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OBSERVATION IV

Un homme robuste, âgé de quarante-cinq ans, qui, pendant quelque temps, avait laissé voir des symptômes de folie, était depuis plusieurs mois privé de la parole et paralysé du côté droit, lorsqu'il fut atteint tout d'un coup de symptômes d'apoplexie , tels que respiration stertoreuse , dilatation des pupilles, insensibilité totale , perte du mouvement volon-

{\) Morbid anatomj\ p. 455 , ou Analoraie pathologique , traducl. de M, Guerbois.

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taire, etc. Dans cet état , sa femme lui donna tin purgatif qui lui fit tant de bien , que le lendemain il put sortir de son lit. Au bout de dix jours , pendant lesquels la paralysie et l'insensibilité continuèrent , il éprouva une nouvelle attaque. La respiration stertoreuse et l'insensibilité étaient plus grandes qu'à la première , etle pouls était fréquent et dur. Il fut saigné copieusement ; mais la perte de la puissance musculaire ne permit pas de donner des purgatifs , si ce n'est en lavement. Il mourut le second jour. En enlevant le crâne pour l'examen du cadavre , on fit une petite ouverture à la dure-mère , qui donna issue à environ trois onces d'une sérosité jaunâtre. Un amas de sang coagulé recouvrant l'hémisphère gauche du cerveau se trouvait à la surface de la pie-mère, et un semblable amas adhérait à la dure-mère, qui en était soulevée. "La sérosité qui s'était écoulée se trouvait entre ces deux couches de coagulum. L'hémisphère droit en offrait aussi une qui des deux côtés paraissait bigarrée, et semblait être due à un épanchement ancien de fibrine dans laquelle étaient interposées des masses d'un coagulum récent. La pression du sérum avait produit un enfoncement sur le côté gauche du cerveau , et la surface interne du coagulum

était parcourue d'une manière admirable pa? les vaisseaux de la pie-mère. La substance propre et les cavités du cerveau étaient dans leur état naturel; mais toutes les artères,: depuis les plus grosses à la base du crâne jusqu'à leurs dernières ramifications dans la pie-mèrCj se trouvaient dans un état morbide très-prononcé. Dans quelques endroits leur» cavités étaient oblitérées par un dépôt de matière athéromateuse entre leurs membranes; et dans d'autres^ elles étaient entièrement conrerties en tubes calcaires. Nous ne pûmes découvrir l'endroit par lequel l'épancliement s'était opéré ; mais très-certainement il aura été la; suite de cette condition morbide des membranes artérielles,

La même altération de structure des tissus artériels qui , dans d'autres parties dsi système, donne naissance à un anévrisme à la suite de l'ulcération ou de la rupture de ces mêmes artères , produit l'apoplexie dan&les vaisseaux du cerveau. L^apoplexie qui est due à la rupture d'une artère peutdonc être regardée comme une espèce d' anévrisme.

Q uand les membranes d' une artère , aux membres, par exemple, sont détruites par Fulcèrationou rompues parl'impukion de la circulation, répanclieraent est reslreinten général

par la résistance des parties environnantes qui forment un sac pour contenir le sang extravasé. Mais îa substance molle et peu résistante du cerveau ne peut aussi arrêter Fépancliément : quand donc ses artères se rompent ou quand leurs membranes sont détruites par l'ulcération , le sang est épanché en abondance dans les tissus environnans , parce qu'il n'y a pas là d'enveloppe cellulaire pour s'y opposer , et pour former un sac aucvrismal aa moyen de son extensibilité.

Une matière calcaire est souvent déposée dans la substance des valvules semi-lunaires de Taorte dans la première période de la maladie ; les valvules sont en général épaissies , et la matière terreuse s'étant accumulée entre les deux feuillets de la mem brane qui forment ces replis , elle n'est séparée delà cavité même du vaisseau que par une pellicule mince. Mais lorsque le dépôt est d'une grande étendue , cette enveloppe membraneuse est détruite, et le sang est en contact immédiat avec la matière calcaire. Cette incrustation d'une apparence très irrégulière commence en général à la base des valvules, et s'étendà leur centre. D'autres fois, dans son origine , ce n'est qu'un petit tubercule appelé corpus A rantil ^ et qui se propage ensuite le long de l'extrémité libre I. 3

de la valvule jusqu'à ses attaches aux côtés de Paorte. A mesure que le, dépôt calcaire augmente, il produit les effets les plus fâ^ cheux : les valvules, roides et immobiles, ne pouvant plus garder leur position sur les côtés de l'aorte, se projettent dans son intérieur , et leurs extrémités étant réunies par la matière calcaire , le calibre du vaisseau est diminué d'une manière étonnante (i). Quelquefois les valvules sont déchirées dans la première période de la maladie, et leurs débris rétrécis sont recouverts de concrétions terreuses iriégulières qui s'attachent aux côtés de l'aorte. Cependant, en général , les valvules sont réunies et font saillie dans Fartère , en laissant dans quelques cas une simple fente ou fissure pour Je passage du sang ; et j'ai même vu plusieurs fois le calibre du vaisseau devenu inférieur à celui de Fartère carotide.

Cet état des valvules de l'aorte a des conséquences plus funestes qu'un dépôt de matière calcaire danstoute autre partie du tissu artérielj le système général du corps souffre de la diminution de la quantité de sang qui devrait passer dans l'aorte. Le cœur devient le siège des symptômes les plus pénibles, parce que, ne

(i) Planche i , fig. 2.

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pouvant se vider dans une seule contraction, etse trouvant stimulé par le sang qui 3^ est resté , il s'efforce , parla fréquence de son aciion, de compenser la diminution de la circulation. En conséquence ses parois musculaires sont épaissies, ses cavités sont élargies , et les systèmes veineux et pulmonaire sont dilatés par i'accumulation du sang.

Le cœur souffre de cette excitation constante et de cet état de palpitation et d'exercice continuel. Quiconque a éprouvé les sensations terribles produites par un dérangement passager dans l'action du cœur peut seul se faire une idée de l'agonie effrayante des malheureux atteints de cette maladie incurable. J'ai eu occasion d'en observer tous les symptômes, comme on le verra dans le cas suivant :

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