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DES APPLICATIONS LOCALES DANS LE TEAITEMENT DES MALADIES ARTICULAIRES

Les applications locales que l’on peut faire et que l’on fait journellement sur les articulations malades, varient à l’infini;, ce sont : des cataplasmes , des sachets , des huiles , des pommades , ‘des emplâtres composés des substances les plus diverses par leur nature et par les effets qu’elles produir sent. Pour beaucoup de praticiens , ces applications locales constituent presque toute la thérapeutique des maladies articulaires. Cependant, il faut le dire, la facilité de leur emploi a contribué , plus que toute autre cause , à les répandre dans la pratique. Le plus grand nombre de celles qui sont mises journellement en usage ne jouissent d’aucune efficacité, et l’on manque de principes certains pour choisir les unes de préférence aux autres.

Parmi les applications locales, les unes sont répercussives , ce sont en général les substances réfrigérantes , telles que l’eaù froide , employée en irrigation continue ou en application sur des compresses souvent renouvelées ; les bains locaux dans ds l’eau froide , les vessies remplies de glace , les cataplasmes faits avec la pulpe de plantes fraîches , les lotions évaporantes corn-posées d’éther et d’eau-de-vie camphrée. Ces moyens ne conviennent que lorsqu’on veut prévenir ou faire disparaître , à son début , une inflammation de cause externe ; nous en traiterons avec détail à l’article consacré à l’entorse et aux plaies pénétrantes des articulations.

D’autres applications , parmi celles que l’on fait directement sur les jointures , sont antiphlogistiques et émollientes. Parmi les antiphlogistiques , l’on doit placer au premier rang les

THÉRAPEÜTIQÜE GÉNÉRALE.

sangsues et les ventouses scarifiées ; au nombre des émollients , les fomentations et les cataplasmes avec des substances mucüagineuses , la mauve , la guimauve , la graine de lin , etc. , etc. C’est à l’article arthrite aiguë de cause interne que nous renvoyons Thistoire de ces moyens locaus, et celle des précautions à prendre dans leur emploi.

Ici nous ne devons traiter avec quelque développement que des médications locales qui peuvent être réclamées dans diverses espèces de maladies articulaires; de ce nombre sont les révulsifs ^ les narcotiques et les excitants.

Révulsifs. — Les révulsifs appliqués directement sur les articulations malades ou au voisinage de ces articulations, ont une grande importance dans le traitement local des maladies articulaires. Parmi ces révulsifs, les ims déterminent une simple rubéfaction de la peau , ce sont les sinapismes et la plupart des applications stimulantes qui ont pour base l’ammoniaque ^ le camphre , la térébenthine et les huiles essentielles. Les révulsifs qui produisent une vésication sont d’abord ceux que nous venons d’énumérer, lorsque leur contact est prolongé et leur proportion considérable relativement aux substances avec lesquelles on les associe ; ce sont ensuite les pommades ammoniacales et , de préférence à tous les autres moyens , les vésicatoires dont les cantharides font la base ; ces vésicatoires peuvent être bornés à une partie de l’articulation ou l’envelopper dans tout son contour ; ils peuvent être volants ou entretenus par des pommades excitantes. Aux dérivatifs , il faut ajouter ceux qui produisent des pustules à la peau ; l’huile de croton-tiglium , qui:à la dose de quelques gouttes employées en friction , produit une éruption pustuleuse miliaire qui se dessèche promptement ; la pommade d’Authenrietb qui est suivie d’une éruption de pustules volumineuses , ressemblant à celles de la petite-vérole.

Les vésicatoires volants ^ surtout lorsqu’ils entourent presque complètement l’articulation , ainsi que M. Yelpeau les a conseillés , sont les q)lUs usités et probablement les plus efficaces entre tous les révulsifs. Ils conviennent surtout dans les états chroniques et à la période décroissante des états aigus. En

suivant les principes posés par Barthès sur la révulsion, on doit les placer d’autant plus loin du siège du mal que la maladie est plus aiguë , et d’autant plus près que sa marche est plus chronique ; s’ils sont insuffisants , on doit recourir à la cautérisation , qui sera exposée dans un article spécial.

Narcotiques. — La nécessité dé recourir à l’application locale de substances narcotiques se présente toutes les fois que les douleurs sont vives et qu’on n’a pu les calmer par l’emploi Æs moyens indiqués par la nature du mal. Ceux qu’on met ordinairement en usage sont les diverses préparations d’opium , de belladone , de jusquiame , de morelle , de ciguës etc. , etc. On les emploie principalement sous forme de cataplasmes , d’extraits et d’emplâtres , etc. Les cataplasmes narcotiques peuvent être préparés avec la farine de graine de lin ou la mie de pain, délayée dans des décoctions de têtes de pavots , d’opium , de morelle, de belladone, etc. Les extraits des substances narcotiques peuvent être employés à l’état de pureté , mais le plus souvent on les fait dissoudre dans des huiles , et celles-ci sont employées en frictions. L’huile de morphine , très-répandue dans la pratique , est sans action évidente , car la morphine se dissout à peine dans les huiles j le baume tranquille doit être préféré; la plupart des huiles narcotiques, de jusquiame , de morelle, de belladone, entrent dans sa composition. Lorsque les substances calmantes sont incorporées au diapalme , elles forment des emplâtres qui peuvent être maintenus longtemps à demeure et dans lesquels on peut les faire entrer dans une proportion plus ou moins considérable , depuis un vingtième jusqu’à un quart , par exemple. L’expérience me conduit à penser que ce mode d’administration locale des narcotiques est l’un des plus efficaces que l’on puisse employer. Si l’on craint que l’effet calmant qu’on a lieu d’en attendre soit neutralisé par l’irritation que produisent ordinairement les substances qui entrent dans la composition des emplâtres , on doit recommander aux pharmaciens de leur associer simplement l’emplâtre diapalme , et de n’y mélanger ni gomme ammoniaque ni térébenthine , comme on le fait souvent. Peutêtre, dans ces cas, devrait- on associer les extraits d’opium,.

THÉSAPÊUTÎQTJE GÉNÉKÀLE.

de belladone, à la farine et à l’eau , de manière à éviter le mélange de toute substance excitante. Cependant*, si l’on juge les excitants nécessaires , on peut ajouter à l’emplâtre simple de la gomme ammoniaque ou de la térébenthine. Dans les affections chroniques , il faudrait découper ces emplâtres en longues bandelettes , et en entourer l’articulation tout entière , comme nous le faisons tous les jours avec les bandelettes de diacbylon.

Je ne dois pas oublier de signaler , parmi les applications les plus puissantes que l’on peut faire localement des narcotiques , les vésicatoires produits extemporanément avec la pommade ammoniacale et dont on saupoudre la surface avec quelques centigrammes d’un sel de morphine.

Cependant, quelle que soit la valeur des narcotiques , il ne faut y recourir que lorsqu’on a satisfait à toutes les indications mécaniques du traitement et à celles qui résultent des causes du mal , de l’état de la constitution , de celui de la lésion locale ; il ne faut jamais en faire la base du traitement , car si on les emploie sans avoir satisfait aux indications essentielles , le calme qu’ils procurent est toujours momentané.

Excitants. — Autant les applications narcotiques sont généralement employées lorsque les douleurs sont vives, autant l’usage a consacré l’emploi de certains excitants, lorsqu’on veut obtenir une résolution ou rendre aux articulations leurs mouvements devenus difficiles. Ces excitants locaux sont formés par des substances alcalines , ou bien ils ont pour base des huiles essentielles ou des résines. Les premiers sont les diverses préparations d’ammoniaque , de soude , de potasse et de chaux.

U ammoniaque peut être employée à l’état de vapeur , à l’état liquide , à l’état de savon. Pour obtenir un dégagement de vapeurs ammoniacales autour des articulations , on les entoure de deux couches de coton , entre lesquelles on répand du carbonate d’ammoniaque en poudre et on «recouvre le tout de taffetas ciré ; à la place du carbonate d’ammoniaque , on peut employer un mélange à parties égales de chlorhydrate d’ammoniaque et de chaux , ainsi que le faisait Morand pour obtenir la résolution du goitre. Si l’on place à demeure autour du

genou une ouate de coton renfermant , par exemple, 30 grammes de carbonate d’ammoniaque , la peau s’échauffe , elle devient rouge , et si l’on répète l’application de ce moyen plusieurs jours de suite , il finit par produire une abondante transpiration.

L’ammoniaque est employée à l’état liquide, associée ordinairement à différentes proportions d’huile d’olive. En consultant les formulaires , on y trouve indiquée une proportion d’ammoniaque qui varie de 1/4 à l/6(>®; le formulaire de Milne Edwards et Vavasseur prescrit 1/4, le Codex 1/8®, d’autres auteurs 1/60®. On voit par là quelle latitude on laisse aux pharmaciens , lorsque l’on se contente de demander un Uniment ammoniacal , et combien il est nécessaire de préciser , dans les ordonnances , les proportions d’huile et d’ammoniaque. En général , la proportion d’ammoniaque doit être d’autant plus considérable que l’on veut produire un effet plus irritant; celle de 1/4 peut être employée sans craindre aucune vésication^

Les savons ammoniacaux sont peut-être une des meilleures formes que l’on puisse adopter ; plusieurs ont joui d’une grande réputation.

Jlcalis fixes , chaux , soude, potasse. — La préparation la plus usitée des alcalis employés comme topiques , est celle qui consiste dans leur combinaison avec les huiles , sous forme de savon. Les articulations peuvent être entourées d’emplâtres préparés avec du savon pur, et le plus ordinairement on mélange le savon avec le diapalme et la térébenthine. Sur ce point comme sur beaucoup d’autres , l’éxpérience n’a point appris ce que l’on doit préféi^er. Les cendres qui doivent leur activité à la potasse peuvent servir à faire des décoctions dans lesquelles on prend des bains de pied ou d’avant-bras ; quelquefois on conseille d’en former des sachets qu’on maintient à demeure autour des articulations. On sait que tous ces moyens sont excitants , qu’ils conviennent surtout dans les états chroniques auxquels on veut donner une marche aiguë. Je les crois dignes du plus sérieux examen , mais je ne puis qu’appeler sur eux l’attention des observateurs.

Huiles essentielles. — Les huiles essentielles font partie d’un

grand nombre de préparations excitantes , usitées dans les maladies chroniques des articulations ; celles qui ont été le plus souvent conseillées sont l’essence de térébenthine , celle de lavande , de thym , de sauge , de romarin , et en général celles qui sont tirées de la famille des labiées. Il faut joindre à cette liste l’huile concrète de noix muscade, qui fait la base du baume nerval , et que quelques auteurs rangent parmi les bmles essentielles. Il faut surtout citer le camphre , véritable essence concrète.

Nous retrouverons dans un instant les huiles essentielles dans la composition des baumes les plus, usités ; mais rarement on les emploie seules , à l’exception du camphre , dont nous allons indiquer avec plus de détail le mode d’application extérieure.

On peut employer le camphre en poudre , seul ou mélangé à d’autres substances. Après l’avoir disposé dans un sachet ou entre deux couches de coton , on peut l’appliquer autour des jointures. Les vapeurs qui s’en dégagent excitent légèrement la peau ; mais on l’emploie surtout dissous dans l’alcool ou dans l’huile.

D’après Berzélius , 100 parties d’alcool dissolvent 120 parties de camphre à la température ordinaire. Malgré cette grande solubilité du camphre dans l’alcool , le Codex et la plupart des formulaires donnent pour l’alcool camphré une formule dans laquelle le camphre entre seulement pour 1/15®; MM. Trousseau et Bouchardat la portent à 1/7®. Les différences de ces formules obligent d’indiquer dans tous les cas ou l’on prescrit de l’alcool camphré , la proportion que l’on désire d’alcool et dè camphre. Je crois que l’on doit employer, de préférence à tout autre, la solution saturée, lorsque l’on veut faire des frictions. Si l’on doit employer , au contraire , des compresses imbibées d’eau-de-vie camphrée et maintenues à demeure , la proportion du camphre doit être moins considérable.

Les mêmes réflexions s’appliquent à l’huile camphrée. Edwards et Vavasseur indiquent 1/17® de camphre, le Codex 1/7® ; l’on devrait prescrire deux parties de camphre et une partie d’huile , si l’on voulait avoir une solution saturée. Cette

MALADIES DES ARTlCULÂTIOÎîS.

dernière proportion me paraît nécessaire pour que l’effet dé î’huile camphrée , employée en frictions , produise une excita^ tion sensible.

Le camphre peut être employé localement sous beaucoup de formes autres que celle que nous venons de signaler; on le fait entrer dans la composition de cataplasmes très-utiles, comme nous le verrons par la suite , dans les arthrites aiguës de causes internes; il fait partie d’un grand nombre d’emplâtres , d’onguents , et plus loin nous le trouverons faisant partie de la plupart des préparations composées qui ont conservé le plus de faveur dans le traitement local des maladies articulaires.

Résines. — Les résines entrent dans la composition d’un grand , nombre de baumes ou d’emplâtres , réputés fondants et résolutifs, et que les auteurs anciens conseillaient fréquemment. Les plus usitées sont la poix-résine , la gomme ammoniaque, le galbanum, le styrax.

Je me borne à cette indication , et je termine en reproduisant les formules des substances excitantes qui se sont le mieux conservées dans la pratique.

Voici la formule du baume Opodeldoct .

Savoa animaL . 32

Camphre. . . . 24

Ammoniaque liquide ..... 8

Huile volalile de romarin ... 6

Huile volatile de thym . 2

Alcool à 34“. ........ 250

Ce qui donne de la consistance à ce baume est le savon animal , formé par la combinaison de la moelle de bœuf et dé la soude; il y est mélangé à la plupart des excitants que nous avons indiqués jusqu’ici , l’ammoniaque, le camphre, les huiles volatiles de thym et de romarin.

Le baume nerval est somposé de la manière suivante :

Moelle de hœuf purifiée. . . . 1 25 gr. Huile épaisse dé muscades. . . 125

Huilé volatile de romarin ... 8

Huile de girofles ....... 4

Camphre pulvérisé . 4

Baume de Tolu. . . ^

thérapeutiüüe générale. 145

C’est à l’huile de muscades qu’il doit surtout sa consistance , son odeur et ses propriétés.

A ces formules, je dois ajouter celle du baume de Fioraventi, dans lequel plusieurs résines sont dissoutes dans l’alcool, en même temps que les huiles essentielles d’un grand nombre déplantés.

Baume de Fioravmti.

férébenlhine ........ SOO gr.

Résine Elémi . . 96

Tacamahaca ......... 96

Suçcin , . . . 96

•Styrax liquide . 96

Gomme résine galbanüm. . . 96

Myrrhe . 96

Aloès. . .

Baies de laurier ....... 125

Racines de gaîanga ..... 48

Raciaes de zédoaire . 48

Racines dé gingembre. , . . 48

Cannelle . . . . . , 48

GiroSes ........... 48

Muscades . . . . . . 48 ,

Feuilles- de dictame de Crète, 48

Alcool à 31». ; . . . . . 3000

Des douches dans le traitement local des maladies articulaires.

; Parmi les moyens locaux qu’on met en usage pour modifier les maladies articulaires , il en est peu dont l’action soit aussi puissante que les douches de vapeur ou de liquide. Indépendamment des effets qu’elles produisent par leur température , par les principes médicamenteux dont elles peuvent être chargées , elles agissent par la percussion plus ou moins énergique qu’elles exercent sur les articulations. Cette percussion ne se borne pas à modifier la peau , elle agit directement sur les parties profondes , avantage que l’on ne trouve pas dans les applications extérieures , telles que les cataplasmes et les onctions.

Les douches peuvent être données avec des vapeurs ou avec des liquides-

Les'douches de vapeur peuvent être simples ou composées :

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