plus ou moins foncée de la membrane interne de l'aorte , existant sans augmentation d'épaisseur de cette membrane, aurait été trouvée dix-neuf fois, dans toute l'étendue des artères, par le célèbre docteur Frank, qui la regarde comme pouvant causer une fièvre particulière (i).

(i) Corvisart , Essai sur les Maladies du cœur , p. 35o.

lO MALADIES

Les artères sont aussi sujettes à une inflammation clironique qui devient le fondement de diverses altérations morbides de leurs tissuso L inflammation chronique s'observe en général dans les artères épaissies et encroûtées de matière calcaire , et particulièrement chez les individus disposés aux anévrismes. Dans quelques cas on peut la regarder comme l'efl^et de ces maladies , quoiqu'il soit plus probable que de pareilles altérations de structure sont occasionnées par l'augmentation de Taction vasculaire. La membrane interne du vaisseau est molle, épaissie, et d'une couleur rouge foncée qui n'est pas uniforme , mais distribuée irrégulièrement dans le voisinage des ulcérations , des épaississemens , ou des dépôts de matière calcaire (i). Cette apparence des artères est connue depuis long-temps, et elle a été décrite avec soin par divers auteurs : les anciens médecins Fattrihuaient aux effets des humeurs morbides et acrimonieuses de la syphilis ou du scorbut qui avaient infecté tout le système. Quelques écrivains modernes, et entr'autres MM.Scarpa(2),

(\) Planche i , fig. 4*

(2) ScAKPA , sur l'Anévrisme, traduction de M. Deîpcch.

Corvisart (i) et Richerand (2) , sont portés à l'attribuer à des causes semblables , et particulièrement à l'action du virus syphilitique ou à celle du mercure employé pour la guérison de cette maladie. Il résulte de mes observations particulières, que la plupart des anévrismes et des altérations organiques qui accompagnent leur formation, se sont rencontrés chez des sujets qui avaient eu un grand nombre de maladies vénériennes , oa qui avaient pris des quantités considérables de mercure. Il paraît donc assez probable que la membrane interne des artères est une des parties sur lesquelles plusieurs maladies spécifiques peuvent exercer leur influence particulière. Au moins, nos connaissances à cet égard ne sont pas assez étendues pour autoriser le rejet total des opinions tant soit peu appuyées sur Tobservation , quoique ces mêmes opinions soient trop hypothétiques pour qu'on puisse regarder le fait comme démontré. Je n'en fais donc mention ici que comme d'un sujet qui mérite l'attention des praticiens.

(t) Corvisart, Essai sur lesxnaladies du cœur, p. 519. (2} Richerand , Nosographie chirurgicale, t. iv, p. 7 1.

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