‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 15 sur 53 · Tome i · texte numérisé non relu

Tome i

MALADIES DES ARTICULATIOIVS.

les premières sont formées par ün jet de vapeur qui s’échappe directement de l’eau mise en ébullition ; pour former les secondes, on fait passer cette vapeur à travers des vases contenant des substances volatiles ; celles que l’on emploie d’ordinaire sont les plantes aromatiques , telles que le thym , la sauge , lé romarin, etc., etc.

Au moyen des douches de vapeur, l’on peut produire deux effets bien distincts : une action émolliente et un effet stimulant. Les douches de vapeur sont émollientes lorsque leur température est de 30 à 3Ô degrés, qu’elles sont dirigées lentement sur la partie malade , et qu’elles forment autour d’elles une espèce de bain de vapeur. Elles sont excitantes , au contraire , lorsque leur température est plus élevée que celle du corps , qu’elles sont chargées de vapeurs aromatiques, et qu’elles frappent avec plus ou moins de force sur un point donné de la peau. Dans le premier cas , elles relâchent l’enveloppe cutanée et produisent une douce transpiration ; dans le second , elles déterminent une rougeur plus ou moins vive à la peau , et une congestion sanguine qui s’étend jusqu’aux parties profondes ; l’excitation locale qu’elles produisent peut même se communiquer à toute l’économie. On prévoit sans peine' que, grâce à ces derniers effets , les douches de Vapeur stimulantes peuvent activer la résolution des engorgements froids, mais qu’elles peuvent nuire en donnant une marche trop aiguë à des tumeurs encore irritées ou disposées à la suppuration.

Les douches liquides offrent pins de variétés que les douches de vapeur ; comme ces dernières , elles peuvent être faites avec de l’eau simple ou avec de l’eau chargée de principes médicamenteux ; mais tandis que les douches de vapeur sont nécéssairement chaudes, les douches d’eau peuvent être chaudes, tièdes ou froides , et tandis que les vapeurs ne peuvent dissoudre que des principes volatils , l’eau peut dissoudre ces principes et de plus des substances fixes , telles que des sels de diverses natures. Tandis que les douches de vapeur sont d’une origine récente , l’emploi des douches liquides remonte à une époque très-reculée ; il n’est pas d’eaux thermales sulfureuses ou salines qui ne soient administrées en douches , et ce mode d’administration est

une des formes les plus puissantes sous lesquelles on puisse les employer.

Les douches liquides, comme les douches de vapeur, peuvent produire les effets les plus variés. Elles sont antiphlogistiques lorsque leur température se rapproche de celle du corps , qu’elles tombent d’une faible hauteur sous forme de pluie , comme dans la douche dite en|ifcrrosoir ; elles sont excitantes lorsque leur température s’éloigne beaucoup de celle du corps, et qu’elles sont chargées de principes excitants sulfureux ou salins ; mais la plus grande^différence peut-être provient de la force avec laquelle elles percutent les parties malades. Cette percussion est d’autant plus forte que le vase duquel l’eau provient est plus élevé , que la colonne dé liquide est plus volumineuse et qu’elle forme une masse plus compacte.

Les douches chaudes et les douches froides font rougir vivement la peau et excitent la circulation dans les parties qui avoisinent celles qu’elles frappent ; les unes et les autres augmentent la chaleur locale, mais taudis qu’après la douche chaude les malades sont plus sensibles au froid, après la douche froide^ ils y résistent plus énergiquement. Dans le premier cas , du reste , il y a dilatation , gonflement des parties ; dans le second , il y a resserrement. Ces effets , opposés sous de certains rapports , déterminent des modifications profondes dans les parties que l’on expose d’abord à la douche chaude, puis à la douche froide. On fait alors localement ce qui se pratique pour tout le corps dans les bains russes ou dans les baÿns hydrosudopathiques. Cette succession est surtout avantageuse dans les cas où il faut imprimer à l’organe malade de vives secousses pour changer son mode de sensibilité et activer ses fonctions.

L’utilité des douches dans le traitement local des maladies articulaires fait désirer que leur administration puisse se faire avec facilité. Malheureusement , on ne peut les mettre en usage dans la plupart des villes èt des campagnes , faute d’appareils convenables , et même dans les pays les mieux partagés sous ce rapport, il est bien rare de trouver réunis les moyens de les administrer sous forme de douches de vapeur, de douches

d’eau chaude et de douches d’eau froide. ïl y a des douches d© vapeur dans les grandes villes'et dans les grands hôpitaux; des douches d’eau chaude dans tous les étahlissements d’eaux thermales , et des douches froides dans ceux où lés malades sont traités suivant les procédés hydrothérapeutiques. Mais tous ces moyens ne se trouvent rassemblés que dans un bien petit nombre de lieux. Toutes ces diflScûltès^ auxquelles il faut joindre la nécessité d’un déplacement, restreignent singulièrement l’usage des douches , et rendent difficile l’emploi alternatif de la douche de vapeur chaude et de la douche d’eau froide, que je présume devoir être d’une grande efficacité pour animer les tumeurs et résoudre les engorgements.

Pour obvier à ces difficultés et répandre autant que possible un moyen qui peut fournir de précieuses ressources , j’ai fait construire un certain nombre d’appareils qui permettent d’administrer des douches locales d’eau ou de vapeur , à peu de frais et sans que les malades soient obligés de se déplacer*

le fais arriver cette vapeur dans une enveloppe fermée qui entoure l’articulation que l’on veut doucher. Une très-petite quantité de vapeur peut suffire dans ces cas , et l’on peut en obtenir le dégagement simplement au moyen d’une lampe à alcool. Pour remplacer la chute d’eau nécessaire pour administrer les douches liquides , suivant les procédés ordinaires , j’ai pensé à projeter l’eau avec une pompe à jet continu , et pour éviter que le liquide ne jaillisse dans tous les sens , j’ai entouré l’articulation d’une enveloppe imperméable , placée à une certaine distance de la peau. J’ai fait représenter ces divers appareils dans la planche XYÎI, j’en donnerai la description dans les articles consacrés aux maladies du genou et à l’explication desplanches. «

De la cautérisation superficielle dans les maladies des articulations.

La cautérisation superficielle est employée dans un grand nombre des maladies des articulations. Les agents dont on s’est

servi pour la produire sont, différentes substances caustiques, le fer rouge et les moxas.

Les caustiques que l’on peut employer sont ; la potasse^ le caustique de Vienne et le cHlorure de zinc.

De la cautérisation par la potasse et le caustique deVienae.

Bien que ces deux agents de cautérisation présentent quelques différences , quant à leurs effets immédiats et leur mode d’application , le résultat de leur action étant en définitive le même, je dois réunir dans un même article ée que j’ai à en dire.

Ces caustiques sont le plus ordinairement employés dans le but d’établir au voisinage des articulations malades un ou plusieurs points de suppuration. Le lieu sur lequel on les applique doit être éloigné des os par quelques parties molles , et n’être le siège que de mouvements bornés. Ainsi , au genou , on évite d’établir des cautères en avant et en arrière de l’articulation, et on préfère les placer sur les côtés de la rotule et du ligament rotulien. Du reste, le lieu d’élection pour le placement des cautères sera indiqué à propos de cbaqûe articulation en particuiier.

La potasse et' le caustique de Vienne produisent des eschares assez profondes. Avec le caustique de Vienne , on peut leur donner toutes les variétés désirables de forme et d’étendue. Mais , par l’emploi de ees moyens , on n’obtient que d’une manière très-imparfaite l’effet principal qu’on cherclie à produire par la cautérisation appliquée aux maladies articulaires ; je veux parler de Faction excitante , si manifeste à la suite de l’emploi du fer rouge ou du moxa.

En effet, l’application de la potasse et du caustique de Vienne ne déterminent que des douleurs , qui cessent aussitôt après que Faction du caustique a été épuisée ; le travail iiifiammatoire qui doit amener la séparation de l’eschare ne s’établit qu’au bout de quatre ou cinq jours , quelquefois beaucoup plus tard. Pendant cet intervalle , la peau qui entoure Feschare conservé, en général , sa couleur naturelle ; il ne s’y manifeste aucune

rougeur, aucune tuméfaction. Sans doute, cette absence de réaction ne s’observe pas au même degré chez tous les sujets , mais le fait est vrai , en général , et on peut le vérifier tous les jours à la suite des applications de cautères. Lorsque , enfin , la réaction s’établit autour de l’eschare , elle est toujours faible et languissante , ét la séparation n’a lieu , le plus souvent , qu’après vingt ou trente jours , quelquefois plus tard encore.

Quant aux ulcères qui succèdent à la chute des eschares, ils participent du caractère de l’inflammation qui a précédé leur formation ; ils sont indolents , et la matière organisable qui doit former la cicatrice ne s’y forme qu’avec lenteur.

De la cautérisation par le chlorure de zinc.

De toutes les substances caustiques , le chlorure de zinc est , sans contredit , celle qui détermine dans les parties voisines du point cautérisé la réaction inflammatoire la plus violente et la plus promptement suivie de l’élimination des eschares. Sous ce rapport, le cautère actuel lui-même n’agit pas avec plus d’intensité. De plus, l’inflammation locale, déterminée par le chlorure de zinc , présente à un très-haut degré ce caractère de fixité qui appartient aux inflammations de bonne nature , et qui les rend surtout propres à opérer une puissante révulsion. A ce second point de vue , le chlorure de zinc est de beaucoup supérieur à la potasse et même au fer rouge. Ces qualités , particulières au chlorure de zinc , m’ont déterminé à l’employer dans certains cas de maladies articulaires , pour produire une cautérisation profonde. Voici le procédé que je suis pour effectuer ce mode de cautérisation ; je prends le genou pour exemple.

On commence par limiter exactement ^ au moyen de deux bandelettes de diachylon, la partie de peau sur laquelle doit agir le caustique. Pour le genou^ on lui donnera environ quinze centimètres dans le sens vertical sur un centimètre de largeur. Ces préparatifs étant achevés de chaque côté de l’articulation , on applique sur toute la bandelette de peau circonscrite une

THÈRAPEDTIQDE GÉNÉRALE. loi

légère couche de pâte de Vienue qu’ou laisse quatre ou cinq minutes, puis on enlève le tout , et Ton applique sur les eschares produites par le caustique de Yienue, une bandelette de pâte de chlorure de zinc de cinq à six millimètres de largeur. Cette dernière application est fixée par une bande et ne doit être enlevée qu’au bout de vingt-quatre heures. Rien n’est plus facile que de multiplier les raies de caustique au même point que l’on multiplie les raies de feu dans la cautérisation transcurrente.

La mortification , parce procédé, s’étend toujours plus loin qu’à la suite de la cautérisation transcurrente ; la peau est ordinairement mortifiée dans toute son épaisseur. Cependant , un pourrait facilement obtenir des eschares plus superficielles.

La réaction inflammatoire qui s’établit autour des eschares déterminées par l’action de la pâte de zinc, est remarquable par la promptitude de son apparition et par son intensité. En général, au bout de sept à huit jours , le travail d’élimination est achevé et l’eschare se détache ; les plaies longiludinalès , résultant de cette élimination , deviennent le siège d’un travail d’organisation des plus actifs ; leur surface est rouge , ferme, et fournit une suppuration de bonne nature ; la cicatrice se forme , en général , très-promptement ; elle est le plus souvent complète au vingtième ou au vingt-cinquième jour.

H est facile de comprendre , d’après ce que nous avons dit jusqu’ici , combien l’action de la pâte de chlorure de zinc est préférable à celle de la potasse et du caustique de Vienne , employés isolément. Aussi , ces deux derniers moyens me paraissent-ils devoir être , sinon complètement abandonnés, du moins restreints aux petits nombres de cas dans lesquels on n’aurait en vue que l’établissement d’un exutoire à une certaine distance de l’articulation.

ne la cautérisation par le fer rouge.

La cautérisation par le fer rouge, dans les affections chroniques des articulations , a été la base de la thérapeutique des médecins de l’antiquité, Hippocrate la conseille dans plusieurs de ses écrits , notamment dans les aphorismes 59 et 60 de la

sixième section. Celse recommande expressément d’établir des ulcérations artificielles au moyen du fer rouge dans les maladies de la hanciie et des genoux. « Ültimum est, et in veteribusquoqm morUs efjpx:mïssimui^ aut quatuor locis super coxam,

cutem çandèntibus ferramentis exulcerare. »

La plupart des nâèdecins grecs et les Arabes imitèrent cette pratique et firent subir différents perfectionnements aux procédés de cautérisation. C’est ainsi que les Arabes firent des cautères avec l’or, l’argent et employèrent la cautérisation médiate. On peut juger de l’importance que ces derniers attribuaient à l’emploi du feu, par ce passage d’Avicenne : « Cauterisatio est. medicamen nalde utile juvàns ad prohibendum ne corruptio spargatur, ad confortandum membranas , et ad resoîvendum materias eorruptas in membro retentas.^ . .

L’explication que les anciens ont pu donner des bons effets de la cautérisation par le fer rouge dans le traitement des maladies articulaires, devait nécessairement porter l’empreinte des doctrines humorales qui avaient faveur à cette époque. Le feu agissait de deux manières. Par son action primitive , il corrigeait l’intempérie des liquides, et condensait les solides relâchés. Par la suppuration consécutive à la chute des eschares , il provoquait l’écoulement au dehors des humeurs viciées , renfermées dans les cavités articulaires. On a pu changer l’explication, mais la distinction entre l’effet primitif et consécutif du cautère actuel est incontestablement le résultat d’une judicieuse observation.

La pratique des anciens se perpétua dans le moyen-âge jusqu’au dix-septième siècle , époque à laquelle l’esprit d’observation et de controverse commença a ébranler le crédit des préceptes de l’antiquité , et inspira pour eux une défiance qui atteignait souvent les bonnes comme les mauvaises choses. Cette tendance à abandonner la cautérisation des jointures se manifestait déjà au temps de Fabrice d’Aquapendente, qui s’en plaint amèrement. « Aussi, je ne saurais estimer ceux de notre temps qui sont si timides et si délicats , qu’ils ne veulent pas donner lieu aux opérations supportables et nécessaires, comme est de cautériser les jointures. ».

Plus tard , Dionis , dans ses Cours d’opération , ne montrait les fers destinés à la cautérisation actuelle , qu’afin d’inspirer à son auditoire de l’horreur pour des moyens aussi barbares. L’erreur de cette époque consistait à attribuer tous les bons effets de la cautérisation par le feu à la suppuration consécutive à la chute des eschares , et comme les caustiques pouvaient déterminer un effet à peu près semblable , on devait nécessairement les préférer.

La cautérisation dans le traitement des maladies articulaires fut réhabilitée par Pouteau , qui substitua au cautère actuel le moxa déjà employé par les anciens, mais usité surtout en Orient et en Egypte. Pouteau insista surtout sur l’effet primitif et fortifiant du feu.

Depuis lors J les partisans n’ont pas manqué à la cautérisation actuelle dans les maladies des jointures. Percy , Larrey ; le professeur Rust de Berlin et beaucoup d’autres s’en sont montrés de zélés apologistes.

Voici les règles à suivre dans l’emploi des divers procédés de cautérisation usités dans les maladies articulaires.

Lorsque l’on emploie le cautère actuel sur une articulation superficielle comme celle des pieds ou des genoux , la cautérisation doit agir superficiellement , et les raies de feu doivent être passées rapidement sur la peau. Lorsque , au contraire, les articulations sont profondes , comme celles de la hanche et de la colonne vertébrale , il faut agir profondément , et , dans ce but , appliquer des boutons de feu qui restent longtemps en place, et portent leur action jusque dans le tissu cellulaire souscutané. Je vais successivement exposer les règles à suivre dans chacun de ces modes de cautérisation.

Cautérisation transcurrente. — Ce mode de cautérisation consiste à produire , au moyen d’un cautère cultellaire, un certain nombre d’eschares linéaires autour des articulations malades. Les. vétérinaires emploient presque constamment le feu de cette ïnanière ; ils ont apporté dans leurs procédés nu haut degré de perfection. Pour bien pratiquer la cautérisation transcurrente , on doit observer les règles suivantes :

A. Le tranchant du cautère doit être légèrement mousse, et

loi MALADIES DES ARTICULATIONS.

î’on doit avoir le soin , avant de l’appliquer , d’enlever avec la lime les scories ou l’oxide qui pourraient y être adhérents. La température doit en être portée jusqu’à l’incandescence.

B. L’opérateur doit éviter avec le plus grand soin de diviser en totalité la peau. Pour cela , il passera le fer sur la partie , sans appuyer , et tracera rapidement le nombre de raies qu’il jugera nécessaire. Mais comme la cautérisation produite par ce premier passage du fer serait insuffisante , on devra se conformer à la pratique des vétérinaires. Ceux-ci attachent une grande importance à la chaleur qui résulte de l’emploi du fer rouge^ et leurs procédés ont pour but de faire pénétrer cette chaleur le plus profondément possible. Pour cela , ils passent huit à dix fois le fer rouge dans les mêmes raies , tout en ayant soin d’appuyer assez légèrement pour que la peau ne soit pas cautérisée dans toute son épaisseur. Ils ne s’arrêtent que lorsque les raies parcourues par le feu ont pris une teinte jaune dorée et qu’il en suinte quelques gouttelettes d’une sérosité transparente. L’opération qu’ils pratiquent ainsi se prolonge près d’un quart-d’heure. J’ai mis en pratique ces procédés sur l’homme, et je suis convaincu que ce n’est qu’à leur aide qu’on peut retirer tout le parti possible de la cautérisation transcurrente. Les douleurs qu’elle produit ainsi appliquée sont beaucoup moins vives qu’on ne pourrait le croire. Une fois que le premier contact du fer rouge a carbonisé le derme, le feu est aisément supporté, et son action se borne presque à faire pénétrer la chaleur dans des parties de plus en plus profondes.

G. Le lieu sur lequel on doit faire passer les raies de feu n’est point une chose indifférente. En général , on doit surtout chercher à se rapprocher le plus possible de la cavité articulaire. C’est ainsi qu’au genou , par exemple , on devra les pratiquer sur les côtés de la rotule et au-dessus de cet os. Au poignet , ce sera la région postérieure qu’il conviendra de choisir. Au coude-pied, le lieu le plus convenable sera en avant et en arrière des malléoles , etc.

D. Quant à la direction à donner aux cautérisations linéaires , elle doit présenter quelques variétés suivant la forme et la position de l’articulation. En général, on doit préférer la direc-

THÉRAPEÜTIQOE GÉNÉRALE. lo5

tion longitudinale , tant à cause de la moindre difformité de la cicatrice , qu’en raison de l’effet tonique , résultant pour l’articulation malade de la constriction puissante opérée par la peau resserrée sous l’influence du feu. Cette compression momentanée, opérée sur l’articulation par le resserrement de la peau, serait beaucoup moins marquée dans le cas où les raies de feu auraient été faites indifféremment dans tous les sens.

Cautérisation inhérente. — Ce mode de cautérisation est pratiqué au moyen de cautères arrondis ou coniques qu’on laisse en place pendant un temps plus ou moins long. Le volume des fers employés à cet usage est variable. Ceux que renferment les arsenaux de chirurgie sont en général trop petits, je préfère les boutons volumineux , parce qu’ils se prêtent également bien à une cautérisation puissante et à une escbarification légère.

Les cas dans lequels il convient d’appliquer le feu dans les maladies articulaires par ce procédé sont assez bornés. En effet, le cautère transcurrent et le moxa doivent lui être préférés pour agir sur des articulations superficielles ; mais rien ne peut lui être substitué , quand on veut porter l’action du feu presque dans les parties molles qui entourent les articulations profondes, telles que celles de la hanche et de la colonne vertébrale. Ces cautérisations profondes , usitées par les anciens , ont été de nouveau préconisées par le professeur Rust, de Berlin , dans le traitement des maladies de la hanche. On les pratique au moyen d’un cautère conique rougi à blanc, qu’on laisse appliqué jusqu’à ce qu’il ait pénétré dans l’épaisseur des parties où il s’éteint assez rapidement. Ce moyen est très-convenable pour faire l’ouverture des abcès froids profonds.

De la cautérisation par les raoxas.

Un grand nombre de substances ont été employées pour appliquer des moxa s ; les anciens se servaient de lin cru , de rondelles d’agaric , de laine imprégnée d’huile , etc. On peut trouver la description de ces moyens dans les écrits d’Hippocrate, de Paul d’Égine , d’Aëtius , etc. Les Chinois et les Japo-

ÎÔ6 aiALADlES BES ARTICULATIONS,

nais , qui font du moxa un emploi presque abusif, le prépareüt avec le duvet de l’armoise et de l’absintbe. On s’est aussi servi des racines et de la moelle desséchée de differentes plantes, telles que la racine d’aristoloche , la moelle de sureau , celle du tournesol , etc.

Mais le meilleur de tous les moxas est sans contredit celui qu’on prépare au moyen du coton ; on peut lui donner des dimensions très-differentes ; aussi les Egyptiens , de qui nous tenons ce précieux moyen , emploient „ au dire de Prosper Alpin , des moxas qui ont jusqu’à un pouce et demi à deux pouces de diamètre. Pouteau donnait à ses moxas un pouce de diamètre ; plus tard, on réduisit de beaucoup les dimensions du moxa, et peut-être est-ce à cette réduction qu’il faut attribuer l’espèce de discrédit dans lequel ce moyen est aujourd’hui tombé.

Quelques chirurgiens , Percy entre antres , ont cherché à pratiquer des moxas susceptible de brûler sans l’action du soufflet ou du chalumeau , en faisant macérer diverses substances dans une solution de nitrate de potasse , mais ces moyens sont dépourvus d’une grande partie des avantages du moxa de coton. Leur combustion est trop rapide, et partant leur action trop superficielle ; ils sont exposés à fuser et à brûler les parties voisines, de sorte qu’on les a aujourd’hui à peu près généralement abandonnés.

Bien des praticiens ont vu des maladies articulaires augmenter après l’application des cautères ou des moxas. Les faits de ce genre, dont j’ai été témoin , ont été assez multipliés. Il m’a paru qu’ils étaient surtout à craindre lorsque l’on appliquait les moxas trop près du siège du mal , lorsqu’on les met , par exemple , aux pieds , au-devant de l’articulation tibio-tarsienae ou au-dessous des malléoles, et que le caractère inflammatoire de la maladie n’est pas complètement dissipé. Ces accidents ne s’observent pas lorsqu’on met des moxas sur la hanche , ou sur la colonne vertébrale , régions où l’épaisseur des parties molles ne permet pas à l’inflammation produite par les caustiques de se propager jusqu’au siège du mal. Aussi ce sontîeg articulations profondes dont les inflammations chroniques pa-

laissent avoir été traitées avec le plus d’avantage par ces révulsifs puissants.

Quel que soit celui des procédés de cautérisation que l’on emploie, lorsqu’on a recours à des corps en ignition , on prpduit : 1® la formation d’une eschare; 2® le raccornissement de la peau ; 3° l’éléVation de la température dans les parties qui entourent le siège de la cautérisation ; 4° une réaction inflammatoire consécutive. Je vais étudier avec quelque détail chacun de ces phénomènes.

Des eschares produites par les différents procédés de cautérisation actuelle.

Quelle que soit la manière, dont on fasse l’application du feu, celui-ci ne détermine jamais que la formation d’eschares superficielles, et dont l’épaisseur ne va guère au-delà de trois à quatre millimètres. Cette assertion n’est point en contradiction avec la possibilité où l’on est de porter l’action du fer rouge à de grandes profondeurs ; car , dans ce cas, le fer rouge divise les tissus à mesure qu’il les charbonne.

Sous ce rapport, le feu présente sur les divers caustiques un avantage marqué ; car la plupart de ceux-ci , tout en produisant des eschares très-profondes , sont loin de produire une excitation locale égale à celle du fer rouge. En général , la cautérisation transcurrente bien faite n’atteint guère qu’à la moitié de l’épaisseur de la peau. Les moxas sont peut-être des moyens d’action qui déterminent la formation des eschares les plus épaisses ; il n’est pas rare , en effet , de voir un moxa volumineux et brûlé lentement mortifier toute l’épaisseur de la peau et même une partie de la couche sous-cutanée.

Du raccoruissement de la peau déterminé par, l’action du feu.

Lorsque l’on cautérise la peau avec le moxa ou le fer rouge, on observe un effet dont on ne trouve pas d’analogue dans l’emploi des caustiques , je veux parier du raccornissement de la partie brûlée, qui attire, comme vers un centre, les parties environnantes et les fronce plus ou moins profondément. Lors-

que cette astriction cesse , ce qui a lieu à la séparation des (îschares , les parties vivantes reprennent leur place naturelle , et dès-lors l’ulcère est beaucoup plus étendu que l’eschare , ce qui n’a pas lieu après l’emploi de la potassé caustique.

Par l’expérimentation cadavérique ^ il est facile de se faire une idée exacte del’intensité de cette rétraction de la peau sous l’influence du calorique. Il suffît , pour cela , de tracer autour de la surface qui doit être cautérisée des cercles concentriques, et d’observer jusqu’à quel point leur diamètre sera réduit. En agissant de cette manière , on voit que, sous l’influence du bouton de feu , la peau se rétracte au point d’oflrir après l’action une surface dont le diamètre n’u plus que la moitié de l’étendue qu’il présentait avant la cautérisation. Sous l’influence du moxa , la rétraction est un peu moins sensible , et ne réduit guère que d’un tiers le diamètre de la partie de peau atteinte par l’action du feu.

Ce resserrement de la peau est porté à un très-haut degré à la suite de la cautérisation transcurrente, et comme on applique ordinairement les raies de feu sur toute l’étendue des jointures, il en résulte pour celles-ci une véritable compression., beaucoup plus forte qu’on ne pourrait le supposer , et qui indépendamment de l’action tonique du feu doit constituer un puissant moyen de résolution.

On peut prendre une idée de la force avec laquelle cette compression par la peau rétractée agit sur la jointure , en engageant son doigt au-dessous de cette membrane pendant qu’on pratique sur le cadavre la cautérisation transcurrente ; l’opération achevée , le doigt est fortement et presque douloureusement pressé contre les os.

De ia pénétraîiôn de la chaleur aux parties profondes.

La plupart des chirurgiens sont d’accord sur ce point, que les bous effets du cautère actuel tiennent en grande partie à l’action excitante , imprimée aux tissus par l’élévation de leur température. Il est donc intéressant de rechercher par l’expérimentation, jusqu’à quel point les différents procédés d’ustion

sont snsceptibles de faire pénétrer la chaleur dans les parties situées au-delà de celles qu’ils mortifient. J’étudierai successivement sous ce point de vue l’action du fer rouge et celle du moxa.

On se fait une idée très-exagérée de la profondeur à laquelle pénètre la chaleur à la suite de l’application du fer rouge. Je me suis livré , afin de donner sur cette question des notions à peu près exactes, à quelques expériences, dont voici le résultat :

A. La chaleur déterminée par une cautérisation transcurrente bien faite , ne dépasse guère la profondeur d’un centimètre, c’est-à-dire que le plus ordinairement elle atteint à peine les limites de la couche sous-cutanée.

B. La cautérisation inhérente, quelque prolongée que soit l’application du fer , pourvu que l’action ne dépasse pas les limites de la peau^ n’échauffe guère les parties au-delà de dix à douze millimètres.

G. Enfin , le cautère plongé au-dessous de la peau , dans l’épaisseur des parties , produit à peine une élévation de température à quelques millimètres au-delà des surfaces avec lesquelles il a été en contact. L’explication de ces différences dans l’intensité de la pénétration de la chaleur , se trouve dans les considérations suivantes.

L’intégrité de la peau est indispensable pour que la chaleur se communique facilement aux parties profondes. Plqs dense que les autres tissus , cette membrane est moins susceptible de se transformer sous l’influence d’une haute température en une sorte de matière Cornée qui protège les parties subjacentes , et par cela même plus propre que les autres tissus à ne pas éteindre le feu et à permettre que son action se propage au loin.

J’ai fait quelques expériences très-propres à démontrer combien l’intégrité de la peau facilite cette pénétration de la chaleur. Un fer rougi, appliqué légèrement sur'la peau d’un cadavre de manière à ne point la détruire , s’éteint lentement et par degréSy et fait pénétrer la chaleur presque aussi loin que le moxa ; mais si avec le même fer on détruit rapidement la peau , de manière à le faire plonger dans les parties subjacentes , le contact de l’humidité et de la graisse l’éteint rapidement , et la chaleur

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pénètre à peine à quelques lignes de profondeur au-delà de la

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