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C. Lymphe plastique et divers produits de son organisation

Les questions relatives à la lymphe plastique et aux produits de son organisation sont les plus importantes et les plus difficiles entre celles qui se rattachent à l’anatomie pathologique des articulations. Leur connaissance est très-peu avancée, surtout en ce qui concerne les tumeurs fongueuses et les tissus lardacés ; j’en traiterai avec détail, et, pour résoudre les problèmes que je soulève, je remonterai aux principes les plus généraux de l’anatomie pathologique. Malgré les travaux de Hunter, d’Abernethy, de MM. Gendrin,Yelpeau, etc. , les phases diverses que suit la lymphe plastique dans son organisation sont encore trop peu connues pour que l’on puisse traiter tin des sujets qui s’y rapportent, sans aborder la question dans toute sa généralité.

La lymphe plastique est une matière qui, placée dans des conditions favorables, se pénètre de vaisseaux et suit diverses phases d’organisation. On eii choisit, en général, le type dans les fausses membranes sécrétées à la surface interne des séreuses ; là elle est parfaitement distincte des tissus qui la sécrètent, et l’on peut suivre ses changements Sans craindre de les confondre avec ceux que subit l’organe sécréteur lui-même. Mais quoique les fausses membranes offrent le type de la matière organisable, je ne la désignerai pas par l’expression de fausse membrane. Cette expression ne réveille qu’une idée de forme, elle peut induire en erreur en laissant croire que la ma- , tière organisable est toujours sous forme membraneuse, tandis que souvent on l’observe à l’état d’infiltration; je me servirai, pour désigner cette matière, tantôt du mot fibrine, qui en indique l’élément organisateur, tantôt du mot lymphe plastique, qui

rappelle qu’elle est formée par un liquide spontanément coagulable.

A l’état de fausse membrane, la matière organisable offre les caractères suivants : elle est molle, d’un blanc jaunâtre, légèrement transparente, sans trace de vaisseaux et formée de parties intimement adhérentes entre elles ; lorsqu’on veut la broyer dans un mortier, ou la déchirer entre les doigts, on ne peut réussir à en former une masse grumeleuse ; ses diverses parties restent adhérentes entre elles, comme celles de la fibrine extraite du sang parle battage. Soumise à l’action de la chaleur et des réactifs propres à constater la présence de l’albumine, elle se comporte comme si elle était imprégnée de sérosité. L’analyse chimique fait mieux connaître, au reste, quelle est sa composition.

Si on lave les fausses membranes avec de l’eau distillée, on en extrait une solution albumineuse, contenant les mêmes principes immédiats que la sérosité, savoir : de l’albumine, de l’extrait aqueux et alcoolique de viande, des chlorhydrates de soude et d’ammoniaque.

La décoction dans l’alcool de la partie épuisée par l’eau froide en extrait. une petite quantité de graisse qui a les mêmes caractères que les graisses du ^ang. . *

Lorsque l’on a épuisé les fausses membranes par l’eau froide, si l’on fait bouillir la partie restante dans de l’eau, il n’y a point de dissolution ; il en est de mêmes! l’on emploie la macération à froid et à chaud dans l’acool. Cette insolubilité dans Teau froide, l’eau chaude et l’alcool, de la partie fibreuse solide des fausses membranes, prouve qu’elles sont constituées par la fibrine. Cette conclusion est fortifiée par les observations suivantes. '

Si l’on fait macérer une fausse membrane blanche et épuisée par l’eau froide, dans une solution saturée de chlorhydrate de soude, de chlorhydrate d’ammoniaque, d’iodure de potassium, elle se dissout peu à peu, et disparaît enfin complètement au bout de deux ou trois jours. Lorsqu’elle a été dissoute dans ces réactifs, elle ne se coagule pas par la chaleur, elle précipite par la teinture de noix de galle et par les acides ; elle se comporte, en un mot, de la même manière que la fibrine du sang

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dissoute dans les chlorhydrates de soude et d’ammoniaque et dans riodure de potassium.

n résulte de ces expériences que la matière organisahle est composée de sérosité et de fibrine, qu’elle a dès-lors la même composition que la couenne inflammatoire du sang.

Lorsque la lymphe plastique est dans les conditions physiques et chimiques qui permettent son organisation, elle commence à se pénétrer de vaisseaux capillaires remplis de sang rouge, et qui, par leur développement graduel, font passer la teinte jaunâtre qu’elle avait au moment de sa sécrétion à une teinte semhlahlè à celle de la chair musculaire. L’époque où eÛe est pénétrée de vaisseaux capillaires, où la circulation commence à s’y établir, est celle où sa vie se manifeste. On peut l’étudier distinctement, à cette époque, soit dans les fausses membranes des séreuses, soit à la surface des plaies ; celles-ci se recouvrent dans le début d’une couche de lymphe plastique blanchâtre qui, eu se pénétrant de vaisseaux, devient rouge, et présente l’aspect des bourgeons charnus. Dans les cas les plus ordinaires, on voit les fausses inembrànes ou les bourgeons charnus des plaies se convertir en tissu de cicatrice qui n’est, comme on le sait, que du tissu fibreux.

On peut dans ces cas ordinaires admettre trois périodes dans les phases successives que parcourt la matière organisahle. Dans la première elle est blanche, molle et sans vaisseaux. C’est l’état dans lequel elle est sécrétée. Dans la seconde, elle est pénétrée de vaisseaux capillaires. Dans la troisième, elle est devenue celluleuse ou fibreuse; elle peut être aussi cartilagineuse, comme les maladies du périoste en oflrent des exemples ; mais, qu’on le remarque bien, si les tissus cellulaire, fibreux ou cartilagineux, n’ont pas la même disposition anatomique, ils sont identiques sous le rapport de leur composition. Tous se convertissent en gélatine par leur décoction dans l’eau, et ils ne diffèrent entre eux que comme les diverses formes cristallines d’un sel diffèrent les unes des autres.

J’admets, d’après ces considérations, que les tissus cellulaire^ fibreux, cartilagineux, de nouvelle formation, représentent la même période d’organisation de la lymphe plastique; il est

seulement à remarquer que lorsque c’est du tissu cartilagineux qui est formée ce tissu se pénètre de phosphate de chaux, il passe à une quatrième période d’organisation, qui est l’organisation osseuse. Si bien que, dans les cas ordinaires, c’est à sa troisième période que s’arrête la lymphe plastique, c’est-à-dire au tissu cellulaire et fibreux, et qu’elle passe quelquefois à une quatrième, qui est la période osseuse. Ces principes établis, on voit nettement dans quelle limite se trouvent circonscrits les produits que forme la lymphe plastique par son organisation ; il n’y en a pas d’autres que ceux que nous venons de signaler, et l’on voit que pour compléter l’étude de la matière organisable, nq^s devons la suivre dans ces quatre périodes : 1“ celle où elle est sans vaisseaux ; 2® celle où elle est pénétrée de vaisseaux capillaires; 3“ la période où elle s’est convertie en un tissu qui, par sa décoction dans l’eau, fournit de la gélatine ; 4*^ la période osseuse.

Première période d- organisation de la lymphe plastique. — . On sait que, dans l’état normal, le sang tient la fibrine en dissolution; si, par un procédé quelconque, celui de Muller, par exemple, on sépare les globules rouges et qu’on les laisse en repos, la fibrine se sépare de la sérosité, et forme un caillot de môme apparence que la couenne inflammatoire du sang, et de même composition que la lymphe plastique.

Pour comprendre la formation de cette dernière, il süfîit/ donc d’admettre qu’il s’épanche dans la trame des tissus une sérosité fibrineuse, et que, l’épanchement produit, la fibrine se dépose comme elle le fait dans l’expérience précitée. Cette fausse membrane n’a donc pas été séparée du sang à l’état demi-solide où on l’observe, mais elle était primitivement dissoute dans la sérosité, et elle s’en est précipitée en adhérant aux parois de la séreuse dans laquelle elle s’est produite. Il est nécessaire de se rappeler ces faits pour se rendre compte des distinctions que j’ai établies, en regardant l’état où les fausses membranes sont encore sans vaisseaux, "comme la première période deleur organisation. Cet état, comme on le voit, n’est pas celui où la sécrétion s’est faite, c’est celui où les molécules se sont associées dans ces rapports déterminés et fixes

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" qui constituent la condition indispensable de toute organisation.

La production de la lymphe plastique est toujours accompagnée de quelques-uns des phénomènes qui caractérisent l’inflammation ; mais, pour la produire, celle-ci ne doit être ni trop faible, car . alors il n’y a que sécrétion de sérosité, ni trop intense, car ses produits tendent dans ce cas à devenir purulents. Une bonne constitution tend, du reste, à faire prédominer la matière qui s’organise dans tous les produits de l’état morbide.

Deuxième 'période d’organisation de la lymphe plastique. — Nous avons vu que cette période est celle où la lymphe plastique est pénétrée de vaisseaux remplis de sang. On a beaucoup discuté sur la question de savoir si ces petits vaisseaux se forment primitivement dans les fausses membranes, et ne se mettent que plus tard en communication avec les tissus vivants, ou s’ils ne sont que la prolongation des capillaires de ces derniers. Ces questions, qui se rapportent 'à des phénomènes intimes qui échappent à nos moyens d’obsérvatioii, ne peuvent être résolues avec une précision parfaite. On ne peut que préjuger ce qui a lieu dans ces cas; il me paraît probable que la formation de ces petits vaisseaux a lieu dans la fausse membrane elle-même, laquelle est douée d’un mouvement spontané d’organisation semblable à celui dont l’œuf est animé pendant l’incubation.

Quoi qu’il en soiL ces petits vaisseaux sont mous ; le sang qu’ils contiennent est rouge, et sa présence apporte un nouvel élément dans la composition de la fausse membrane. Elle ne contient plus seulement de la sérosité et de la fibrine, elle contient de plus de la matière colorante du sang. L’analyse ne m’a pas permis d’y reconnaître d’autres difîerences.

Troisième période d’organisation de la lymphe plastique. — Je prendrai pour type de cettè troisième période cèlle où il y a formation de tissus fibreux, comme on le voit, par exemple, dans toutes les cicatrices, dans toutes lés adhérences des parties molles. Nous voyons bien distinctement dans la cicatrisation des plaies que le tissu fibreux succède à la fausse membrane pénétrée de vaisseaux ; mais cet ordre de succession est le seul phé-

nomène que nous puissions saisir; le mode intime suivant lequel il s’accomplit nous échappe entièrement.

Lorsque le tissu fibreux est formé, une nouvelle composition chimique est produite. Au lieu de trouver, par l’analyse, de la sérosité et de la fibrine, on né trouve plus qu’un tissu qui fournit de la gélatine par sa décoction dans l’eau ; il ne contient par conséquent plus de fibrine, celle-ci étant insoluble dans l’eau bouillante. La matière colorante du sang a également disparu, et l’on ne reconnaît plus de trace des vaisseaux si apparents à la seconde période.

L’analyse anatomique des fongosités des plaies, à une époque où elles étaient rouges depuis longtemps, et n’étaient pas encore complètement devenues fibreuses, m’a démontré que l’on y trouvait une trame celluleuse au milieu de couches de fibrine encore molles et parcourues de vaisseaux capillaires. L’analyse chimique a fait voir, dans cet état intermédiaire à la deuxième et à la troisième période, les éléments chimiques de la seconde, c’est-à-dire la fibrine et la matière colorante du sang , et les éléments chimiques de la troisième , c’est-àdire le tissu qui, par sa décoction dans l’eau, fournit la gélatine.

Quatrième période d’organisation de la lymphe plastique. • — J’ai dit que cette, quatrième période s’observait rarement et qu’elle n’avait lieu que dans les cas où la lymphe plastique avait déjà subi la transformation cartilagineuse. C’est ordinairement au voisinage des os que se produit ce degré d’organisation. Le cartilage se pénètre de phosphate de chaux, la composition chimique change donc, de même qu’elle avait changé à chacune des périodes précédentes.

Altérations que peut éprouver la lymphe plastique à ses diverses périodes d’organisation, — Une fois que la lymphe plastique a revêtu les caractères de l’organisation, elle est sujette à toutes les maladies que peuvent présenter les tissus normaux. L’étude de ces altérations est d’une grande importance, et je ne doute pas que le peu d’attention que l’on a porté aux maladies des produits accidentels, défaut d’attention qui résultait du reste de la connaissance imparfaite que l’on avait de ces produits, n’ait

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été une des causes les plus puissantes de la confusion qui règne encore dans l’anatomie pathologique.

Les altérations que peut éprouver la matière organisable doivent être étudiées à chacune de ses périodes d’organisation ; elles ont pour résultat commun de détruire l’organisation commencée ou de la fixer à la période où elle se trouve, sans lui permettre un développement plus avancé.

Altérations de la lymphe plastique à la première période de son organisation. — La lymphe plastique, à cette première période , étant extrêmement molle , semblable en quelque s prte à la matière organisable qui forme les premiers rudiments de l’embryon^ on conçoit sans peine que les causes les plus légères puissent la détruire, et empêcher son organisation ultérieure.

Ces causes sont physiques ou vitales.

Les causes physiques l’altèrent, en détruisant les rapports qu’ont entre elles ses diverses parties ; telles sont des pressions exercées sur les fausses membranes, des efforts tendant à désunir les deux bords d’une plaie récemment affrontés, les frictions que l’on ne pratique que trop souvent en essuyant la surface des solutions de continuité qui commencent à sè recouvrir d’une couche fibrineuse, etc. Toutes ces causes agissent en isolant la lymphe plastique des tissus vivants auxquels elle adhère, et en séparant ses diverses parties les unes des autres. Évidemment, elle ne peut s’organiser après ces altérations, car l’organisation d’un produit accidentel suppose nécessairement qu’il a des rapports fixes avec les tissus vivants, et que ses diverses parties elles-mêmes ont des rapports fixes entre elles. Sans ces conditions, les vaisseaux ne peuvent s’y développer et y apporter le sang.

Lorsque les fausses membranes sont déchirées, elles ressemblent au pus crémeux. Je me suis assuré de ce fait en les broyant dans une petite quantité d’eau ; le liquide était laiteux, et, à la vue, comme à l’analyse chimique, on l’aurait confondu avec la suppuration ; le microscope seul permettait de découvrir la différence en montrant l’absence de globules réguliers dans ce produit artificiel.

Les causes vitales sont beaucoup plus difficiles à apprécier dans leur mode d’action que les causes physiques ; un exemple fera comprendre ma pensée à cét égard.

Une plaie est réunie par première intention ; l’agglutination s’établit entre ses bords, et pendant plusieurs jours on peut penser que la lymphe plastique , qui établit l’adhésion , va régulièrement s’organiser. Tout-à-coup survient uiiérysipèle^ l’adhésion est rompue et les deux bords de la plaie s’écartent ; évidemment la matière organisable a été détruite, elle l’a été par une inflammation, en un mot, par une cause vitale. Sans doute, dans ces cas, l’inflammation produit des sécrétions dé sérosité ou des sécrétions de pus qui ont agi en séparant lâ lymphe plastique des tissus vivants auxquels elle adhérait, et en séparant ses diverses parties les unes des autres. Ce mode d’action, tout probable qu’il est, n’est pas toutefois aussi rigoureusement démontré que celui que nous attribuions plus haut aux causes physiques. Quoiqu’il en soit, on voit que la lymphe plastique peut être arrêtée dans son organisation avant qu’elle ait reçu des vaisseaux, et qu’elle a dès-lors, même à son origine, des altérations semblables à celles des tissus régulièrement organisés.

Altérations de lalymphe plastique à la seconde période desonor^ ganisation. — La lymphe plastique, arrivée à la seconde période de son organisation, forme les bourgeons charnus des plaies^ les fongosités des articulations, et en général les tumeurs charnues. Ces productions peuvent être altérées de diverses manières. Des causés physiques peuvent les lacérer, les broyer, ce qui arrive, par exemple^ dans des frottements trop rudes exercés sur des plaies, dans des mouvements trop prolongés de deux surfaces articulaires l’une contre l’autre. Des altéra-^ tiens inhérentes à la vie peuvent aussi s’y développer; ainsi elles deviennent quelquefois le siège- d’iine congestion trop active, qui amène la rupture de leurs vaisseaux et un écoulement de sang. Elles peuvent s’infiltrer de sérosité ; on les voit alors' devenir pâles, molasses et fongueuses. Rien de plus ordinaire, surtout dans les maladies articulaires^ que de trouver des fon-^ gosités criblées de petites taches blanches sans vaisseaux et dont l’aspect est celui du pus ou des tubercules.

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Quelle que soit, parmi les altérations que nous venons de décrire, celle qu’éprouve la matière fongueuse, elle ne suit plus les phases régulières de son organisation^ et ne passe pas à l’état fibreux ; si elle a été broyée par une cause physique, elle se désorganise; si elle est infiltrée de sérosité, de pus^ ou de matière tuberculeuse, elle reste à cet état où elle constitue les bourgeons charnus des plaies, les fongosités des articulations, elle ne passe pas à la troisième période d’organisation, c’est-à-dire à l’état fibreux, elle est frappée d’un véritable arrêt de développement.

Les causes qui arrêtent ainsi les fongosités dans leur organi^ sation ne sont pas seulement les maladies dont elles peuvent être le siège, ce sont aussi celles des parties qui les entourent ; ainsi lorsque des fongosités se sont produites autour de corps étrangers, elles sont frappées d’un véritable arrêt d’organisation, et elles ne suivent leurs périodes qu’après la soustraction de ce corps étranger. On a la preuve de ce phénomène dans ce qui se passe autour des pois des cautères : tant que ceux-ci ne sont pas enlevés, les fongosités persistent indéfiniment ; sitôt qu’on les enlève, ces fongosités achèvent de s’organiser, et deviennent fibreuses , même phénomène autour de tous les corps étrangers qui s’introduisent dans les tissus, ou qui s’y forment accidentellement, comme le sont, par exemple, les os nécrosés. Dans l’immense majorité des cas, tant que ces corps ne sont pas éliminés, la matière organisable qui s’épanche autour d’eux reste fongueuse, et ne se convertit pas en tissu de cicatrice.

Jltérations de la lymphe plastique à sa troisième et quatrième période d'organisation. — Décrire les altérations de la lymphe plastique à sa troisième période d’organisation, c’est décrire les altérations des tissus fibreux, cartilagineux et osseux de nouvelle formation ; mais les altérations de ces tissus accidentels ne différant point de celles des mêmes tissus normaux, je crois inutile de les décrire ici.

La sécrétion dé matière organisable indique toujours un effort réparateur, et tout ce que l’on a dit sur la nature médicatrice, sous le rapport de la guérison des maladies locales, se rapporte Tome, 1 2

inconte: tablement à cette sécrétion ; c’est elle qui, en s’organisant, produit la guérison des solutions de continuité; quelles qu’elles soient, plaies, ulcères, fistules, etc., etc.

Mais pour que cette sécrétion soit réparatrice il faut qu’elle puisse s’organiser jusqu’à l’état fibreux ou à l’état osseux, sui- Yant les tissus où elle est déposée. Le but de l’art, dans le traitement d’une lésion produite par la sécrétion d’une matière organisable, ne doit donc pas être de produire la résorption de cette matière, sauf quelques cas exceptionnels, les taches des yeux, par exemple ; On doit avoir pour but d’en activer l’organisation, en éloignant les causes physiques ou vitales qui empêchent ou ralentissent cette organisation.

Des fongosités et des tissus fibreux, lardacés, cartilagineux et osseux.

Après les considérations générales que nous venons de présenter sur la matière organisable et ses transformations, nous pouvons aborder la question du rôle que jouent dans les lésions articulaires les produits principaux de son organisation ; ces produits sont les fongosités, les tissus fibreux, lardacé, cartilagineux et osseux.

Fongosités. — On donne le nom de fongosités à une matière molle, rouge, pénétrée de vaisseaux; on la trouve presque constamment dans les maladies des articulations désignées jadis sous le nom de tumeurs blanches ; tantôt elle est étendue à la surface des synoviales, à laquelle elle adhère plus ou moins, et qui présente alors un aspect velouté ; tantôt elle est accumulée en masse dans le tissu cellulaire et tapisse les trajets fistuleux. Elle est constituée par un produit nouveau déposé au milieu des parties normales. Toujours on peut l’en détacher par la dissection, qu’elle soit étendue sous forme membraneuse ou qu’elle soit infiltrée. En examinant sa structure, on trouve qu’elle est parcourue par un nombre plus ou moins considérable de petits vaisseaux remplis d’un sang rouge et communiquant avec ceux des tissus environnants. Cette première observation prouve qu’elle est organisée.

Si, après avoir amputé une articulation qui contient des fongosités, on détache celles-ci et qu’on les soumette à Tanalyse chimique, on les trouve composées de sérosité et de fibrine;

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réau froide leur enlève une sérosité contenant, comme céliè dû sang, de ralbumine et des cHorhydrates de soude et d’ammo^^ niaque. Si, après les avoir épuisées par Fèau froide, on les presse et qu’on les fasse sécher entre des linges, elles Sè dissolvent comme la fibrine du sang dans les solutions concentrées de chlorhydrate d’ammoniaque^ de nitrate de potasse, d’iodüre de potassium et de chlorure de sodiumi Enfin, lors même qu’on les fait bouillir dans l’eau, elles ne fournissent point de gélatine, à moins qü’on ne les ait pas bien séparées des tissus fibretix, avec lesquels elles peuvent être mélangées.

Ces diverses observations prouvént que les fongosités Sont formées par la sérosité et la fibrine pénétrées de vaisseaux, en un mot, qu’elles sont constituées par la lyjmpbe plastique à cet état que j’ai considéré comme la seconde période de son organisationi Si, commé il arrive souvent, elles rëstent stationnaires, elles sont arrêtées par une cause quelconque dans leur évolution. Dans le cours règülier de celle-ci elles devraient sé cOm vertir en tissu fibreux. Cette conversion constitue le niodëdè guérison qui leur est propre,, cOmme la formation d’une cicatrice est lé terme naturel des changements qué doivént subir les bourgeons charnus des plaies.

Tissu fibreux. — Là production morbide de tissii fibreux s’observe dans toutes les maladies graves des articulations qui tendent à guérir Ou qui sont arrivées à la guérison^ Gri trbùve ce tissu à la surface articulaire des os privés dé cartilages, tabtêt passant d’un oS â l’autre, tantôt étendu en cOtlcbe diStincté Sur l’un d’eux. Quelquefois il unit lés deux fàceS opposées d’une membrane sjmoviale ; lé plus souvent, placé en dèbOrs de l’articulation, il augmente l’épaisséur des ligamëntS;, du périoste et du tissu cellülairé profond ; il forme ainsi uné tirolé qtii paSsé d’un os â l’autre, ét en rend les mouvements pliis oïl moins diflBciles. La production accidentèllé de tisSu fibrëitx en dedans ou ên dehors des articulations, est une deS caiiSeS principales de ces fixités de rapport entre les os qüé l’oti désiré sôus le nom à'ânkylosé.

Tissu lardacé. —Le tissu lardacé, dont je place la description immédiatement après celle du tissu fibreux qui concourt à le for-

MALADIES DES ARTICDLATIONS.

mer, constitue, avec les fongosités et le pus, la plupart des altérations que l’on a confondues sous le nom de tumeurs blanches. Son nom indique son apparence extérieure ; il est blanc, flexible^ résiste en général à la pression du doigt. On l’observe ordinairement dans le tissu cellulaire qui entoure les articulations, mais on peut le retrouver, soit dans les ligaments, soit dans les synoviales. Son étude est plus difficile que celle du pus ou des fongosités, car on ne peut le séparer distinctement des tissus cellulaire ou fibreux au milieu desquels il se trouve mélangé! Il est toujours à craindre qu’on ne confonde ce qui lui appartient avec ce qui appartient à ces tissus.

L’examen anatomique n’y démontre qu’un très-petit nombre de vaisseaux. Par la pression entre les doigts ou par la macération dans l’eau froide, on en extrait un liquide incolore, transparent, qui contient tous les éléments de la sérosité, albumine soluble, cblorbydrate d’ammoniaque et de soude.

Lorsqu’on a épuisé le tissu lardacé de la solution albumineuse qu’il contient, une décoction prolongée dans l’eau le Convertit partiellement en gélatine, preuve qu’il contient du tissu cellulaire ou du tissu fibreux. Cependant il ne se dissout pas en totalité dans l’eau bouillante, il en reste une portion qui me paraît être de la fibrine; car si, avant d’avoir fait bouillir le tissu lardacé, on le fait macérer dans une solution saturée de cblorbydrate d’ammoniaque ou de nitrate de potasse, il se dis^ sont en partie, comme le fait la fibrine ; sa dissolütion, comme celle de cette dernière, dans les réactifs que je viens d’indiquer, précipite par les acides et la teinture de noix-de-gàl!e.

L’analyse anatomique et chimique du tissu lardacé démontre donc qu’il est formé par des tissus fibreux et cellulaire, dans les mailles desquels est infiltrée de la sérosité et de la fibrine. Si, dans les tissus cellulaire ou fibreux qui entrent dans sa composition, il est des portions qui appartiennent à l’état normal, il en est dont la production est nouvelle : ces cas s’observent lorsque le tissu lardacé forme des masses très-épaisses, très-dures, et que ne pourraient constituer les tissus de la partie où on l’observe. Il est donc formé par de la sérosité, par de la matière 4)rganisable pénétrée de vaisseaux, et enfin par du tissu fibreux.

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Ces éléments y sont mélangés dans des proportions très-diverses : tantôt c’est la sérosité qui y prédomine, il est alors mou et comme infiltré ; tantôt la fibrine pénétrée de vaisseaux le constitue en certaine proportion, sa consistance diminue alors et il est plus ou moins rouge; tantôt enfin, le tissu fibreux en forme la plus grande proportion. Dans ce cas, il est blanc, serré, d’une grande résistance.

Le tissu lardacé se rapproche des fongosités en ce sens qu’il est formé par une matière qui s’organise. Mais tandis que, dans les fongosités, cette matière organisable s’arrête à sa seconde période, dans le tissu lardacé elle arrive en grande partie à une organisation complète et définitive, l’organisation fibreuse. En fait, comme en théorie, le tissu lardacé indique un état de la constitution beaucoup moins fâcheux que les fongosités. TJné tumeur formée par son association avec des fongosités est d’autant moins grave qu’il y prédomine davantage (1).

(i) s’il m'est permis de srgnaler.ce qui m'appartientdans les recherches, que je viens d’exposer sur la matière organisable et sur les diverses phases qu’elle parcourt, je les résumerai dans cette note.

J’ai montré dans la matière organisable , telle qu’on l'observe dans les fausses mémbranes, non seulement la sérosité et la fibrine que plusieurs auteurs, y avaient signalées, mais les matières grasses et les sels du sang. J’ai ajouté aux démonstrations si incomplètes que l’on possédait sur les rapports de la fibrine des fausses membranes et de celle du sang, l’observation que l’une et l’autre se dissolvent à la longue dans des solutions de chlorhydrate de soude et d’ammoniaque, de nitrate de potasse et d’iodure de potassium, La solubilité de la fibrine du sang avait été reconnue dans le chlorhydrate d’ammoniaque par Arnold, dans, le chlorhydrate de soude et le nitrate de potasse par Denis.

Quant aux diverses phases que parcourt la matière organisable, une fois sécrétée, on s’en était fait une idée juste pour les fausses membranes des séreuses et pour celles qui, sécrétées à la surface des plaies, se convertissent en bourgeons charnus et deviennent la base des cicatrices ; Abernethy, dans son Traité des tumeurs, avait bien rattaché les productions nouvelles d’os et de cartilages à celles que peut former la lymphe plastique par son organisation, mais on avait négligé les fongosités et le tissu lardacé. On ne connaissait que leurs caractères physiques; on n’avait pas pénétré dans leur structure et déterminé leur signification. “

En suivant les phases diverses de la lymphe plastique, je suis arrivé à comprendre qu'il pouvait y avoir dans les organisations accidentelles de la vie extrautérine des arrêts de développement semblables à ceux que l’on a signalés dans

Tissu cartilagineux, — ^ La fonnation accidéntelle de tissu cartilagineux est Tune des plus rares entre celles que l’on observe dans les maladies articulaires. L’exemple le plus connu que l’on en puisse citer est celui des corps étrangers qui, le plus souvent, sont cartilagineux. Nous verrons, dans l’article spécial qui leur est consacré, qu’ils se forment surtout dans le tissu cellulaire lâche, placé au-dessous de certaines parties des membranes synoviales, et qu’on ne doit pas les attribuer à la séparation des cartilages d’incrustation, ou à un épancbement de sang, mais bien à l’organisation de la lymphe plastique.

Le tissu cartilagineux concourt aussi à former certaines tm meurs dures, en partie osseuses, en partie fibreuses, qui se forment quelquefois autour des articulations, et qui donnent à celles-ci un aspect noueux tel, mie l’on pourrait croire qu’elles sont affectées de concrétions goutteuses.

Tissu osseux. — La production d’os nouveaux dans les parr ties molles des articulations s’observe tantôt en dedans, tantôt en dehors des capsules; en dedans de l’articulation, elle peut unir l’une à l’autre deux surfaces osseuses privées de cartilages, Dans ces cas, la couche de tissu compacte placée au-dessous des cartilages s’absorbe, et les os communiquent entre eux par un tissu celluleux de upuyellp formation, Il y a dans ces cas aiihylps® osseuse.

J’ai dit que des formations nouvelles d’os se faisaient aussi à l’extérieur des articulations. Ces cas s’observent surtout dans les tumeurs fongueuses et purulentes que l’on appelle en gé^; néral tumeurs blanches. En examinant avec attention celles du genou, j’ai trouvé le périoste qui avoisine l’articulation devenu osseux dans une étendue de 5 à 10 centimètres au-dessus et au-dessous de la jonction des os. Si les parties ossifiées sur le tibia et sur le fémur se fussent confondues l’une avec l’autre, il en serait résulté une virple autour de l’articulation. Cette dis-r

la vie iutra-utérine, et le lecteur a sans doute remarqué celte conception qui, appliquée aus tumeurs fongueuses, fait si bieu comprendre leur point de départ, la sécrétion de lymphe plastique, et le point où elles doivent arriver pour qu'it y ait guérison, c’est-àrdire la transformation eu tissu fibreux.

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position, que je n’ai jamais observée sur l’homme, est trèsfréquente chez les chevaux. En étudiant les maladies des articulations chez ces animaux, avec M. Rey, professeur de clinique à l’école vétérinaire de Lyon, j’ai été frappé de la fréquence des productions osseuses et cartilagineuses autour des jointures malades ; tandis que chez l’homme les articulations tuméfiées le sont ordinairement par du pus ou des fongosités, chez les chevaux elles le sont par des os et des cartilages de nouvelle formation ; ceux-ci recouvrent les extrémités articulaires, y adhèrent intimement, passent de l’une à l’autre, et forment un cercle épais et solide autour des jointures. Ce qu’il y a de singulier dans ces cas, c’est qu’après avoir coupé ces cercles osseux et cartilagineux, ce qui nécessite le plus souvent l’emploi de la scie, on trouve que la cavité articulaire subsiste encore et que les cartilages sont conservés. Nous reviendrons sur ces faits en traitant de l’inflammation chronique avec induration.

D. Pus. .

Le pus est un élément anatomique des maladies articulaires , presque aussi fréquent que les fausses membranes et leurs divers produits. On le trouve accumulé en masse, soit dans lés cavités synoviales, soit dans le tissu cellulaire environnant; infiltré dans les tissus normaux, ou dans les productions nouvelles de tissus fongueux ou lardacé. Dans des cas nombreux, on le voit s’écouler en dehors, à travers les trajets fistuleux ; il a les caractères du pus crémeux dans les abcès chauds, celui du pus séreux dans les abcès froids ; il offre, en un mot, dans les articulations les caractères communs et différentiels qu’il présente dans d’autres parties du corps.

Ce n’est pas ici le lieu de l’étudier avec détail, sous le rapport physique et sous le rapport chimique, qu’il me suffise de dire qu’il est formé des mêmes principes immédiats que le sang, moins la matière colorante, et que cependant il est inorganisable, quelles que soient les conditions où il se trouve placé.

Ce n’est que dans des cas exceptionnels qu’il peut être absorbé; encore, lorsque cette absorption paraît avoir lieu, c’est

la sérosité^ c’est-à-dire l’un de ses éléments, qui rentre seule dans la circulation. Son élimination à travers une ouverture spontanée ou artificielle est le seul mode de guérison sur lequel on puisse compter quand, il a été produit (1).

(t) Je me borne à ce peu de mots sur le pus, considéré comme élément des maladies articulaires. Tl n’en est pas du pus comme de la matière organisable ; les connaissances que l’on possède sur lui sont assez complètes pour que nous n’ayons pas besoin d’en traiter avec détails, je renvoie ceux qui voudraient connaître d’une manière précise ce produit de sécrétion à l’article si remarquable que M. le professeur Frédéric Berard lui a consacré dans le Dictionnaire en 25 vplumes.

Qu’il me soit permis de rappeler ici qu’en 4837 j’ai publié, dans la Gazette médicale, un Mémoire sur le pus, dans lequel se trouvent exposées plusieurs découvertes qui depuis ont pris rang dans la science. Dans ce Mémoire j’ai fait connaître : 1** les matières grasses et émulsives qui entrent dans la .composition du pus; jusqu’alors on avait négligé de tenir compte de. ces matières grasses, et cependant ce sont elles qui donnent au pus la plupart de ses propriétés physiques, entre autres, son aspect laiteux, et qui, par leurs diverses proportions, concourent à en former les variétés. Faute de les connaître, on ne pouvait apprécier les rapports et les différences du pus avec le sang. Du moment où il a été prouvé que les matières grasses du pus sont les mêmes que celles du sang, on a fait un pas vers la connaissance de ces rapports, et on est arrivé en partie à cette conclusion que j’ai le premier formulée, savoir ; que le pus Se compose des mêmes principes immédiats que le sang, moins la matière colorante.

2“ Jourdan, Pcarson, Gendrin, avaient bien signalé le chlorhydrate de soude dans le pus; Raspail avait bien conseillé d’y rechercher le chlorhydrate d’amino.niaque, mais il n’ayait pas constaté la présence de sels. J’ai trouvépar l’observation que certains pus ne contiennent que du chlorhydrate de soude, d’autres que du chlorhydrate d’ammoniaque, quelques-uns l’un et l’autre de ces sels. J’ai fait voir que plusieurs variétés de pus se liaient à ces variétés dans les sels qui s’y trouvent ; ces observations, en montrant dans le pus les sels trouvés jusqu'à présent dans le sang, ont contribué à faire, saisir les rapports qui existent entre ces deux ordres de liquides, et à détruire l’erreur qui faisait regarder le pus comme un liquide à part, qui n’avait rien d’analogue dans l’économie 'animale.

Les diverses variétés de pus avaient été établies d’après des caractère? purement physiques. J’ai pu faire connaître la raison chimique de ces variétés, et montré, par exeniple, la prédominance des matières grasses et de la fibrine dans le pus crémeux, et la faible proportion de ces mêmes principes dans le pus séreux où domine d’une manière si remarquable le chlorhydrate d’ammoniaque.

Enfin, l’on savait bien que le pus décomposé au contact de l’air était alcalin et colorait le diachylon en noir, mais on ne connaissait pas les changements de composition chimique qu’il éprouvait alors. J’ai fait connaître la seule méthode de reche^rches qui puisse permettre d’apprécier ces changements, l’exposition

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

E. Matière tuberculeuse.

L’on ne trouve que rarement la matière tuberculeuse en masse dans les parties molles des articulations. Lorsqu’elle y existe , elle nage sous forme de grumeaux caséiformes dans le pus que contiennent les abcès froids des synoviales, ou bien elle est infiltrée au milieu des fongosités articulaires. Du reste, les caractères anatomiques et chimiques de la matière tuberculeuse ne diffèrent point, dans les articulations, de ceux qu’on observe dans les autres parties du corps. Là, comme ailleurs, elle a un aspect caséeux, elle est sans vaisseaux, et, à part une moindre proportion d’eau, elle a la même composition que le pus des abcès froids. Comme celui-ci, elle est inorganisable ; les parties qu’elle altère ne peuvent guérir qu’autant qu’elle est éliminée. Dans l’immense majorité des cas, elle tend à se frayer une route au dehors, et détermine l’absorption successive des tissus au milieu desquels elle est placée.

F. Épanchements de sang.

Je ne veux point parler ici des épanchements de sang qui surviennent à la suite des contusions ou des entorses; je n’embrasse point dans cet article l’anatomie pathologique des lésions traumatiques ; je parle des épanchements de sang qui se font spontanément dans les articulations. On les observe dans presque-tous les cas où l’on fait l’autopsie des malades affectés d’une dissolution scorbutique du sang ; mais c’est surtout à la suite de l’immobilité prolongée des articulations qu’on a l’occasion de l’étudier. Nous citerons des exemples nombreux de ce genre dans l’article consacré aux effets de l’immobilité. Le sang qu’on trouve dans ces cas est liquide, noir, et ne tend pas à sè coaguler ; quelquefois il est infiltré dans le tissu cellulaire exté-

des papiers réactifs à la vapeur du pus. L’application réitérée de cette méthode a démontré dans le pus décomposé, tantôt l’ammoniaque sans acide sulfhydrique, tantôt l’acide sulfhydrique sans ammoniaque, tantôt enfin ces deux principes réunis à l’état de sulfhydrate d’ammoniaque. A l’aide de cette méthode, nous avons pu suivre le pus décomposé jusque dans le sang.

26 MALAEÏES DES ARTICULATIONS.

rieur à l’articulation ; le plus souvent il est épanché dans la

cavité synoviale elle-même.

G. Sécrétions d’urale de soude et de chaux.

Une lésion élémentaire bien differente de toutes celles que nous avons examinées jusqu’à présent, est celle des matières salines qui se produisent dans la goutte. Ces matières, qui se présentent sous la forme de concrétions blanches, friables, semblables à du plâtre, sont composées surtout d’urate de soude et d’urate de chaux, ainsi que l’ont démontré les premiers, Tennant et Vauquelin. On peut y trouver des chlorhydrates de soude et de potasse, des carbonates et des phosphates de chaux ; mais ces sels y sont en proportion minime, et l’acide urique, combiné avec la soude ou la chaux, en forme toujours la partie fondamentale. On peut les observer dans tous les tissus des articulations, mais c’est surtout dans les ligaments et dans le tissu cellulaire profond qu’ils ont de la tendance à se manifester. Je me borne à indiquer ici ces productions si spéciales par leur aspect physique et par leur composition, j’en traiterai avec plus de détail à l’article consacré à la goutte.

H. Ulcération.

L’ulcération des parties molles articulaires ne s’observe qu’à une période avancée de ces maladies. Elle se manifeste surtout par rétablissement de trajets fistuleux ; elle n’est jamais primitive, elle succède toujours à d’autres altérations. tissus dans lesquels on l’observe ont toujours subi des altérations préalables; ils sont lardacés, fongueux, infiltrés de pUs et de tubercules. On doit en admettre autant de variétés qu’il y a de lésions élémentaires qui la précèdent et la préparent.

On trouve presque Constamment , dans les parties molles des articulations gravement altérées, des ramollissements et des indurations. Mais ces ramollissements et ces induratioris ne peuvent être considérés comme des lésions élémentaires indépendantes de celles que nous avons décrites jusqu’à présent. Elles

AXATOMIE PATHOLOGIQUE.

ne sont qu’un effet tout physique d’autres lésions antécédentes ; le sang, la sérosité, les fausses membranes, les fongosités, le pus, les tubercules, ramollissent les tissus dans lesquels ils s’infiltrent. La production accidentelle de tissus fibreux, cartilagineux ou osseux, en augmente la dureté ; des résultats plus ou moins variés s’observent sous ce rapport, suivant la proportion des produits morbides qui augmentent la densité et de ceux qui produisent un ramollissement.

Si les ramollissements et les indurations sont des effets de lésions antécédentes, d’autres altérations en sont à leur tour la conséquence, telles sont les luxations spontanées et les ankylosés. Quelle que soit la cause d’un ramollissement, si celui-ci a diminué la force de résistance des bens qui unissent les os entre eux, les causes les plus légères suffisent pour en changer les rapports. Des luxations spontanées se produisent alors ; les causes extérieures, comme nous le verrons plus tard, jouent bien un certain rôle dans leur développement, mais elles ne peuvent s’accomplir sans que les ligaments ramollis n’aient cessé de résister au déplacement articulaire. En traitant des formations accidentelles de tissus fibreux, cartilagineux ou osseux^ nous avons déjà montré de quelle manière ces tissus concourent à produire des ankylosés par l’induration des parties au milieu desquelles ils se sont organisés.

Association des lésions élémentaires.

Les lésions élémentaires que nous avons décrites jusqu’à présent, sont rarement isolées. L’injection sanguine et la sécrétion de sérosité sont les seules que l’on puisse observer indépendamment de toute autre altération. Le plus souvent elles s’associent entre elles et forment des lésions complexes. Dans les inflammations légères, comme celles que produisent les rhumatismes aigus, ou chroniques, on trouve simplement une injection sanguine et une sécrétion de sérosité dans les synoviales ; lorsque l’inflammation est plus intense, à ces lésions se joignent des fausses-membranes dans la cavité articulaire, et l’infiltration de sérosité dans le tissu cellulaire environnant.

A l’autopsie des maladies graves et chroniques que l’on a

MALADIES DES ARTICÜLATIOÎÎS.

confondues sous le nom de tumeurs blanches, on trouve, en gé^ néral, du pus, des tubercules, des'tissus lardacés,, fongueux, des parties ulcérées, etc., etc. Dans les unes, la suppuration prédomine; dans les autres , c’est la matière fongueuse ; dans quelques-unes, le tissu lardacé. Comme chacun de ces tissus est complexe et offre des variétés dépendantes de la proportion de ses principes constituants, on conçoit quelles différences anatomiques elles peuvent présenter entre elles. Tant qu’on s’est obstiné à les considérer comme identiques les unes aux autres, ou comme n’ofifrant que quelques variétés, il a été impossible de les décrire avec précision. La description qui s’appliquait à l’une d’elles ne pouvait s’appliquer aux autres. Ce n’est qu’en partant de la connaissance des lésions élémentaires et en étudiant, dans chaque cas, le mode suivant lequel ces lésions s’associent, que l’on peut sortir de ce chaos.

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