OBSERVATION XXXVI
jLa cuisse d'un jeune homme fut amputée pour une maladie du genou. L'artère fémo-* raie fut embrassée par une ligature plate. Le moignon alla bien pendant les premiers huit jours; au bout de ce temps, la suppuration se manifesta sur toute sa surface , et l'hémor-' ragie parut le douzième jour. Elle fut si vio-^ lente qu'on ne put douter un instant qu'elle îie provînt de l'artère fémorale. Différens moyens topiques furent employés sans suc-' ces pour l'arrêter. L'état de suppuration du moignon ôtait la possibilité de trouver le vais^ seau à sa surface : on fut donc réduit à lier l'artère fémorale trois pouces environ au-^ dessous du ligament de Poupart. L'opération mit fin à l'hémorragie j la ligature se sépara au bout de quinze jours ,* la suppuration du moignon cessa , et après une exfoliation très-^ longue , le malade se rétablit.
Une autre cause d'hémorragie secondaire est la suppuration ou l'ulcération de la surface de la plaie, par suite de quelque effort violent en faisant l'opération , ou d'un traitement peu convenable après qu'elle a été faite. En détachant Fartère de toutes ses connexions , dans pne étendue considérable , et eu la séparant.
ainsi des sources de sa vitalité , on peut occasionner sa suppuration, et dans ce cas rhémor= ragiepeuten être la suite à la chute de la ligature. C'est probablement par des causes semblables que l'hémorragie secondaire se déclara dans plusieurs cas lorsque Hunter introduisit l'opération moderne. On liait alors Fartère fémorale dans un endroit où elle est trèséloignée de la surface du membre. On dilacérait profondément les parties en cherchant le vaisseau, qui, le plus souvent, était détaché dans une grande étendue de ses connexions : de là l'occurrence fréquente de Thémorragie secondaire. Mais la source la plus féconde de cet accident a été l'invention même de plusieurs machines proposées pour le prévenir : comme il fallait pour leur application que l'artère fût détachée dans une étendue considérable des parties environnantes , il en résultait Tulcération et la suppuration de ses membranes, et par suite l'hémorragie secondaire. Dans le premier cas où Hunter fit l'opération moderne, quatre ligatures furent appliquées à l'artère fémorale (1) : deux de ces ligatures ne furent serrées qu'autant qu'il
(j) Transactions ofa Society for the improi'emenî 0/ médical and chirurgical hiowledge , vol. i , p. 1 74^.
agS MALADIES
]e fallait pour comprimer les parois du vaisseau l'une contre l'autre. Le neuvième jour, il y eut une hémorragie considérable par la surface traumatique. Des abcès et des sinus dans le voisinage de l'artère se formèrent successivement, occasionnés par la présence de ces corps étrangers dans la plaie : sept mois entiers s'écoulèrent en effet avant qu'ils ea fussent sortis.
M. Birch (i) appliqua deux ligatures autour de l'artère fémorale : l'inférieure seule fut serrée, et Ton réserva l'autre en cas d'hémorragie. L homme mourut le quatorzième jour. En enlevant l'appareil, on trouva qu'un petit filet de sang artériel venait à l'instant de sortir par la plaie. De l'eau , injectée par l'artère iliaque externe, s'échappa en abondance de la même surface , dans l'endroit de la ligature où Tarière était ouverte et paraissait avoir été ulcérée.
M. Cline (2) passa un ruban double , de dix; ou douze lignes de largeur, au-dessous de l'artère fémorale; un morceau de liège, long d'un pouce , fut placé sur le vaisseau, et maintenu dans cette position au moyen du ruban supé-
(i) Transactions of a Sociely for improvement of médical and chirurgical knowlcdge , p. «66. {i)Ibid., p. 174.
rieur ; l'autre ruban ne fut pas serré. Le neuvième jour on les ôta, et tout paraissait bien aller , lorsque le malade fut attaqué de fièvre et mourut. En examinant l'étatdu membre après la mort, on trouva que l'ulcération existait dans toute la partie de l'artère comprise dans le ruban , et que des sinus s'étaient formés en haut et en bas , tout le long de la cuisse.
Il est inutile de grossir le nombre de ces exemples pour démontrer un fait aussi évident que la production de l'ulcération des membranes artérielles et de l'hémorragie secondaire , à la suite de la séparation du vaisseau de ses connexions naturelles dans une étendue considérable , et de sa conslriction par des corps étrangers. L'opération moderne , outre l'avantage de lier l'artère dans un endroit où ses membranes sont dans une condition saine, et où elles sont par conséquent moins sujettes à être comprises dans l'ulcération qui suit en général l'incision du sac anévrismal, en présente un autre non moins grand dans la possibilité où l*on est de favoriser les effets de la ligature par l'adhérence immédiate des parties environnantes. L'on ne peut avoir de sécurité qu'en obtenant le dépôt de lymphe à la surface externe de l'artère, et en hâtant son oblitération définitive. Il est donc
OOO MALADIES
à désirer qu'aucun corps étranger, à l'exception de la ligature , ne soit mis en contact avec l'artère , et de là le traitement peu rationnel de remplir la plaie de charpie» C'est à ce même traitement que l'on doit attribuer l'ulcération de l'artère et l'hémorragie funeste qui survinrent dans le second cas où Hunter fit l'opération moderne (i). L'introduction de corps étrangers dans la plaie occasionne la formation d^abcès et de sinus, qui, en s'étendant le long de l'artère, peuvent mettre à nu sa cavité au-dessus de l'adhérence produite par la ligature. M. Abernethy (2) a rapporté une observation dans laquelle la cavité de l'artère iliaque externe avait été ouverte par Fextension de l'ulcération d'une glande lymphatique voisine de ses membranes; et M. Travers (3) en a publié une autre dans laquelle l'extrémité supérieure d'une artère fémorale divisée avait été détruite par la formation d'un abcès dans son voisinage , après l'accomplissement d'un premier procédé d'oblitération. J'ai vu l'artère fémorale ouverte
(i) Transactions of a Society for Ûie improvement of médical and chirurgical knowledge , \o\. i, p. i58. (:>.) Surgical Obseri>. , on ^neurisms , p. a/jB , 2'^ édit. CS) Médical and chirurgical Transactions , vol. iv.
DES ARTÈRES ET DES VEINES. 5oi
par un sinus qui succéda à une fracture compliquée du fémur. Une hémorragie funeste en fut la suite. Le vaisseau paraissait avoir été détruit par l'ulcération , conjointement avec les parties environnantes. Ses membranes n'étaient nullement enflammées et ne contenaient ni lymphe ni coagulum. Ces faits prouvent le danger qui résulte quelquefois de 3a formation des abcès et des sinus dans le voisinage des grosses artères , et montrent en même temps comment on peut le prévenir après Popération de l'anévrisme , en favorisant Fadhérence immédiate de la plaie. Toutefois l'hémorragie secondaire n'accompagne pas d'une manière invariable la destruction, par la suppuration ou l'ulcération , de l'extrémité d'une artère liée. L'existence d'un caillot dans sa cavité est quelquefois une barrière suffisante pour empêcher l'épancheraent du sang,