DES CONTUSIONS SANS PLAIES
complètement détachés du corps de l’os. Tantôt la solution de continuité divise les cartilages inter-articulaires , tantôt elle laisse ces cartilages intacts. Dans certains cas, les fragments conservent leurs rapports naturels avec l’os dont ils ont été séparés ; dans d’autres , ils éprouvent un déplacement plus ou moins étendu.
Indépendamment de ces fractures complètes , il en est ou la lame superficielle du tissu compacte est seule fracturée , la continuité du corps de l’os n’étant point interrompue. J’ai fait des expériences pour étudier ce genre de fractures ; voici ce qu’elles m’ont appris :
Lorsque l’on frappe avec violence l’extrémité d’un os long, celle du fémur , par exemple , il arrive souvent que l’action du corps contondant en brise la lame externe , l’enfonce dans le tissu celluleux , et que celui-ci est brisé en plusieurs fragments ; la matière infiltrée dans les aréoles osseuses est exprimée des cellules où elle est contenue , et se mêle à du sang épanché. Cette contusion de l’os , avec enfoncement de la lame externe et écrasement du tissu celluleux , peut s’observer sans doute assez fréquemment , sans qu’on la soupçonne ; aucun signe physique ne traduit la lésion à l’extérieur, et celle-ci ne se manifeste que par des douleurs persistantes dont on ignore la raison anatomique.
Je ne serais pas éloigné de croire qu’il pût y avoir contusion et écrasement de tissu celluleux , sans que la lame compacte extérieure eût été rompue. Je pense qu’il peut en être ainsi , d’après l’observation faite plusieurs fois d’une fracture de la table interne des os du crâne , sans lésion de la table externe ; mais je n’ai pas fait d’expériences directes propres à m’éclairer sur cette question.
Les cartilages peuvent être contus directement ; ainsi, lorsque la jambe est fléchie sur la cuisse , et que les cartilages de la partie antérieure de la poulie fémorale ne sont recouverts que par des parties molles , des coups portés sur eux peuvent les contondre , les briser et les enfoncer dans le tissu celluleux du fémur. Cependant , comme les cartilages sont protégés par les os dans presque toutes les articulations , dans le plus grand
nombre des cas , ils ne peuvent souffrir de l’action des corps contondants que par l’ébranlement qui leur est communiqué à travers les os.
La distinction que je viens de faire sur les contusions des cartilages s’appliquent à celles des ligaments ; ceux-ci peuvent être directement broyés par des corps contondants, ou indirectement altérés par eux ; ce qui s’observe surtout dans les cas où se produisent des luxations.
Pour que la contusion des os puisse être une cause de luxation , il faut que l’un des os composant l’articulation soit fixe , et que celui sur lequel porte le coup soit susceptible de quelques déplacements. Ainsi ^ au genou , si la partie postérieure du fémur est soutenue par un billot, et que la partie supérieure du tibia porte à faux, si l’on percute vivement sur le devant de ce dernier os , on le pousse en arrière , et l’on peut produire ainsi une luxation par contusion. Les ligaments sont alors déchirés , ou arrachent les parcelles osseuses auxquelles ils s’insèrent; ainsi , au genou, les deux ligaments croisés après une contusion comme celle que je viens de décrire, se détachent par une de leurs extrémités , entraînant quelques fragments osseux et flottent dans l’articulation.
Les mêmes lésions des ligaments peuvent succéder à des contusions , sans qu’il y ait cependant des déplacements durables, les os revenant d’eux-mêmes à la situation dont ils se sont éloignés. Ainsi , dans l’expérience que je citais plus haut, et dans laquelle on percute sur la partie supérieure du tibia , tandis que le fémur seul porte à faux, on peut, comme je m’en suis assuré , déchirer des ligaments croisés , et séparer le tibia du fémur, sans que cette séparation soit durable. A la dissection, on trouve les os dans leurs rapports naturels.
A la suite des effets physiques produits par les contusions , comme après ceux qui suivent les mouvements forcés , on peut observer des épanchements de sang, soit dans la cavité de la membrane synoviale , soit dans le tissu cellulaire. En général , ces épanchements sont plus considérables dans les contusions que dans les entorses , parce que la déchirure des vaisseaux est plus considérable. Peut-être aussi faut-il, pour expliquer la fré-
DES COKTUSIONS SAÎÎS PLAIE.
qiïence des épanchements sanguins dans des caTités articulaires à la suite des contusions , tenir compte de la nature des articulations qui y sont le pins exposées. Le genou est contus plus souvent qu’aucune autre jointure, parce que c’est lui qui porte ordinairement sur le sol à la suite des chutes , et l’on sait que sa membrane synoviale est celle où les épanchements de liquide se font avec le plus de facilité et se traduisent le plus clairement au dehors.
Les inflammations consécutives aux contusions ont les mêmes caractères anatomiques et les mêmes symptômes que celles qui succèdent aux entorses ; elles me paraissent cependant avoir plus de tendance à se terminer par suppuration. Sans doute, la désorganisation beaucoup plus considérable des tissus est cause de cette fâcheuse prédisposition.
Lors même qu’aucune inflammation apparente ne succède aux contusions , celles-ci peuvent laisser à leur suite des douleurs qui se prolongent avec une incroyable obstination.
Tout ce que nous avons dit sur la gravité et la variété des lésions chroniques qui peuvent avoir des entorses pour point de départ, s’applique aux suites des contusions. Les différences sous ce rapport dépendent sans doute de là gravité des lésions physiques et des soins consécutifs ; elles doivent aussi être attribuées aux Variétés que présente la constitution des malades.
L’observation démontre que chez les hommes bien constitnés , si la peau reste intacte , les contusions les plus graves , même avec fracture ou luxation , n’entraînent presque jamais ce que l’on appelle des tumeurs blanches ; tandis que les contusions les plus légères sont quelquefois suivies de graves accidents chez les adultes , et surtout chez les enfants dont la constitution est altérée ; preuve à ajouter à tant d’autres , de l’importance qu’il faut attribuer à la constitution dans l’étiologie des maladies articulaires.
La méthode que l’on doit suivre dans le diagnostic, lorsqu’on est appelé auprès d’un malade dont une articulation a été contuse, est celle que nous avons conseillée à la suite des entorses ; il faut rechercher d’abord quelle lésion physique a produit la contusion. Les ecchymoses du tissu cellulaire démontrent la rup-
MALADIES DES ARTICLLATIOIVS.
ture de ses cellules et celle des petits vaisseaux qui le parcourent. Les épanchements de liquide dans la cavité articulaire, formés brusquement et accompagnés de la sensation particulière que produit le sang coagulé, font présumer les épanchements sanguins dans la synoviale, et par suite la rupture de cètte membrane. Le toucher et la crépitation pourront permettre de reconnaître des fractures plus ou moins complètes, et même l’enfoncement de la table externe des os, lorsque la partie enfoncée est superficielle^ comnie les condyles. du fémur. A moins de désordres considérables, il est difficile sans doute de reconnaître directement la déchirure des ligaments ; mais on devra soupçonner l’existence de cette lésion toutes les fois que, par suite de l’action de la cause contondante, les os auront éprouvé des déplacements temporaires assez étendus pour que les ligaments n’aient pu rester intacts.
Après ce diagnostic des lésions physiques, on doit rechercher la nature des lésions secondaires qui se développent consécutivement aux contusions , mais ce point de diagnostic ne doit pas être discuté ici ; il l’a été en partie à l’article consacré à rentorse, et j’y reviendrai dans les chapitres suivants.
Le traitement des contusions est semblable à celui des entorses. Dans les moments qui suivent l’accident, il faut prévenir le développement de l’inflammation consécutive par l’emploi des réfrigérants, s’assurèr qu’il n’existe aucune luxation, et, pour en avoir la preuve^ imprimer aux os qui forment l’articulation contuse tous lès mouvements qui appartiennent à l’état normal. Ces mouvements exécutés, on doit placer l’articulation dans l’immobilité ; préférer, pour assurer celle-ci^ les moyens qui n’exercent pas de compression, si l’inflammation aiguë est à craindre, ou si elle est déjà développée. Indépendamment de ces moyens, on peut recourir au massage prolongé, coname celui que nous avons conseillé dans les entorses. Je l’ai employé quelquefois dans les contusions, et spécialement dans., celles du pied. Le premier cas où je l’ai mis en usage est celui d’un homme qui aurait reçu sur le coude-pied le choc d’une masse considérable de bois. Il était résulté de cette percussion un épanchement considérable de sang, caractérisé par le gon