partie escharifiée
Voici une autre expérience très-prOpre à donner une idée de l’importance de la siccité des parties pour la transmission de la chaleur. Si ^ sur un large morceau de peau revêtue de sa couche celluleuse, on pratique , du côté épidermoïque , une cautérisation transcurfente à la manière des vétérinaires , la chaleur pénètre avec rapidité toute l’épaisseur de la partie cautérisée. Mais qu’avec ce même fer, rougi à un égal degré, on pratique de la même manière des raies de feu sur la face interne d’un morceau de peau semblable , en y mettant même beaucoup plus d’insistance, il sera impossible de faire pénétrer la chaleur jusqu’à la pulpe des doigts que l’on appliquera sur le côté opposé.
Le calorique compiuniqué aux parties vivantes par le cautère ou le moxa ne se propage pas à travers tous les tissus avec une égale intensité.
Toutes les substances animales sont de très-mauvais conducteurs du calorique, surtout lorsqu’elles sont imprégnées d’une grande quantité d’eau. On sait, en effet, que de tous les corps de la nature, l’eau est peut-être celui qui conduit le plus mal la chaleur. Aussi est-il facile de se convaincre que sur les sujets secs , Faction du feu se propage beaucoup plus loin que chez les sujets infiltrés de sérosité.
Si l’on fait abstraction du plus ou moins de sécheresse des fibres, il existe une bien légère différence entre les divers tissus animaux sous le rapport de leur pouvoir conducteur. J’ai cru cependant remarquer que là chaleur du rnoxa ou du Ter rouge pénétrait plus profondément à travers les parties sèches et fibreuses qui entourent les articulations , qu’à travers le tissu adipeux, celui de tous Je? tissus qui m’a paru le plus réfractaire à la pénétration de la chaleur.
Les muscles secs sont peut-être les parties susceptibles de s’échauffer le plus profondément à la suite d’une cautérisation superficielle. Je suis parvenu à élever la température de toute l’épaisseur dès muscles jumeaux , sans dépasser les limites de la peau.
THÉRAPEDTIQUE GÉNÉRALE. l6l
Le pouYoir conducteur des os égale à peu près celui des parties molles ; les os compactes s’échauffent plus aisément que les os spongieux. Un bouton de feu , appliqué sur les téguments du crâne , peut faire sentir son influence jusque dans la cavité crânienne ; mais il faut pour cela que l’application dure plusieurs minutes et que le cautère soit volumineux. Des rondelles de tissu spongieux d’un centimètre d’épaisseur sont à peine traversées par la chaleur d’un bouton de feu après deux minutes d’application.
La plupart des auteurs sont d’accord pour établir que la cautérisation lente du moxa est plus propre à faire pénétrer profondément la chaleur que ne l’est la cautérisation par le fer rouge. Je me suis livré à quelques expériences propres à éclaircir ce point intéressant dë thérapeutique.
Ayant pratiqué au côté externe dü genou ùhè incision qui me permit d’introduire le doigt dans la cavité articulaire , je fis brûler sur le côté interne de l’articulation , dans la dépression qui existe entre la rotule et les côndyles , un moxa de coton , ayant à sa base trois centimètres de diamètre et environ autant de hauteur. J’eus le soin de n’opérer là combustion que très^ lentement ; elle dura six minutes. Avant que le moxa ne fût en entier consumé, la chaleur avait déjà pénétré dans le genou , et lorsque la combustion fut complète , la paroi interne de la cavité articulaire avait acquis une température très-élevée , environ de 50 à 60 degrés. L’épaisseur des parties molles qui formaient chez ce sujet la paroi interne dé l’articulation , était d’environ douze millimètres. La destruction des tissus, opérée par le moxa, occupait toute l’épaisseur de la peau et dé la couche sous-cütanée , très-mincé dans cette région. Cette expérience;, renouvelée plusieurs fois de la même manière , m’a toujours donné des résultats identiques.
Dans l’intention de connaître jusqu’à quelles limites pourrait s’étendre l’élévation de température produite par la combustion du moxa , j’ai fait à plusieurs reprises l’expérience suivante : Un moxa , du volume du précédent , ayant été brûlé lentement dans la région dorsale , entre le rachis et l’omoplate d’un sujet assez sec, j’ai disséqué rapideriaent et coache par couche la TomeI. U
.partie subjaçente à la brûlure , et j’ai constaté que l’élévation de température s’arrêtait à la face antérieure du muscle rhomboïde où elle était d’enyiron .30 degrés ; la chaleur avait , dans ce cas J pénétré .à une profondeur d’environ quinze millimètres, et traversé la peau , la couche celluleuse et des muscles assez épais.
tes moxas d’un volume plus petit, ceux qu’on emploie le plus habituellement , et dont le diamètre n’excède pas quinze à dix-huit millimètres , sont loin de produire un efiPet d’une égale intensité ; ils n’échauffent ^uère les parties qu’à une profondeur moitié moindre et dans une bien plus faible étendue ; je m’en suis assuré directement. D’après de pareüs résultats , on a de la peine à comprendre pourquoi des chirurgiens, tels que Percy, Larrey , convaincus de cette idée que l’efScacité du feu tient surtout à l’action qu’il exerce au moment où il est appliqué , aient abandonné ce large moxa égyptien pour le restreindre à des dimensions sous lesquelles il est dépourvu d’une grande partie de sa puissance.
Sans doute , le motif de cette réduction dans les dimensions du moxa, se trouve dans la nécessité où l’on est de faire à la peau de trop grandes pertes de substance. Mais ce désavantage des moxas volumineux me paraît amplement compensé parla plus grande intensité de leur action et par le nombre moins çonsidérabie d’appUcations que l’on est obligé d’en faire.
IttflânynEaipn -cppséputiyç à i’actipn du feu.
La réajction inflammatoire consécutive à l’action du cautère actuel , s’établit eu général avec une remarquable promptitude. Autour de la partie brûlée , la peau s’injecte et devient le siège d’une tuméfaction modérée. Il n’est aucun caustique qui soit susceptible de déterminer l’apparition de ces phénomènes en aussi peu de temps. Chez les sujets d’une bonne constitution, l’élimination des eschares s’opère en général du cinquième au huitième jour , et chez eux les plaies qui résultent de cette séparation se ferment assez promptement , surtout si elles sont linéaires. Quant aux ulcères arrondis, résultant de la cautérisa-
tion par le moxa et le bouton de feu , ils mettent , en général , plus de temps à se fermer.
Des amputations et des résections dans les maladies graves des articulations.
Une dernière ressource , commune à un grand nombre de maladies graves des articulations , c’est l’extirpation des parties altérées. Le nombre des cas où cette ressource extrême peut être mise en usage, doit diminuer avec les progrès que fait le traitement local et général des maladies articulaires , et . sans doute , si ce traitement était perfectionné et qu’il pût toujours être employé dès le début, il n’y aurait aucun cas d’amputation ou de résection ; car, si la santé générale était assez bonne, la guérison pourrait avoir lieu sans opération, et si la santé était trop profondément altérée pour être rétablie^ toute opération grave ne pourrait que bâter la mort.
Mais soit que le traitement des maladies articulaires soit encore trop peu avancé , soit que les moyens qu’on connaît ne soient souvent employés que trop tardivement, les amputations restent encore des ressources extrêmes auxquelles trop souvent l’on est obligé de recourir.
Les amputations ne doivent être pratiquées que lorsque les maladies articulaires qui paraissent les exiger , sont vraiment incurables. Il faut être très-réservé dans l’affirmation de cette incurabilité. Cependant, lorsque des ulcérations se sont formées, qu’elles existent en grand nombre , communiquent de toutes parts avec des abcès de l’articulation ou avec des masses considérables d’os cariés , qu’à ces lésions se joignent des luxations spontanées , des ramollissements dans les ligaments , des ulcérations dans les cartilages , et qu’ après une attente prolongée , l’ankylose ne tend point à se faire^ que la suppuration est abondante et augmente graduellement, l’on a tout lieu de penser que le mal est incurable , et dès-lors qu’il existe une des conditions qui rendent l’amputation praticable.
Mais il est évident qu’il ne suffit pas que la maladie articulaire soit incurable pour que l’on se décide à l’amputation ; il
MALADIES DES ÂBTICüLATIOKS.
faut de plus que le malade puisse résister aux suites de cette opération^ et qu’il ne soit pas exposé , après être guéri ^ à une réapparition du mal dans d’autres parties du corps.
On peut présumer que le malade guérira lorsque la tumeur est fongTieuse et que la constitution n’est pas trop profondément altérée. J’attache une grande importance au caractère fongueux des tumeurs articulaires, et j’èn tire un pronostic favorable, d’après les raisons nombreuses que j’ai exposées dans le cours de cet ouvrage. Je le répète , ces tumeurs n’existent que chez des individus qui jouissent d’une assez grande puissance de réaction ; elles sont formées par une matière organisable arrêtée à l’une des périodes de son organisation ; ce qui les constitue est un élément organisateur , et sa sécrétion suppose des forces générales assez grandes pour faire espérer la cicatrisation quand le membre sera amputé.
On peut encore espérer la guérison, lorsque la constitution n’est point trop altérée , et qu’elle n’a subi que les altérations qui peuvent être la conséquence de la lésion articulaire. L’expérience démontre tous les jours que lorsque la fièvre ou la diarrhée sont les suites d’une lésion locale, elles se dissipent aussitôt que l’altération locale a été enlevée et que la plaie de l’amputation commence à guérir.
La crainte de voir les malades succomber à une amputation est justifiée , lorsqu’il s’agit d’un abcès froid de l’articulation , que des lésions plus ou moins graves des organes internes coexistent avec lui, et qu’une diathèse purulente ou tuberculeuse paraît en être la cause.
Lorsque la tumeur est essentiellement purulente , je porte un pronostic extrêmement fâcheux , soit parce que l’expérience m’a prouvé que ces tumeurs coexistent toujours avec des constitutions profondément altérées , soit parce que les' liquides contenus dans ces tumeurs n’étant point organisables , les individus chez lesquels ils sont sécrétés, ne peuvent avoir les forces nécessaires à la guérison. Enfin , lorsqu’il existe intérieurement dès lésions graves, telles^ que des tubercules pulmonaires, des tubercules intestinaux, lorsque ceux-ci se sont développés dans les os, dans des articulations, ou enfin dans une partie quel-
toîKjue du corps , évidemment l’on ne doit pas amputer.
A quelle période des maladies grav^ des articulations doiton pratiquer l’amputation? Faut-il se décider lorsque le malade conserve encore une grande partie de ses forces^ ou faut-il attendre qu’il soit affaibli par la souffrance et par la suppuration? L’expérience a prouvé que dans cette dernière condition les suites de l’ablation d’un membre étaient beaucoup moins graves. Cependant, bien que l’on ne puisse fixer à quelle époque la débilitation est trop profonde, on peut assurer qu’il ne faut pas attendre que la fièvre soit continue, et que la diarrhée soit abondante. On voit par là que tout eu admettant avec M. Gerdy que l’amputation guérit mieux chez les individus débilités que chez ceux qui ont conservé toutes leurs forées , je ne saurais admettre que cette débilité doive être extrême , et que le malade soit arrivé à la dernière période de la fièvre hectique.
Les cas où les résections sont indiquées sont encore moins nombreux que ceux où les amputations sont praticables. Comme ces dernières , elles exigent l’incurabilité du mai , des forces suffisantes dans la constitution , et l’absence des phénomènes qui font craindre une récidive dans les autres partias du corps. Plus que les amputations , elles exposent aux accidents qui entraînent la mort, et après avoir été longtemps considérées comme une des conquêtes les plus hriîlantes de la chirurgie moderne , elles sont laissées aujourd’hui dans un juste abandon. Je ne conçois, pour ma part, aucun cas où elles soient indiquées dans les grandes articulations.
Les lésions de ces jointures siègent ordinairement dans la synoviale et dans les parties molles environnantes; les os ne sont malades que trop superficiellement pour qu’il soit nécessaire de les enlever , et dans les cas où ils sont le siège spécial du mal, qu’ils soient infiltrés de pus ou de fongosités, la limite des lésions n’est jamais assez précise pour que l’on puisse entreprendre une résection avec la connaissance exacte de ce que l’on doit faire.
Si l’on trouve peu de cas de résections , dès que l’on tient compte des dangers qu’elles entraînent et du siège des maladies graves des articulations , l’on est également éloigné d’y recou >
rir , si l’on remarque la nature des fonctions des organes sur lesquels on les pratique. Dans le membre inférieur^ la marche ne peut se rétablir qu’imparfaitement , si le genou ou le pied out été réséqués ; au membre supérieur , les mouvements importants sont détruits , et au poignet, par exemple , la résection ne peut se faire sans couper les tendons des doigts et par conséquent sans détruire les fonctions de ces organes.
Il n’en est pas de même de la résection des phalanges des doigts et des orteils ; lors même qu’une de ces phalanges est enlevée , les mouvements peuvent se conserver encore ; mais cette conservation est si inutile, qu’il vaut mieux , le plus souvent, enlever la totalité de l’appendice, que d’en enlever une partie. Je ne vois d’exception que pour le pouce dont la deuxième phalange conservée peut remplir plus d’usages , que le moignon qui succéderait à son amputation. Je renvoie aux traités de médecine opératoire pour tout ce qui regarde le manuel des amputations et des résections,