CAUSÉS INTERNES DES MALADIES ARTICULAIRES
Toutes les fois qu’une sécrétion normale a été supprimée , ralentie ou altérée, des douleurs bu des lésions peuvent se développer dans les jointures ; c’est surtout à la suite des troubles survenus dans les fonctions cutanées et dans la menstruation que l’on observe cet ordre de conséquences.
La suppression d’évacuations morbides habituelles , comme celles qui se font par ies hémorrhoïdes , par les ulcères et les éruptions cutanées peuvent entraîner également des arthropathies de diverses natures ; les genres de lésions qui se manifestent alors varient suivant l’âge et les prédispositions des malades. En général , si la suppression a été brusque , la maladie articulaire est aiguë ; si la suppression a été lente , la maladie articulaire tend à l’état chronique. Cependant, l’ordre d’influences internes dont il faut le plus tenir compte pour comprendre l’origine des maladies articulaires qui se développent sans qu’aucune influence extérieure ait contribué à les produire , consiste dans les aflfections générales qu’on désigne sous le nom de diathèses.
Ce n’est pas ici le heu de démontrer qu’il existe réellement des modifications générales de l’économie qui prédisposent ceux qui en sont atteints à des lésions d’une nature déterminée. Tout le monde admet les diathèses scrofuleuses, rhumatismales, tuberculeuses , l’existence de la vérole constitutionnelle , de la dissolution scorbutique du sang , de la diathèse cancéreuse. Eh bien 1 ü n’est aucune de ces affections générales qui ne puisse se manifester par des maladies articulaires, et plusieurs d’entre elles, savoir les diathèses scrofuleuses, rhumatismales, tuberculeuses , ont une tendance spéciale à se manifester sur les articulations. Parmi les tumeurs fongueuses et suppurantes auxquelles les scrofuleux sont sujets , celles des articulations comptent parmi les plus communes ; les malades affectés de diathèse purulente voient fréquemment se diévelopper des abcès froids dans leurs synoviales , en même temps que dans d’autres
parties du corps. Les inflammations chroniques et les ulcérations dans les jointures comptent parmi les désordres multiples que la syphilis peut produire ; lorsque le sang^ dans le scorbut, a subi une dissolution, il peut s’épancher à l’intérieur comme à l’extérieur des jointures ; ii n’est pas jusqu’à la morve , comme je le prouverai plus loin , qui ne puisse entraîner des lésions articulaires.
Quand on voit ainsi les affections générales de l’économie exercer une influence si puissante sur la production des arthropathies , on comprend que l’étiologie complète de ces dernières suppose celle des diathèses elles-mêmes. Mais nous devons nous borner à indiquer ce sujet d’étude. Nous serions conduits ; à embrasser la pathologie tout entière ^ si nous voulions traiter avec détail toutes les questions aqui rentrent plus ou moins indirectement dans cet ouvrage. î
Cependant , la itègfessite’uu nous serons de reparler souvent des diathèses , so/^ii re^^nt^«ur leslîduses spéciales de chaque espèce de i^adie^^alâlfe^ soit' en traitant des moyens thérapeutiques fl^n ^w^^Ba^pOser , m’engage à présenter ici quelques cofiÇdera^^^rierafes /propres à éclairer leur histoire. ^ f
Si nous admettons diathèsçs-^ c’est que nous voyons se développer chez certains. mjJade's , sans causes extérieures , des lésions multiples^ qui se succèdent les unes aux autres, ou existent toutes à la fois ; et si nous établissons une différence entre ces diathèses, c’est que dans les unes certaines altérations* tendent à se produire, et que dans les autres, ce sont des altérations différentes ; en un mot , l’existence comme le caractère des diathèses ne nous est révélé que par leurs produits. C’est donc par ces produits qu’il faut les spécifler et non par leur nature qui nous échappe entièrement. Lorsque nous voyons des malades chez lesquels du pus , des tubercules se sécrètent simultanément dans un grand nombre d’ôrganes , sans qu’aucune cause extérieure en provoque le développement, nous disons que ces malades ont une disposition à sécréter du pus ou des tubercules • et nous appelons cette disposition diathèse purulente ou tuberculeuse.
ÉTIOLOGIE GÉNÉRALE -
On dit qu’un indiridu est scorbutique lorsque du sang liquide se sépare des vaisseaux, s’épanche à la surface et au-dessous des muqueuses , dans le tissu cellulaire , dans les muscles, dans les articulations. On juge également sa prédisposition par les produits qu’il a de la tendance à sécréter , et quoique le mot de scorbut dont on se sert babituellèment n’exprime pas une prédisposition à sécréter un sang liquide, chacun sait le sens qu’on doit lui assigner.
Partant des mêmes principes , on peut dire que ta goutte , véritable prédisposition à produire de l’acide urique , combinée avec diverses bases , est caractérisée par la sécrétion de cd acide ou par la tendance à le produire. Il est plus difficile d’appliquer l’idée générale que nous développons aux scrofules et aux rhumatismes.
On a peine à leur donner un nom qui entraîne l’idée des '”T altérations auxquelles ils prédisposent. Il est à remarquer, toutefois, que dans les rhumatismes aigus du chroniques, l’anatomie pathologique démontre dans les articulations , soit des sécrétions de sérosité , soit des sécrétions de 1 jîtophe plastique , qui s’organisent régulièrement ^et .passent a Jétat de tissus fibreux. ^ ^
Dans les scrofules , qu’il faut distinguer des diathèses purulentes , ce sont surtout des fongosités qui sont produites , c’està-dire des masses charnues , molles , pénétrées de vaisseaux , que nous ayons reconnues être formées par une matière organisable arrêtée dans son organisation.
On peut donc caractériser toutes les diathèses par leurs produits ; la différence et l’analogie de leurs produits établissent la différence et l’analogie qui existent entre elles. Ces idées admises, on voit^ en s’appuyant sur des travaux d’anatomie pathologique que nous avons exposés , qu’il y a trois espèces principales de diathèses: 1“ dans les moins graves, il y a tendance à sécréter des produits qui s’organisent ; ce sont les diathèses rhumatismales aiguës et chroniques ; 2® viennent ensuite les diathèses avec disposition à sécréter des produits qui s’organisent incomplètement (diathèse scrofuleuse) ; 3® les plus graves enfin , celles dans lesquelles il y a tendance à la sécrétion de
produits qui ne s’organisent pas. Ce sont les diathèses tuberculeuse , purulente, et même la diathèse qui se caractérise par la sécrétion de l’acide urique.
En voyant ainsi la prédisposition à sécréter des fongosités , tenir le milieu entre la tendance aux produits qui s’organisent et la tendance aux produits qui ne s’organisent pas, on devine sans peine qu’il n’existe pas une ligne de démarcation tranchée; entre toutes ces prédispositions^ et qu’elles peuvent se combiner de diverses manières entre elles. Ainsi , on voit tous les jours des fongosités et des suppurations se développer simultanément «hez le même sujet, des inflammations chroniques sans fongosités 4ans une partie du corps, et des inflammations avec fongosités dans d’autres parties.
Dans ces cas , la diathèse n’a pas un caractère univoque , et l’état que l’on observe tient le milieu entre deux autres états nettement caractérisés.
L’on considère, en général, surtout depuis l’influence exercée sur les idées médicales par l’anatomie pathologique, qu’il existe des tissus dans lesquels siègent, à l’exclusion des autres, les maladies rhumatismales et scrofuleuses, etc. Ainsi, suivant un grand nombre d’auteurs, les rhumatismes aigus et chroniques sont les maladies du tissu fibreux , et les scrofules sont des maladies du système lymphatique. Je n’hésite pas à le dire , il y a peu d’erreurs aussi graves parmi les opinions généralement adoptées. Les diathèses rhumatismales scrofuleuses et purulentes peuvent tendre à se mani'^ fester dans certains tissus de préférence à d’autres , mais elles envahissent l’organisme tou* entier ; elles sont , sous ce rapport, semblables à l’affection syphilitique ; elles se manifestent de préférence à la gorge , au nez , à la peau, etc. Mais elles n’en sont pas moins des affections générales qui peuvent produire des altérations dans quelque partie du corps que ce soit.
Quand nous traiterons en particulier des rhumatismes aigus et chroniques , des rapports des maladies articulaires avec les scrofules et la diathèse purulente , nous nous appliquerons à multiplier les preuves à l’appui de l’opinion que nous émettons
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sur le siège de ces diathèses dans tout l’organisme ; nous prouverons qu’il n’est pas une des parties du corps où elles ne fassent sentir leur influence , pas un tissu qu’elles ne puissent affecter , et nous prouverons que le sang est altéré dans toutes ces maladies , que du moins il a été trouvé tel dans les cas où on a pu les étudier. L’analyse des, fonctions de la peau, celle des fonctions digestives, de la calorification , nous fera voir à quel point ces fonctions sont modifiées dans chaque diathèse, et de cet ensemble de preuves, nous pourrons rigoureusement conclure que ces diathèses n’ont aucun siège spécial et qu’elles occupent réellement l’organisme tout entier.
L’étude des causes ne conduit pas moins que celle du siège à établir des rapports entre les rhumatismes, les scrofules , et les diathèses purulentes. On les voit survenir les unes ou les autres à la suite des refroidissements , du séjour dans des lieux humides^, de la suppression des règles ou de celle des lochies et du lait. Toutes les causes qui peuvent altérer les fonctions de la peau soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie, dans les fièvres éruptives par exemple , peuvent les entraîner à leur suite. Aussi dans l’immense majorité des cas l’une des indications à remplir, consiste à activer les sécrétions de la peau. L’expérience a justifié l’importance des moyens qui servent à remplir cette indication, l’étude des causes ne contribue pas à lui assigner une moindre valeur. Pour continuer les rapprochements que nous établissons , nous devons examiner les moyens vantés aux diverses époques de la science contre les rhumatismes chroniques, les scrofules , et les diathèses purulentes ; ceux qui ont été présentés comme efficaces dans l’une de ces affections, n’ont pas tardé à être proposés pour les autres.
Les eaux minérales sulfureuses et les eaux salines ont été conseillées dans chacune d’elles ; il en est de même des sudorifiques, des préparations alcalines, et, pour ne parler que des moyens récemment introduits dans la science , l’huile de foie de morue vantée d’abord contre le rachitisme, l’a été plus tard contre les scrofules proprement dits et contre le rhumatisme ; l’iodure de potassium a été conseillé non-seulement dans la syphilis et les scrofules, mais dans les rhumatismes. ^
Lorsqu’on embrasse avant tout les caractères communs des affections rhumatismales, scrofuleuses et purulentes, causes’ ordinaires des lésions locales des articulations, frappé des points de contact si nombreux qui existent entre elles , l’on demeure convaincu que si l’étude de leurs manifestations extérieures tend à les placer à de grandes distances les unes des autres , une étude plus approfondie tend à les rapprocher, et l’on comprend, comment les pathologistes, en s’occupant des causes et du traitement des unes et des autres , reproduisent sans cesse la même énumération d’influences extérieures et la même description de méthodes curatives.
Ces rapprochements ne nous font point méconnaître les différences profondes qui séparent ces affections ; mais quand on voit les mêmes causes les produire, et les mêmes traitements en amener la guérison , n’est-il pas naturel de penser qu’elles se touchent par ce qu’il y a de plus essentiel dans leur nature. Je suis porté à croire que les mêmes principes morbides introduits dans l’économie, produisent tantôt l’une de ces affections, tantôt l’autre , uniquement à cause des prédispositions différentes qui sont propres à chaque individu et à chaque âge. Les enfants ont de la disposition aux Sécrétions de pus et de fongosités , ils deviennent scrofuleux ; les jeunes gens et les adultes ont de la tendance aux inflammations rapides dans leur marche , ils sont prédisposés aux rhumatismes aigus ; les hommes mûrs et les vieillards sont sujets aux maladies lentes et sans tendance à la suppuration, on voit souvent chez eux des rhumatismes chroniques.
Dans ma pensée , les scrofules , les rhumatismes ont donc cela de commun qu’ils seraient dus aux mêmes principes morbir fiques , et [leurs différences dépendraient seulement du mode suivant lequel réagit sous l’influence de cette cause , chaque âge et chaque constitution. Je rendrai ma pensée plus claire parun exemple.
L’on sait que du levain mélangé avec la farine de froment convenablement pétrie , y détermine une certaine fermentation, c’est la fermentation panée ; mélangé à des raisins ou à de l’eau sucrée , il y détermine la fermentation alcoolique ; enfin , si on
DU DIAGNOSTIC
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le mélange avec des feuilles disposées à la putréfaction , il hâte leur passage à la fermentation putride. Combien de résultats différents sous l’influence de la môme cause : c’est toujours le même levain dont on s’est servi ; et cependant l’on a obtenu dans un cas la fermentation panée; dans un autre, la fermentation alcoolique ; dans un troisième , la fermentation putride. La différence des résultats est venue seulement de la différence des matièrçs avec lesquels le levain avait été mélangé.
11 en est de même lorsqu’un principe morbide est déposé dans l’économie ; il produit ici des suppurations , là , des fongosités, ailleurs, des inflammations aiguës ou des inflammations chroniques, et toutes ces différences dépendent des prédispositions diverses que présentaient les malades.