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OBSERVATION XXIII

Un vieillard mourut subitement d'un anévrisme très-volumineux qui paraissait ex-

(i) Je dois cette observation , ainsi que plusieurs autres^ à l'obligeance de mon ami M. Freer de Birmingham. Plusieurs d'entre elles sont contenues dans les Observa^ tions sur VAnévrisme de M. Freer. Je m'en suis déjà expliqué précédemment.

térieurement à la base du cou. A l'ouverture du cadavre , on trouva une énorme dilatation de toute la portion ascendante et de la courbure de l'aorte , qui auraient pu admettre facilement la main entière. A la partie supérieure , les membranes dilatées s'étaient ouvertes , et les parties environnantes formaient cette portion du sac qui s'avançait à l'extérieur. Les membranes dilatées du vaisseau étaient très-épaissies et recouvertes de matières calcaires ; mais le sac ne renfermait pas de coagulum lamelleux. Le calibre de l'aorte descendante était comme dans l'état naturel, quoique ses tissus eussent éprouvé de grandes altérations. L'origine de Tartère cœliaque présentait un petit anévrisme dont l'intérieur était entièrement rempli d'un coagulum lamelleux consistant: ce coagulum interceptait toute communication entre le sac et l'artère , et se terminait par une surface unie , d'apparence raembraniforme , dans l'endroit où les membranes artérielles s'étaient ou vertes. L'artère cœliaque provenait du sac; son orifice était entièrement bouché par le coagulum» L'oblitération s'étendait à un pouce dans la cavité de ce vaisseau , et l'artère mésentérique supérieure était aussi oblitérée par suite de l'épaississement de ses membranes et de

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Tamas d'une matière alliéroraatense dans leur tissu (i).

Je n'ai va rapporter nulle part des cas d'anévrismes de l'aorte dans lesquels l'amas du coag;uîura ait été aussi considérable que dans les exemples précédens. Les patliologistes même ont plutôt regardé Faccumulalion du coagulam comme une circonstance accidentelle que comme l'agent primitif de laguérison de l'alîévrisme. En conséquence , ils se sont contentés de mentionner simplement son existence^ et de décrire sa texture lamelleuse , sans connaître son importance pour détourner du sac la force delà circulation ,et pour prévenir par là sa rupture, terminaison funeste et trop ordinaire de cette maladie. Je démontrerai évidemment, dans le cours de cet ouvrage , que , dans la plupart des anévrismes guéris ou spontanément ou par le secours de Part, l'oblitération de la cavité du sac par le dépôt du coagulum est de la dernière importance pour sa contraction subséquente et son oblitération définitive , qui ne peuvent avoir lieu tant que les parties sont exposées à l'impulsion de la circulation. Les seuls cas où la cavité de la poche anévrismaîe provenantde l'aorte semble avoir

(i) Plaoche vu, fig. î.

été complètement remplie par le coagolum , et où la guérison est survenue comme dans ceux que j'ai rapportés, se trouvent dans l'ouvrage de M. Corvisart. A la^ partie antérieure de la courbure de l'aorte, dit cet auteur (i) , j'ai observé une petite tumeur d'une couleur noirâtre , et de la grosseur d'une noix , que je pris d'abord pour une glande des bronches engorgée ; mais ayant voulu introduire l'instrument dans la substance , mon attention fut attirée par la résistance que je rencontrai à diviser la membrane externe de cette tumeur. Je l'examinai avec plus d'attention , et je reconnus avec certitude que c'était une poche fibreuse dont la base adhérait d'une manière intime aux membranes de l'aorte, et paraissait même en quelque sorte se confondre avec ce vaisseau.Elle étaitformée d'une tunique externe évidemment de texture fibreuse , et ayant environ deux lignes d'épaisseur. Ce kyste contenait une substance moins consistante que le suif, d'une couleur rouge foncée , trèssemblable sous d'autres rapports à ces anciens caillots de sang qui adhèrent à la surface interne des sacs anévrismaux. Je soupçonnai d'après cela que ce kyste communiquait avec

(0 Corvisart^ Essai sur les Maladies du cœur, p. 5i3o

lyo MALADIES

]a cavité du vaisseau auquel il était attaché; mais ce fut eu vain que je cherchai l'ouverture de communication. Les couches externes de l'aorte étaient détruites dans l'endroit correspondant à la cavité du kyste , et l'épaisseur des parois du vaisseau était, dans ce lieu seulement, infiniment moins considérable que par- tout ailleurs. Ayant ouvert longitudinalement l'aorte , je ne pus apercevoir aucune ouverture de communication ; mais je remarquai une tache livide et grisâtre qiii correspondait à la base même du kyste. Dans le trajet du même vaisseau , précisément audessus du tronc cœllaque , on trouvait un autre kyste plus petit, mais absolument semblable au premier sous tous les autres rapports. Chez un autre sujet , M. Corvisart trouva trois tumeurs semblables sur Paorte abdominale , et une ou deux sur les artères iliaques communes (i). Les rapports frappans qui existent entre le cas xxiii et ces observations ne me permettent pas de douter que ce ne fussent autant de sacs anévrismaux remplis d'un coagulumlamelleux qui avait oblitéré leurs cavités sans s'étendre pourtant jusque dans l'intérieur de l'aorte. L'apparence delà

(0 Corvisart, Essai sur les Maladies du cœur, p. 5i4«

base du coagulum qui oblitérait l'ouverture existante à l'aorte, était semblable à celle du cas que j'ai rapporté , lorsque le vaisseau fut ouvert dans une direction longitudinale. Le volume des tumeurs fait toutefois soupçonner que le procédé curatif avait eu bien plus d'extension dans les cas cités par M. Corvisart que dans aucun de ceux que j'ai eu occasion d'examiner par moi-même.

Dans la guérison spontanée des anévrismes qui surviennent aux arières du second et du troisième ordre, ou à leurs ramifications , le dépôt de coagulum est en général si considérable qu'il suffit non-seulement pour oblitérer la cavité du sac , mais encore pour en faire autant à celle de l'artère , qui est obstruée tant au-dessus qu'au-dessous de la partie où la maladie a pris naissance, et cela jusqu'aux ramifications voisines les plus importantes. La circulation dans le vaisseau est ainsi arrêtée, et le sang qui aurait passé par le tronc artériel est conduit aux parties qu'il doit nourrir parles branches collatérales. Pai disséqué un petit anévrisme de l'artère fémorale , situé un peu au-dessus du tendon du triceps, dans lequel cela avait eu lieu de la sorte. Le sac était complètement rempli de couches de coagulum solides et concentriques , qui s'étendaient en

haut jusqu'à l'origiae de l'artère profonde, et en bas jusqu'à la terminaison de Fartère poplitée. Dans les observations rapportées par Desault , Petit, Baillie , Ford et Guattani(i), le dépôt de coagulum était si considérable qu'il avait suffi pour oblitérer la cavité de Fartère qui avait donné naissance à la maladie. Il est possible cependant qu'un anévrisme survenu à toute autre artère puisse se guérir spontanément par le même procédé que j'ai décrit à l'occasion d'anévrisraes de l'aorte , je veux dire par un dépôt de coagulum dans le sac assez considérable pour oblitérer complètement sa cavité sans obstruer pour cela l'intérieur du vaisseau avec lequel il communiquait. Scarpa (2) disséqua, un anévrisme formé par une plaie de l'artère brachiale dans l'opération de la saignée. Une tumeur d'une teinte foncée, de la grosseur d'une noix, était attachée à la surface externe de l'artère par une membrane cellulaire. «L'artère brachiale, dit Scarpa, avait conservé exactement son diamètre naturel , et en l'ouvrant du côté opposé à la tumeur, on apercevait distinctement la cicatrice de

(i) Voyez plus haut, p. i56.

(2) Traité sur l' Anévrisme , traduction de Delpcch , p. 5-8 et 570, § IX; et pi. IX , fig. 8, 9, 10 et i j.

DES AFlTIÎIIES et DES VEINES. fJÙ

]a piqûre qui avait été faite par la lancette» En divisant verticalement la tumeur, elle paraissait être formée par une capsule celluleuse, dense et consistante, qui toutefois n'était qu'une continuation du tissu cellulaire mou qui environnait le reste de l'artère brachiale. Dansfintérieur de ce sac dur etferme, il y avait un caillot de sang compacte , d'une figure presque triangulaire. L'un des angles de ce caillot, d'une couleur blanchâtre, était formé plutôt par du tissu fibreux que par la fibrine du sang. Cet angle s'insinuait dans un enfoncement formé par la séparation des bords de la plaie artérielle que ce caillot recouvrait en forme de bouchon, et à laquelle il adhérait d'une manière très- intime. » Le docteur Jones (i) produisit un anévrisme en blessant Tartère carotide d'un chien dans une direction transversale. Dix-huit jours après l'expérience, on tua l'animal; en divisant les tégumens on trouva immédiatement sur la

{\) A Trealîse on ilie process employed hj nature in. supprsssing the hemorrhage from dlvided^ and punctured arterîes and on the use of the ligature , etc. ) c'est-àdire , Traité sur les moyens employés par la nature pour arrêter les hémorragies produites par la division ou la piqûres des artères , et sur l'usage de la ligature , p. 96, et pi. IT, fig. 5 et 4.

partie blessée de Partère une portion circonscrite, dure et oviforme , de sang coagulé, qui adhérait au vaisseau et aux parties environnantes au moyen du kyste. Le canal de l'artère fut reconnu être entièrement conservé, par l'ouverture qu'on fit à sa partie postérieure, lia plaie artérielle avait son apparence circulaire primitive, et était recouverte par la base du coagulum dont il vient d'être fait mention. Mon ami le docteur Farre me procura l'occasion d^examiner cette pièce anatomique , et je trouvai que le coagulum, qui avait une texture consistante el, lamelleuse, oblitérait nonseulement la cavité du sac , mais encore interceptait entièrement l'ouverture de communication entre le sac et l'artère. Petit (1), Foubert (2) et Saviard (5) rapportent aussi des cas d'anévrismes de l'artère brachiale à la suite de l'opération de la saignée , dans lesquels la guérison a été produite par un procédé semblable. Dans l'exemple suivant , un peiit sac anévrismal provenant de l'artère antérieure du cerveau fut complètement rempli

(i) Mémoires de l'Académie royale des Sciences de Paris, année i ^55.

(2) Mémoiies de l'Académie royale de Chirurgie , 1. 11, p. 555.

(3) Journal des Savans , année 1691 .

d'un coagulum consistant, qui ne s'étendit pas toutefois à la cavité du vaisseau. La guérison. de ce petit anévrisme s'effectua donc de la même manière que dans les cas précédens.

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