‹ Traité des maladies des artères et des veinesChapitre 13 sur 52 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Un homme ayant la complexion d'un phthisique, éprouvait depuis quelque temps de la toux et une difficulté de respirer. Dans cet état , il fut tout-à-coup saisi par une douleur du côté gauche qui rendait sa respiration très-lahorieuse. Il ne pouvait se coucher sur le côté droit ; la face étail pâle et abattue , le pouls fréquent et faible. Il resta doux jours dans cet état et mourut le troisième. Le coté gauche du thorax contenait une grande quantité de sang coagulé; ungrand nombre de vomiques étaient renfermées dans les poumons , et dans l'une d'elles s'était ouverte une branche considérable, de l'artère pulmoiiaire. Cette vomique avait crevé dans la cavité thoracique , et l'hémorragie était due à cette cause. L'aorte était épaissie et encroûtée de matière calcaire.

SECTION m.

De la Mortification des Membranes artérielles.

L'inflaninicition bornée à la membrane interne des artères sedermine très-rarement par la gangrène ; au! moins n'en ai -je aucun exemple. Toutefois, les artères sont fréquemment enveloppées dans la 'mortification des parties environnantes, et alors le sang, en gé-

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îiéral, se coagule dans les vaisseaux bien audessus de la ligne de séparation entre les parties mortes et les parties vivantes. Cette circonstance prévient Thémorragie lors delà séparation de l'escarre, et le coagulum étant absorbé ,1e vaisseau se contracte et finit par s'oblitérer.La cause de la formation de ce coagulum n'est pas connue , quoiqu'il soit probable que l'état du vaisseau mortifié arrête le passage du sang dans son intérieur , et donne ainsi lieu à la production d^m caillot qui s'étend aux branches collatérales les plus importantes. L'amputation est faite quelquefois un peu au-dessus de la ligne de séparation , sans qu'il soit nécessaire pour cela de faire la ligature des artères , les parties détruites par lesphacèle se séparant sans hémorragie, à cause du coagulum qui oblitère la cavité des vaisseaux.

SECTION lY-

Des diverses Ajyparences morbides des Membranes artérielles.

i°.La membrane interne des artères est quelquefois épaissie, et convertie dans une substance qui ressemble à un cartilage ou à l'enveloppe péritonéale d'un ancien sac herniaire. Si l'on sépare les membranes du vaisseau , on

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trouve que la maladie occupe seulement le feuillet interne , qui, ayant perdu son élasticité , se fend quelquefois , et forme des écailles qui avancent dans la cavité du vaisseau. Cette altération de structure s'étend en général fort loin , et est accompagnée fréquemment d'ua dépôt de matière calcaire. Les parties qui environnent la membrane portent les traces d'une inflammation chronique ; mais je n'ai jamais vu de vaisseaux rouges sur cette portion de la membrane interne qui avait été convertie en substance cartilagineuse. De toutes les maladies auxquelles sont sujets les tissus des artères, celle-là est une des plus rares.

Les valvules semi-lunaires de l'aorte se changent assez souvent en une substance dense, fibreuse , semblable en quelque sorte à celle des ligamens ou des tendons. Quelquefois elles sont converties en un cartilage , et paraissent avoir éprouvé cette altération que j'ai déjà décrite , et que j'ai rencontrée dans d'autres parties du système sanguin.

Lorsqu'elles sont attaquées de la sorte , elles ont une apparence resserrée et contractée, et sont évidemment impropres à remplir leurs fonctions de valvules (i). Dans plusieurs

(i) Planche i , ûg. 6.

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fcas, j'ai observé qu'elles étaient rompues , et t[u'enes formaient des éminences cartilagitieuses sur les côtés du vaisseau. Ces états ligatnentéux ou cartilagineux des valvules sont souvent accompagnés de cette augmentation de substance musculaire du ventricule gauche à laquelle on a donné le nom d'anévrisme ac " tif du cœur^ J'ai rarement vu cette dernière maladie sans qu'il n'y eût quelque altération morbide des valvules semi-lunaires ; et en général elles étaient devenues incapables de pouvoir supporter la quantité de sang lancée dans l'aorte. Leur état de rugosité et de contraciion lorsqu'elles sont converties erî cartilage les empêclie aussi de pouvoir clore Feutrée du vaisseau , de sorte qu'une portion du sang qui est lancé dans l'aorte reflue dans le ventricule. Ce dernier est donc entretenu dans un état d'excitation constante , d'où résulte probablement cette augmentation de volume de ses parois musculaires qui constitue Fanévrisme actif. ,, . ■ .: -■

2". La surface interne des artères est convertie aussi très-souvent en une substance molleet pulpeuse bornée comme précédemment à la membrane interne (1). Tantôt elle

(f) Planche i, fig. 5.

iS MALADIES

offre Taspect de petits tubercules aplatis ^ et tantôt sa surface est irrégulière et en quelque sorte charnue, circonstance qui, je crois , a engagé Scarpa à donner à cet état morbide des artères le nom de stéatomateux ; on le rencontre souvent chez les sujets atteints d'anévrisme. L'élasticité de la membrane interne étant détruite par cette altération de sa structure, elle se déchire par l'impulsion de la circulation , et donne par là naissance à des anévrismes. Néanmoins , je n'ai pas encore rencontré cette apparence morbide dans aucune artère.

'5^. Une des affections les plus fréquentes des tissus artériels est l'amas d'une matière alhéromateuse (t) ou purulente dans le système cellulaire qui unit les membranes interne et moyenne du vaisseau. La partie malade esl d'une couleur jaune, opaque, et est en général un peu élevée au-dessus de la surface environnante. Quelquefois cesélévationssont considérables et très-étendues, tandis que, dan& d'autres cas , elles sont circonscrites et offrent une apparence tuberculeuse ou pustulaire. Si

(i) Mollis succus erat , pultaceus , non dissimilis ejiis qui in alheromate repcrilur. Halleh , Opuscula paûiologica.

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l'on y pratique une ouverture , on peut faire sortir de dessous Ja membrane interne , au moyen delà pression , une matière dont la consistance varie depuis celle du fromage jusqu'à celle du pus ordinaire (i\ Une ulcération survient quelquefois à la surface de ces élévations, et, pénétrant le feuillet moyen de l'artère, donne lieu à la formation d'un anévrisme. Une matière calcaire est aussi trèssouvent déposée dans le centre de ces éminences, et quelquefois la surface de l'artère offre la même apparence que si ces élévations eussent éprouvé l'altération commune aux glandes intestinales converties , par l'effet de la suppuration , en une matière caséeuse. Le dépôt de cette matière entre les membranes artérielles est quelquefois assez considérable pour oblitérer la cavité du vaisseau. J'ai été témoin de cette circonstance sur les artères rénales et fémorales du même sujet. 4°. Un fongus particulier, semblable à ces excroissances qui viennent aux organes de la génération et auxquelles on donne ordinairement le nom de vénériennes, se manifeste quelquefois sur les valvules semi-lunaires de Faorte. Cet état des Vtdvules semi-lunaires de

(i) Planche i , fig. i.

î'aorle est assez rare ; mais on l'a observé aussi sur les valvules mitrale et tricuspide, et sur celles de l'artère pulmonaire (i). Dansle plus grand nombre des casque j'ai examinés , les valvules s'étaient rompues, et leurs bords étaient garnis d'excroissances fongueuses nombreuses et molles. Ces végétations , ainsi que M. Corvisart les appelle, naissent souvent par des pédicules étroits , et sont pendantes dans la cavité du vaisseau; tandis que, dans d'autres cas , elles ont une large base et l'apparence de granulations morbides et molles. M. Corvisart les considère comme l'effet de la syphilis (2); mais, dans un exemple que je rapporterai , l'absence totale de cette maladie dans toute la vie du malade prouvera qu'elles ne dépendent pas toujours de cette cause. Je n'ai jamais rien rencontré de semblable dans les branches de l'aorte ; mais on verra dans le cas suivant un fongus pareil aux excroissances des valvules de l'aorte, et qui, par son développement, occasionna l'oblitération des artères fémotale et profonde.

(i) M. CoKYiSART, Essai sur les maladies du cœur, page 2'2i et 225.

(2) Jbid., p. 217.

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