‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 4 sur 53 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES EXTRÉMITÉS DES OS · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE DES EXTRÉMITÉS DES OS

Les maladies organiques des os sont, à quelques différences près, les mêmes que celles des parties molles, et les détails dans lesquels nous sommes entré sur les altérations élémentaires que ces dernières peuvent présenter dans les articulations , nous permettent d’abréger ce que nous avons à dire sur les mêmes lésions étudiées dans les extrémités osseuses.

Quand on ^ rappelle combien est encore obscure l’histoire des maladies organiques des os ; combien les expressions de carie, de spina-ventosa, par lesquelles on les désigne, sont mat définies ; combien l’on connaît peu les différences et les rapports qu’elles ont entre elles ou avec les maladies des parties molles, on comprend la nécessité d’examiner avec détails les questions relatives à leur anatomie pathologique.

Nous n’ayons pas à nous occuper des maladies de la diaphyse des os longs, ou, en d’autres termes, de celles du canal médullaire et du tissu compacte qui l’entoure. Les lésions du tissu celluleux des os courts et des extrémités des os longs, lesquels concourent à former les jointures, rentrent seules dans le sujet de cet ouvrage.

AIN'ATOMIE PATHOLOGIQUE.

Parmi les lésions élémentaires que l’on observe dans le tissu celluleux des os, les unes se retrouvent également dans les parties molles : ce sont les congestions sanguines, les sécrétions de matière organisable, le pus, les tubercules, et enfin l’ulcération ; les autres n’ont point été décrites dans l’article consacré à l’anatomie pathologique des parties molles, ce sont les mortifications partielles , et les épanchements d’une matière semi- liquide, rougeâtre dont jé ne puis mieux donner l’idée qu’en la comparant à celle que l’on trouve infiltrée dans la rate. A cause de cette ressemblance extérieure et à défaut d’autre noiq, je l’appellerai matière spZémg'Mei

Si je ne connais rien dans les parties molles qui puisse être considéré comme analogue à cette matière dans les os, il serait facile de trouver dans la gangrène de ces parties des maladies’ analogues à la nécrose. Cependant je n’ai point signalé la gangrène parmi les lésions élémentaires des synoviales et du tissu cellulaire, car ces tissus ne se mortifient point à la suite des infiltrations de pus, de tubercules, tandis que dans les mêmes circonstances, la nécrose est fréquente dans les os et se traduit par des signes évidents.

Quant à la sérosité, elle ne forme jamais dans les os ces épanchements ou ces infiltrations, qui sont fréquents dans les synoviales ou le tissu cellulaire ; elle ne peut y être reconnue que par l’analyse, mélangée à d’autres produits, les fongosités ou le pus, par exemple.

Je suis entré dans ces considérations pour montrer que quoique spéciales sous plusieurs rapports, les lésions élémentaires des os sont moins différentes qu’on ne pourrait le penser, de celles des parties molles, et que les études que nous ayons faites sur ces dernières nous dispensent d’entrer à leur sujet dans d’aussi longs développements.

A. Congestion sanguine dans les os.

La congestion sanguine des os n’â point encore été l’objet d’études spéciales : pouvant affecter le tissu osseux aussi bien que les parties molles, elle est ordinairement réunie à

d’autres lésions, telles que la sécrétion de la matière organisable, la production des fongosités1^

B. Lymphe plastique , et produits de son organisation dans les oSé

La sécrétion de lynipbe plastique est l’une de celles qui jouent le rôle le plus important dans les maladies organiques des os ; cette matière et les produits de son organisation forment une grande partie des altérations qu’on y observe â l’élat chronique . Nous avons vu plus haut qüe lorsqu’elle ést sécrétée dans les parties molles, elle peut offrir trois périodes distinctes depuis sa sécrétion jusqu’à son organisation complète : dans là première, elle a la même composition cbimiqué qUe la coUennè inflammatoire du sang; dans la seëonde, elle est pénétrée de vaisseaux capillaires ; dans la troisième, elle est formée par Un tissu qui, soumis à la décoction dans l’eau, se convertit en gélatine, et qui a l’apparence celluleuse ou cartilagineuse. Ces transformations se retrouvent également dans les os, avec cette différence;, que dans la période où la matière organisable peut fournir de la gélatine par sa décoction dans l’eaü, elle à presque constamment une forme cartilagineuse, et qu’elle ne s’arrête pas à cette période de son organisation. En suivant ses phases naturelles d’évolution^ le cartilage se pénètre dé phosphate de chaux et se convertit en os*

Tous les états de la lymphe plastique organisée peuvent s’observer dans les extrémités articulaires des os. Blanche et sans vaisseau^, elle est quelquefois mélangée â des fongosités ; devenue fongueuse, elle forme les altérations qUe l’oU a décrites sous le nom de spinà ventosâ; arrivée à l’état cartilagineux où osseux, elle constitue le cal et les diverses variétés d’éxostoseSi Cependant parmi ces états il n’en est que deux sur lesquels il soit nécessaire de s’arrêter, parce que ce sont les seuls qui s’observent fréquemment et dont la connaissance soit indispensable pour bien comprendre les lésions organiques du tissu celluleux des os : ce sont les productions de fongosités et celles de matière osseuse.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 31

Les fongosités s’observent tantôt à la surface, tantôt dans l’épaisseur des os. Dans le premier cas , fréquent surtout lorsque les cartilages d’incrustatiou ont été absorbés, elles les recouvrent d’une couche rouge, veloutée, et dont l’épaisseur est ordinairement de 3 à 4 millimètres. Dans le second > tantôt elles s’accumulent en masse, déterminent l’absorption des cellules au milieu desquelles elles sont placées, distendent et ulcèrent le tissu compacte et donnent lieu à la lésion connue sous le nom de spina ventosa , tantôt elles s’infiltrent dans les cellules. Les os ainsi infiltrés de matière fongueuse sont extrêmement mous ; on peut les couper avec le bistouri ; en les pressant entre les doigts, on les fait fléchir comme une éponge, et l’on en exprime une matière rouge, charnue, que j’ai trouvée, comme celle des parties molles, composée de fibrine, de sérosité et de petits vaisseaux. En faisant brûler les portions osseuses qui en sont infiltrées on trouve à peine dans le produit de la calcination quelques traces des lamelles osseuses ; celles-ci ont presque complètement disparu^ et les cavités qu’elles laissent entre elles sont très-agrandies.

La matière osseuse de nouvelle formation, que nous considérons comme la dernière des phases qu’atteint la lymphe plastique en s’organisant, s’observe souvent dans les maladies organiques des articulations ; autour des extrémités osseuses, elle peut former une sorte de virole semblable à celle qui, à la suite des nécroses, entoure le corps des os longs, et quelquefois, quand une vertébré est détruite, elle forme au devant du rachis des espèces de ponts qui réunissent les deux vertèbres restées saines.

Rien de plus ordinaire que de la voir infiltrée en quelque sorte dans le tissu celluleux, consécutivement à des sécrétions de pus ou de tubercules. Les os, dont l’intérieur est ainsi le siège d’une production osseuse nouvelle, sont durs, comme éburnés, et il semble que toutes leurs cellules ont disparu. C’est bien à tort que l’on a considéré cet état comme dépendant de l’infiltration de pus ou de tubercules ; il peut coexister avec cette infiltration, mais il est d’une nature toute différente.

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