‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 35 sur 53 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

MALADIES BEST AKÏ iGtJL AÏÏOKS .

fibrine obéit encore à la même loi que dans celles-ci : je veux parler du rhumatisme articulaire. S’il est aigu^ la fibrine augmente d’une manière constante , ainsi que me l’a démontré l’analyse du sang de 43 saignées, dans lesquelles j’ai trouvé, en fibrine , une fois le chiffre 4 , six fois le chiffre 5, quinze fois le chiffre 6, treize fois le chiffre 7 , trois fois le chiffre 8 , trois fois le chiffre 9, deux fois le chiffre 10.

« Mais si le rhumatisme articulaire n’est plus que sub-aigu, la fibrine cesse de s’élever autant , bien qu’elle dépasse encore généralement la limite supérieure de son état physiologique; dans six cas de ce genre, elle oscilla entre 4 et 5.

« Si , enfin , le rhumatisme articulaire est décidément chronique , la fibrine revient tout-à-fait à sa quantité normale. »

La peau , dans le rhumatisme aigu inflammatoire, est chaude, mais non d’une chaleur sèche et âcre , comme dans les résorptions purulentes, par exemple ; sa chaleur est douce , et elle est habituellement inondée de sueur. Lorsque cette diaphorèse a persisté pendant quelques jours , on rencontre des sudamina ordinairement très-nombreux, accompagnés ou non d’une véritable éruption miliaire et de taches rouges , analogues à celles delà roséole.

L’existence de cette éruption miliaire n’avait point échappé à l’esprit observateur de Stoll : « La fièvre rhumatismale, ditil, était accompagnée quelquefois d’éruption miliaire, blanche, rouge ou mêlée. »

La suPMV des rhumatisants , suivant M. Bouillaud, est un peu visqueuse, d’une odeur fade ou acescente; elle est tantôt acide et tantôt neutre.

L’incertitude dans laquelle nous laissent ces observations sur la composition chimique des sueurs dans le rhumatisme , me fait regretter de n’avoir jamais entrepris de recherches , pour combler la lacune que présente la science sous ce rapport. Je puis , toutefois , citer les observations suivantes , qui sont dues à mon parent, M. Eugène Bonnet,

Etant interne dans le service de M. Brachet , salle St-Jean et Ste-Anne , ce jeune médecin eut plusieurs fois l’occasion d’étudier les qualités de la transpiration chez les individus

Dû RHUMATISME AIGU INFLAMMATOIRE.

atteints de rhumatisme aigu inflammatoire. Il a surtout gardé le souvenir de deux malades, tous les deux jeunes, et chez lesquels la fièvre était remarquable par son intensité , et les sueurs par leur extrême abondance.

A plusieurs reprises , il essuya, au moyen du papier de tournesol, la transpiration qui couvrait le corps de ces malades; il n’a jamais rencontréHes qualités acides qui leur appartiennent normalement, mais des propriétés alcalines manifestes.

Il n’a fait de semblables observations que pendant la période d’acuité de la maladie.

Les urines^ dans le rhumatisme aigu, du moins dans le cours de la maladie , sont très-colorées et laissent déposer un sédiment briqueté toujours très-considérable. Elles sont rares , en général , et d’autant plus rares que les sueurs ont été pins abondantes ; leur excrétion est quelquefois rendue très-difficile par les douleurs générales que ressentent les malades, et qui augmentent au moindre mouvement ; elles se troublent ordinairement très-peu de temps après leur émission , et sont quelquefois si épaisses , si bourbeuses , qu’elles ressemblent à du moût de raisin ; elles rougissent alors très-fortement le papier de tournesol, etc. (1).

M. Martin Solon (2) a fait connaître plusieurs observations chimiques très-intéressantes sur l’état des urines dans le rhumatisme aigu. Ila constaté, indépendammentdes caractères physiques que je viens de rappeler, que les urines étaient très-acides, que leur densité était de l018 à 1028 , et qu’elles déposaient abondamment de l’acide urique rouge et des urates mêlés d’une petite quantité de mucus. Dans deux cas, il a constaté une proportion plus considérable d’urée. Il n’a trouvé l’urine neutre ou alcaline que dans des cas assez rares où le nitrate de potasse avait été pris à haute dose. Un interne de l’Hôtel-Dieu de Lyon dit avoir trouvé deux fois les urines alcalines dans le rhumatisme aigu , mais je crains que ces observations n’aient pas été faites

(1) Bouillâud, Traité du rhumatisme.

(2) Mémoire sur l’emploi du nitrate de potasse dans le traitement du rhumatisme Bulletin thérapeutique^ année 1843.

de manière à éviter les erreurs qui peuvent résulter de la décomposition de l’urine.

Considérations générales sur le rhumatisme inflammatoire aigu.

Dans le rhumatisme aigu, les lésions articulaires ne constituent qu’une partie de la maladie ; l’inflammation des organes internes coexiste fréquemment avec celle des articulations ; le sang est altéré, et il n’èst pas une fonction qui ne soit modifiée plus ou moins profôddèment. Il y a évidemment une affection générale de rorgamsme^ et, à défaut d’autres preuves, le changement qu’éprouve le sang suffirait à lui seul pour démontrer l’existence d’une maladie générale ; car le sang, pénétrant dans toute l’économie, modifie nécessairement tous les organes..

On peut avancer avec non moins de certitude que cet état général^ qui constitue le rhumatisme articulaire aigu, est un état inflammatoire ; la composition du sang est celle qu’on observe dans les inflammations les mieux caractérisées ; les symptômes généraux sont ceux delà fièvre inflammatoire.

Les lésions que l’anatomie pathologique constate dans les viscères qui peuvent être, affectés en même temps que les articulations, sont celles qui sont propres aux inflammations évidentes; les mêmes caractères se retrouvent dans les lésions locales des articulations.

À l’autopsie on trouve l’injection des vaisseaux de la membrane synoviale et des parties environnantes, les sécrétions, de sérosité, de fausse membrane et de pus, en un mot, toutes les variétés de produits de sécrétion qu’on rencontre habituellement dans les parties enflammées.

Pendant la vie, ces articulations sont douloureuses, chaudes, ^^l^es, plus ou moins rouges ; elles présentent, en un mot, les caractères de l’inflammation. M. Bouillaud a remarqué que le sang retiré par des ventouses et qui provient d’une articula-, tion rhumatisée, se coagule plus promptement et forme une véritable couenne inflammatoire.

Tous ces faits démontrent que l’état local dans le rhumatisme aigu consiste dans une véritable inflammation ; c’est bien à tort

que M. Cbomel a refusé ce caractère à l’état local dans le rhumatisme aigu, se fondant, dit-il, sur la mobilité des douleurs dans ce rhumatisme, et l’absence de cette mobilité dans les inflammations. Mais, on ne saurait trop le reconnaître, les inflammations rhumatismales ne sont pas plus mobiles que les autres, une fois qu’elles sont bien caractérisées ; quand il y a de la sérosité ou des fausses membranes dans une articulation, elles y restent obstinément fixées ; quand le mal se borne à des douleurs, ces douleurs sont mobiles, il est vrai, mais cette mobilité ■ appartient à toutes douleurs sans altération matérielle.

Si la nature inflammatoire du rhumatisme aigu primitif ressort évidemment de l’analyse des symptômes et des altérations anatomiques qu’il laisse après la mort, elle n’est pas moins démontrée par la nature des moyens thérapeutiques dont l’expérience constate l’utilité. S’il est des méthodes de traitement qui aient joui d’un crédit général, qui aient compté en leur faveur une suite de puissantes autorités, ce sont incontestablement les antiphlogistiques ; nous verrons à l’article traitement du rhumatisme aigu que ce sont les boissons rafraîchissantes, les saignées, le nitrate de potasse à des doses diverses, qui se sont maintenus le plus constamment dans la pratique, au milieu des variations sans nombre qu’ont subies les théories sur le rhumatisme.

Cependant, si l’on ne peut douter que celui que nous décrivons dans ce chapitre soit essentiellement inflammatoire, on peut se demander s’il n’y a pas quelque chose en dehors de cet état inflammatoire local et général , s’il ne faut pas considérer comme l’un des éléments de la maladie des produits de sécrétion qui seraient retenus ou rentrés dans le sang ; on peut se demander si, l’état inflammatoire apaisé, il ne peut pas rester un principe morbide qui tend à entretenir ou à reproduire les douleurs. Je suis disposé à répondre par l’affirmative à ces questions ; mais il faut avouer que ce sont là des solutions qu’il est impossible de démontrer avec rigueur, et dont la vérification échappe à nos méthodes d’observation. Je les indique sans les discuter longuement : nous devons toujours nous arrêter au seuil des

Traitement du rhumatisme articulaire aigu.

li faudrait passer en revue toute la matière médicale, si l’on voulait énumérer tous les médicaments que l’on a conseillés contre le rhumatisme articulaire aigu. Vomitifs, purgatifs, diurétiques, sudorifiques, contro-stimulants, anti-périodiqües, narcotiques, dissolvants du sang, émissions sanguines locales et générales, vésicatoires multipliés, tout a été conseillé dans le traitement de cette maladie ; bien plus, parmi tant de méthodes contradictoires, il n’en est pas une seule que l’observation n’ait, suivant ses inventeurs , démontré être d’une remarquable eflicacité.

Pour ne parler que des vingt-cinq années qui viennent de s’écouler, combien de méthodes efficaces, merveilleuses, ont été proposées contre le rhumatisme articulaire aigu ! Tantôt c’est le tartre stibié qui, administré suivant les procédés de la méthode contro-stimulante, abrège le cours des rhumatismes, fait cesser promptement les douleurs, etc., etc.; quelques annés plus tard, c’est la morphine, administrée par la méthode endermique, qui remplace le tartre stibié, et produit, à son tour, les résultats les plus remarquables. Quand on est las de cette méthode, aussi pénible qu’impuissante, les saignées ^coup sur coup viennent prendre place sur la scène ; avec elles, plus de mortalité, plus de lésions consécutives graves, plus de rhumatismes dont la durée ne soit abrégée des deux tiers. Tant de succès n’empêjchent pas les ecclectiques de vanter, comme bien supérieur aux méthodes exclusives, le traitement basé sur les indications, et, pendant que quelques-uns d’entre eux croient posséder la suprême sagesse et regardent avec dédain les tentatives d’un empirisme aveugle; le nitrate de potasse à haute dose et le sulfate de quinine viennent revendiquer à leur tour le titre de spécifique dans le rhumatisme articulaire aigu.

Enfin, tandis qu’on s’évertue à chercher dans le fond des officines toutes les substances imaginables pour guérir le rhumatisme, une voix partie de rAllemagne proclame que l’eau pure est lé plus efficace de tous les moyens.

k cette simple énumération de tout ce qui a été nouvellement proposé, ou de ce que l’on a exhumé des traditions anciennes dans l’espace de quelques années, pour le traitement du rhumatisme aigu, il y a de quoi gémir sur la marche de la médecine actuelle, et l’on se demande avec effroi quelle est donc la difficulté de l’observation clinique , puisqu’elle démontre avec une apparence de vérité presque égale l’utilité de tant de moyens contradictoires dont les uns ne peuvent être utiles qu’autant que les autres ne lé sont pas, et l’on se rappelle involontairement les réflexions de Sauvages , lorsque, comparant le traitement du rhumatisme aigu par les échauffants, suivant la méthode de Lohb, avec le traitement par les saignées recommandé par Sydenham, il ajoute que la nature est bien puissante pour guérir les malades, puisqu’elle en vient à bout malgré les obstacles que le médecin lui oppose.

Cependant l’impuissance ou le peu d’efficacité de tous ces moyens est suffisamment -démontré par les essais journaliers qu’on en fait au lit du malade, par l’oubli dans lequel ils tombentj et par le peu d’empressement que mettent à les adopter ceux qui n’ont pas la satisfaction de s’en déclarer les inventeurs.

Parmi les causes qui ont conduit à tant d’illusions sur l’efficacité de certains traitements, il faut placer en première ligne la complaisance avec laquelle on considère comme . guéris les malades qui n’ont éprouvé qu’une simple amélioration dans leur état, Rien de plus ordinaire, dans le cours d’un rhumatisme aigu, que de voir cesser, pendant un certain temps, la fièvre et les gonflements articulaires, sans que les douleurs aient disparu et que les mouvements se soient rétablis ; cependant on voit des observateurs prévenus noter comme guéris des malades qui sont dans ce triste état. Les semaines que les rhumatisants passent encore à languir dans leur lit, ils les comptent sous le nom de convalescence, et si un malade est resté, par exemple, deux mois avant de pouvoir reprendre ses travaux, on trouve le moyen de prouver qu’il a été guéri au bout de 30 jours. Seulement sa convalescence s’est prolongée pendant un mois.

Ce n’est pas là que s’arrêtent les illusions des observateurs

prévenus. Souvent, après qu’ils ont noté une prétendue guérison, l’on voit survenir une récidive ; des douleurs se déclarent dans les articulations primitivement malades ou dans des articulations qui n’avaient pas encore été affectées. Peu importe, le malade était guéri ; ce qu’il ressent est une récidive, et non point le résultat de la prolongation de son rhumatisme.

Ceux qui n’ont jamais suivi, dans les hôpitaux, les observateurs décidés à trouver la matière d’un mémoire dans les essais qu’ils font d’une méthode de traitement, auront peine à croire au tableau de mœurs médicales que je trace ici. Ce tableau est vrai cependant, je le dessine d’après nature ; je souhaite, sans pouvoir l’espérer, que l’on ne puisse plus en trouver les modèles à l’avenir.

Cependant il ne suffît pas d’observer les effets d’un traitement avec impartialité pour en apprécier la valeur, dans un cas donné ; il faut pouvoir établir dans ce cas ce que serait devenue la maladie abandonnée à elle-même. Qu’a-t-on fait pour se guider dans cette détermination? Additionnant le nombre de jours qu’ont duré up certain nombre de rhumatismes traités d’une façon ou de l’autre, et divisant ce nombre par celui des rhumatismes qu’on compare entre eux, on a trouvé ce que l’oii appelle la durée moyenne du rhumatisme aigu; cette durée moyenne a été fixée de 6 à 8 septénaires par M, Bouillaud, un mois et demi à deux mois.

Puis quand, après l’emploi d’une certaine méthode, la durée des rhumatismes a été en deçà de la moyenne admise, on a considéré cette méthode comme efficace, et lorsque la maladie s’est prolongée au-delà, elle a été déclarée dans des conditions exceptionnelles.

Évidemment il n’y a que des erreurs à recueillir d’une semblable manière de faire ; la médecine ne se règle pas par des méthodes de recherches de la nature de celle que j’expose. En pratique, elle ne connaît que des individualités. Lorsqu’un enfant vient de naître, si l’on sait que la moyenne de la vie est, par exemple, de 2 1 ans, pourra-t-on dire que l’éducation physique qu’on lui a donnée a été mauvaise si la mort a lieu avant 21 ans, et qu’elle a été bonne si la mort ne survient qu’après

le temps. Non, sans aucun doute ; on aura besoin, pour décider cette question avec quelques chances de succès, de tenir compte des forces, du tempérament, en un mot, de toutes les conditions spéciales où se trouvait l’enfant à examiner.

Il devrait en être de même pour le rhumatisme ; il s’agit moins de savoir si la durée moyenne de cette maladie est de 30, 40 ou 60 jours, que de pouvoir déterminer dans un cas donné quelle sera la durée probable de la maladie.

Cette détermination ne peut être faite à l’époque de l’invasion dn rhumatisme. Personne ne peut déterminer, dans les premiers temps qui suivent son invasion, quel sera le nombre des articulations affectées, si les organes internes deviendront ou non malades, quel sera le degré de. l’inflammation, etc.

Or, si l’on ne peut prévoir l’une de ces choses dans les premiers temps de l’invasion d’un rhumatisme, l’on ne peut apprécier l’effet d’un traitement employé à cette époque. Même quand l’observation est complète, on ne peut assigner la part ■ qu’a eue dans le résultat la tendance naturelle du mal ou la puissance du traitement.

On ne peut vraiment juger de l’efficacité d’une méthode thérapeutique dans le rhumatisme aigu, que lorsque cette maladie, abandonnée à elle-même pendant une semaine ou deux, a manifesté clairement son étendue et son intensité. Si à cette époque il n’y a dans les articulations aucun gonflement, aucune lésion appréciable, qu’il n’y ait que de la gêne et de la douleur, il est difficile de dire quand le mal tendra à disparaître, mais la terminaison peut être plus ou moins prompte. Il n’en est plus de môme si l’on trouve tous les signes d’une hydarthrose dans un grand nombre d’articulations ; il faut s’attendre à une durée d’un mois au moins, heureux encore quand la guérison arrive dans un temps aussi court.

Enfin, si, dans une ou plusieurs articulations, on trouve les signes d’une inflammation phlegmoneuse, ou, en termes plus rigoureux, d’une inflammation avec sécrétion de fausse membrane et de sérosité , la maladie se prolongera deux ou trois mois au moins, et quelquefois ne guérira jamais.

Toutes choses égales d’ailleurs sous le rapport des condi-

lions anatomiques, le pronostic est moins grave si le malade est vigoureux, si la cause de son rhumatisme a été de courte durée, comme un refroidissement brusque ; s’il n’a eu aucune lésion antérieure. Les difficultés que l’on peut prévoir sont bien plus grandes, au contraire, si la santé générale a été détériorée, si le séjour plus ou moins prolongé dans un lieu humide a produit de tels changements dans l’économie que, l’état aigu dissipé, le malade ne soit pas guéri , et si tes accidents qu’il éprouve sont la reproduction d’accidents semblables plus ou moins éloignés. Ce n’est donc pas en admettant que la durée moyenne d’un rhumatisme est de 40 à 60 jours, et, partant de cette idée comme d’un principe, que l’on pourra avoir le critérium d’une méthode de traitement. C’est en tenant compte de toutes les variétés de causes, de constitution et d’état anatomique que nous venons de rappeler. N’oublions pas surtout qu’il y â de l’arbitraire dans un pronostic porté au début du rhumatisme, et que l’on ne peut considérer comme vraiment efficaces que les moyens qui produisent une amélioration marquée, lorsqu’après une ou deux semaines, le gonflement et les douleurs ont acquis leur plus haut degré d’intensité.

Parmi les causes qui, dans ces derniers temps, ont le plus contribué à jeter la confusion dans tout ce qui a été fait sur le rhumatisme, il faut signaler la tendance à trouver un remède applicable à toutes les périodes de la maladie. Ceux qui ont mis en usage certains moyens , les saignées répétées , le sulfate de quinine, le nitrate de potasse, les ont appliqués à leurs rhumatisants, quelle que fut l’époque du mal à laquelle ceux-ci leur étaient présentés ; de là devait résulter, et il en est résulté en effet, que certains moyens, utiles à une période du rhumatisme, nuisibles à d’autres, ont eu les résultats les plus variés, et que, dans ces résultats contradictoires, les adversaires comme les partisans de la méthode ont pu puiser à pleines mains des arguments en faveur de leurs idées. Cependant, le soin de distinguer les diverses phases des rhumatismes, d’appliquer à chacune d’elles des méthodes différentes, ressortait des principes les plus élémentaires du traitement médical des maladies, et avait été signalé par plusieurs auteurs, mais surtout par Barthez, dont

le travail sur le rhumatisme est sans doute empreint de cet arbitraire que portent dans leurs travaux les hommes qui ne prennent pour guide que les conceptions de leur esprit, mais dans lesquels Ton retrouve toujours l’analyse la plus féconde.

C’est en tenant Compte de tous ces principes que, profitant des recherches jusqu’à présent publiées, on pourra produire un travail lumineux sur le traitement du rhumatisme aigu. Dégagé du désir de mettre un moyen en relief de préférence à un autre, tenant un compte rigoureux de la marche du mai, appréciant les différences qui résultent de la période où celui-ci est arrivé, l’auteur pourra composer un travail impartial dans lequel la part que l’on doit faire à la nature sera soigneusement dégagée de celle qui revient à l’art. Toutes les acquisitions delà science pourront y être mises à profit ; les excitants dans la période d’incubation qui s’écoule entre l’action de la cause et le début des accidents inflammatoires ; les saignées actives au début de l’inflammation ; les dissolvants delà fibrine, le nitrate de potasse, par exemple, dans la période où la couenne inflammatoire est le plus développée; les évacuants par les selles, mais surtout par les sueurs, au déclin de la maladie. Mais un travail semblable, véritable monographie, suppose de longues études cliniques dirigées sur ce sujet spécial ; en attendant que je puisse le faire, je vais exposer les principaux travaux qui ont été publiés sur le rhumatisme inflammatoire aigu; je résumerai en terminant les conclusions thérapeutiques qui me paraissent ressortir de ces travaux.

Conditions hygiéniques.

La première question à examiner dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu est celle des conditions physiques , nécessaires, inévitables qui entourant le malade, et auxquelles, même en dehors de tout soin médical, il ne saurait être soustrait: je veux parler de l’air qu’il respire, du lit sur lequel il repose ? de l’attitude qu’il y prend , des couvertures qui le protègent , de ses boissons, etc.

Ces diverses conditions , qui constituent son hygiène , n’ont

point été comprises de la même manière par tous les praticiens. La plupart , préoccupés de cette idée que le rhumatisme aigu est la suite d’un trouble des fonctions de la peau , veulent favoriser la solution de la maladie en excitant la transpiration cutanée. Dans ce but, ils recommandent un air chaud dans l’appartement , un lit chatgé de couvertures , des boissons diaphorétiques , et souvent ils enveloppent les articulations malades de masses de coton qu’ils recouvrent encore de taffetas gommé.

Sans aucun doute , lorsqu’après un refroidissement , le rhumatisme est à craindre , rien n’est plus rationnel que de provoquer par ces moyens une réaction salutaire. Mais quand la fièvre inflammatoire s’est développée , que le malade éprouve des transpirations abondantes et sans aucun bénéfice , il n’y a que des inconvénients à user de pareils moyens ; ils augmentent la fièvre et les douleurs locales , et ils abattent les forces par des sueurs exagérées.

Je n’hésite pas à me ranger à l’opinion de quelques médecins, et de M. Chomel en particulier , suivant lesquels, dans le rhumatisme aigii , comme dans tout état inflammatoire , le malade doit être placé dans des conditions hygiéniques propres à le calmer ; il faut que l’air de son appartement ait une température de 12 à lô“ centig. , que son lit soit ferme, ses couvertures légères , et que ses boissons soient fraîches. La douleur lui commande impérieusement l’immobilité ; le médecin doit s’appliquer à la lui garantir le mieux possible. Lorsque l’in^ flammation est peu intense, qu’elle est répartie dans un grand nombre de jointures , le lit est suffisant pour l’assurer ; il n’en est plus de même quand le mal est grave et qu’il s’est fixé sur une ou deux articulations. Il peut être utile alors de recourir aux appareils immobilisateurs dont nous avons parlé en traitant de l’arthrite aiguë. .

Ce premier point sur l’hygiène du malade arrêté , j’aborde le traitement proprement dit du rhumatisme aigu.

Parmi les traitements conseillés par les auteurs contre cette maladie , les uns ont le caractère d’une méthode , les autres

Dü RHUMATISME AIGU INFLAMMATOIRE. 349

consistent dans l’application d’un remède. Les premiers résultent de l’association et de la combinaison de moyens dirigés dans un but déterminé , et appropriés aux diverses périodes du mal comme aux diverses conditions’ de sa nature. Les seconds sont constitués par l’emploi d’un seul médicament plus ou moins exclusif. Je vais exposer les méthodes , je ferai connaître ensuite les remèdes.

Je crois ne pouvoir mieux faire , pour donner l’idée exacte d’une méthode en général , que d’analyser celle que Barthès a proposée dans son Traité des maladies goutteuses.

Traitement du rhumatisme aigu, d'après Barthez (1).

Suivant Barthez , dans les premiers temps du rhumatisme aigu qui est simplement inflammatoire , il faut employer une méthode de traitement analytique où l’on attaque les éléments dont la maladie est composée. Dans les temps avancés et dans le déclin du rhumatisme, il faut suivre une méthode de traitement naturelle où l’on dirige et favorise les mouvements par lesquels la nature tend à opérer la solution de la maladie.

En suivant la méthode analytique qu’il faut adopter au début du rhumatisme aigu inflammatoire , la saignée est un remède presque toujours nécessaire ; elle ne doit être pratiquée que dans le premier septénaire, et l’on doit toujours craindre d’abuser de sa répétition.

On doit en même temps employer de légers laxatifs , tels que le petit-lait et des purgatifs salins médiocrement actifs ; on doit aussi donner des diaphorétiques et des diurétiques très-doux , tels que l’infusion de fleurs de sureau nitrée ; ces moyens conviennent surtout aux sujets chez lesquels la bile et la pituite abondent:, mais on doit les mettre en usage avec beaucoup de réserve , surtout les purgatifs ; en excitant des évacuations qui ruinent les forces, ceux-ci détourneraient là crise par les sueurs que la nature peut aflecter.

(1) Traité des maladies goutteuses, lome I, p. 321.

Quand la fluxion rhumatique est entièrement fixée , il faut tâcher de résoudre les engorgements qu’elle a formés , et dans ce but, recourir aux résolutifs internes ; parmi ces résolutifs , Barthès signale surtout : 1° le camphre , tout en prévenant que ce médicament est peu efficace , lorsque le rhumatisme est localisé et qu’il a un caractère phlegmoneux ; 2° la décoction dé polygala qui, suivant Sarcone, rend le sang moins couenneux, et surtout le sel ammoniac uni au nitre et employé à doses assez fortes ; il conseille aussi l’usage des fleurs d’arnica en infusion ; 3*^ enfin , si la douleur est très-vive , il faut recourir à l’opium ; mais ce moyen ne doit être employé qu’avec beaucoup de réserve , parce qu’il peut déterminer le transport du rhumatisme sur le cerveau ou les poumons, et qu’il resserre le ventre , etc.

Quand la fluxion et la fièvre rhumatique ont diminué , en suivant la méthode analytique , il faut passer à une méthode naturelle , dans laquelle on se propose d’exciter , d’aider et de compléter les évacuations salutaires , qui tendent à la solution du rhumatisme aigu.

Dans ce but , si les forces sont languissantes , il faut avoir recours au quinquina. Ce moyen est dès-lors indiqué dans d’autres cas que ceux où les exacerbations de la maladie sont périodiques et séparées par des intermittences considérables.

On peut faire usage du rob de sureau à la dose de 3 à 4 onces par jour ; ce moyen dispose aux évacuations par les selles , les urines et la transpiration.

Barthez a obtenu les effets les plus heureux de l’opium uni au camphre ; il approuve l’emploi d’une combinaison d’opium et d’esprit de Mindérérus, d’opium et d’ipécacuanha comme dans la poudre de Dower, et enfin d’opium, de tartre émétique et de valériane ; il n’indique pas les circonstances qui doivent faire préférer un de ces moyens aux autres.

Parmi les préparations diaphorétiques , l’auteur recommande surtout le vin stibié , donné par gouttes , les bains chauds pris avec beaucoup de précaution. Enfin , l’on peut recourir , en terminant , à l’emploi des purgatifs énergiques. Le moyen qui lui paraît le plus convenable est la teinture de gayac , suspendue

dans de l’eau d’orge à l’aide d’un jaune d’œuf, et donnée à la dose de 15 grammes au plus.

L’auteur termine en indiquant les méthodes empiriques qui ont été conseillées dans le traitement du rhumatisme; il signale, entre autres , l’emploi du nitre à une dose élevée jusqu’à 10 gros par jour , suivant la méthode de Brochleshy. Il aurait pu placer ce moyen parmi les dissolvants du sang, et le joindre à ceux qu’il énumère comme pouvant être ordonnés dans la deuxième période.

Après l’exposition de la méthode de Barthez, je vais analyser celle de Duringe. Je rapproche ainsi deux noms bien inégalement connus dans la science ; mais comme la méthode du dernier renferme l’association de moyens empiriques d’une grande activité, je crois utile de la faire connaître.

, Traitement général du rhumatisme articulaire aigu , diaprés Duringe (1).

Duringe conseille dans le traitement du rhumatisme inflammatoire l’emploi d’une méthode énergique. Suivant lui, il faut avant tout faire une saignée au moyen de la lancette. Le nombre de ces saignées et la quantité de sang tirée dans chacune d’elles, doivent varier suivant les indications connues , mais il faut éviter avec le plus grand soin l’abus des évacuations sanguines. Les saignées trop abondantes font prendre au rhumatisme inflammatoire un caractère de malignité , et favorise sa dégénération en rhumatisme chronique. Comme Barthez , il conseille des boissons adoucissantes , dans lesquelles on fait dissoudre un ou deux gros de nitre par jour, et de légers laxatifs, tels que des lavements huileux , etc.

Immédiatement après la saignée , ou du moins dès que l’état inflammatoire est suffisamment diminué , il fait prendre une demi-once à une once d’huile de ricin ou de sulfate de magnésie ; cette purgation doit être réitérée tous les jours ou tous les deux jours , pendant une semaine à peu près.

(I) Traité du rhumatisme, p. 97.

Après deux jours de purgation , il faut employer les moyens propres à rétablir les fonctions de la peau ; à cet effet , l’auteur conseille l’usage de l’opium combiné avec le calomélas ; il donne un quart de grain à un demi-grain d’opium uni à un grain de calomélas , toutes les heures ou toutes les deux heures. Quelquefois il préfère le tartre émétique combiné avec le sel ammoniac ou l’opium , le camphre et le tartre stibié combinés ensemble.

Enfin, à la place de ces derniers moyens, l’auteur emploie souvent la teinture de colchiquè ,'mélangée soit avec du laudanum , soit avec du camphre ; dans les cas graves , il en donne 30 à 40 gouttes , trois à quatré fois par jour .; dans les cas légers , il n’en donne que 20 à 25 gouttes. Il diminue les doses à mesure que la violence des symptômes devient moindre. L’auteur dit avoir obtenu les meilleurs résultats de ce traitement , mais il ne cite aucun des cas où il dit l’avoir employé.

Après l’exposition des méthodes précédentes , je passe à celle des moyens plus ou moins exclusifs qui ont été conseillés contre le rhumatisme aigu. Je parlerai seulement de ceux qui conservent aujourd’hui un certain nombre de partisans ; telles sont les saignées, le nitrate de potasse, l’opium , le tartre stibié, le sulfate de quinine et enfin l’hydrothérapie.

Traitement par les saignées répétées.

La saignée au début du rhumatisme aigu a été conseillée par tous les auteurs ; elle l’a été par Baillou , Sydenham , Stoll , Sarcone j Barthez , Tissot, etc. , et l’on sait qu’elle est généralement employée dans tous les hôpitaux. L’utilité d’une ou deux saignées dans la période d’accroissement du rhumatisme aigu doit être regardée comme une vérité acquise à la science. Il n’en est pas de même des saignées en grand nombre , pratiquées à toutes les périodes du rhumatisme.

Le premier auteur qui ait conseillé cette méthode des saignées répétées est Sydenham. Voici comment il s’exprime (1) î

(1) Traite des maladies aigues, sect. VI, c. s.

s Dès que je suis appelé, je prescris sur-le-champ une saignée de bras de 10 onces ; le lendemain, je fais tirer une égale quantité de sang ; un ou deux jours après, selon les forces du . malade , troisième saignée ; enfin , après un intervalle de trois ou quatre jours , selon les indications fournies par les forces du malade , par son âge , par sa constitution et d’autres circonstances, j’ordonne une quatrième saignée, qui le plus ordinairement est la dernière. Car il est rare que nous ouvrions la veine plus de quatre fois. »

Sarcone (1) suivit une méthode aussi énergique dans le traitement de la fiièvre rhumatismale qui régna à îîaples, en 1764 ; Tissot (*2) dit dans son Avis au peuple : « Si le mal ne diminue pas considérablement après la première saignée , il faut la réitérer au bout de quatre heures. J’en ai fait faire quatre dans les deux premiers .jours, et quelques jours après, une cinquième. »

M. Bouillaud , de nos jours, est l’auteur qui a le plus insisté sur les saignées nombreuses ; il a modifié les règles qui doivent présider à leur emploi , et donné à sa méthode le nom de méthode des saignées coup sur coup. J’extrais textuellement de son livre (3) le passage qui renferme la formule selon laquelle il veut qu’on pratique les émissions sanguines chez un individu adulte, d’une bonne constitution, et dont le rhumatisme est accompagné d’une fièvre assez intense pour réclamer un énergique traitement.

« Premier jour de traitement. — À. la visite du soir, on praw tique une saignée du bras de 4 palettes.

Deuxième jour. — Une saignée du bras de 3 palettes et a demie à 4 palettes est faite matin et soir. Dans l’intervalle de « ces deux saignées, on a recours à une application de sangsues « ou mieux de ventouses scarifiées autour des articulations les « plus malades , ainsi que sur la région précordiale , quand le « péricarde ou l’endocarde sont sérieusement affectés èux-mê-

(1) Sarcone istoria, 1. 1, pi 109.

(2) Avis au peuple, rhumatisme, § 169.

(5) Traité du rhumatisme articulaire, p. ôol.

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