‹ Traité des maladies des artères et des veinesChapitre 45 sur 52 · OBSERVATION XXXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXII

Une femme ayant peu d'embonpoint et âgée de trente ans , s'apercevait , depuis quatorze mois , de batteniens violens à la partie supérieure de la poitrine , accompagnés de palpitations fréquentes du cœur et d'une respiration difficile. Dix semaines environ après l'apparition de ces symptômes , une tumeur puîsative se manifesta au côté droit de la poitrine , entre les seconde et troisième côtes. On ne pouvait pas douter que la maladie ne fut un anévrisrae de l'aorte , et la tumeur, ainsi que îa gêne delà respiration et la douleur cruelle de la poitrine , firent des progrès rapides. Lorsque je vis la malade, il existait une pulsation générale à la partie supérieure du thorax ; la tumeur externe était plus grosse qu'un œuf. La malade paraissait très-souffrante ; la douleur était extrême , et le sommeil sans cesse interrompu par la fréquence de la toux et la difficulté de respirer. Pen- .daotla première huitaine du traitement , on lui fit deux saignées très-copieuses j une lo-

2o6 MALADIES

tion froide fut pratiquée sur la tumeur ; oo ordonna une diète sévère , et des purgatifs répétés furent administrés. La douleur et la difficulté de respirer diminuèrent ; mais la tumeur continua d'augmenter. La constance delà malade s'affaiblit et elle abandonna toutà-fait le traitement commencé. Quinze jours après , elle revint se soumettre à ce même traitement dont elle avait déjà éprouvé les bons effets. La tumeur , dans cet intervalle , s'était accrue rapidement, et son volume égalait alors celui du poing. La pulsation était assez forte pour soulever le sternum, les cartilages des côtes et les clavicules. La malade se trouvait réduite au dernier degré de dépérissement par la douleur continuelle , la toux et la difficulté extrême de respirer qu'elle éprouvait. Des saignées copieuses et répétées furent pratiquées. Pendant les cinq semaines qui suivirent la reprise du traitement, on fit quatorze fois la phlébotomie. Une pinte de sang, et quelquefois même une plus grande quantité , fut tirée à chaque opération. Quatorze sangsues furent appliquées sur la poitrine àdifférens intervalles. La diète consistait dansduthé, quelque liquide adoucissant, et un peu de pain et de beurre. On donna à l'intérieurla digitale et la scille; maisle dérangement

que ces substances produisirent sur l'estomac et le tube intestinal contraignit à les discontinuer, et l'on se contenta d'administrer de loin en loin quelques purgatifs. La douleur, l'anxiété et les obstacles à la respiration s'affaiblirent par ce traitement. La tumeur devint plus dure et diminua graduellement de volume. La malade refusa alors de se laisser saigner davantage ; mais elle veilla avec le plus grand soin sur son régime, après avoir éprouvé les fâcheux effets qui résultaient pour elle du moindre exercice ou de la plus légère augmentation dans la quantité de ses aîimens. Il y a plus d'un an que le traitement a commencé , et pendant tout ce temps , j'ai eu des occasions fréquentes de la voir et d'observer la diminution de sa tumeur. Maintenant cette tumeur n'est pas plus grosse qu'un œuf de pigeon , et elle est située immédiatement au-dessous de la clavicule droite , et derrière les cartilages des seconde et troisième côtes, q ui son t absorbées. La clavicule, le sternum et les parties environnantes sont encore légèrement poussés en dehors à chaque pulsation du cœur; la tumeur est solide , le battement profond et les tégumens paraissent sains. Son volume a diminué d'un quart pendant l'année dernière. La gêne de la respiration ne se ma-

iiifeste plus, si ce n'est lorsque la malade est agitée ; elle ne se plaint que d'une toux fatigante qui survient plus particulièrement lorsqu'elle est dans une position horizontale. A tous égards sa santé générale est bonne. Elle a pris de l'embonpoint et de la force, quoiqu'ells ne se nourrisse que de pain , de beurre et de thé. L'expérience lui a démontré les inconvéniens de tout écart dans son régime ; et lorsque, par une cause quelconque, la douleur, 3a difficulté de respirer et la pulsation dans ia tumeur augmenlent , elle obtient un soulagement marqué en se faisant tirer du sang. Les cas précédens , en prouvant l'efficacité du traitement débilitant pour arrêter les progrès des anévrismes , montrent aussi l'extension qu'on peut donner à ce même traitement pour obtenir le résultat désiré. M. Pelletan l'a poussé fà un degré alarmant,- mais ses heureux effets ne sont devenus remarquables que lorsque le malade a été réduit à la plus grande débilité possible. La pratique de Valsalv a était également rigoureuse, a Quand Valsalva, dit Morgagni (i) , avait tiré autant de sang qu'il était nécessaire, il avait coutume de diminuer chaque jour la quantité des alimens et des boissons, jusqu'à ce qu'il fût venu à ne don-

(i) Epist. XVII, art. 3o,

DÈS ARTÈRES ET DES VEÎi^ES. 209

Ber qu'une demi-livre des premiers le matin et un quarteron le soir, et rien autre chose que de l'eau pour boisson, et encore sans dépasser une certaine quantité de ce liquide. Après avoir suffisamment affaibli son malade par cette méthode , de manière à ce qu'il n^eût plus la force de tirer sa main hors de son lit , où il le faisait mettre dès le commencement du traitement, Valsalva augmentait chaque jour et par degrés la quantité des alimeus jusqu'à ce que les forces nécessaires fussent revenues. T) Le danger de faire naître d'autres maladies peut détourner^ dans certaines circonstances j de l'emploi de ce traitement débilitant , ou au moins empêcher de le pousser jusqu'au point où il produirait des eiîets avantageux perraariens. Pour obvier aux suites probables d'une déperdition extrême, on doit faire en sorte que la débilité qui est produite ne dure pas plus long-temps qu'il n'est nécessaire pour arrêter l'accroissement immédiat de la tumeur, et qu'ensuite la circulation soit modérée par une grande tranquillité et par un régime sévère. L'objet d'une déplétion soudaine est d'empêcher l'accroissement du sac; l'amaM consécutif du coaguJum dans sa cavité est un procédé lent et graduel. Dans un grand nomlare de cas, il est donc suffisant d'arrêter lee

progrès de la maladie par la déplétion ; lorsque ce but est rempli , on peut prévenir le danger de faire naître d'autres affections par une débilité trop long-temps entretenue, en permettant l'usage d'alimens substantiels par leur qualité , quoique pris en petite quantité. Lorsque la maladie a son siège à l'aorte , on ne doit pas pousser la saignée jusqu'à produire des lipotlij^îiies, parce qu'alors le sang pourrait s'accumuler dans le sac anévrismal , et former un obstacle à la circulation au moment où le cœur reprendrait ses fonctions. J'ai vu, dans des circonstances semblables, des défaillances durer assez long-temps pour exciter de vives alarmes. Morgagni (i) dit les avoir vu une fois se terminer par la mort. Pour obvier à cet effet, on ne doit pratiquer que de petites ^saignées qu'on répétera fréquemment : c'est aussi par la même raison que l'ouverture faite parla lancette doitêtre peu étendue pourque le jet du sang ne soit ni trop abondant ni trop rapide , et c'est probablement dans la même intention que M. Pelletan (2) ouvrit la veine d'un de ses maladessans appliquer de ligature à la partie supérieure du membre , afin que

(1) Epjst. xvii , art. 02.

(2J Voyez plus liaul , observation deuxième.

îe sang pût s^couîer lentement en forme de nappe.

Les saignées et la diète sont les moyens les plus puissansde diminuer la force de la circulation 5 quoiqu^il y ait encore d'autres agens capables de faire parvenir au même résultat. L'immersion des extrémités dans Teau chaude était employée par Vâlsalva (i) dans Fintention de diminuer la quantité du sang qui se portait à l'anéviisme, en le forçant à se rendre dans une autre partie. L'effet de cette pratique n'est toutefois que temporaire; mais on peut s'en servir avec avantage pendant les paroxysmes de dyspnée qui accompagnent quelquefois les anévrismes de l'aorte.

La digitale a également été recommandée comme un agent puissant pour diminuer l'action du cœur et des artères. Je Fai vu employer dans le traitement des anévrismes , et quelquefois avec un bienfait marqué, surtout lorsque la maladie était compliquée d'hydropisie , ce qui arrive souvent^ Plusieurs auteurs ont recommandé les acides minéraux pour boisson ordinaire ; mais j'ignore d'après quoi l'on a pu s'en promettre d'heureux résultats dans le traitement des anévrismes. Il

(l) MOKGAGNI , LOC, cit.

est probable toutefois que quelques aîimens particuliers peuvent contribuer plus que d'autres à favoriser la formation du coagulum , quoique jusqu'ici l'expérience n'ait fourni aucune indication décisive à cet égard. L'application de la glace pilée ou de l'eau à la glace , a été conseillée dans le traitement des anévrismes, soit pour faire coaguler le sang renfermé dans le sac, soit pour favoriser la contraction de ce dernier. M. Guérin (i) a fortement recommandé son emploi, et M. Pelletan , qui s'en est servi plusieurs fois, en a retiré de grands avantages dans le traitement des anévrismes internes. Je l'ai vu appliquer sur un anévrisme inguinal voluanineux ; mais la douleur qu'elle produisit fut si grande, qu'on fut obligé de discontinuer son usage (a).

(i) Recueil périodique de la Société de santé à Paris , n° 1 1 1 .

(2) La glacç et les autres réfrigéraiis ont été employés dans l'intention de faciliter la formation du coagulum et l'oblitération de la cavilé de la tumeur elde l'artère. Ce moyen a quelquefois réussi ^ mais il ne peut pas convenir dans toutes los circonstances ; on concevra fjicileiuent qu'il favorisera la terminaison par gangrène ou la [onnation des escarres, lorsque la tumeur, Irèsvolumineuse, aura distendu les parties environnantes ^ altéré leur tissu j

Ï)ES ARTERES ET DES TEINES. 2l5

M. Pelletan a aussi fait appliquer des sangsues sur la tumeur : leur effet ne pouvait être que de diminuer la force de la circula-

aminci considérablement la peau. J'ajouterai que beaucoup de malades ne peuvent supporter rapplicadon de la glace que pendant quelques instans , et que pour d'autres elle est absolument intolérable. Cependant quelques observations démontrent les avantages qu'on a retirés de remjDloi de cet agent , et parmi les faits les plus curieux et les plus authentiques , je citerai celui qu'a vu et décrit M. Ribes , chirurgien aussi modeste que distingué. Le nommé Lefèvre ^ militaire invalide, âgé de quarante-six ans , de la taille de cinq pieds un pouce , bien constitué, avait la peau très - blanche , les yeux gris et les cheveux blonds. Il était très -agile, naturellement très-gai , et aimait beaucoup l'exercice du saut et de la course. Sa santé n'avait jamais été dérangée que par quelques affections vénériennes, lorsqu'en 1794? il fut blessé à la partie supérieure interne de la cuisse droite, près de l'aîne , par une balle qui traversa d'à» vaut en arrière, sans toucher le fémur ni aucun des gros vaisseaux. Quoique le malade eût été bien traité des affections vénériennes dont il avait été atteint, quoique sa blessure dût être regardée comme la moins compliquée possible , et qu'il observât le régime le plus strict et le plus parfait repos , il se passa plus de quatre mois avant qu'elle fût complètement cicatrisée. Ensuite^ comme la nature de la plaie avait exigé que le malade fléchît la jambe sur la cuisse pour faciliter la guérison , et rendre plus supportable la douleur de la partie 5 ce n©

tion par la soustraction du sang. Quand les tégumens sont minces et livides, l'applicatioR des sangsues pourrait tendre à accélérer la

fut que long-temps après la cicatrisation qu'il put étendre le membre. Il y avait trois ans qu'il était entièrement guéri de sa plaie , et il éprouvait encore dans l'extrémité blessée une faiblesse telle qu'elle le força de passer de la ligne dans les compagnies de vétérans résidant à Paris. C'est vers celle époque, qu'un jour , après avoir fait un effort en jouant avec sa femme , il ressentit au jarret du côté droit une très-vive douleur qui l'obligea de fléchir de nouveau la jambe sur la cuisse : il resta près d'un mois souffrant beaucoup, n'osant plus étendre le membre, et pouvant à peine se soutenir sur celte partie. Dans cet élat , il crut devoir essayer d'une jambe de bois j mais bientôt après, le genou , la jambe, et surtout le pied de ce côté , se gonflèrent tellement , qu'il fut contraint d'en abandonner l'usage , et en portant la main sur le lieu oîi il éprouvait le plus de douleur, il sentit une tumeur qui présentait des batlemens : elle avait alors un très-petit volume, mais elle ne tarda pas à prendre la grosseur d'un œuf de poule. Lefèvre employa sans succès différens remèdes qu'on lui avait conseillés; mais la maladie faisant des progrès, il se détermina à quitter les vétérans, et il obtint les Invalides au bout de plusieurs mois. Aussitôt qu'il fut arrive à l'hôtel , il entra à l'infirmerie. Sabatier n'eut pas de peine à reconnaître la nature du mal. Voici dans quel élat nous trouvâmes le malade. Il était un peu faible, pâle, et paraissait avoir maigri. La jambe était dans une demi-flexion sur la cuisse ; et il lui aurait été

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formation de l'escarre qui précède la rupture de la tumeur. Je crois qu'on peut tirer les conséquences suivantes des observations que nous avons rapportées.

impossible de l'étendre complèlenient, même en faisant beaucoup d'efforts. Le membre était gonfJë 3 les veipes superficielles, autour du genou et de la jambe, éiaient un peu dilatées • la tumeur anévrismale se trouvait au milieu du jarret et occupait la moitié de cette région. Les battemens étaient très-forts , et les parois de la tumeur îie semblaient pas avoir une graride épaisseur ) tout le membre était très-pesant 3 le malade se plaignait d'une espèce de fourmillement ou de picotement très-incomraode à la plante du pied , et souvent, pendant le somiiieil , il sentait une chaleur vive , comme si on lui avait appliqué le feu dans cette partie : son repos en était in-., terrompu ; mais aussitôt qu'il était réveillé , cette sensa-i lion disparaissait. '" '

On lui ordonna pour nourriture de la soupe et du bouillon, et on le mit a l'usage d'une tisane acidulée avec l'eau de Rabel. Comme la maladie , quoique déjà avancée , rie présentait rien encore de pressant , Sabatier voulut essayer l'usage des réfrigérans , que Guérin „ de Bordeaux, venait d'annoncer comme un moyen utile pour la cure de l'anévrisme. Ainsi, sans rien changer au régime qu'on avait d'abord prescrit , on fit appliquer sur la tumeur de la glace légèrement pilée , enveloppée dans un linge j d'autres fois un seul morceau était posé sur le lieu malade , et toujours sans exercer de pression. Dès les premiers quinze jours, les picolemens et fourîuillemens diminuèrent , et le membre tomba dans vn

si6 maiaAdies

1°, Que le dépôt du coagulum dans la cavité du sac anévrismal, et dans l'artère qui y conduit, est le mode par lequel la guérisou

engourdissement qui n'était ni douloureux ni pénible. Au bout d'un mois la fumeur a.vait diminué de volume, et elle éîait sensiblement plus rénifente • les parois étaient plus épaisses et plus dures, les battemens un peu moins marqués ot plus obscurs- le repos et le sommeil élaient en partie revenus. A la fin du second mois , la tumeur présentait au plus le tiers de son volume primitif^ elle était dure, résistante aii toucher, et on n'y apercevait presque j)lus de battemens. Les pico'emens avaient cesséj l'engorgement de la jambe et du pied était réellement diminué , et la dilatation des veines superficielles était moindre. Le malade continua de s'appliquer la glace luimême nuit et jour , jusqu'à la fin du troisième mois, tivec une constance rare , et il ne laissa jamais écouler dix minutes entre les applications. A cette époque, la tumeur a.vait à-peu-près neuf centimètres de longueur, et son milieu était du volume d'un œuf 4e pigeon y elle avait acquis beaucoup de dureté , et il y avait une quinzaine de jours qu'on ne sentait plus aucun batteiiieut. Au commencement du quatrième mois, Sabalier permit au malade de se lever. II marcha d'abord avec des béquilles , n'appuyant à terre que légèrement avec la pointe du pied , et la jambe un peu lléclue. Il ne ressentait plus aucune douleur, à moins qu'il ne voulut étendre le piembre y bienloi il ne s'appuya que sur un bcquillon , et à lu fin du quatrième mois , il sortit de l'infirmerie ; alors \ç ïi;ien?bi'e était moius gros que celui du côte opposé i.

spoatanée des anévrismes s'effectue le plus souvent.

3°. Que le coagulura est absorbé consécu-

l'extension ne se faisait pas complètement j mais nous regardâmes le malade comme entièrement gue'ri. Au cinquième mois, il marchait sans aucun soutien, et au sixième il avait repris son train de vie ordinaire. Vers le huitième \ mois, M. Caillot, professeur à la Faculté de Médecine de Strasbourg , vint à Paris. 11 me témoigna le désir de voirie malade. En y allant, nous le rencontrâmes dans la rue de Varennes , marchant très-vite j mais le membre paraissait un peu faible, et l'extensioa ne se faisait encore qu'incomplètement. M. Caillot tou-p cha la tumeur j il la trouva à-peu-près dans l'état indi-^ que plus haut. Au bout d'un an , à la suite de quelques €fforls, Lefèvre éprouva delà douleur dans cette partie. Il me fit appeler aussitôt. Je ne trouvai rien au jarret qui dut l'inquiéter, et je cherchai à le rassurer sur son état, ayant reconnu que de petites artères faisaient sentir leurs battemens à la partie interne et supérieure de la jambe. Cependant il voulut garder le repos , et appliquer de nouveau , pendant un mois , de la glace sur la partie. Depuis ce tenipa-là le membre avait repris la grosseur, Ja rectitude et la force de celui du côté opposé. Treize années s'écoulèrent sans que cet invalide éprouvât la moindre indisposition j mais au commencement de i8iip il perdit tout-à-coup sa gaîté ^ il tomba dans un état trèsgrand de tristesse et de mélancolie. Depuis ce moment , je n'ai plus eu occasion de le voir. Voici ce que m'écrivit ^yi. ïîaiîîel sur le compte de ce malade :

3l8 MALADIES

tivement, et que le sac et l'artère se contractent jusqu'à ce que le premier devienne une petite tumeur charnue , et la seconde un cylindre imperméable.

« Dans le courant de l'été dernier , quelques mois avant de mourir , M. Lefèvre vint me consulter. Je présumai , en considérant la nature des symptômes qu'il éprouvait depuis long-temps , une maladie organique du cœur. Il respirait avec peine, et ne pouvait monter un escalier sans être menacé de suffocation j il y avait des palpitations très-fortes , de la toux sans expectoration y le pouls était fréquent, irrégulier ^ la face était pâle, décolorée , offrait une sorte de lividité sur les lèvres et les joues 5 le sommeil était agité; tout le corps était parvenu à un grand degré de maigreur. Ces différens symptômes augmentèrent successivement. Je parvins à diminuer beaucoup les palpitations et la fréquence du pouls, au moyen de la digitale pourprée , sous forme de bol et en infusion. Le malade en fut soulagé momentanément y mais bientôt le pouls devint plus irrégulier, avec des intermissions si rapprochées que , sur trois pulsations , il en manquait une. L'oppression faisant des progrès , le malade ne pouvait prendre le moindre repos sans être dans «ne position droite. Les membres supérieurs et inférieurs devinrent œdémateux , les forces diminuèrent graduellement. M. Lefèvre mourut le 21 décembre iSii , après avoir éprouvé une agonie lrès~douloureuse qui a duré plus de dix jours. Tels sont , mon chère confrère , les détails principaux sur la maladie de M. Lefèvre 5 je desire qu'ils puissent remplir votre objet. »

5". Que dans quelques cas, la guérison a lieu par l'oblitération de la cavité du sac , sans qu'il survienne pour cela aucune obstrue-

Je ne fus instruit de la mort de ce mafade que le 12 janvier. M. Leroux, doyen de la Faculté' , sur rinvitation de M. Chaussier , fit faire près du préfet de police les de'marches ne'cessaires pour obtenir l'exhumation du corps; mais, maigre' les instances de M. le doyen, je n'eus le cadavre à ma disposition que le 16 janvier, vingt-sept jours après le décès du malade. Le temps avait été humide et chaud , de sorte que la putréfaction du sujet était déjà assez avancée pour me faire craindre de ne pouvoir en tirer aucun parti. Cependant je m.e déterminai à mettre la poitrine à découvert et à faire l'ouverture du péricarde. Je trouvai le cœur plus volumineux que dans l'état ordinaire , les cavités des ventricules et des oreillettes très-dilatées , leurs parois très-minces j la capacité de l'artère pulmonaire était un peu augmentée , ses membranes étaient comme imbibées de sang ; l'artère aorte m.e parut un peu moins grosse que la grandeur du sujet ne semblait le comporter ; les parois en étaient extrêmement blanches, mais elles étaient molles et souples; il n'y avait presque point d'eau dans le péricarde ni dans la plèvre; les poumons étaient denses , bleuâtres et trèsgorgés de sang , comme les poumons des vieillards qui sont dans un état très-avancé de scorbut ; le cœur et les grosses artères contenaient dans leur intérieur une grande quantité de sang noir et coagulé.

Après cet examen, j'ouvris la cavité abdominale , pour injecter l'artère fémorale par la partie inférieuie de l'aorlç.

32® MALADIEvS

tion dans le calibre de l'artère qui a donné naissance à la maladie : c'est ainsi qu'a lieu la guërison dans les anévrismes de l'aorte.

ventrale , afin de pouvoir employer un grand tube, et faire passer dans le membre inférieur une plus grande colonne d'injections^ mais la matière s'arrêta à l'endroil de l'oblite'ration de l'artère, et à l'origine de quelc[uesïines des branches qui naissent au commencement de la poplitée. L'injection n'ayant pas complètement réussi , je me déterminai à la pousser de bas en haut par la tibiale postérieure; mais je ne fus pas plus heureux : les gros troncs seulement se trouvèrent remplis. Je fus obligé d'injecter partiellement les petites artères : voici celles quii ont été conservées, et quel est l'état de l'artère oblitérée *.

La poplitée est convertie en une sorte de ligament dans l'étendue d'environ onze centimètres et demi (fig. i, aa) ; la portion qui était encore tuméfiée dans la partie moyenne de l'artère présentait une longueur de sept centimètres (b) ; cette portion , dans l'étal frais , avait dans son milieu dix-sept millimètres d'avant en arrière et vingt'' deux transversalement. Ensuite celte portion épaissie dç l'artère allait en s'amincissant , et se continuait en haut avec une partie de la poplitée , qui avait conservé son ca-» Jibre (c) ; et en bas elle se terminait à l'endroit de la nais» sance de la tibiale antérieure (d).

La face postérieure de celte masse celluleuse {&) est légèrement aplatie^ mais danç l'état frais on la voyait profondément déprimée, et contenait dans cette dépres*

* Voyez la planche is.

4". Que la formation du coagulum ayant ïieu en général dans les anévrismes , c'est un point essentiel d'empêcher l'accroissement du

sion la veine poplitée^ qui était très-dila(ée. Ces clciix parties adhéraient l'une à l'autre; le nerf ischiatique poplifé interne s'y trouvait aussi e'troilement uni. l

Il partait de la partie postérieure plusieurs vaisseau-S devenus ligamenteux , «ju'il a été impossible de conserver.

Vers la partie antérieure et inférieure on voit troia branches, qui étaient oblitérées dans l'étendue de deux ou trois centimètres [eeé] ; en dehors , un peu au-dessus de la partie moyenne, il y en a une assez considérable qui est oblitérée dans l'étendue d'environ un centimètre (/).

La portion de la poplitée qui a conservé son calibre {c), et qui se trouve entre la fémorale et la partie supérieure de l'artère oblitérée, fournit d'abord par son côté interne deux branches musculaires (j^g^) , et ensuite une collatérale interne supérieure {h).

Mais la plus importante, et qui s'est évidemment en grande partie développée depuis l'oblitération de îa poplitée , descend tout le long de la partie antérieure et interne de l'articulation du genou , et de la face interne du tibia , jusqu'à la partie moyenne de cet os {ii). Cette branche fournit d'abord un rameau en arrière et en de= hors, se porte à la partie postérieure de l'articulation , et va communiquer avec des collatérales externes (/l). On voit un second rameau (/) , sorti de la partie postérieure de celte branche, descendre touî le long du bord!

^22 ■ * Maladies

àac, qui peut finir par être oblitéré lorsque ce

même coagulant est très-abondant.

5°. Qu'enfin c'est à la force de la circulainterné du tibia , et aller se terminer à la partie inférieure du tronc qui lui a donné naissance (o).

Un troisième rameau suit la partie antérieure et interne de l'articulation du genou , va s'unir à un autre rameau de la même branche , et tous deux vont former un tronc commun qui se dirige vers la portion oblitérée de l'artère, mais qui se convertit en une sorte de ligament avant d'y arriver (772).

Après cela , la branche principale se divise en deux rameaux , qui descendent flexueusement {nn) tout le long de la partie interne du tibia. Ces rameaux , parvenus vers la partie interne du tibia , s'unissent l'un à l'autre, et, avec le rameau dont il a été parlé plus haut, forment un tronc commun (o) qui se dirige transversalement et va se terminer dans l'artère tibiale postérieure (/').

Le côté externe delà portion supérieure de la poplitée, après avoir produit quelques artères musculaires (y), fournit une branche qui donne d'abord une des artères collatérales externes. Bientôt grossie par des communications de quelques rameaux venant du côté inlerne^ Cette branche est unie avec Tarière poplitée malade par le moyen d'un rameau oblitéré dont il a été déjà parlé {f),

La branche principale descend ensuite vers le péroné {rr) , et se divise en deux rameaux. Le postérieur se subdivise encore en deux autres : l'un va s'unir avec la tibiale antérieure , un peu avant son passage par le ligament interosseux j et l'antre , beaucoup plus long , va se

tion qu'est dû raccroissement d«i sac et sa rupture ultérieure , et qu'ainsi l'indicatioa principale à remplir, pour favoriser la gué-

terminer dans une branche de l'artère péronière (ss). Le rameau antérieur (fig. 3 , t) se porte vers le devant du péroné , envoie d'abord un rameau (k) à l'artère récurrente tibiale antérieure , un second à l'articulation du péroné (x) , et le reste va se terminer à l'artère tibiale antérieure , dès que celle-ci est parvenue à la partie supérieure du ligament interosseux (zz) : telle est la disposition de la portion supérieure de la poplitée.

La portion inférieure commence à exister à l'endroit de la naissance de la (ibiale antérieure (d) 5 celle-ci suit la marche ordinaire et fournit la récurrente tibiale (u) qui communique , ainsi que le tronc même de la tibiale antérieure , avec des rameaux de la portion supérieure de îa poplitée (z).

Après la naissance de la tibiale antérieure , le tronc de îa poplitée descend l'espace d'environ quatre centimètres (j) , et se divise ensuite en péronière (etc.) et tibiale postérieure (p). La première de ces artères se partage en deux branches , et communique avec un trèsgros rameau qui naît de la branche externe de la portion, supérieure de la poplitée (s) , et la seconde reçoit la presque totalité de la branche interne fournie par la portion, supérieure de la poplitée (op).

Tel est l'état des artères qui existent dans cette pièce- Plusieurs n'ont pas reçu d'injeciion ; mais elles m'ont paru assez importantes pour devoir être conservées telles qu'elles sont.

ï'ison spontanée des anévrismes, est de minuer la force de la circulation»

Je suis persuadé que c'est à l'action de la glace qu'esÉ due l'oblitération de l'arlëre. Je ne crois pas que les moyens conlentifs qu'on a employés aient eu , par la légère pression qu'on a exercée , aucune pari à la guérisoti de la maladie : ainsi , c'est à l'aclion réfrigérante de la glace qu'est entièrement dû l'avantage de cette cure. Je pense que ce moyen mérite, pour le traitement de l'anévrisme, l'attention de tous les médecins.

Ainsi , la guérison de l'anévrisme s'opère par roblitération de l'artère dans le lieu malade , et la vie se main-, tietit dans le membre au moyen du développementxdes vaisseaux collatéraux , qui, par leurs mutuelles communications, suppléent à la portion oblitérée de l'artère , et rétablissent la circulation dans tous les points où le trône principal porte ses ramifications. Les observations qu'on a depuis long-temps recueillies sur ce sujet ne laissent aucun doute sur le développement d'artères collaléraleS dans la cure de l'anévrisme. Mais la circulation se rétablitelle toujours par le développement et les anastomoses des vaisseaux articulaires récurrens ou collatéraux , qui naissent en haut et en bas des points les plus voisins de la portion oblitérée de l'artère? Un praticien qui a puis- .«îamment concouru et qui concourt encore par ses tra-» vaux à l'illustration de la chirurgie française , M. Deschamps , ne le croit pas j les succès qu'il a obtenus de la ligature de l'arîcre féoiorale , dans le cas d'anévrisme de la poplilée, l'affermissent dans son opinion. Yoici cornment cet auteur s'exprime ;

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