‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 34 sur 53 · DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU · texte numérisé non relu

DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU

Si l’on examine lés jugements portés au lit du malade par les praticiens , on voit qu’ils donnent ce nom de rhumatisme aigu à tous les cas où des douleurs se manifestent avec acuité et sans causé traumatique dans plusieurs articulations , spéciale-^ ment lorsque ces douleurs s’accompagnent de gêne des mouvements, de tuméfaction des parties molles^ et de symptômes fébriles.

Parmi les lésions articulaires qui sé manifestent par ues symptômes, l’on trouve les plus grandes variétés sous le rapport des causes, des altérations anatomiques , des conséquences et du traitement. L’on a donc confondu des affections trèsdiverses sous le nom de rhumatisme aigu. L’idée de cette confusion s’établit chaque jour de plus en plus dans la science , et déjà quelques auteurs ont détaché plusieurs variétés de maladies du groupe où elles avaient été confusément rassemblées.

Ainsi, 1” depuis les travaux nombreux dont la résorption purulente a été le sujet, les inflammations douloureuses qui sé manifestent fréquemment dans plusieurs articulations , chez des malades qui sont en proie à cette redoutable maladie , ont été distinguées du rhumatisme ordinaire , et c’est une vérité généralement admise aujourd’hui , que ce serait confondre les affections les plus distinctes ^ que de décrire , comme une seule maladie, le rhumatisme aigu qui sûrvient chez un homme sans maladie antérieure, avec le' rhumatisme qui est l’une des conséquences de l’infection purulente

MALADIES DES AKTÏCULATIONS.

2° M. GruveilMer , dans son grand travail à'Jmlomie pathologique , a décrit à part le rhumatisme qui survient à la suite des couches , et il a montré que ce genre de rhumatisme coïncidait fréquemment avec l’inflammation des veines ou des lymphatiques de l’utérus ; qu’il avait beaucoup de tendance à se terminer par suppuration , et que les malades qui en étaient affectées finissaient ordinairement par périr. Evidemment , la maladie aiguë des articulations qui survient dans ces graves conditions est bien distincte des affections articulaires aiguës qui se développent sans maladie antérieure et qui ne se terminent presque jamais par suppuration , ainsi qu’on le voit dans le rhumatisme ordinaire.

3° Plusieurs auteurs ont distingué le rhumatisme blennorrhagi^ du rhumatisme indépendant de tout écoulement par le canal de l’urètre. M. Eibes , en démontrant que ce genre de rhumatisme aigu cédait à l’emploi du baume de copahu administré à hautes doses , en a confirmé par des faits thérapeutiques le caractère spécial.

Sans doute , il ne sufiBt pas de détacher de la masse confuse des, maladies que l’on a décrites pêle-mêle sous le nom de rhumatisme aigu , l’arthrite suppurative qui est la suite de l’infection purulente , celle qui survient après les couches , et enfin l’inflammation des jointures qui est consécutive à la blennorrhagie ; les distinctions qué nous établirons par la suite montrent que celles qui existent sont vraiment insuffisantes ; mais on voit , dans ce qui a déjà été fait , une tendance vers le but qu’on doit se proposer , de débrouiller enfin , par des distinctions motivées , le chaos des maladies rhumatismales. Pour moi , m’emparant de cette idée que je crois féconde , je chercherai à établir de nombreuses distinctions dans les maladies confondues sous lé nom de rhumatisme aigu.

Voici sur quelles observations ces distinctions seront fondées :

Je crois pouvoir établir en principe qu’il n’est aucune maladie capable, par sa nature ou par son siège, de réagir sur le reste de l’économie , qui ne puisse entraîner comme conséquence , dans certaines conditions , un rhumatisme articulaire aigu. Ainsi, sans parler des grandes plaies, de la phlébite

utérine , de la blennorrhagie , dont nous avons indiqué plus haut les rapports avec l’arthrite généralisée , on voit des^rhumatismes survenir à la suite de la distension du canal de l’urètre par des soudes ou par des canules; on en voit à la suite de la morve ^ à la suite de la scarlatine et de la variole . peut-être en voit-on qui ont un rapport de causalité, la gale et la syphilis.

Or , il est bien évident qu’un rhumatisme , qui n’est qu’une manifestation dans les idinlures d’une maladie déjà existante dans d’autres parties du corps , est parfaitement distinct de celui qui se développé sans être précédé d’aucune maladie antérieure ^ et que parmi les premiers de ces rhumatismes , c’est-à-dire parmi ceux qui sont consécutifs , il y a autant de différences qu’il y a de maladies primitives dont ils peuvent être la conséquence. ^4.

C’est en se fondant sur ces observations qu’on est d’abord ' conduit à établir deux grandes divisions entre les rhumatismes aigus ; la première comprend tous les rhumatismes qui se développent, sans être précédés d’aucune autre maladie , et que ; fon peut appeler rhumatismes primitifs , rhumatismes ordi- , naires.

La seconde comprend tous les rhumatismes qui surviennent à la suite d’autres maladies , et que l’on peut désigner sous le nom de rhumatismes consécutifs.

Musgrave, dans un traité de la goutte atonique, a décrit des gouttes consécutives ; Selle a fait des . distinctions semblables pour le rhumatisme ; Barthez a reproduit avec quelques modifications les idées de ces auteurs. Nous profiterons de leurs travaux, mais nous verrons que les observations recueillies depuis eux permettent de traiter d’une manière plus positive qu’ils ne l’ont fait,^du rhumatisme consécutif.

Le rhumatisme aigu primitif ou celui qui ne dépend d’aucune maladie antérieure est ordinairement inflammatoire. C’est le premier que nous décrirons.

Il serait à désirer , pour plus de précision , qu’au mot de rhumatisme on en substituât d’autres qui entraînassent des * ^idées plus nettes , et que des états aussi divers que ceux que

BIALADIES DES ARTICULATIONS.

nous allons décrire fussent désignés par des noms différents; mais il y a tant d’inconvénients à créer des noms nouveaux ou à détourner les noms connus de leur acception ordinaire , que je continuerai à me servir de celui de rhumatisme pour désigner les états divers que je vais passer en revue.

Le rhumatisme aigu que je vais décrire ici est celui dans lequel plusieurs articulations sont simultanément ou successivement le siège de phénomènes inflammatoires, qui s’accompagne des symptômes généraux de la fièvre, et qui n’est consécutif à aucune maladie antérieure.

Les rhumatismes consécutifs ont tous un caractère spécial en rapport avec les maladies dont ils sont la conséquence , et le plus grand nombre d’entre eux tendent à la suppuration. Le rhumatisme inflammatoire primitif, au contraire , ne se termine, que dans des cas exceptionnels, par la formation de pus ; ses produits sont la sérosité et les fausses membranes; il survient d’ordinaire à la suite d’un dérangement dans les fonctions normales , dans celles de la peau ou de la menstruation.

Les détails dans lesquels nous sommes entré au sujet des causes qui peuvent produire indistinctement l’une des affections générales dont les maladies articulaires sont la conséquence^, nous dispensent de traiter avec développements des causes spéciales du rhumatisme inflammatoire aigu. Après avoir prouvé que des refroidissements (v. p. 87 et suiv.), le séjour dans des habitations humides , la suppression des menstrues, des lochies, de la sécrétion lactée , etc. , peuvent produire des rhumatismes aigus non inflammatoires , des rhumatismes chroniques , il s’agit seulement de rechercher ici dans quelles conditions spéciales les causes communes , jusqu’à présent énumérées, produisent des rhumatismes aigus, avec le caractère inflammatoire.

Parmi ces conditions spéciales , on peut signaler la force de la constitution et le tempérament sanguin , surtout lorsqu’ils

existent chez des individus dans la force de l’âge. En général , les causes déterminantes n’agissent point pendant un temps prolongé. Rarement l’on voit l’influence chronique de l’humidité déterminer un rhumatisme articulaire aigu ; ordinairement il survient à la suite d’un refroidissement brusque , comme celui qui est produit par un courant d’air frais , pendant que le corps est en sueur.

Lorsque , à la suite de l’une des causes productrices, le rhumatisme aigu doit se développer , le malade reste pendant un certain temps dans un état de malaise général qui n’offre encore rien de spécial ; c’est ce qu’on appelle la période d’incu ■ bation. L’invasion a lieu par un frisson plus ou moins prolongé, bientôt suivi de douleurs dans une ou plusieurs jointures ; ces douleurs augmentent d’intensité , s’accompagnent Souvent de rougeurs et de gonflements. La période dans laquelle s’accomplissent ces phénomènes porte le nom de période d’augment. Cependant, la maladie, entièrement développée, persiste dans un état plus ou moins stationnaire , pendant un certain temps , c’est la période d’état. La quatrième période ou celle de déclin, comprend tout le temps qui s’écoule depuis le moment où la maladie commence à décroître jusqu’à celui de sa terminaison complète .

De toutes ces périodes, il en est une que nous devons faire connaître avec plus de détails, c’est celle où la maladie est parfaitement caractérisée, où elle a pris son entier développement. Nous allons l’étudier sous le rapport de l’anatomie pathologique et des symptômes extérieurs. J’ai préféré renvoyer à l’article traitement ce qui est relatif au caractère que présentent les autres périodes , et toutes les discussions relatives à la durée et à la gravité plus ou moins grande des diverses formes de rhumatismes aigus. L’étude de ces diverses questions , rapprochée, de celle des méthodes thérapeutiques , offrira plus d’intérêt et nous fournira des éléments nécessaires à l’appréciation des méthodes thérapeutiques dont la valeur est encore si mal précisée dans le rhumatisme aigu.

Anatomie pathologique des articulations dans le rhumatisme inflammatoire aigu.

Les articulations dans lesquelles se manifestent les symptômes propres au rhumatisme aigu sont le siège d’inflammations plus ou moins graves qui offrent trois variétés principales : l** celle où l’inflammation est avec sécrétion de sérosité ; 2° celle où il y a sécrétion de fausses membranes ; 3” celle où il y a sécrétion de pus.

Il existe sans doute des cas où il ne se fait aucun épanchement dans l’articulation ; l’observation directe ne permet pas de se prononcer actuellement sur les altérations qu’on peut observer alors.

Les cas ou l’inflammation existe dans la synoviale avec épanchement de sérosité sont les plus communs, à en juger par les symptômes observés pendant la vie.

Rien de plus ordinaire que de trouver dans dès rhumatismes aigus des gonflements produits par l’accumulation d’un liquide dans les membranes synoviales ; les exemples évidente de ce genre de lésions s’observent surtout au genou, au poignet et au coude.

Les signes physiques qu’on peut observer dans ces hydrar^ throses aiguës ne démontrent pas autre chose, sinon qu’il y a un liquide dans la synoviale, mais ce liquide est probablement de la sérosité ; car, si c’était du pus, il ne serait pas résorbé, et l’expérience témoigne;, au contraire, qu’il se résorbe en général avec une grande facilité.

Cependant quelle que soit la valeur des symptômes pour faire juger de l’état anatomique des articulations dans le rhumatisT me aigu , des autopsies seraient bien préférables, soit parce qu’elles feraient connaître les faits avec plus de précision, soit parce qu’elles pourraient révéler des altérations que l’inspection directe peut seule faire connaître.

Il semble, au premier abord, que la science doive posséder un grand nombre d’autopsies de cette nature^ car les malades qui meurent, dans le cours d’un rhumatisme aigu,de maladie du cœur ou de l’encéphale ne sont pas très-rares. Cependant j’ai cherché vainement dans les auteurs, des autopsies complètes de

ces maladies ; il n’y en a aucune dans les deux ouvrages sur le ’ rhumatisme qui contiennent le plus de données anatomiques, celui de Latour fils et celui de M. Bouillaud ; ce dernier auteur n’a cité que des cas de rhumatisme où du pus avait été observé dans les synoviales, et, dans son Traité des maladies du cœur, en décrivant les autopsies de malades morts à la suite d’endocardite ou de péricardite rhumatismales, il ne dit rien de l’état anatomique des articulations où des douleurs s’étaient fait sentir durant la vie. îîous profiterons plus loin des observations de M. Bouillaud sur les rhumatismes avec formation de pus, mais elles ne peuvent servir à éclairer la question que je soulève actuellement.

Je puis citer un fait que je dois à l’obligeance de M. Rodet, chirurgien désigné de l’hospice de l’Antiquaille à Lyon, et qui pourra suppléer en partie au silence gardé par les auteurs.

Observation. — TXîmmaiîsme articulaire aigu-, mort-, inflammation avec sécrétion de sérosité dans la synoviale d’un grand nombre d’articulations ; ulcération des cartilages et séparation de ces cartilages en des espèces de pinceaur formés par leurs pires isolées les unes.des autres. — Le sujet de celte. observation est une femme de 52 ans, d’une bonne constitution. Elle entra à l’Hôtel-Dieu le 3 août, huit jours après l’invasion de son rhumatisme, à la suite d’un refroidissement, et elle mourut le 20 août, vingt-cinquième jour de sa maladie. Les douleurs de rhumatisme aigu se firent sentir successivement dans presque toutes les jointures des membres supérieurs et inférieurs. Plusieurs d’entre elles furent le siège de rougeur et de gonflement. La mort parut produite par des symptômes cérébraux qui commencèrent à se manifester cinq jours avant la mort- La malade fut prise d’un délire aigu, accompagné de douleurs de tête très-intenses, et remplacées dans les deux derniers jours par un coma profond. Cette malade fut traitée par des moyens peu énergiques ; saignée deux fois répétée, sangsues, camphre et nilre à faibles doses', vésicatoires sur les jointures, etc., etc»

L’autopsie fut faite 40 heures après la mort, la décomposition putride était très-avancée.

Les genoux contenaient l’un et l’autre 3 à û cuillerées d’une sérosité transparente -, toute la synoviale était rouge, œdémateuse et parsemée de petites franges fortement injectées. Ses vaisseaux se prolongeaient sur la circonférence dès cartilages, ceux-ci étaient érodés et rugueux sur plusieurs parties des surfaces articulaires du tibia, du fémur et de la i-otule. Dans plusieurs parties, et surtout sur ce dernier os, ils étaient veloutés,

foniiés de filaments longs de 6 à 7 millimètres, flexibles et plus ou moins isolés les uns des autres. On eût dit que les fibres juxtaposées qui constituent les cartilages avaient été isolées les unes des autres, et qu’elles étaient légèrement hypertrophiées.

Les memes altérations existaient dans le coude du côté gauche. Le lieu où la lésion des cartilages était le plus avancée était sur la surface articulaire du cubitus.

Dans les deux articulations tibio-tarsiennes, dans celle de la première rangée du tarse avec la seconde, dans les deux hanches, dans le poignet droit, il n’y avait point d’altération des cartilages ; la synoviale était seulement injectée et contenait un peu de sérosité.

Les articulations de l’épaule et du poignet droit n’offraient aucune altération. Dans aucune jointure on ne trouva de lésion dans les tissus fibreux.

On examina le cœur, les poumons, le cerveau et les viscères de l’abdomen, mais l’on n’y trouva aucune altération qui ne pût être attribuée à la décomposition putride.

Il résulte de cet ensemble de preuves que l’inflammation des synoviales avec sécrétion de sérosité est la lésion la plus communé dans les articulations affectées de rhumatisme aigu, et que cette inflammation peut s’accompagner de lésions graves des cartilages. Ces lésions doivent contribuer puissamment, lorsqu’elles existent, à la persistance des douleurs articulaires.

La lésion locale des- articulations qu’on observe dans le rhumatisme aigu peut être une inflammation des synoviales avec sécrétion de fausse membrane.

Les inflammations aiguës des synoviales avec sécrétion de fausses membranes sont plus rares dans le rhumatisme aigu que les inflammations avec sécrétion de sérosité ; elles peuvent cependant exister, comme le prouvent l’anatomie pathologique et les symptômes observés pendant la vie.

L’ouvrage de Brodie sur les maladies des articulations contient plusieurs exemples de rhumatisme aigu avec sécrétion de fausses membranes à l’intérieur des membranes synoviales. La sixième observation de M. Bouillaud est un exemple du même genre. L’autopsie de rhumatismes chroniques consécutifs aux rhumatismes aigus ne peut d’ailleurs laisser aucun doute sur l’existence des inflammations pseudo-membraneuses ■ dans cette dernière maladie.

Quelquefois on observe dans le rhumatisme aigu des gonflements articulaires qui ont exactement les limites de la membrane synoviale^ qui persistent après la disparition de tout épanchement de liquide, et qui ont le caractère mou, pâteux. Des adhérences et des ankylosés incomplètes surviennent presque constamment à la suite de ces tuméfactions ; tous ces symptômes ne peuvent dépendre que de la présence des fausses membranes dans les cavités synoviales, et de la formation du tissu fibreux consécutif à leur organisation.

Il est à remarquer toutefois que c’est dans l’arthrite aiguë localisée que l’on observe surtout ces inflammations pseudomembraneuses.

Il peut y avoir formation de pus dans les articulations affectées de rhumatisme aigu.

Chacun sait que du pus peut se former d’une manière aiguë dans les articulations. Ces cas s’observent surtout dans le cours des résorptions purulentes ou dans celui des rhumatismes suites de couches , mais la science n’est pas également fixée sur la question de savoir si le rhumatisme aigu primitif, tel que nous l’étudions ici, peut se terminer par suppuration. Les faits qui permettent de résoudre cette question ont été rassemblés par M. Bouillaud (1) , au nombre de trente-sept. Cet auteur les divise en trois catégories. A son exemple, Je tiendrai surtout compte de ceux qui sont compris dans la première série. (Les faits qui appartiennent aux deux secondes devant être considérés comme des exemples douteux de rhumatismes.) Cependant, les vingt-deux faits de la première catégorie ne peuvent servir à prouver que le rhumatisme aigu , généralisé, primitif, le seul dont nous nous occupions ici, puisse se terminer par suppuration. Nous devons éliminer les exemples de rhumatismes chroniques (16®, 17® et 18® observations); ceux de rhumatismes localisés (12®, 19®, 20® et 21® observations) ; les rhumatismes consécutifs aux couches (7®, 8®, 9®, 10® et 11® observations). A ces éliminations , Je crois devoir encore ajouter celles des faits qui manquent de détails suffisants pour

(1) Traité du rhumatisme aigu.

faire juger dans quelles conditions le rhumatisme s’est développé (13® et 14® observations) ; et enfin les cas où l’autopsie a démontré la présence d’une sérosité mêlée de fausses membranes et non celle du pus (Ô®, 6® et 22® observations).

Après toutes ces éliminations, qui s’élèvent à dix-sept, il reste encore , parmi les faits cités par M. Bouillaud , cinq cas qui appartiennent bien aux rhumatismes aigus , généralisés , sans maladie antérieure, et qui se sont terminés par suppuration ; ce sont les 1*^®, 2®, 3®, 4® et 15® observations.

On pourrait peut-être ajouter à cette liste deux faits que j’ai trouvés dans V Essai sur le rhumatisme de Latour fils, page 102, et qui appartiennent à des rhumatismes aigus terminés par suppuration ; mais dans l’un de ces cas , rédigé par Yial , les circonstances antérieures ne sont pas signalées ; et dans l’autre, qui est bien un exemple de rhumatisme primitif , la suppuration existait entre les muscles ; l’on n’en trouva point dans les articulations , il y avait seulement dans celle de l’épaule une assez grande quantité de synovie jaune et épaisse. Quoi qu’il en soit de la valeur de ces derniers faits , toutes les objections faites par M. Chomel contre cette idée que du pus peut se former à la suite d’une affection rhumatismale , tombent devanj une analyse sévère. Ce professeur soutient que ceux qui ont cru trouver des faits à l’appui de l’opinion que le rhumatisme aigu peut se terminer par suppuration , ont confondu avec le véritable rhumatisme les suites de résorption purulente ou des suppurations pblegmoneuses du tissu cellulaire. Nous avons été beaucoup plus sévère que M. Chomel lui-même ; nous avons éliminé non-seulement les abcès des articulations , consécutifs à l’infection purulente , mais encore ceux qui étaient survenus à la suite des couches , ceux qui étaient chroniques ou localisés , et cependant nous avons trouvé cinq cas qui confirmaient parfaitement l’opinion défendue par M. Bouillaud.

Si l’on connaît assez bien l’anatomie pathologique des articulations affectées de rhumatisme articulaire aigu , lorsque l’inflammation est assez intense pour qu’il y ait sécrétion de sérosité ou de fausse membrane dans des synoviales , l’on a des connaissances moins précises sur l’état de ces articulations ,

lorsqu’elles sont le siège de douleurs et de gêne dans les mouvements, sans aucune altération appréciable à l’extérieur.

L’on doit regretter de nouveau ici que l’on n’ait pas profité , pour éclairer ces questions , de l’autopsie des malades qui sont morts de maladies du cœur et de l’encépbale pendant le cours d’un rhumatisme aigu. Cette lacune ne peut être comblée par l’observation clinique , et l’on en est réduit à des conjectures.

Il est permis de présumer que dans les cas où il n’y a que des douleurs et de la gêne dans les mouvements , les altérations anatomiques sont tes mêmes, mais à un moindre degré que dans les inflammations des synoviales avec sécrétion de sérosité ; il est probable que dans ces cas la synoviale est rouge , et qu’elle contient peu ou point de sérosité.

On voit , par tout ce que je viens de dire , que j’admets avec Bichat , MM. Récamier , Bouillaud , etc., que ce sont les synoviales dans lesquelles existent spécialement les lésions anatomiques dans le rhumatisme aigu. Le tissu fibreux n’est jamais affecté primitivement , et il ne l’est que dans les cas graves où l’inflammation de la synoviale s’est propagée aux tissus qu’elle tapisse.

De la coïncidence des inflammations internes avec les inflammations articulaires dans le rhumatisme aigu.

C’est un fait bien établi par l’observation qu’avec les inflammations des membranes synoviales, coïncident fréquemment des inflammations des membranes séreuses des grandes cavités. Ainsi , dans le cours d’un rhumatisme articulaire aigu, on peut voir se développer des pleurésies , des péricardites , des péritonites, des.arachnoïdites, et enfin des inflammations de la tunique vaginale.

Parmi ces inflammations , celles qui ont le plus fixé l’attention des observateurs sont la péricardite et l’endocardite. Voici comment M. Bouillaud , à qui l’on doit la découverte des rapports qu’ont les inflammations du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu, résume ses observations sur ce sujet :

a Sur cent quatorze cas de rhumatismes articulaires aigus ,

recueillis par nous avec les plus grands détails, dans un espace de six à sept ans , il y en a soixante-quatorze d’une grande intensité ou d’une intensité moyenne, et quarante de légers.jOr, parmi les soixante-quatorze cas de la première catégorie, nous en comptons soixante- quatre dans lesquels s’est rencontrée la coïncidence certaine d’une endocardite ou d’une endo-péricardite (dans trois autres cas, la coïncidence fut douteuse), tandis que dans les quarante cas de la seconde catégorie, il n’en est qu’un seul dans lequel la coïncidence dont il s’agit ait été constatée.

« Donc, d’après ces faits, qui se reproduisent d’ailleurs chaque jour dans tous les autres services où l’exploration des malades est faite avec soin par des observateurs consciencieux et exercés ; donc , d’après ces faits , dis-je :

« 1° Dans le rhumatisme articulaire aigu, violent, généralisé , la coïncidence d’une endocardite , d’une péricardite ou d’une endo-péricardite est la règle, la loi , et la non-coïncidence, V exception.

« 2° Dans le rhumatisme articulaire aigu , léger , partiel , apyrétique , la non-coïncidence d’une endocardite , d’une péricardite ou d’une endo-péricardite est la règle , et la coïncidence, Vexception. »

J’emprunte également à M. Bouillaud le résumé suivant sur la coïncidence des phlegmasies des méninges cérébrales et rachidiennes avec un rhumatisme articulaire aigu (p. 249, etc.)

« Je crois que la première espèce de coïncidence (celle dé méningite cérébrale ) , n’est pas commune. Storck , Stoll et Scudamore en fournissent quelques exemples. M. le professeur Marjolin m’a cité un cas du même genre qu’il a observé chez un libraire de Paris. M. le docteur Coqueret m’en a cité un autre. Je lis dans les leçons de M. Chomel sur le rhumatisme , que le docteur Leloutre, mort à la fleur de son âge, il y a quek ques années, tomba, peu de jours après l’invasion d’un rhumatisme articulaire aigu, dans un état comateux et apoplectiforme qui l’emporta rapidement.

« Pour moi, depuis sept à huit ans , je n’ai rencontré ni à l’hôpital, ni dans la ville, aucun cas de cette redoutable coïnci-

Dü RHUMATISME AIGU INFLAMMATOIRE.

dence de méningite cérébrale avec un rhumatisme articulaire aigu. Mais j’ai vu quelques cas de grave affection des membranes de la moelle épinière , et , par suite , de cette dernière elle-même , dont les premiers symptômes avaient coexisté avec un rhumatisme articulaire. »

Je dois faire remarquer que les inflammations dont je viens de parler et qui se développent dans les organes intérieurs ne sont pas ordinairement l’effet d’une répercussion du rhumatisme. Ce cas. peut s’observer sans doute, et l’on trouve dans les auteurs 5 surtout dans Sydenham, Stoll, Chomel, trop d’observations qui démontrent que des accidents graves intérieurs ont succédé à la disparition des douleurs des jointures dans un rhumatisme articulaire, pour que l’on puisse douter de la possibilité de ces répercussions.

Mais ce serait une erreur d’attribuer constamment â cette cause l’inflammation des organes internes pendant le cours d’un rhumatisme aigu.- Ces inflammations, et spécialement les endocardites et les péricardites , peuvent simplement coexister avec celles des synoviales ; et souvent on voit les péricardites naître et s’aggraver , pendant que les lésions articulaires n’éprouvent aucune diminution , et même pendant qu’elles s’accroissent.

Je suis très-disposé à adopter la manière de voir de M. Bouillaud, qui considère comme un fait de simple coïncidence et non comme le résultat d’une répercussion la plupart des inflammations internes qui se manifestent dans le cours d’un rhumatisme aigu. Lorsqu’on sera bien convaincu, comme je le démontrerai plus tard , que ce rhumatisme est une affection ] générale dont les inflammations articulaires ne sont que l’une î des manifestations , l’on ne s’étonnera pas que îâ cause qui ; agit simultanément sur tout l’organisme, produise ses effets I sur les organes intérieurs , aussi bien que sur les articulations.

Symptômes du rhumatisme aigu inflammatoire.

Dans l’étude du rhumatisme Inflammatoire aigu, l’attention doit se fixer :

1** Sur ies caractères que présentent les articulations affectées ;

2® Sur l’état des organes internes, tels que le cœur, la plèvre, qui peuvent être enflammés en môme temps que les articulations ;

3“ Sur les symptômes généraux , ou , en d’autres termes , les troubles fonctionnels qui surviennent dans les organes qui ne sont le siège d’aucune altération matérielle.

Il est des cas où les symptômes que présentent les articulations affectées se bornent à des douleurs et à de la gêne dans les mouvements. On peut douter alors de l’existence d’une inflammation articulaire aiguë ; mais si le mal s’aggrave , le caractère inflammatoire ne tarde pas à se montrer avec évidence.

Les articulations affectées offrent alors tous les symptômes de l’inflammation aiguë à divers degrés d’intensité. Ces symptômes , dans les cas ordinaires , sont ceux de l’arthrite aiguë avec sécrétion de sérosité , et dans des cas heureusement plus rares , ceux des inflammations avec sécrétion de fausses membranes.

Comme les caractères propres â ces inflammations ont été décrits avec détails dans le chapitre précédent, page 285 et suivantes, je crois devoir, en ce qui les concerne , renvoyer à ce chapitre. Il me suffira, pour le moment, de faire remarquer que plus les inflammations sont intenses^ plus elles ont dé fixité , et plus elles tendent à se borner à un petit nombre d’articulations.

Les symptômes locaux que présentent les organes internes qui peuvent être malades en même temps que les articulations , ne doivent pas être décrits avec détails dans cet ouvrage. C’est surtout dans l’ouvrage de M; Bouillaud que l’on trouve des détails précis sur ces questions de diagnostic ; on consultera particulièrement avec profit ce. qu’il a écrit sur les signés de la péricardite et de l’endocardite.

Les symptômes généraux doivent être étudiés sous le rapport de la circulation, des fonctions de la peau, des urines, etc. , etc.

La circulation dans les rhumatismes inflammatoires est toujours activée , le pouls est plein , fort et fréquent. Chez les

sujets dont l’artère, dans l’état normal, bat environ 72 fois par minute, on compte 100 à 120 pulsations dans le même espace de temps. La fièvre est des plus violentes et peut être considérée comme le type de la fièvre inflammatoire.

Le caillot (1) que fournissent les saignées bien faites, lorsque le rhumatisme articulaire se trouve parfaitement développé, est ferme , rétracté , recouvert d’une couenne qui s’organise rapidement en une sorte de membrane épaisse de 4, G, 8 millimètres et même plus , dense , résistante ; les bords du caillot sont ordinairement renversés ; il flotte ati milieu d’une sérosité parfaitement limpide , jaunâtre ou verdâtre , plus ou naoins abondante , suivant la constitution des malades , selon que les saignées ont été plus ou moins répétées , etc.

La couenne des saignées par la lancette a été notée par tous les bons observateurs , tels que Sydenham , Stoll , etc. Dans lé rhumatisme fébrile, dit le célèbre praticien de Vienne, la cOuenne du sang fut toujours très4nflammatoire , et si épaisse qu’on apercevait â peine un peu de sang ou de partie rotigé ; cette couenne était moins considérable et moins épaisse dans toutes les autres maladies inflammatoires , quelque graves qu’elles fussent. Sydenham avait déjà dit que la couenne rhumatismale ressemblé à la couenne pleurétique , comme tui oeuf à un œuf {sicut ovum ovo).

Ces faits tendaient à faire présumer que la fibrine qui constitue la couenne inflammatoire est en plus grande proportion dans le sang de ceui qui sont affectés de rhumatisme aigu.

Les recherches très-précises de MM. Andral et Gavarret ont mis ce fait hors de doute. Après avoir établi que la proportion moyenne de la fibrine dans l’état de santé èst de 2 â 3 millièmes, ils ont reconnu que cette proportion augmente constamment dans le rhumatisme. Voici comment M. Andral rend compte de ses observations (2) ;

a II est une maladie qui , à beaucoup d’égards, semble différer des inflammations ordinaires , et dans laquelle cependant la

(1) ’RouiWa.Vid, Traité du rliutnalisme aigu.

(2) Essai d'hématologie pathologique, p. 95.

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