EFFETS DES POSITIONS DES MEMBRES DANS LES MALADIES ARTICULAIRES
Les positions des membres dans les maladies articulaires ont à peine fixé l’attention des chirurgiens, et les auteurs qui ne les ont pas complètement négligées se sont contentés de dire que les malades adoptaient instinctivement celles qui leur étaient le plus avantageuses, et qu’une fois choisiesj elles devaient être respectées jusqu’à la guérison complète des phénomènes inflammatoires.
Une suite d’observations et d’expériences dont le lecteur appréciera la portée m’a conduit à regarder comme erronées et incomplètes cès idées sur les causes et les effets des positions, et comme dangereuse l’expectation qui en est la conséquence.
Les positions peuvent être dictées instinctivement aux malades par ce besoin de fixité dont là satisfaction soulage les douleurs articulaires ; mais elles dépendent aussi de causes non moins actives et indépendantes de cette fixité. Ces dernières sont le poids des membres qui entraîne les articulations dans des directions différéntes, suivant le côté vers lequel le tronc s’incline; la pression des couvertures, la recherche instinctive des situa-
(l) J’ai placé l’article que l'on va lire parmi ceux que j’ai consacrés aux causes locales qui produisent ou aggravent les maladies articulaires ; il devait avoir cette place, parce que les mauvaises positions ont une influence très-nuisible sur la marche de toutes les lésions des jointures ; mais, sous plusieurs rapports, il ne touche qu’indireçtement aux questions d’étiologie que nous examinons en ce moment. J’ai cru devoir le publier avec tous ses développements, car il est impossible de scinder les considérations qui se rattachent à la question générale des positions.
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tions propres à soulager les douleurs, les contractions musculaires permanentes, etc.
Considérées sous le rapport de leurs effets, les positions exercent en général la plus grande influence sur la marche des maladies articulaires. Si, dans quelcjues cas rares, elles ne sont point une cause d’aggravation du mal , dans les cas les plus nombreux, elles augmentent les inflammations et les douleurs, parce qu’elles entraînent la distension violente et continue d’une partie des ligaments, et que sous leur influence les os tendent à s’abandonner et à éprouver ces luxations dites spontanées, qui ne sont autre chose que les eflets d’une position vicieuse agissant sur des articulations dont les liens fibreux sont affaiblis.
Quand nous aborderons les questions thérapeutiques qui s’appliquent à un grand nombre de maladies articulaires, nous montrerons que puisqu’il est des positions qui n’entraînent ni distension des ligaments, ni tendance aux luxations, tandis qu’il en est d’autres qui produisent ces deux effets, il faut conserver les premières, si elles existent, et les substituer aux secondes, si, comme on le voit d’ordinaire, ce sont ces dernières que les malades ont choisies. Cette conséquence est d’autant plus facile à adopter que, par une coïncidence heureuse, ce senties positions qui préviennent les distensions et les déplacements, qui, dans le cas d’ ankylosés, permettent le plus facilement l’exercice des membres. .
Il est difiicile de dire en général quelles sont les positions que choisissent les malades dans les affections articulaires; ce ne sera qu’en traitant de chaque articulation en particulier que Je pourrm en donner une description exacte. Je me contente ici d’engager le lecteur à Jeter un coup d’œil sur l’atlas, dans lequel J’ai fait dessiner un grand nombre de ces positions ; ce coup d’œil lui en donnera une idée plus Juste que de longues descriptions.
MALADIES DES ARtîCüLATÎONS.
Causes des positions qu’adoptent les malades dans les lésions articulaires
Les causes qui portent les malades à adopter telle ou telle position, à mettre les os qui composent leurs articulations dans de certains rapports, sont :
A. Les effets physiques produits par l’accumulation des liquides dans les cavités synoviales.
B. Le poids des membres et les pressions exercées sur eux par les corps environnants.
C. La nécessité pour les malades de choisir une position dans laquelle les articulations atteintes soient aussi fixes que possible.
D. Les contractures actives ou passives des muscles.
J’ai fait connaître, page 5Ô et suivantes, les effets physiques que produit après la moril’ accumulation des liquides dans les cavités synoviales. On peut se demander si les sécrétions de liquide qui se forment dans certaines maladies articulaires ne pourraient pas produire dans les rapports des os entre eux. les mômes résultats que les injections artificielles ; je suis disposé à répondre par l’affirmative. Cependant il me paraît que cet effet physique ne peut se produire que lorsque le liquide est sécrété en abondance et avec promptitude, comme on le voit dans les hydarthroses aiguës. Dans ce cas, comme dans nos expériences, la réplélion de la cavité articulaire est presque' subite, sa dilatation considérable. Pour diminuer la douleur, le malade place son membre dans la position qui donne à la cavité articulaire son maximumi de capacité j et par suite le moins de tension possible à la capsule séro-fibreusé.
Mais s’il s’agit d’un épanchement qui se forme lentement, d’une hydartbrose chronique par exemple, la capsule fibreuse de l’articulation, éprouvant une distension progressive, cédera à l’effort qui est exercé sur elle ; le liquide ne s’interposera pas entre les os, et ceux-ci ne seront pas contraints à se placer dans les rapports où ils laissent le plus grand intervalle entre eux. II. est inutile de faire remarquer que dès que le liquide peut s’échapper de la cavité synoviafe rompue ou ulcérée, il n’exerce
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plus également aucune influence sur la position des os qui forment les articulations.
L’influence qu’exerce sur la position des membres leur poids et les pressions exercées sur eux Tarie suivant l’attitude générale du corps.
Ainsi, dans une lésion du genou, si le malade est couché sUr le dos, le membre, par son propre poids, est ramené à l’ex-* tension, et a seulement quelque tendance à se tourner ën dehors; mais si le tronc s’incline du côté de l’articulation malade, c’est nécessairement ëh dehors que cette articulation est entraînée par son poids ; enfin, lorsque, par habitude ou pour éviter des pressions douloureuses, le malade se couche siir le côté sain, le membre affecté se renverse en dedans.
Le poids des courertures, lorsqu’on n’y soustrait pas le malade, agit dans le même sens que le poids des membres. Il tend à renverser les membres inférieurs en dedans Ou eii dehors, s’ils ont déjà commencé à éprouver l’un Ou l’autre de fces dé-* placements.
Tous les mouvements qu’exécute une articulation enflammée y déterminent dés douleurs plus ou moins vives, et par suite une augmentation des phénomènes morbides. Lés malades sont donc conduits à prévenir ces mouvements, et à chercher les positions où leurs articulations affectées sont aussi fixes que possible. Ils adoptent dès-lors celles bù leurs membres ont un point d’appui solide. Ainsi, lorsqu’ils reposent sur l’un des côtés du tronc, ils sont obligés de fléchir la jambe sur la cuisse et la cuisse sur le bassin, et de reposer sur ces parties fléchies qui leur offrent une base plus étendue de sustentation, et assurent la fixité qu’ils recherchent.
En plaçant ainsi leurs membrës affectés, ils reproduisent ee que nous faisons instinctivement tous les jours dans l’état de repos. Couchés sur le côté, nous fléchissons les membres inférieurs. Leur demi-flexion est alors nécessaire, car la base de sustentation étant insuffisante si les membres sont dans l’extension, le tronc ne peut rester immobile qu’à l’aide d’un effort continu ; sitôt que les membres sont fléchis, l’immobilité n’exigé plus aucun effort.
Les contractions convulsives et permanentes des muscles sous l’influence d’une affection nerveuse, produisent et entretiennent un grand nombre de positions vicieuses, comme on le voit souvent dans la production des pieds-bots, et en générai dans les déformations consécutives aux maladies générales du système nerveux. Mais les contractions musculaires ne sont pas une cause primitive des positions vicieuses dans les maladies articulaires, elles contribuent seulement à rendre ces positions permanentes ; car, lorsque les os se sont maintenus longtemps dans de certains rapports, les muscles qui servent à les mouvoir se rétractent du côté le plus court, et lorsqu’ils ont éprouvé pendant longtemps un raccourcissement consécutif, il devient très-difficile, impossible même, de les allonger. L’obstacle qu’ils opposent alors s’ajoute à toutes les autres causes qui rendent le redressement des membres plus ou moins difficile.
Les causes que nous venons d’énumérer, et dont l’influence explique les positions qu’adoptent les malades dans les lésions articulaires, n’ont pas toutes la même importance, et le degré d’influence qu’elles ont sur ces positions est difficile à déterminer, parce que les rôles qu’elles remplissent dans la production de ce genre de phénomène, s’exécutant simultanément, une analyse un peu arbitraire peut seule déterminer jusqu’où s’étend l’action de l’une d’elles, et où s’arrête celle des autres.
Sans doute, lorsque de la sérosité, du pus, de la matière organisable, sont accumulés dans les articulations brusquement et en masses assez considérables ;pour en distendre violemment les cavités, la position des os doit être celle que nous produisons artificiellement par nos injections forcées. Cette position est une conséquence physique si nécessaire de la distension exercée par le liquide, qu’il est impossible aux malades de s’y soustraire. Mais si la sérosité ou le pus ne distendent que médiocrement la cavité, soit qu’ils ne s’y trouvent qu’en petite quantité , soit qu’ils aient déterminé une rupture de la synoviale et se soient épanchés dans le tissu cellulaire, le malade pourra prendre une position quelconque, ou du moins il n’en sera point empêché par les liquides épanchés dans l’articulation, et il se prêtera sans résistance à tous les mouvements
ÉTIOLOGIE GÉKÉaALE.
qu’on voudra lui imprimer. L’influence exercée sur les positions par les liquides produits d’une sécrétion morbide^ est donc exceptionnelle, et ne doit se manifester que lorsque leur accumulation est extrême et qu’elle a été rapide.
Il n’en est pas de même de rinfluence exercée par les autres causes, telles que le besoin pour les malades de chercher une position fixe qui prévienne ou diminue les ébranlements douloureux, le poids des membres, la pression des couvertures. Celles-là agissent constamment. Toutefois, comme on le verra dans l’étude des spécialités, les positions qu’entraîne l’üné des causes étant souvent les mêmes que celles dont la production résulte de l’intervention commune des autres ; la flexion du genou, par exemple, combinée avec l’abduction, étant l’cflet simultané de raccumulation forcée d’un liquide, du besoin d’agrandir la base, sur laquéllè appuie le membre, du poids des couvertures et de celui de la partie malade ; on ne saurait strictement déterminer la part d’influence qui revient à chacune de ces causes.
Des effets que produisent les positions dans les maladies des articulations.
Les positions qu’adoptent les malades n’exercent quelquefois aucune influence fâcheuse sur Tissue des maladies articulaires ; mais dans les cas les plus nombreux elles entretiennent et aggravent ces maladies; je vais d’abord rechercher dans quelles conditions elles exercent cette fâcheuse influence. Ce point établi, il sera facile de comprendre quand elles sont innocentes et peuvent être conservées.
Une position est nuisible lorsqu’elle entraîne la distension continue des parties molles placées sur l’un des côtés d’une articulation.
Lorsque les parties molles placées sur l’un des côtés d’une articulation sont distendues, comme on le.voitj par exemple, au côté externe de l’articulation du pied, quand celui-ci se renverse en dedans et repose sur son bOrd externe, la distension s’exerce tout à la fois sur les ligaments, sur la membrane synoviale qui tapisse la surface interne de ces ligaments et sur les vaisseaux et les nerfs qui se rendent à leur côté externe. Cette
MALADIES DES ABTICüLATIOAS.
distension serait nuisible dans une articulation saine, comme le raisonnement le fait prévoir et comme le démontre la douleur qu’on ressent dès qu’on place une de ces articulations de manière à distendre l’un de ses côtés; elle est bien plus nuisible encore dans une articulation dont la synoviale et les ligaments sont enflammés et ramollis. Dans l’état sain, elle produisait une douleur obtuse ; dans l’état morbide, elle devient une cause de persistance de l’inflammation, de déchirures; et d’ulcérations.
La justesse des craintes que l’on peut concevoir sur les effets de cette distension, par suite d’une position vicieuse, m’a été démontrée anatomiquement; car à l’autopsie la synoviale, les ligaments et le tissu cellulaire offrent presque toujours les altérations les plus graves du côté où ils ont été le plus distendus. A part quelques cas très-rares, on peut prévoir, en' se guidant sur les effets des positions, si au pied, au genou, etc., ce sont les ligaments internes ou externes qui sont le plus altérés.
Une position est nuisible lorsqu’elle détermine une pression forte et continue contre une partie des surfaces osseuses qui composent une articulation.
Lorsqu’une articulatiori est placée de manière que ses ligaments soient distendus d’un côté, les oS qui la forment sont rapprochés avec force du côté opposé ; ainsi, dans l’exemple que je choisissais plus haut, c’est-à-dire dans celui où les ligaments externes du pied sont distendus, la surface articulaire de l’astragale presse fortement contre cellé du tibia, au côté interne de l’articulation.
On ne peut reconnaître dans l’état sain les dangers inhérents à cette pression inégale ; mais l’expérience m’a démontré que, dans l’état pathologique, lorsque les os sont ramollis primitivement ou consécutivement à une maladie de la synoviale, les cartilages et les os sont ulcérés plus profondément que partout ailleurs dans les parties où la pression a été le plus longtemps prolongée; cette ulcération est telle, dans quelques circonstances, que lorsqu’une bonne situation a été substituée à une mauvaise, il reste un vide triangulaire du côté où l’ulcération s’est faite, et que ce vide empêche la permanence de tout redressement opéré après sa formation.
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Une position est nuisible lorsqu’elle tend à produire des luxations spontanées.
Les luxations dites spontanées supposent toujours une altération des liens qui unissent les os entre eux; mais, lors même que cette altération existe, elles ne peuvent se produire que dans certaines positions. Les positions qui les favorisent sont : 1“ celles qui placent les os dans des rapports tels que leur contact soit moins étendu et leur coaptation en quelque sorte moins intime. De ce nombre est la position où le fémur, flécM sur le bassin^ est porté dans l’adduction et la rotation en dedans ; sa tête, dans ce cas, fait saillie au côté externe de la cavité cotyloïde, et n’est retenue qu’incomplètement par le bord de cette cavité. 2“ Les positions qui tendent à produire des mouvements étrangers à l’état pormabou à exagérer des mouvements normaux, celles, par exemple, qui tendent à produire des mouvements de latéralité du tibia sur le fémur, ou à exagérer l’extension du premier sur le second de ces os.
Je ferai remarquer que lorsqu’on veut juger des positions qui peuvent favoriser les luxations spontanées, il ne faut pas les considérer seulement dans le cas où les malades restent en repos dans le lit ; il faut les examiner lorsque les malades se soulèvent. Pendant ce soulèvement, la distension des ligaments et la tendance aux luxations spontanées sont plus faciles à reconnaître.
Une observation générale qui m’a montré toute l’importance des positions parmi les causes deS; luxations spontanées, est le rapport exact que j’ai reconnu depuis que je le cbercbe, entre les variétés de ces luxations et celles des positions adoptées par les malades. Ce rapport est tel, que- la position étant donnée, on peut déterminer à priori l’espèce de luxation qui existe avec elle, et réciproquement l’on peut remonter de la connaissance de la luxation à celle de la position choisie par le malade.
Une position est utile lorsqu’elle n’entraîne la distension d’aucune partie de la synoviale et des ligaments, qu’elle n’expose à aucune luxation spontanée, et qu’elle permet, dans le cas d’ ankylosé, l’exercice le plus facile du membre malade.
On ne peut contester ce principe sur les conditions que doi-
vent réunir les positions utiles dans les maladies articulaires. Mais l’on se demande s’il est des positions qui puissent réunir un ensemble de conditions aussi favorables. Un examen attentif permet de répondre par l’affirmative ; car, par une coïncidence heureuse et qui assure la diffusion des principes de traitement que je veux établir , les positions qui préviennent le plus sûrement les distensions des parties molles et les déplacements des os sont précisément celles qui, dans les cas d’ankylose, assurent l’exercice le plus complet des fonctions des membres.
C’est dans l’extension médiocre de la cuisse sur le bassin, delà Jambe sur la cuisse, et dans la position où le pied fait en arrière un angle droit avec la jambe, que les fonctions du membre inférieur s’exécutent le mieux, dans le cas d’ankylose. C’est dans les mêmes positions^ comme on le verra plus loin, que les parties piolles sont le moins distendues et les luxations le moins à craindre (1).
(I) Dans mon Mémoire sur les positions dès membres dans les maladies articulaires {Gazette médicale 14 et 21 novembre 1340), j’avançais ce que je répète dans cet ouvrage, que ces positions ont à peine fixé l’attention des chirurgiens, et que les auteurs qui ne les ont pas complètement négligées se sont contentés de dire qufeTèS malades adoptaient instinctivement celles qui leur étaient les plus avantageuses, et qu’une fois choisies, elles devaient être respectées jusqu’à la guérison complète des phénomènes inflammatoires,
Ges propositions ont été vivement combattues par M. Mayor, dans un article inséré dans la Gazette médicale, quelque temps après la publication de mon Mémoire. Cet auteur s’est efforcé de démontrer, par de nombreuses citations de son Nouveau Système de déligation chirurgicale, que la question des positions des membres dans les maladies des articulations l’a spécialement occupé après avoir été un sujet d’étude pour la plupart des^ chirurgiens.
Pour faire apprécier les prétentions de M, Mayor, il me suffira de dire que les passages de son livre, qu'il cite comme preuve de ses travaux sur les positions dans les maladies articulaires, se rapportent uniquement aux positions dans les fraétüres ; il s’est contenté de supprimer dans ses citations les mots fractures, fragmèntsyet il a pu faire ainsi un instant illusion aux Içcteurs qui n’ont pas comparé le texte de son ouvrage aveç les, prétendus extraits qu’il en a faits dans l’article que j’examine.
Il suffît, pour se convaincre de ce que j’avance, de comparer les textes suivants. Dans l’article destiné à réfuter mon Mémoire, M. Mayor rappelle qu’à la page 245 de son Système de déligation chirurgicale, il a dit : « Le chirurgien doit « s’enquérir avant tout de la meilleure position à donner; et ensuite seulement « des moyens propres à la conserver invariable. »
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§ 2. CIRCONSTANCES EXTÉRIEURES AU MILIEU DESQUELLES PEUVENT SE DÉVELOPPER LES MALADIES ARTICULAIRES.
Nous ne nous sommes occupé jusqu’à présent que des causes physiques qui agissent directement sur les articulations^ telles que la contusion, l’immobilité prolongée, les mauvaises positions, nous allons passer à l’étude d’un ordre de circonstances intermédiaires à ces causes toutes physiques et à celles qui tiennent uniquement au jeu intérieur des organes. Nous voulons parler des influences extérieures^ telles que les causes de refroidissement, le séjour dans les habitations humides ;
Je lis le texte même de l’ouvrage et je trouve : « Là oà il faut que le chirurgien « coopère à la guérison des fractures, il doit s’enquérir avant tout de la meil- <■ leure position à donner aux fragments, et ensuite seulement des moyens pro- « près à la conserver invariable. »
Autre exemple. — Dans son article, M. Mayor cite le passage suivant, extrait de la page 249,:
« Et comment ne voitron pas que la seule position q.u’on a donnée, et qu’on « s’est appliqué à conserver tant bien que, mal, est le point, dominant, »
Je lis la page 249 , et je trouve :
« Et\eomment ne voit-on pas que la seule position qu’on a, donnée et qu’on <t s’est appliqué à conserver , tant bien que mal, est le point dominant, soit pour « empêcher et traiter les symptômes accessoires qu’on redoute, soit pourfavori- « ser l’heureuse formation du cal qu’on désire et cherche. »
On le voit, M. Mayor oublie toujours dans ses citations le complément nécessaire qui en explique le sens ; il oublie surtout de dire que le chapitre d’où elles sont tirées est intitulé Traitement des fractures; mais que l’on. admette que les passages que j’ai rappelés, et plusieurs autres.de même force, aient réellement trait aux positions dans les maladies articulaires, la.priorité de mes travaux ne me serait nullement enlevée ; il n’ea resterait pas moins -vrai que le premier j’ai fait connaître avec détails les diverses positions qu’à^è^té^les malades, et les causes de ces positions; que le premier j’ai établi ett"pmèipè|g;uels sont les caractères de celles qui sont utiles, de celles qui aggravent Ic^ ni'âladies, des jointures, et que j’ai montré les nombreuses applications que l’on.peuf faire de cette connaissance à l’étiologie et à la thérapeutique des maladies articulaires. L’étendue de ce travail ne peut être appréciée après la lecture de l’article qui précède cette note, il faut lire ce qui est relatif aux maladies de chaque articulation en particulier, et consulter l’atlas, pour embrasser l’ensemble de cette question ; qu’il me suffise de dire que, dans mon Mémoire publié il y a trois ans, j’avais déjà indiqué toutes les observations que j’expose avec plus de développement dans cet ouvrage.
3ÎALADIES DES ARTICULATIONS.
nous en traiterons avec détail ; leur étude est l’une de celles qui rentrent le plus directement dans l’étiologie générale des maladies articulaires.
Des Refroidissements.
C’est un fait généralement admis dans la science, que des refroidissements peuvent être cause d’arthrite aiguë, d’arthrite chronique , et que, s’ils agissent dans de certaines conditions spéciales, ils peuvent produire des tumeurs fongueuses, des ahcès froids , etc. Mais l’on s’est borné en général à constater leur influence nuisible, sans rechercher dans quelles conditions spéciales , soit de la part des malades , soit de la part des corps froids^ ils pouvaient entraîner des conséquences graves. J’élimine ici , pour le moment, les modifications qu’impriment à leurs effets les maladies dont peuvent être affectés les individus sur lesquels ils agissent, et je me borne à étudier leur action sur l’organisme dans l’état de santé.
Depuis que l’on connaît les résultats si souvent remarquables et toujours si innocents de l’hydrothérapie , l’on comprend combien il est nécessaire de réviser tout ce qui a été écrit sur les effets du froid , et de tenir compte de toutes les circonstances au milieu desquelles il se fait sentir.
Les observations les plus nombreuses démontrent que les arthrites aiguës ou chroniques se développent fréquemment à la suite de l’impression d’un air froid sur un corps échauffé par l’exercice. En compulsant les observations éparses dans les auteurs, et dans lesquelles on trouve assez de détails pour apprécier les conditions du refroidissement „ on reconnaît presque constamment ces deux circonstances, la sueur produite par l’exercice , le refroidissement produit par l’air. En général, il s’agît de malades qui, après s’être livrés à une marche rapide, se sont exposés, tout couverts de sueur, à des courants d’air froid, ou sont entrés dans des appartements humides, des caves par exemple, etc. Il est probable, quoique les auteurs ne s’expliquent point à cet égard, que dans ces cas^ l’impression de l’air, froid n’a pas été momentanée, qu’elle s’est prolongée
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assez longtemps, et que le malade est resté dans rinaction.
Mais s’il est très-ordinaire de voir un refroidissement par l’air produire une arthrite aiguë, lorsqu’il agit sur le corps échauffé par l’exercice , le même résultat peut-il être produit quand l’air froid agit sur un homme en sueur , la transpiration étant produite chez lui par le contact de corps chauds? ou bien l’arthrite peut-elle être la suite de l’action de l’eau froide sur le corps échauffé par l’exercice ?
Dans ces deux conditions il y a, comme dans le cas précédemment examiné^ sueur et refroidissement ; mais dans l’une la sueur n’est pas produite par l’exercice, et dans l’autre le refroidissement n’est pas produit par l’air : en un mot, il manque l’une des deux conditions dans lesquelles nous avons vu l’arthrite avoir tant de tendance à se produire.
Lorsque le corps est échauffé par l’exercice , et que l’ou se plonge dans l’eau froide , nul doute que l’on ne fasse une imprudetfce moindre que si l’on s’exposait dans le même état à un courant d’air frais ; on sait que les anciens se jetaient tout suants dans des fleuves , après s’être livrés à des exercices gymnastiques ; de nos jours ^ on voit souvent des personnes se baigner , le corps échauffé par un exercice violent , et si l’impression de l’eau est momentanée^ il peut n’en résulter aucun inconvénient.
Il est donc à présumer que l’eau froide agit d’une manière moins nuisible que l’air froid. Mais les cas où cette combinaison de causes aproduit de graves maladies aiguës et entre autres des rhumatismes , sont assez communs pour que l’on ne doute pas de l’influence nuisible d’un refroidissement produit même par l’eau , lorque le corps est en sueur par l’exercice.
Si la sueur a été provoquée par des corps chauds , par exemple , par le séjour dans un appartement dont la température est très-élevée , par des couvertures de laine étroitement appliquées autour du corpS;, l’action d’un air froid peut sans doute produire des inflammations, surtout si elle est prolongée. Mais je dois me borner à cet égard à une simple présomption ; les faits que j’ai observés , ceux que j’ai recueillis dans les auteurs , ne me permettent point d’en citer des exemples, et si ces faits
MALADIES DES ABTICÜLATIOIVS.
manquent dans la science , rien ne prouve que leur absence tienne à d’autres causes , qu’au défaut d’attention porté sur cet ordre de recherches.
II résulte de ce que nous venons de dire, qu’a la suite d’un refroidissement , le corps étant en sueur, il peut y avoir production du rhumatisme articulaire aigu , s’il y a tout à la fois f production de la sueur par l’exercice , et production du froid par l’air , ou si l’une ou l’autre de ces conditions existe.
Mais je crois qu’on peut établir en principe que si le corps n’est pas échauffé par l’exercice , si la sueur dépend de l’action . d’un corps mauvais conducteur du calorique, et si le refroidisse- I ment est dû à l’eau froide momentanément appliquée , il n’y a pas lieu de craindre le rhumatisme articulaire , ni une maladie analogue.
Cette assertion est basée sur les faits si nombreux de traitements hydrothérapiques , à la suite desquels on ne voit jamais aucun accident inflammatoire aigu. On sait que ces traitements consistent surtout dans l’usage de l’eau froide pendant que le corps est couvert d’une sueur abondante que provoque le contact de couvertures de laine, et dans l’immersion dans un bain froid, au moment où la transpiration est le plus abondante. Ces traitements ont été appliqués sur des milliers de malades, soit à Graefenberg, soit dans les établissements qui se sont formés en Allemagne et en France, à l’imitation de celui de Prietznitz ; cependant l’on a jamais vu à leur suite survenir des arthrites et des pneumonies.
J’ai répété ces traitements ; je les ai mis en usage sur plus de 100 malades , jamais je n’ai vu qu’ils aient produit des douleurs, à plus forte raison des rhumatismes ou des scrofules. Je regarde donc comme un fait acquis à la science l’innocuité de l’eau froide agissant momentanément sur le corps chauffé par le contact de corps mauvais conducteur du calorique.
On peut se demander pourquoi l’eau froide, agissant sur le corps suant par une autre cause que l’exercice^ ne produit pas les accidents qui résultent de l’action de l’air froid sur le corps échauffé par l’exercice. La réponse à cette question ne peut être encore rigoureusement donnée ; contentons-nous de cons-
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tater les différences qui existent entre les deux conditions que nous Toulons comparer entre elles.
Lorsque par suite d’un exercice violent le corps est en sueur, le pouls est agité , la circulation est plus active dans tous les organes , la poitrine exécute des mouvements d’inspiration précipités , et les poumons sont dans le même état d’excitation que la peau. Lorsque la sueur est produite par des couvertures épaisses, la circulation est moins accélérée, ainsi que l’ont constaté un grand nombre d’observations ; la respiration n’est point précipitée, il y a seulement excitation de la peau, phénomène local, pour ainsi dire, tandis qu’à la suite de l’exercice, les phénomènes sont généraux, et il n’est pas une partie du corps où l’excitation ne se fasse sentir.
Quant à la différence qui sépare les refroidissements produits par l’eau des refroidissements produits par l’air, l’expérience permet de répondre que le froid produit par l’eau est suivi immédiatement d’une réaction qu’on n’observe pas à la suite du refroidissement produit par l’air. Qu’on se lave le corps avec de l’eau froide , qu’on se baigne rapidement dans cette eau , la peau devient immédiatement d’un rouge vif, et l’on y éprouve la sensation d’une forte chaleur; l’eau froide agissant momentanément détermine donc à l’extérieur du corps un appel de sang et une augmentation de calorique qui ne permettent pas d’assimiler ses effets à ceux de l’air froid ’^qui souvent fait pâlir la peau et qui produit une sensation de froid qui se prolonge plus ou moins longtemps.
En résumé , la condition la plus défavorable dans un refroidissement est celle où le corps est échauffé par l’exercice et où le froid est produit par l’air.
Si l’une de ces conditions existe seule, le refroidissement peut encore être nuisible dans le cas , par exemple , où le corps est échauffé par le séjour dans un appartement chaud et le froid produit par l’air, et dans celui où le corps est échauffé par l’exercice et le refroidissement produit par l’eau restant en contact avec le corps assez longtemps pour le refroidir.
Il n’y a point de danger si le corps est échauffé par le contact de corps mauvais conducteurs du calorique , de la laine
par exemple , et que le refroidissement soit produit par l’eau agissant momentanément.
Du séjour dans des habitations humides.
le séjour dans les habitations humides peut .être cause d’inflammations artimlaires aiguës, d’arthrites chroniques, de tumeurs fongueuses, d’abcès ou de tubercules dans les articulations.
C’est de ^toutes les causes qui altèrent la constitution et qui créent des dispositions fâcheuses aux maladies articulaires , celle dont l’énergie est la plus grande et dont l’influence se fait le plus souvent sentir.
Toute humidité n’est pas également nuisible , et en général , rhumidité de l’atmosphère , simple , sans aucune altération spéciale, n’exerce sur la santé aucune influence funeste. Sans doute, ceux qui habitent sur le bord des rivières, dans des îles étroites, ceux qui passent leur vie sur des bateaux ou sur des navires , toutes choses égales d’ailleurs, respirent un air plus humide que ceux qui vivent habituellement sur la terre , loin des fleuves ou des rivières. Et cependant , les premiers ont une santé aussi bonne que les seconds; ils ne sont sujets à aucune altération constitutionnelle que l’on puisse attribuer au milieu dans lequel ils vivent.
Partant des faits de l’ordre de ceux que je rappelle ici, M. Baudelocque, dans un ouvrage estimable, sur les scrofules, s’est appliqué à combattre l’idée assez répandue qui attribue à l’influence de l’humidité le développement de cette maladie. Pour démontrer que l’air humide ne produisait pas de scrofules , il a cité des villages où cette maladie est inconnue et qui sont situés sur le bord des rivières ; il a opposé la fréquence des scrofules dans certains quartiers de Londres^ éloignés de la Tamise, à leur rareté dans des quartiers qui longent le fleuve. Dans , le premier cas , cependant , avec la fréquence des scrofules coïncidait une moindre humidité dans l’air , tandis que dans le second cas , on trouve moins de scrofules et plus d’humidité.
Tous les faits cités par M. Baudelocque sont incontestables ; mais il n’en résulte point qu’un genre quelconque d’humidité soit
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sans influence dans la production des scrofules ; il en résulte, comme 3 é l’établissais plus haut, que la respiration d’un air rendu humide par le Toisinage d’une eau pure , n’a pas une influence profondément nuisible sur la santé. 11 n’en est plus de même de l’humidité qui se dégage des murs nouvellement construits , de ceux qui sont adossés à une terre humide , des murs qui ont longtemps baigné dans l’eau, et enfin de la terre fraîche sur laquelle on se couche. L’humidité qui se dégage de ces corps solides, lorsqu’elle agit pendant longtemps sur le corps humain, exerce sur lui l’influence la plus générale et la plus funeste. Ce n’est point une partie isolée du corps qui en est troublée dans ses fonctions, c’est l’économie tout entière. Après l’hérédité, il n’est pas de cause à laquelle il faille attribuer plus fréquemment la production des diathèses rhumatismales, purulentes, fongueuses, tuberculeuses, etc. , et par suiteies maladies articulaires les plus graves.
Depuis longtemps préoccupé des effets nuisibles des habitations humides, je ne manque jamais d’interroger les malades chez lesquels j’ohsërve des lésions articulaires indépendantes de violences extérieures , sur la nature des milieux dans lesquels ils ont vécu. Dire que leurs réponses m’ont presque constamment confirmé dans mes idées ; qu’avec le développement accidentel d’arthropathies chroniques, j’ai vu coïncidér presque toujours l’influence plus ou moins prolongée du séjour dans des habitations humides , ce n’est point entraîner la conviction du lecteur; car, en supposant que ces observations soient suffisamment nombreuses , j’ai pu m’être laissé séduire par l’une de ces préoccupations qui trompent souvent les hommes les plus désireux de découvrir la vérité. En me rappelant que j’avais vu des médecins attribuer toutes les maladies à des indi-^ gestions , je me suis souvent demandé , si après avoir gémi sur leurs erreurs , je ne tombais pas à mon tour dans une erreur analogue ; je me suis décidé alors, en interrogeant les malades, à ne plus leur demander s’ils avaient demeuré dans des maisons humides, nouvellement bâties , s’ils avaient longtemps couché sur la terre , etc, etc. Je me suis contenté de leur demander à quelle cause ils attribuaient leur mal ; à la suite de quelles
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circonstances leur constitution s’était altérée, et j’ai vu, en les abandonnant ainsi à eux-mêmes , qu’ils allaient au-devant de mes prévisions , et que l’évidencë des faits avait été si grande, qu’ils rapportaient eux-mêmes , sans que cette idée leur eût été suggérée , le développement de leurs maux au séjour prolongé dans des habitations humides.
Ce que je dis ici , du reste j n’est présenté que comme un ensemble de faits propres à confirmer l’opinion des auteurs de tous les temps, de tous les lieux, qui ont reconnu unanimement la vérité que je signale sur l’influence de l’humidité des habitations. Je ne cite point lés observations sur lesquelles ils se sont appuyés , et celles que je pourrais rassembler moi-même. Les faits particuliers sont inutiles, lorsque l’on peut en rencontrer chaque jour de semblables , et que tous ceux qui se livrent à l’observation peuvent en contrôler la justesse dans une salle quelconque de malades ; aussi me contenterai-je , après avoir bien établi la distinction fondamentale entre l’humidité de l’atmosphère et l’humidité des habitations, après avoir éloigné, par cette distinction, des objections que l’on peut faire aux dangers qu’entraîne à sa suite le second genre d’humidité , me contenterai-je , dis-je , d’éloigner les objections que l’on peut adresser à l’étendue du rôle que je fais jouer à un certain genre d’humidité dans la production des arthropathies fongueuses, purulentes, tuberculeuses , etC'.
Souvent , lorsque les parents me présentent un enfant affecté d’abcès froid articulaire suite de diathèse purulente , je trouve que leur constitution est naturellement robuste , et que leur enfant a dû naître doué d’une certaine vigueur. Je suis conduit alors à penser que sa diathèse purulente est survenue à la suite du séjour dans une maison neuve , ou dans une maison humide. Souvent il arrive que les parents , en reconnaissant la justesse de cette présomption et en avouant qu’ils ont habité avec leur enfant dans des lieux malsains , nient l’influence que ce séjour pourrait avoir eu sur le développement de la diathèse dont leur enfant est affecté ; ils doutent que le mal provienne de la cause àlaquelle je rattrihue,parce que,disent-ils,ilsont habité la même maison que leur enfant , et cependant leur santé n’en a souffert
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aucune atteinte. Et d’abord, quand on les interroge avec soin, on voit que ces personnes qui croient avoir si bien résisté à l’influence des habitations humides , sont devenues sujettes à des douleurs erratiques dans diverses parties du corps , à des catarrhes qui se renouvellent plus ou moins fréquemment , que leur teint est devenu plus pâle, etc. , etc. Ils appartiennent à cette classe si nombreuse de gens, qui croient jouir d’une bonne santé , tandis qu’ils portent en eux la prédisposition à des maladies graves et multipliées. Ils ont donc subi l’influence fiineste qu’exerce une habitation malsaine, et si cette influence n’a pas été la même que celle qu’a ressentie leur enfant § c’est que chaque âge est modifié à sa manière sous l’influence d’une cause déterminée.
En général, chez les enfants, l’influence d’un séjour humide produit la diathèse fongueuse unie à la diathèse purulente j et par suite des tumeurs fongueuses ou des abcès froids des articulations ; tandis que chez les adultes, le même séjour produit ordinairement des douleurs vagues ou des inflammations de nature rhumatismale.
Une autre objection que l’on adressé souvent aussi à ceux qui attribuent une grande part aux habitations humides dans la production des arthralgies fongueuses, purulentes ou rhumatismales , c’est qu’il est un grand nombre de personnes soumises aux mêmes influences et qui n’en éprouvent aucun effet fâcheux. Pour moi, je nie formellement cette observation, et je ne crains point de soutenir qu’elle n’est fondée que sur une connaissance superficielle des signes qui caractérisent les altérations générales de l’organisme , ou sur une appréciation inexacte des conditions où les malades se sont trouvés placéSi
Ainsi , si un homme qui jouissait habituellement d’une bonne santé devient sujet à des rhumes de cerveau , des maux de gorge, des catarrhes pulmonaires , des diarrhées, etc., sous l’influence du plus léger refroidissement ; si la même cause réveille des douleurs qui parcourent diverses régions de son corps , ne devra-t-on pas considérer que la santé de cet homme a souffert une profonde atteinte, bien qu’il continue à vaquer à ses travaux habituels.
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Il faut savoir distinguer la santé apparente de la santé réelle.
La santé réelle n’est pas cet état dans lequel toutes les fonctions s’accomplissent régulièrement , c’est celui où la régularité des fonctions se maintient , si l’homme se conforme à toutes les règles de l’hygiène. Dès lors, l’on n’a pas une bonne santé, si l’on prend des rhumes, des ophthalmies, des douleurs , par suite d’une de ces transitions du chaud au froid qui sont inséparables de notre manière habituelle de vivre. Que l’on étudie d’après ces principes les personnes qui ont séjourné dans des appartements humides , on n’en trouvera pas une seule dont la santé n’y ait souffert une atteinte plus ou moiné grave.
La construction encore récente des maisons est Une des causes les plus fréquentes de l’humidité qu’elles recèlent. La loi romaine défendait d’habiter les maisons neuves, avant qü’il se fût écoulé trois ans, à partir de l’époqüe où leur construction était achévée. Ces mesures protectrices de la santé des citoyens, ont été négligées dans la législation moderne. Dans les grandes villes , et surtout dans les quartiers de pauvres, le toit est à peine posé, que déjà le premier et le second étages sont occupés et que les habitants de ces appartements sont exposés soit à l’humidité, soit aux émanations funestes qui se dégagent de ces murs récemment terminés.
Dans les maisons anciennes , les briquetages nouvellement construits peuvent à eux seuls exercer l’influence la plus funeste, surtout lorsque l’on couche dans un lit qui en est rapproché.
Ce n’est point par défaut dé ventilation ou de renouvellement de l’air que le séjour dans des maisons nouvellement construites est funeste à la Santé; car si ces maisons sont bien exposées et bien construites , elles sont dès les premiers jours aussi bien aérées qu’elles le seront par la suite. Si les auteurs qui ont attribué, comme M. Baudelocque, l’influence nuisible des habitations à la viciation de l’air par défaut de ventilation , avaient eu présentes à l’esprit les conséquences graves que produit sur la santé le séjour dans les maisons neuves , ils ne se seraient pas laissé entraîner aussi légèrement à l’influence de leurs idées préconçues.
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Rien de plus ordinaire que de trouver dans les campagnes des habitations^ situées au-dessous du niveau du sol ; cette construction funeste est souvent préméditée dans les pays où l’on tisse le lin , le chanvre, et le coton. Les ouvriers cherchent à rendre humide le lieu où ils travaillent habituellement, et par là, à prévenir la sécheresse des fils qu’ils tissent. Pour obtenir cette humidité aussi funeste à leur santé que favorable à leur industrie , ils creusent le sol de leur atelier à 40 ou 50 centimètres au-dessous des terrains environnants ; ils ne font à ces appartements que d’étroites ouvertures, et ils évitent avec le plus grand soin tout renouvellement de l’air et toute pénétration du soleil dans leurs ateliers. Dans les conditions où ils se placent, leurs habitations sont funestes par un grand nombre de conditions réunies. Qu’on examine aussi les populations qui se livrent à ces industries encore si imparfaites, celles de Tarare et des pays environnants, et l’on sera frappé du grand nombre de maladies articulaires dont elles sont affectées, et de la fréquence des diathèses purulentes , fongueuses , rhumatismales , etc. , qui les altèrent et les détruisent. Cependant les pays dont je parle sont situés sur des hauteurs ; l’air y est pur, l’aisance des ouvriers assez grande, et leur nourriture bonne. Etrange conséquence de certaines industries 1 elles semblent destinées à porter l’aisance et par suite la santé dans les populations au milieu desquelles elles vont se fixer, et cependant elles n’y apportent que des germes de maladie et de mort.
La construction d’appartements situés au-dessous du sol , n’est pas toujours un acte prémédité ; ce n’est souvent que l’effet de l’ignorance ou d’une déplorable économie. Souvent dans les campagnes , les paysans adossent leur maison à un bloc de rocher qui leur épargne la construction d’un pan de mur ; d’autres fois , leur maison est construite sur un terrain en pente ; du côté de la porte d’entrée , qui répond à la partie la plus basse du tertre , le rez-de-chaussée est assez élevé , mais du côté opposé à la porte , celui qui répond à la partie la plus élevée du tertre , le mur est enterré au-dessous du sol , quelquefois de plus d’un mètre.
Rodamel, dans son Traité du rhumatisme, ouvrage dans Tome 1. 7
lequel il s’est appliqué à rechercher les causes qui rendent cette maladie si fréquente à Lyon , a considéré comme exerçant l’influence la plus active sur la production de cette maladie , les constructions en pierres de taille tirées des carrières de Villebois. Ces pierres , très-résistantes^ paraissent recéler une humidité qui ne se dégage que très-lentement , et comme elles Conduisent très-bien le calorique, elles entretiennent un état de froid habituel dans les salles dont elles forment les parois.
M. Paul BruUj médecin-adjoint de la prison de Perrache, où sont renfermés les jeunes détenus , a confirmé la justesse des observations de Rodamel ; il a vu que le développement des scrofules était très-prompt chez ces jeunes enfants qui habitent des salles entourées de murs en pierres de Villehois , et dans lesquelles régnent un froid et une humidité habituels.
Lorsque des habitations sont très-humides, on le reconnaît à des signes qui sont d’une telle évidence , qu’il est impossible de s’y méprendre ; les moisissures se forment alors sur les murailles ; les tapisseries, s’il en existe, se détachent et perdent leur couleur, les linges renfermés dans les placards moisissent facilement , et s’il y existe des ateliers dans lesquels on tisse le chanvre ou le coton^ les fils ont une certaine ténacité qui prévient leur rupture.
Cependant des appartements peuvent être humides sans que toutes ces circonstances se 'trouvent réunies, sans même que l’on observe une seule d’entre elles ; on éprouve seulement en y entrant un sentiment de fraîcheur et d’humidité, et l’hygromètre peut être nécessaire pour constater l’existence de l’altération de l’air.
C’est dans ces cas douteux qu’il importe d’avoir bien présentes à l’esprit toutes les dispositions physiques qui rendent les habitations humides ; il importe beaucoup aussi de les connaître pour que l’on puisse convenablement interroger les malades et appeler leur attention sur une multitude de détails qu’ils ont vus, mais qu’ils n’ont pas remarqués , et dont ils n’apprécient l’importance que lorsqu’on s’applique à les leur signaler. C’est surtout pour diriger, 'autant qu’ü est en moi, dans l’observation des lieux et dans l’interrogation des malades , que je suis
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entré dans ces détails minutieux sur les caractères des habitations humides.