‹ Traité des maladies des artères et des veinesChapitre 14 sur 52 · OBSERVATION III · texte numérisé non relu

OBSERVATION III

tJn jeune homme de dix-huit ans fut affligé, six semaines avant sa mort j d'une vive douleur à la tête et de voraissemens continuels. Le pouls était plus fort et plus dur qu'à l'ordinaire , et on s'aperçut d'une pulsation vibratoire fréquente dans le côté gauche de l'abdomen. La jambe droite élait froide , et Ton ne put découvrir aucune pulsation dans ses artères. L'action du cœur était aussi par moment très-peu distincte. Le malade était très- faible ; sa langue et ses lèvres étaient recouver4;es de saburres, et il mourut comme emporté par le typhus. A l'inspection du cadavre , on trouva que le cœur avait son volume naturel , et que ses cavités avaient leurs dimensions ordinaires ; sa substance musculaire était saine. Deux des valvules semi-lunaires de l'aorte étaient déchirées , et de leurs bords naissaient un grand nombre d'excroissances verruqueuses. Immédiatement au-dessous des valvules , et à l'origine de ces excroissances , on voyait une ulcération étendue qui avait pénétré profondément dans l'épaisseur du ventricule à la base de l'aorte (i). Le passage du sang à travers cette

^i) Planche n, fîg. ^.

32 MAIiADIES

cavité l'av^ait dilatée en forme de petit sac anévrismal qui s'étendait vers le ventricule droit, dont'il n'était séparé que par la membrane qui entoure ce dernier et par quelques fibres musculaires. Une petite quantité de pus se trouvait au-dessous des bords de cette cavité. La membrane interne de l'aorte était parsemée d^un grand nombre de taclies blanchâtres. L'artère fémorale droite ainsi que la profonde à son origine étaient remplies d'une substance blanche et ferme, semblable à ces excroissances qui surviennent aux valvules de l'aorte. Cette substance adhérait fortement aux côtés de ces vaisseaux qui en étaient entièrement oblitérés.

5°. Il est si fréquent de trouver les artères des sujets avancés en âge encroûtées de matière calcaire que , d'après Bichat (i), sur dix individus au - delà de soixante ans , il en est sept chez lesquels cela se rencontre , et le docteur Bailîie (2) ne craint pas d'avancer qu'à cet âge cette disposition morbide est plus commune que ne l'est la structure natu-

(i) Anatomie générale, t. ii, p. 292.

(2) Transact. ofa socieljfor improvement, etc.; c'est" à-dire , Transactions d'une société pour l'avancement des connaissances médicales et chirurgicales , vol. i , p. i53i.

relie du système artériel. L'aspect qui en ré-sulte pour la surface d'une artère dépend entièrement de l'étendue dans laquelle le dépôt calcaire se ftiit. Quelquefois la membrane interne présente de nombreuses taches blanches d'une grande finesse , tandis que dans d'autres cas, la matière calcaire est entre-mêlée de dépôts caséeux , qui y produisent une sorte de boursoufïïure et de gonflement. Plus généralement cependant elle forme une sorte de croûte ou d'écaillé qui craque sous le doigt comme la coquille d'un œuf (i). Ces incrustations n'affectent aucune forme particulière ; mais elles sont irrégulières et disposées dans une direction longitudinale et circulaire. Quelquefois elles forment des éminences qui s'avancent dans la cavité du vaisseau et qui diminuent son calibre j et assez souvent, dans les artères des extrémités intérieures, elles occupent toute leur circonférence, et forment des anneaux distincts unis par les portions membraneuses interposées. Dans la première période de leur formation, ces incrustations sont souvent accompagnées d'un dépôt de matière athéromateuse au-

(i) Des écailles d'une malicre calcaire se remarquent à la surface de l'aorte dilate'erepre'sentéedans la planche ïi.

â4 MALADIES

dessous de la membrane interne, et fréqiiem" ment aussi elles sont environnées par une ulcération plus ou moins étendue. Chez les sujets avancés en âge , elles existent quelquefois sans aucune autre altération morbide des tissus artériels. Dans certains cas ^ elles sont probablement détachées des parois du vaisseau par l'ulcération , et tombant dans sa cavité , elles ont produit ces calculs 'que plusieurs auteurs rapportent avoir trouvés dans le cœur et dans les artères (i).

Ces incrustations paraissent toujouis com^ niencer dans la substance de la membrane interne , et en général sur la surface externe de ce feuillet : en effet , on trouve presque constamment une pellicule mince continue avec la membrane interne , s'étendant sur la matière calcaire , et la séparant du sang qui passe dans le vaisseau. Cette pellicule manque quelquefois ou est pendante dans la cavité du vaisseau , et alors le Sc^ng est en contact avec la matière calcaire. Dans d'autres cas tous les feuillets du vaisseau sont compris dans la maladie , et convertis en un cylindre osseux qui n'offre plus la moindre

(i) M. PoETAL , Cours d'Analpmie médicale, lonie ur, page c)5.

trace de la structure originelle. Une matière calcaire est souvent déposée dans la membrane qui tapisse le cœur , particulièrement iautour des valvules semi-lunaires et tricuspides. Celte incrustation paraît se faire d''après des lois semblables et commencer à la surface externe de la membrane, puisqu'il existe en général une pellicule délicate entre la matière calcaire et la cavité du coeur. On a vu dans quelques cas de semblables concrétions s'avancer comme des polypes dans la cavité de cet organe, aux parois duquel ils tejiaient par des pédicules membraneux (i).

Des conjectures diverses ont été formées sur la nature de ces incrustations. Haller(2) pense qu'elles sont dues à un simple épaississement de la matière comme caséeuse, si communément déposée entre les membranes interne et moyenne des artères.

Quelques auteurs ont comparé la membrane au périoste et ces incrustations à l'os , tandis que d'autres se sont imaginés qu'il y

(i) M. PoRTAL, Cours d'Anatomie médicale, tome m, page 84.

(2) Caseosa primo , indè callosa , quasi coriacea , demiim osseœ squamce fit simillima. Elementa phjs. , tom. vni , p. 5i6, § xxv-.

avait une afEDité décidée entre la matière purulente environnant leur circonférence , et la moelle. On donne ordinairement le nom ([^ossifications à ces incrustations , quoique les pliénomènes de leur formation n'aient aucune ressemblance avec ceux de l'ostéogénie. Elles paraissent rarement à des périodes fixes de la vie , et ne sont pas précédées par l'existence d'un cartilage, ce qui est le caractère constant de l'ossification naturelle. Elles n'ont pas la structure fibreuse des os , puisque la matière calcaire n'est distribuée dans aucun tissu élémentaire, mais seulement déposée sous une forme irrégulière et homogène de cristallisation , dans la structure de laquelle on ne peut distinguer aucun arrangement particulier.

Je suis redevable à M. Brande d'une analyse chimique de ces concrétions. Il a trouvé qu'elles ne renfermaient que du phosphate de chaux et de la matière animale dans les proportions suivantes :

Phosphate de chaux 65,5

Matière animale 54,5

La matière animale, composée principalement d'albumine, n'offrait que des traces de gélatine ; mais les proportions relatives de

chaux et de matière animale varient selon l'ancienneté de la concrétion. On ne put découvrir de carbonate de chaux dans leur Gonaposilion.

La fréquence des concrétions calcaires dans les artères des individus avancés en âge a été le sujet d\ui grand nombre d'hypothèses, et quelques auteurs les ont regardées non comme des aiFections morbides , mais comme des effets naturels de la prolongation de l'existence. Toutefois si cela était, leuréïendue et leur quantité devraient être proportionnées à l'âge du sujet, ce qui n'a nullement lieu, puisque, dans le petit nombre d'exemples de longévité qui ont été examinés avec attention, cette condition des vaisseaux sanguins n'était pas très-remarquable (1). Les effets qui en résultent sur les organes particuliers , et sur tout le système en général, sont Irès-intéres' sans sous le rapport pathologique, et pour

(1) D'une autre part, une matière calcaire est quelquefois déposée dans les artères de très-jeunes sujets. Mon ami M. George Young possède une artère temporale qu'il a enlevée sur un en faut de quinze mois , et dont les membranes sont converties en un tube complet de matière calcaire. M. Portai a rencontré un cas semblable. (Cours d'Anatomie médicale , tome m , page i55. ) Voyez aussi SçjkRPA 5 sur l'Anévrisnie, traduction de M. Delpech.

rendre raison d'un grand nombre de pîiénomènes qui ont lieu dans la vieillesse. La décrépitude, l'absence d'énergie musculaire qui caractérisent cet état de l'homme, peuvent être expliquées en partie, si Pon veut faire attention à celte condition presque constante des artères dans les dernières périodes de la vie. La différence la plus remarquable existante entre les diverses parties du corps chez le jeune homme et chez le vieillard est le manque de vascularité dans celles du dernier. Si Ton injecte un muscle chez l'un et chez l'autre, celui du jeune homme offrira une organisation bien plus complète que celui du vieillard. C'est maintenant un fait reconnu, qu'une quantité convenable de sang est nécessaire à chaque organe pour qu'il y ait un développement suffisant de la puissance nerveuse ; et si les artères les plus déliées sont oblitérées dans la vieillesse , ou si leur calibre est diminué par ces altérations organiques de leurs tuniques, n'y peut-on pas trouver les causes de la débilité et de la désorganisation progressive qui l'accompagnent ? Quoique la contraction et Foblitération des vaisseaux soient fréquemment des' attributs d'une existence prolongée, je ne me refuse pas moins à admettre les incrustations

calcaires dès membranes artérielles comme dues aux progrès de lage, parce qu'il est trèsrare de les rencontrer chez les aniinaux, dont plusieurs , tels que l'éiéphant , l'aigle , etc. , vivent très-long-temps.

Le dépôt d'une matière calcaire dans les tissus artériels produit souvent les effets les plus fâcheux, soit en détruisant cette portion du vaisseau qui est le siège de l'incrustation , soit en arrêtant le cours du sang qui la traverse pour aller vivifier d'autres parties. Cette espèce de corps étranger excite de l'irritation dans les membranes environnantes, et donne ainsi lieu à une ulcéralion qui devient îa cause d'un anévrisme par la destruction successive des membranes interne et moyenne. D'autres fois l'artère ayant perdu son élasticité se rompt par quelque impulsion soudaine du sang qui y circule, et Paffection dont nous venons de parler n'en est que plus promptement produite. Cette disposition empêche aussi les efiels salutaires de la ligature , en excitant une ulcération et une hémorragie secondaire.

Le dépôt de matières calcaire, alhéromateuse ou caséeuse dans les tissus artériels est une cause fréquente d'hémorragies passives , soit en occasionnant une ulcération j

soit en détruisant l'élasticité du tube, qui, dans cet état , se rompt facilement par l'impulsion du sang, ainsi que nous l'avons déjà dit. L'hémoptysie, chez les vieillards, est souvent accompagnée de celte altération des artères^ et rarement j'ai été à même d'examiner un cas d'apoplexie indépendant de toute violence accidentelle , qui n'offrît pas au moins une condition morbide des artères cérébrales.Cette circonstance a été remarquée par plusieurs auteurs, enlr'autres par le docteur Baillie(i). Le cas suivant a été choisi parmi un grand nombre , parce qu'il montre cet état morbide des artères du cerveau dans le plus grand développement possible.

Page 1