AGENTS TIRÉS DE LA MATIÈRE MÉDICALE
Parmi les agents tirés de la matière médicale, ceux dont l’utilité est le mieux démontrée dans le traitement général des maladies articulaires constitutionnelles, sont incontestablement les eaux minérales, sulfureuses, salines, alcalines et iodées; ce sont aussi les moyens que Je ferai connaître avec le plus de détails. Je parlerai aussi avec quelque développement des préparations pharmaceutiques sulfureuses^ salines, alcalines et iodées. En partant de ce principe, que la méthode la meilleure pour administrer ces préparations consiste à reproduire, autant que possible^ la médication suivie dans les eaux minérales, je tâcherai de déterminer quelles sont celles qui doivent être préférées, et quel est le mode suivant lequel on doit en combiner l’usage.
Dçs eauQC minérales sulfureuses et des préparations de soufre.
Parmi les traitements qui ont été conseillés contre uu grand nombre de maladies chroniques des articulations, il n’en est pas dout l’usage soit plus répandu et dont l’efficacité soit mieux démontrée que celle des eaux minérales snlfureuses ; aussi yoit-on des malades affectés de rhumatismes chroniques ou de maladies articulaires scrofuleuses ou purulentes^ affluer, dans la belle saisom au5 eaux sulfureuses.
Parmi ces eaux, celles qui jouissent en France de la plus grande réputatioii sont les eaux des Pyrénées, et spécialement celles de ^garàges,, de Cauterets et de Bagnères; ATétranger et près de nous, les eaux d’Aix, en Savoie, et celles d’Aix-la- Chapelle sont les plus fréquentées.
Ce n’est pas ici le lieu de donner l’analyse détaillée des diverses eaux minérales qui doivent spécialement leurs propriétés au soufre, je renvoie aux ouvrages de matière médicale pour ce qui regarde ces détails chimiques ; je me contenterai de quelques observations générales.
Dans certaines eaux on trouve presque uniquement de l’acide sulfhÿdrique dissous; telles sont les eaux froides d’Enghien et
THÉHAPECTIQüE GÉSÉBALE. 179
d’AlIevard. Dans le plus grand nombre des cas, ce sont des sulfhydrates de soude ou de cbaux avec plus ou moins d’excès d’hydrogène sulfuré que démontre l’analyse. C’est dans cet état que le soufre existe dans les eaux d’Âix en Savoie, d’Aix-la- Chapelle, de Barèges, de Cauterets,*"5^v7fetc. Toutes ces eaux sont limpides à la source, mais lorsqu’elles sont restées quelque temps exposées à l’air, elles laissent déposer du soufre hydraté ; on peut penser que ce soufre y est tenu en dissolution par l’acide sulfhydrique qui s’évapore à l’air et entraîne par cette évaporation la précipitation du soufre.
Indépendamment des éléments sulfureux que nous venons d’indiquer, les eaux sulfureuses contiennent en général d’autres substances, telles que des carbonates de soude, des chlorures de sodium^ etc., etc. Dans la plupart d’entre elles, ôn voit se former, par le repos, un nuage glaireux produit par une substance végéto-animale, fournissant du charbon et de l’azote par la carbonisation, et que l’on désigne sous le nom de glatrine ou de harégine. Enfin, la plupart des eauX sulfureuses sont chaudes ; on n’en connaît qu’un petit nombre de froides ; parmi ces dernières nous avons déjà cité Allevard et Enghien.
Si l’on visité un établissement complet d’eau sulfureuse, comme est celui d’Aix en Savoie, on voit que ces eaux sont administrées sous toutes les formes : à l’intérieur, en boisson ; à l’extérieur, en bains dans l’eau minérale , en bains dans la vapeur qui se dégage de ces eaux, en douches sur tout le corps ou sur quelques parties seulement. Les bains dans l’eau se prennent non seulement dans dés baignoires, mais encore dans des piscines où l’on peut se livrer à la natation. Les dôuches se donnent tantôt avec l’eau chaude, tantôt avec l’eau froide, dans quelques cas , à la manière écossaise , c’est-à-dire en faisant passer alternativement le malade de la douche chaude à la douche froide. La quantité de boisson prise intérieurement varie beaucoup, suivant les sujets. En général, ou en boit un litre par jour ; la durée du traitement est ordinairement d’un mois.
Les effets que produit ce traitement énergique , indépendamment de son influence sur telle ou telle maladie, sont extrême-^
ment remarquables ; il détermine , surtout par ses applications extérieures , des transpirations extrêmement abondantes , manifestes , surtout au sortir des bains d’eau ou de vapeur. La peau devient le siège d’une congestion active, et dans quelques cas, lorsque le traiteident a été prolongé deux ou trois semaines, il se manifeste àda peau une éruption de petites papules et même de vésicules , que l’on désigne sous le nom de poussée ; indépendamment de cette action puissante sur l’enveloppe cutanée , le traitement par les eaux minérales sulfureuses produit une excitation générale qui se traduit par l’insomnie , la fréquence plus grande dans le pouls , et quelquefois par une véritable fièvre qui oblige de le suspendre au moins momentanément.
Ces effets se prolongent bien au-delà de l’époque pendant laquelle le traitement sulfureux est administré. Il est des personnes qui, dans les deux ou trois mois qui suivent leur séjour à Aix, éprouvent une chaleur générale, avec transpiration abondante , à l’heure à laquelle ils avaient eu l’habitude de prendre leurs douches et leurs bains.
Des recherches suffisantes manquent pour décider si la transpiration produite par les eaux sulfureuses renferme tous les éléments de la sueur normale, ou si elle est simplement aqueuse. Mais l’on ne peut douter que l’impressionnabilité du malade au froid ne diminue par l’effet de ce traitement.
Les observations générales que nous venons d’exposer expliquent en partie les effets thérapeutiques des eaux sulfureuses. On voit qu’elles peuvent agir, 4’ une part par la congestion active qu’elles déterminent à la peau , ainsi que par les transpirations abondantes qui suivent leur emploi ; d’autre part , par la fièvre artificielle qu’elles déterminent. C’est à cette fièvre que Bordeu , qui a tant contribué à faire connaître les propriétés des eaux sulfureuses , attribuait les effets avantageux qu’elles produisent. Elles amènent , suivant lui , les maladies chroniques à cette période de crise qui les jugent , comme les crises spontanées terminent heureusement les maladies aiguës.
Dans l’explication des effets avantageux des eaux sulfureuses , il ne faut pas négliger de tenir compte de l’absorption du
THÉRAPEUTIQUE GÉÎSÉRALE, 181
soufre et de sa pénétration dans le sang. Cette absorption est prouvée par les analyses chimiques , qui permettent de reconnaître l’acide suif hydrique dans la sueur et dans l’ urine des malades. L’on doit à M. Rigolot d’AUevard , plusieurs expériences qui prouvent ce transport du soufre dans la circulation et qu’il a consignées dans un travail remarquable sur les eaux dont il est le médecin.
En présence de pareils faits auxquels nous ajouterons plus tard l’histoire des résultats thérapeutiques que produisent les eaux sulfureuses dans le rhumatisme chronique et dans les arthropathies scrofuleuses , on sent combien il serait nécessaire de pouvoir administrer à domicile une semblable méthode de traitement. Les eaux sulfureuses nécessitent un déplacement que ne peut exécuter le plus grand nombre des malades. Malheureusement il est impossible de reproduire dans les hôpitaux ou dans la pratique civile un traitement dont l’efficacité soit comparable à celui des eaux sulfureuses prises à la source. Cette opinion était celle de Bordeu , qui avait puisé ses convictions dans des observations cliniques ; c’est aussi celle des médecins chimistes. Et d’abord le manque d’une quantité d’eau suffisante empêchera toujours de prendre à domicile ces bains de piscine où la natation peut être exécutée ; elle rendra difficiles des douches sur tout le corps; mais la raison principale, c’est l’impossibilité de donner des boissons ou des bains qui soient la reproduction exacte de ceux que l’on peut trouver aux sources minérales.
Les solutions artificielles d’acide sulfhydrique ou de sulfbydrate de soude sont de véritables poisons , et sont tombées justement en désuétude. Les bains sulfureux ordinaires , que l’on prépare avec du persulfure de potasse , n’ont pas la môme composition que ceux des eaux , car ils né contiennent pas, comme ces derniers ^ un sulfbydrate neutre avec excès d’acide sulfhydrique. Quant aux bains d’Ânglada , formés de sulfbydrate de soude , ils ne sont qu’une imitation peu active, si le sulfbydrate est neutre , car ils ne contiennent point d’acide sulfbydrique en excès comme les bains naturels , et si dans leur préparation le carbonate de soude n’est pas complètement neutralisé par
l’acide sulfbydrique , l’on a des bains alcalins et non des bains sulfureux.
Cette impossibilité de reproduire à domicile le traitement pa? les eaux sulfureuses , ne me laisse pas moins cette conviction \ que si l’on veut faire un traitement par le soufre , il faut, autant que possible , se rapprocher de celui qu’on emploie aux sources minérales, c’est-à-dire qu’il faut combiner constamment l’usage des préparations internes avec celui des bains , employer ces moyens à doses assez élevées pour produire d’abondantes transpirations et une fièvre artificielle ; faire suer les malades dans leurs lits au sortir des bains , et continuer le traitement pendant plusieurs semaines, pour le suspendre ensuite et en attendre les effets. Sans doute, c’est au défaut de ces précautions qu’il faut attribuer l’insignifiance des résultats qu’on obtient en général des traitements sulfureux ; mais quelles sont les préparations internes et externes que l’on doive préférer?
A l’intérieur , on ne doit pas employer les solutions d’acide sulfbydrique, ses effets toxiques sont trop à craindre aux doses où il produit des résultats évidents.
Si l’on veut recourir aux sulfures de sodium , de potassium , on devra préférer sans doute leur solution aqueuse , d’après ce principe qu’il faut imiter autant que possible leurs préparations naturelles , mais alors on sera également exposé à produire de graves accidents. Reste le soufre en nature. Celui qu’on doit préférer est le soufre obtenu par précipitation , celui qu’on désigne en pharmacie sous le nom àejnagüter de soufre; mais je ne pense pas qu’on doive le donner , comme c’est l’usage , à l’état solide , soit en tablettes , soit en opiat mélangé à du miel bu à des confitures , soit enfin en suspension. Je vou-r drais le donner en solution aqueuse , et quoique , à cet égard , j’avance un conseil contraii^e aux connaissances chimiques, c’est la décoction de soufre , conseillée par plusieurs anciens , que je préférerais.
Quant aux bains artificiels, ceux qui doifent être conservés, ce sont les bains avec le persulfure de potassium , à la dose de 30 à 121) grammes. Ces bains déposent du soufre et dégagent l’hydrogène sulfuré ; ce dégagement remplit la chambre d’une
vapeur qui imite jusqu’à un certain point celle que l’on respire aux eaux , en prenant des bains dans une vapeur aqueuse , chargée d’hydf ogène sulfuré. Je dois dire que je ti’ai point constaté les effets du traiteiUent que je propose ; mais en considérant que jusqu’id on n’a tiré qu’un médiocre résultat des pré^ parations soufrées j et que cependant on ne peut douter qu’elles ne puissent être très-avantageuses , convenablement administrées , j’ai dû faire mes efforts pour suppléer à la lacune que présente là IbérapeutiqUe sous le rapport de l’imitation du traitement par les eaui minérales sulfureuses. Je suis parti de ce principe qui me paraît être fécond, et que M. Trousseau a très-bien développé dans son Traité de thérapeutique, qu’il faut que les médecins imitent l’eusemble des médications suivies dans les eaux minérales , en môme temps que les chimistes reproduisent, autant qu’ils le peuvent, la composition de ces eaux. Les uns et les autres trouvent là des modèles qui doivent appeler, de leur part, les plus sérieuses méditations.
Des eaux salines.
Les eanx salines , comme les eaux sulfureuses , ont été conseillées et souvent mises en usage dans le traitement de toutes les affections dont j’examine ici la thérapeutique générale. Ces eaux sont froides Ou chaudes. Les eaux salines froides sont employées suivant deux méthodes principales ; à l’intérieur , comme purgatives , telles sont les eaux de Sedlitz et d’Epsom; à l’extérieur , en bains, telles sont les eaux de mer.
Les eaux salines froides et purgatives ne sont pas celles dont nous avons à nous occuper. Leur action est tout aussi secondaire dans le traitement des rhumatismes et des scrofules que celle des autres purgatifs. Les bains dë mer ont une bien plus grande importance , leur action se rapproche beaucoup de celle des bains froids , dont nous avons précédemment examiné le mode d’administration et les effets immédiats ; comme ces derniers , ils déterminent, lorsqu’on les prend par immersion, une vive réaction à là peau, ils diminuent l’impressionnabilité au froid , ils activent les forces digestives et donnent un sentiment
général de forces ; plus peut-être que les bains froids, ils irritent la peau; mais cet effet, dû au sel contenu dans l’eau de mer, n’est très-sensible que lorsque les bains sont très-prolongés.
Les eaux salines thermales sont surtout celles dont nous devons nous occuper avec détail. Les plus actives d’entre elles sont les eaux de Bourbonne-les-Bains (Haute-Saône)^ de la Mothe, près de Grenoble , de Balaruc (Hérault). A cette liste, on doit ajouter les eaux de Plombières , de Luxeuil , de Né^ ris, etc., etc. Toutes ont cela de commun qu’elles contiennent de l’bydrocblorate et du sulfate de soude en proportion plus ou moins considérable ; mais dans quelques-unes , ces sels de soude sont les seuls éléments minéralisateurs de quelque importance ; dans d’autres , comme les eapx de Vichy , de Luxeuil, du Mont-Dore, il y arde plus du carbonate de soude avec excès d’acide carbonique ; quelques principes accessoires existent dans la plupart de ces eaux , tels que de la silice, du fer ; dans quelques-unes, de la barégine qui semble en tempérer l’activité, Comme toutes les eaux minérales, les eaux salines diffèrent par leur température plus ou moins élevée , et par la proportion plus ou moins forte de leurs principes minéralisateurs. Les eaux de la Mothe et de Cbaudes-Aigues ont plus de 55 degrés ; celles de Plombières sont environ de 40 degrés , et plusieurs autres, celles de Néris, du Mont-Dore, ont une température qui se rapproche de celle du corps humain. A Bourbon-Lançy et à Aix en Provence , la proportion des sels est si faible , que les eaux ne peuvent guère agir que par leur température ; à Plombières et à Néris , la proportion des sels est un peu plus forte ; à Balaruc , elle est beaucoup plus considérable encore, et donne à ces eaux une extrême activité.
Les eaux salines sont administrées sur les lieux , en bains , pu boissons et en douches générales ou partielles. En boisson, on les donne ordinairement à doses assez faibles pour qu’elles ne purgent pas, afin qu’étant absorbées , leur effet excitant et diurétique soit plus marqué. Comme les ^bains sulfureux , les bains salés excitent vivement la peau , mais ils tendent moins activement à produire une fièvre ai'tificielle , et c’est ce qui fait que , moins utiles peut-être aux tempéraments mous et lymph^t
tiques j ils réussissent mieux chez les personnes irritables et disposées à la fièvre. Lorsque l’état nerveux est très-marqué , ce sont surtout les eaux de Néris et de Plombières qui doivent être préférées. Il est à remarquer que les eaux thermales , qui sont le rendez-vous de la haute société de l’Europe , sont en général des eaux salines comme celles de Lucques en Italie , de Wiesbaden, d’Ems en Allemagne, etc., etc.
L’utilité incontestable du traitement par les eaux thermales salines conduit à se demander comment on pourrait le reproduire artificiellement. Sans doute , il faudrait l’employer au moins en bains et en boissons ; les bains salés seraient composés avec du sel marin ou mieux avec du sel gris. En cherchant quelle est la dose d’hydrocblorate de soude que l’on pourrait ajouter à un bain , on trouve dans les auteurs les indications les plus variées. Les uns conseillent d’employer une livre de sel , et d’autres , comme MM. Merat et Délens , indiquent une proportion de quatre à cinq livres. Sans doute , ces proportions doivent varier suivant l’effet plus ou moins irritant que l’on veut produire, mais il est bon d’être fixé sur la quantité moyenne de celle que l’on doit employer. Pour arriver à ce résultat , il faut savoir quelle est , dans l’eau de mer , par exemple , la proportion du sel , et reproduire cette proportion dans Içs bains artificiels ; or , en prenant la moyenne des analyses si nombreuses qui ont été publiées sur l’eau de mer, on trouve que cette eau contient en moyenne à peu près 30 grammes de sel pour 1 litre d’eau , ce qui fait que dans un bain de 250 litres^ il faudrait ajouter 7 kilogrammes 1/2 de sel pour avoir la saturation de l’eau de mer ; cette proportion est assurément trop forte pour un bain prolongé. En consultant les analyses des eaux de Bourbonne , on serait conduit à employer 1/3 seulement de cette dose. Si l’on ne peut établir d’après des bases positives de quelle manière on pourrait reproduire à domicile le traitement externe par les eaux salées , il est plus difficile encore de dire comment on pourrait formuler des boissons que l’ott^ourrait prendre intérieurement. Plusieurs des eaux salines , comme celles de Plombières , s’altèrent par le transport ; d’autres , comme celles du Mont-Dore , ne jouissent plus d’une
MALADIES DES AETICÜLATIONS.
efficacité démontrée loin des lieux où on les administre^ et i! est probable qu’une boisson salée, la solution , par exemple, de 15 à 30 grammes de sel dans un litre d’eau, ne serait pas aisément supportée. Toutes ces questions exigent de nouvelles recherches. Il est à désirer qu’elles- soient poursuivies , car ce serait rendre un grand service aux malades pauvres de reproduire à peu de frais les traitements aussi efficaces que ceux que l’on trouve dans les eaux salines therniales.
Des préparations alcalines.
Parmi les moyens conseillés dans le but de modifier lâ constitution tout entière et que l’on a considérés tour à tour comme utiles dans les rhumatismes chroniques, dans les scrofules, dans la goutte, etc., l’on doit donner une large place aux préparations alcalines. L’emploi aussi répandu de ces substances a été fondé sur des Vues théoriques assez différentes.
Dans le siècle dernier et au commencement de Celui-ci , des. auteurs qui voyaient dans ce qu’ils appelaient l’épaississement des sucs lymphatiques, la cause des scrofules et celle des concrétions goutteuses, conseillèrent des alcalis, en se fondant) sur cette observation chimique que la potasse , la soude dissolvent les substances animales, ce qu’ils exprimaient en disant •que ces alcalis étaient incisifs , atténuants.
Baumes et Hufeland, qui attribuèrent les scrofules surtout à la prédominance des acides dans le suc gastrique, le sang, les sueurs , conseillèrent les alcalis comme moyen de neutraliser les acides. Enfin , dans ces derniers temps, M. Turck , attribuant la goutte et le rhumatisme à l’acidité moins prononcée que dans l’état normal des sécrétions cutanées , a conseillé des lotions alcalines.
Quoi qu’il en soit de la valeur des théories sur lesquelles chacun prétend justifier sa pratique , voici quelques renseignements sur le mode d’administration et sur les effets immédiats des préparations alcalines. Dans quelques eaux minérales , celles de Plombières, et du Mont-Dore, par exemple, l’on trouve une faible proportion de sous-carbonate de soude mélangé à
d’autres sels. Ce ne sont pas ces eaux dont les effets permettent d’apprécier celui des préparations alcalines. Le bicarbonate de soude y est en trop faible proportion, il est mélangé à un trop grand nombre d’autres substances. Il faut étudier les effets des eaux de Vichy pour se faire une idée juste de l’action des alcalis. On sait que ces eaux contiennent une assez forte proportion de carbonate de soude, un gramme à peu près par litre, dissous dans une eau très-cbargée d’acide carbonique ; comme les eaux salines , elles s’administrent surtout en bains et en boissons.
Quoique les auteurs qui en ont traité prétendent qu’elles peuvent être utiles dans les rhumatismes et dans les scrofules , des jnédecins éclairés et impartiaux , parmi lesquels nous nous plaisons surtout à citer M. Prunelle, les regardent comme inférieures, dans ces cas là, aux eaux sulfureuses et salines. Cette opinion est celle de l’immense majorité des médecins qui ne dirigent que très-rarement ces maladies vers les eaux alcalines.
Nous sommes donc' conduit à donner à cet ordre de moyens moins de place dans la thérapeutique des maladies articulaires, que nous ne l’avons fait pour les bains sulfureux et salins. Cependant, comme les préparations alcalines ont été conseillées par un grand nombre d’auteurs , dans les scrofules , dans la goutte , dans le rhumatisme , et qu’elles font ainsi partie des moyens thérapeutiques que nous avons à étudier , je vais indir quer les préparations qui sont le plus usitées.
Les bains alcalins peuvent se préparer surtout avec le bicarbonate de soude ou avec la soude. En se guidant sur l’analyse des eaux de Vichy, on devrait donner pourun bain de 2Ô0 litres 250 grammes de bicarbonate de soude. La dose de sous-carbonate devrait être de moitié moindre.
A l’intérieur , on peut prendre soit les eaux de Vichy , naturelles ou artificielles , qui se transportent sans altération ou se préparent parfaitement. A défaut d’eau de Vichy artificielle, on peut faire usage de bicarbonate dissous dans l’eau et employé à la dose d’un 1/2 gramme à 3 ou 4 grammes par jour ; l’eau de chaux seconde, qui se prend seule ou coupée avec du lait, de 100 à 500 grammes dans les vingt-quatre heures ; le
savon médicinal préparé avec la soude et l’huile d’amandes douces, qu’on emploie en pilules, depuis 30 centigrammes jusqu’à 2 grammes ; mais j’insiste peu sur ces préparations , car à part la goutte sur laquelle les alcalis paraissent avoir une influence heureuse que nous examinerons plus tard , ces préparations n’ont pas une assez grande importance dans le traitement de la plupart des maladies articulaires , pour que nous insistions longuement sur elles.
De Viode et de ses préparations.
En traitant de l’iode et de ses préparations , nous ne pouvons suivre l’ordre que nous avons adopté dans les articles consacrés aux préparations sulfureuses et alcalines; car nous ne pouvons prendre l’état de l’iode dans les eau:3^minérales comme le type le plus parfait de ses préparations , et le mode suivant lequel on l’administre à ces eaux , comme devant nous servir de modèle dans la pratique civile. Il n’existe aucune eau dont les propriétés soient dues essentiellement à l’iode , et l’on n’a que des Connaissances imparfaites sur les effets de celles qui en contiennent ; de ce nombre sont les eaux de Challes, près de Chambéry, qui ont été découvertes par M. le docteur Dominget, et les eaux-mères qui ont servi à la production du sel marin. M. Léber, médecin des eaux de Lavey, est le seul auteur à ma connaissance qui ait cherché à utiliser ces eaux ; il a employé avec succès les eaux-mères des salines de Bex, en les mélangeant avec les eaux chaudes de Lavey, village situé près de Villeneuve , à l’extrémité orientale du lac de Genève.
Les préparations iodées, pour constituer un traitement général complet, doivent être employées en boissons et en bains.
Pour administrer l’iode en boisson, on peut verser dans de l’eau une certaine quantité de teinture d’iode. Cette méthode est celle de Coindet. 20 gouttes de teinture d’iode contiennent O centigrammes de cette substance. L’expérience ayant prouvé que l’on ne peut sans imprudence commencer par plus de 2 ou trois centigrammes d’iode par jour, et s’élever au-dessus de 8 à 10, l’on commence par ô, 10 gouttes de teinture
d’iôde, et l’on augmente graduellement jusqu’à 20 et 26 gouttes.
- Ce mode d’administration de l’iode est peu usité depuis les travaux de M. Lugol ; cet auteur a démontré que^ pour obtenir une solution parfaite de l’iode dans de l’eau, il fallait utiliser la propriété qu’a l’iodure de potassium de faciliter la dissolution de l’iode.
D’après cette vue, M. Lugol fait constamment dissoudre dans l’eau une certaine quantité d’iode et une quantité double d’iodure de potassium. Il donne chaque jour 250 grammes d’eau dans lesquels il fait dissoudre 3, 4, 6, 6 centigrammes d’iode et une dose d’iodure de potassium double, c’est-à-dire 6, 8, 10,
12 centigrammes (1).
La fatigue que produisent généralement les solutions dans lesquelles l’iode se trouve en nature a déjà conduit à employer dans les maladies scrofuleuses l’iodure de potassium pur, suivant les formules généralement usitées dans les maladies syphilitiques depuis les travaux de Yallace de Dublin et de M. Ricord. Ainsi l’on peut donner :
Eau, 2S0 grammes.
îodure de potassium, depuis 1/2 gramme jusqu’à S ou 4 grammes.
J’ai fait usage de cette formule et je la crois préférable à toutes celles où l’iode est employé en nature. L’expérience démontre que l’excitation générale et les mouvements à la peau que produisent les solutions d’iode pur, sont également déterminés par celles d’iodure de potassium.
Bains iodés. — C’est M. Lugol qui a introduit dans le traitement général de la constitution scrofuleuse les bains iodés. Pour préparer ces bains, on verse dans la baignoire la solution suivante ;
Eau . . 200 grammes.
Iode . . 8
lodura de potassium .... 16
(1) Pour traduire dans les poids connus les doses de M. Lugol, je suis obligé de faire une légère altération, car il est impossible de rendre en centigrammes les poids anciens de 1/2 grain, 3/4 de grain dont se sert ce médecin.
Pour des enfants de Ô à 6 ans, on emploie une dose moitié moindre, et dans les âges intermédiaires^ des quantités également intermédiaires.
En général, on se sert d’une quantité d’iodure de potassiuia double de celle de l’iode, afin de faciliter la dissolution de cette dernière substance» La baignoire doit être en bois, et le bain doit être prolongé d’une heure à une heure et demie, afin dé favoriser l’absorption des principes médicamenteux.
Les bains iodés produisent, aux doses que je viens d’indiquer, des picotements très-vifs à la peau ; ces picotements deviennent quelquefois insupportables et forcent les malades à sortir du bain ; il est nécessaire, dans ce cas, dé diminuer un peu la dose de l’iode. On sait aussi que les parties de la peau que touchent ces solutions prennent une teinte jaune plus ou moins foncée. Cette teinte persiste pendant 4 Ou o heures, et se dissipe sitôt que l’évaporation de l’iode a pu se faire com-* plètement.
Absorbé par la peau, ou mieux par la membrane mu^ queuse du tube digestif, l’iode cause des symptômes évidents d’excitation générale ; la circulation devient plus active, la peau plus chaude ; celle-ci peut être le siège d’éruptions diverses de la nature des exanthèmes aigus, tels que l’érythème, l’urticaire. Les exanthèmes coïncident quelquefois avec des tintouins et des éblouissements passagers (Trousseau et Pidoux) qui peuvent simuler une sorte d’ivresse que M. Lugol a appelée wmse iodîque.
L’absorption de l’iode est incroyablement rapide. Très-peu de temps après l’injection de l’hydriodate de potasse on peut reconnaître sa présence dans l’urine, ainsi que l’ont constaté Vallace et MM. O’Shauguessy, Tiedmann et Gmelin ; et ce qui n’est pas moins remarquable, c’est la vitesse avec laquelle l’urine cesse d’en manifester les traces aussitôt qii’on en interrompt l’usage. En général, quelque grande quantité d’bydriodate dé potasse que le malade ait pris, quelques jours d’interruption dans l’emploi de ce remède suffisent pour qu’il n’en reste qu’une trace légère. La sécrétion rénale n’est pas non plus le seul émonctoire qui donne issue à l’iode dans l’économie. Administrant cette substance à une nourrice, on la retrouve dans
son lait et même dans Turine de l’enfant qu’elle allaite ; on la découvre toujours dans la salive, et l’on a constaté sa présence dans les larmes de plusieurs malades affectés d’iritis avec larmoiement. Ces observations sont dues à Woebler ; elles ont été confirmées par les recherches de M. Péligot.
Après quelques jours de l’administration de l’iode, et surtout de l’hydriodate de potasse, l’appétit augmente d’une manière notable, et les fonctions digestives s’exécutent avec une perfection inaccoutumée (Trousseau et Pidoux).
Les effets immédiats que produit l’iode ne sont pas toujours aussi favorables : souvent l’excitation que produit cette substance sur les voies digestives entraîne des douleurs dans la région de l’estomac et de la diarrhée, et, lors même que ces accidents locaux ne se manifestent point, l’on observe une agitation nuisible, soit chez les malades sanguins et d’une forte constitution, soit chez ceux qui sont faibles et disposés à la fièvre. Ces inconvénients font désirer que l’on trouve des substances qui jouissent des propriétés curatives de l’iode et puissent être supportées plus aisément. Ce sont ces conditions que paraît réunir l’huile de foie de morue, que l’on peut considérer jusqu’à un certain point comme une préparation naturelle d’iode et de brôme, substances que l’analyse chimique y a démontrées. M. Hausman de Antens ayant trouvé que la proportion d’iode est plus considérable dans l’huile de foie de morue brune et trouble que dans celle qui est claire, c’est la première qui doit être généralement conseillée.
L’huile de foie de morue doit être prescrite pour les adultes, à la dose de 2, 3 ou 4 cuillerées à bouche par jour ; aux enfants on donne le même nombre de cuillerées à café. On la mêlé à du sirop ou bien avec un looeb blanc, forme sous, laquelle les enfants la prennent avec moins de difficulté.
Après que les malades ont avalé cette buile, on peut leur donner une' infusion amère, l’infusion de café ou de glands de cbêne, par exemple.
L’buile de foie de morue ne produit point d’excitation comparable à celle qui suit l’emploi de l’iode ; elle est absorbée toutefois comme ce médicament, et lorsque des enfants en ont
192 MALADIES DES ARTICUL. THÉRAPEüT. GÉNÉR. fait longtemps usage, toute leur peau en exhale l’odeur de la manière la plus évidente. Il est probable d’après cela que la peau en est l’émonctoire naturel, ce qui fait supposer qu’elle peut activer les fonctions de cette membrane.