OBSERVATION XVI
Un dragon d'un tempérament athlétique , âgéde trente-cinq ans , attribuait à des exercices très-pénibles pendant un jour de revue, l'origine d'un anévrisme à l'aîne droite. La tumeur augmenta rapidement; au bout de quelques semaines elle avait le volume d'un melon, et elle s'étendait plusieurs pouces audessus et au-dessous du ligament de Poupart; ses pulsations étaient violentes , ses parois très-minces , et sa surface paraissait enflammée. On assujettit le malade à la diète la plus sévère , et l'ou fit des saignées répétées du
l4o MALADIES
bras , particulièrement lorsque les pulsations de la tumeur furent beaucoup augmentées. En le visitant quelque tenips après qu'il eût été soumis à ce traitement débilitant, pendant lequel la tumeur avait acquis un grand degré de dureté , on s'aperçut que les téguiiiens à son sommet étaient devenus très-livides 5 et qu'ils étaient recouverts de nombreuses vésicules remplies d'une sérosité très-colorée. A cette époque les pulsations cessèrent et la surface de la tumeur devint noire et molle. On s'attendait à la mort très prochaine du malade. Les parties changèrent de plus en plusde couleur, jusqu'à cequ'enfinil seforma une petite ouverture à leur centre , par laquelle il sortit une grande quantité d'un sang fétide et en partie coagulé. L'ulcération fit des progrès , surtout autour de la circonférence de la tumeur. Elle s'étendit au périné , à l'épine de l'iléon , aux muscles abdominaux et jusqu'au bas de la cuisse. Lorsque les escarres se séparèrent , il sortit plusieurs livres de coagulum de la cavité de la tumeur, qui se vida entièrement. Le sac en suppuration tomba graduellement et après un temps fort long ; ruloère prit un bon aspect ; ses bords commencèrent à se couvrir de granulations et le pus devint louable. On abandonna pres'
Ses aetèkes et des veines. i4i
qu'entièrement le traitement aux soins delà nature. Le malade était si affaibli , qu'on en conçut plusieurs fois de vives craintes pour sa vie ; son pouls était à peine sensible et il tombait fréquemment en syncope. On lui permit le vin et les cordiaux. Le vide considérable occasionné à Faîne se remplit par degrés. Les bords de l'ulcère furent rapprochés par des bandelettes agglutinatives ; cependant il se passa plus d'un an avant que le tout fût cicatrisé. Au bout de ce temps le malade se trouva parfaitement guéri ; mais il demeura encore quelques mois à l'hôpital pour fortifier de plus en plus sa santé , et il ne lui resta de cette grave affection que l'incommodité résultant d'une cicatrice aussi étendue.
J'ai eu occasion, dans le cas suivant , d'examiner les parties sur lesquelles eut Ueu ce mode de guérisou.
OBSERVATION XVtl.
Un homme avait un large anévrisme po~ plitéqui, à l'époque où il s'adressa à son chirurgien 5 était très-dur et sans pulsation. Peu de temps après la tumeur commença à s'ulcérer , et il en sortit une masse très-consistante de coagulum. L'ulcération continua à s'étendre sur la surface du sac y mais la santé du
142 MAIiADIES
malade déclina rapidement, et il mourut fauté de pouvoir supporter le travail de la nature, A l'examen du cadavre, on trouva que les extrémités supérieure et inférieure de l'artère en communication avec le reste du sac étaient oblitérées par des amas de coagulum. Sur le bout supérieur le coagulum s'étendait jusqu'à l'origine de l'artère profonde, et la fémorale offrait aussi un petit anévrisme du volume d'une noix, entièrement rempli de la même substance.
]Le peu de fréquence de la guérison de l'anévrisme par le sphacèle, et les circonstances désespérées de la maladie qui, seule, peut lui donner lieu , doivent la faire craindre plutôt que désirer par Fespoir d'un résultat favorable» Le danger qui accompagne toujours le spliacèle d'une surface aussi étendue , et l'incertitude de l'oblitération de l'artère en communication avec le sac par ce procédé , rendent totalement inadmissible l'idée de l'exécuter au moyen de l'art. Autrefois cependant le cautère actuel était recommandé pour la guérison de cette maladie, et M/ A. Se vérin (i) rapporte l'histoire d'un anévrisme vo-
(i) De ^bscessuum reconditd nalurâ , p. 199. Des exem|)Ies d'anévrisrnes guéris après lesphacèlect la sup-
DES ARTERES ET DES VEINES. l43
lumineux de Faîne qu'il guérit , après la manifestation du sphacèle, par Tapplication de fers rouges et de poudres caustiques.
II. Un sac anévrismal acquiert quelquefois une position telle que le corps de la tumeur est appuyé sur la partie supérieure ou inférieure du vaisseau qui entretient la maladie. Dans ces circonstances, il peut survenir un tel degré d'inflammation dans les membranes de l'artère , par suite de la pression que le sac exerce sur elle , qu'il en résulte l'adhérence de ses parois et l'oblitération de sa cavité. Cet événement est, je crois, extrêmement rare. Sir Everard Home a remarqué que l'élargissement du sac dépendant entièrement de la force avec laquelle le sang est poussé par le cœur , il ne doit pas, comme d'abord , continuer à s'opérer à angle droit avec le côté de l'artère . mais bien dans une ligne diagonale entre lui et le trajet de l'artère ellemême, attendu queTimpulsiondusang a lieu dans cette direction : de cette sorte , le sac s'étendlelong du côté externe de l^artère, et.
puration des tumeurs sont rapportes par Wisemao, Traité de chirurgie, p. yD , 74^ par Wilson , dans les Transactions d'une Socie'té pour les progrès des connaissances médicales et chirurgicales , vol. n, p. 268,
i44 àlÀLADIES
par sa pression sur elle . oblitère dans quelques cas Torifice inférieur de communication, d'où provient la stagnation totale du sang dans le sac (i). Scarpa observe aussi qu'il n'est pas improbable que les exemples de guérison radicale et spontanée des anévrismes externes ne dépendent en partie de la position du sac , qui , comprimé par les ligamens et les tendons, devient assez fort pour exercer à son tour, sur l'orifice de l'artère malade , une compression semblable à cellequ'on obtient par des moyens artificiels et capables de produire le rapprochement des parois artérielles; qu'à la fin l'inflammation adliésive se manifeste , et que le tube de l'artère en s'obîitérant constitue le second mode de guérison radicale de cette maladie (2). Toutefois , sir Everard Home et Scarpa n'ont appuyé leurs raisonnemens nisur des observations , ni sur des ouvertures de cadavres. Dans le cas suivant^ il est probable, à en juger du moins par la dissection , que l'oblitération de l'artère fémorale et la guérison de l'anévrisme furent efléctuées par la com-
(i) Transactions of a Sociclj for ihe improvemenl of médical and chirurgical knowledge , vol. 1 , p. iSg.
(2) Scarpa , Réflexions eL Observations anatomico-chirurgîcalcs sur l'ancvrisme j etc. , traduction de Delpech,
DES ARTÈRES ET DES VEINES. l45
pression de la partie supérieure de Tartère «entre le sac et le féiaanr.
OBSERVATION XVIIT,
Un homme âgé de trente ans , après une partie de chasse , éprouva une douleur à la cuisse qu'il crut de nature rhumatismale. Un mois après il s'aperçut d'une petite tumeur pulsative dans le trajet de l'artère fémorale , à quatre pouces environ au-dessous du ligament de Poupart. La tumeur augmenta, et la caisse et la jambe devinrent œdémateuses. On le saigna copieusement et on le soumit à une diète sévèrp. Des compresses furent appliquées sur la tumeur dans le trajet de Fartère fémorale , jusqu'au ligament de Poupart, et l'on entoura le membre de bandes très-serrées depuis le pied jusqu'à Taîne. L'application des bandes augmenta la douleur et îe malade en ressentit beaucoup de fièvre. Ce traitement était continué depuis quelques mois , lorsque tout-à-coup le membre devint froid et engourdi ; la tumeur et la partie supérieure de la cuisse prirent une teinte livide, et l'on conçut des craintes sérieuses que la gangrène ne vînt à s'en emparer. Le lendemain matin de cet événement, la pulsation avait cessé dans la tumeur ; mais la couleur livide