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« mes, et cette saignée locale est de 3 , 4 ou même 5 palettes , « selon la gravité des cas.
a Troisième jour. — Dans certains cas , l’amélioration est « telle qu’on peut s’abstenir de nouvelles émissions sanguines. « Mais il n’en est pas ainsi dans les cas graves et très-graves.
« On pratique alors une quatrième saignée de 3 à 4 palettes , « et une saignée locale de la même dose, soit sur les articula- « tions , soit sur la région précordiale , s’il existe une coïnci- « dence d’endocardite , ou de péricardite , ou d’endo-péri- « cardite.
« Quatrième jour. '■ — Dans les cas de moyenne gravité , la « fièvre, les douleurs, le gonflement des articulations, en un mot, tout l’appareil inflammatoire a le plus souvent cessé « dès ce jour , et l’on s’abstient de nouvelles émissions san- « güines. Dans les cas où la résolution n’a pas encore franche- « ment commencé , on pratique une cinquième saignée du bras « de 3 palettes environ.
« Cinquièrne, sixième et septième jours.— général, à cette « époque, la résolution est en pleine activité pour les rbumatis- « mes articulaires aigus dont la gravité n’a pas été au-delà dé t la moyenne. Mais assez souvent, dans les rhumatismes articu- «laires aigus très-graves avec endocardite ou endo-péricardite, « ou pleurésie très-prononcée , le temps des émissions sangui- « nés n’est pas encore passé. Alors, dans l’espace des trois jours « dont il s’agit, on pratique deux ou trois nouvelles saignées « du bràs, et une nouvelle saignée locale, en même temps qu’on a applique de larges vésicatoires, soit sur la région du cœur, « soit sur les articulations, soit enfin sur l’une ou sur les, autres « en même temps. Dans quelques cas de cette dernière catégorie, « nous avons été obligé de tirer jusqu’à 8 , 9 et 1 0 livres de sang ; « et, comme je crois l’avoir déjà dit, nous n’âvons perdu aucun « des sujets dhez lesquels la maladie ayant présenté cette extrême « gravité, nous avons dû récourir à cet extrême remède.
a Quoi qu’il en soit, dans la majorité des cas très-graves eux- « mêmes, dès le sixième, le septième ou le huitième jour, la « convalescence se déclare franchement, et, règle générale, l’on a peut commencer à nourrir les malades. »
DD ehumatisme; aigu inflammatoire.
La quantité moyenne du sang, extraite par ces saignées répétées^ a été de 41ivres 1/2 environ en cinq saignées, tant générales que locales , dans les cas d’une intensité moyenne , et de 6 à 6 livres environ en six ou sept saignées dans les cas d’une gravité plus que moyenne.
M. Bouillaud ajoute une trèsr^faible importance aux moyens j autres que la saignée. Les seuls moyens auxiliaires dont il ait fait usage sont l’opium , quelques topiques émollients et une compression légère sur les articulations tuméfiées.
Les résultats qu’a donnés entre les mains de M. Bouillaud la méthode des saignées coup sur coup ont été, dans certains caSj des plus brillants , puisque quelques jours ont sufii pour enrayer un rhumatisme bien caractérisé. C’est surtout dans les affections récentes et d’une MensM moyenne que de semblables succès ont été obtenus. Quant aux résultats généraux , voici Comment il les expose lui-même, p. 355 ;
« Récapitulons les trois grands résultats dont l’expérience a « clairement démontré la réalité :
« 1“ La nouvelle méthode réduit à zéro la mortalité , même « dans les cas les plus graves , pourvu qu’elle puisse être em- « ployée à temps ;
« 2" Elle prévient le passage de la maladie à l’état chroni- « que j terminaison fâcheuse même lorsqu’elle n’a lieu que « pour les articulations , mais très-grave , et souvent mortelle « au bout d’un temps plus ou moins long j quand elle a lieu « également par l’endocardite qui accompagne presque constamment les grands rhumatismes généralisés ;
« 3“ Elle abrège la durée du rhumatisme articulaire aigu « intense, de telle sorte qu’elle n’est plus que d’un ou deux sep- « ténairès, au lieu de six à huiC terme moyen. »
L’époque à laquelle s’établit la convalescence, c’est-à-dire celle à laquelle le mouvement fébrile est complètement tombé , varie dans les observations de M. Bouillaud du quatrième au douzième jour ; il fixe du seizième au dix-neuvième jour la durée moyenne du temps qui s’écoule entre le début du traitement et la guérison définitive.
Ôr , dans les observations de M. Bouillaud , l’âge moyen de
la Dialadie, à l’époque du début du traitement , était d’environ neuf jours. Il en résulte que la durée totale de l’affection a été, chez la plupart dés individus soumis à sa méthode de traitement, d’environ vingt-cinq à vingt-huit jours.
En présence d’une série d’observations aussi complète que celle de M. Bouillaud, on se sent entraîné vers l’emploi des saignées nombreuses et rapprochées ; cependant > plusieurs objections d’une haute gravité s’élèvent contre cette méthode. Sydenham, qui en avait pu étudier soigneusement les effets, puisqu’il l’avait mise longtemps en pratique, reconnaît , dans sa lettre à Robert Brady , que les saignées répétées non-seulement abattent dans le moment les forces du malade , mais encore , pour peu qu’il soit d’une constitution débile, le rendent plus apte à contracter d’autres maladies pendant quelques années. «L’expérience m’a appris, dit-il, qu’après la seconde ou tout au plus la troisième saignée , il valait mieux administrer et répéter souvent les cathartiques jusqu’à la complète cessation des symptômes, que de laisser tout à faire à la phlébotomie. » Stoll, qui avait quelquefois suivi la première méthode de Sydenham , a aussi remarqué que la longue durée du mal n’en était point abrégée. « Nous brisâmes , dit-il , les forces des malades plus vite que la maladie ; les malades restèrent immobiles pendant plusieurs semaines. » Barthès avait sans doute rencontré des faits de ce genre , puisqu’il dit qu’on doit toujours craindre d’abuser de la répétition des saignées , et qu’il recommande d’én user avec modération. Enfin, d’après les médecins ou les élèves qui ont suivi le service de M. Bouillaud , les convalescences n’y sont pas franches, , elles sont toujours très-lentes , et il n’est pas rare de voir reparaître dans d’autres services les malades qui en ont été renvoyés comme guéris; leur rhumatisme a récidivé , ou ils sont réduits à un état de faiblesse et d’anémie dont on les retire fort péniblement.
Des faits de cette nature avaient frappé le professeur Lordat; voici, dans quels termes énergiques il exprime sa pensée sur les effets des saignées coup sur coup :
« La saignée jusqu’au blanc est le knout de la thérapeutique. Elle met ceux qu’elle n’a pas tués dans l’impossibilité de pré-
senter des symptômes pendant quelque temps ; mais tout comme les Russes ainsi fustigés retombent souvent dans la faute qui leur avait mérité cette punition , de même l’affection qui avait donné lieu à la saignée reproduit les mêmes symptômes , dès que le système a assez de forces pour les former. »
En tenant compte de l’ensemble des travaux que je viens de citer, l’on est conduit à penser que dans des cas spéciaux, dans les rhumatismes aigus et généralisés existant chez des hommes jeunes et vigoureux , la méthode des saignées coup sur coup peut être employée surtout au début du mal avec les plus grands avantages ; mais cette méthode doit être exceptionnelle , et dans l’immense majorité des cas, l’on doit se borner , suivant le conseil de la plupart des praticiens , à quelques saignées proportionnées aux forces du malade et à l’intensité de l’état inflammatoire.
Traitement 'par le nitrate de potasse.
Il en est du nitrate de potasse comme de la saignée ; à petite dose, on le trouve conseillé dans presque tous les auteurs qui ont traité du rhumatisme articulaire aigu. Je signalerai surtout Sydenham, Barthez , Tissot qui prescrivent des boissons légèrement nitrées. Le nitre a aussi été conseillé à haute dose , et le nombre des médecins qui l’ont employé de la sorte, dans ces derniers temps , est très-considérable. Brocklesby, cité par Barthez (1), paraît être celui qui a le premier expérimenté le nitfé à haute dose. «Il en a donné jusqu’à 10 gros (40 grammes) par jour, pendant quatre ou cinq jours de süite , en faisant boire en même temps une très-grande quantité de boisson délayante , prise chaude , comme d’une infusion de sauge ou de gruau. » Macbrige et William White ont suivi avec succès la méthode de Brocklesby. M. Gendrin est l’auteur qui a récemment importé cette méthode en France ; il a commencé à employer le nitre à la dose de 8 ou 10 grammes, et il l’a porté graduellement jusqu’à celle de 40 ou 50 grammes. Les résultats favora-
(1) Traité des. maladies goutteuses, t. I, p. 341.
blés qu’il en a obtenus dans un grand nombre de cas sont consignés dans le numéro de février 1841 du Journal des connaissances médico-chirurgicales. M. Forget (1), et M. Stœber (2) ont imité la pratique de M. Gendrin, et, comme lui, ont eu lieu de se louer de ses effets. Enfin, M. Martin Solon a publié (3) un Mémoire très-étendu sur l’emploi du nitrate de potasse dans le rhumatisme articulaire aigu. Je me contenterai de citer les conclusions de ce dernier Mémoire, parce qu’elles sont appuyées sur des faits précis, et qu’elles sont conformes à celles de tous les auteurs qui ont étudié la question.
« 1® Le nitrate de potasse est facilement toléré par les rhumatisants, à la dose de 20 à 60 grammes. .
2° Appliqué au traitement du rhumatisme articulaire aigu, il en détermine la solution en quatre ou dix jours, et le plus souvent sept. Son action suffit dans les cas les plus intenses, lorsqu’ils sont simples.
3“ Ce résultat a lieu sans qu’il y ait d’effet apparent autre qu’un abaissement de la fréquence du pouls et une diminution de la chaleur de la peau ; l’augmentation des sécrétions cutaiiées, alvines et urinaires ne semble pas le favoriser.
4° Le nitrate de potasse à haute dose arrête presque toujours , les progrès du rhumatisme, ou bien, si de nouveiles articulations s’endolorisent, l’intensité des douleurs va graduellement en diminuant. Ce traitement, par sa rapidité, prévient les endocardites, rend la convalescence très-courte et les rechutes moins fréquentes.
5® Cette médication est suffisante et conserve toutè son efficacité lorsque le rhumatisme est compliqué d’une faible endocardite.
6° Quand la circulation est gênée, et quand une autre phlegmasie s’ajoute à l’arthritis, les émissions sanguines ou les divers moyens appropriés à la nouvelle maladie doivent concourir au traitement. Le nitrate de potasse, à son tour, sera un adjuvant
(1) Gazette médicale, lerjanvier 1843.
(2) Bulletin thérapeutique^ IS juin ISé^-
(3) Bulletin thérap., octobre 1843.
DU RHUMATISME AIGU INFLAMJL4T0IRE. 3o9
utile contre quelques artliTitis aiguës rebelles à la saignée, et une acquisition précieuse pour la thérapeutique de certains cas de rhumatisme articulaire aigu qui ne comportent point l’usage des émissions sanguines. »
L’importance des faits qui ont été publiés sur l’emploi du nitrate de potasse dans le rhumatisme articulaire aigu, et la concordance des observations les unes avec les autreS;, nous font un devoir d’examiner avec soin le mode d’administration, la dose et l’action de ce médicament.
Le nitrate de potasse doit être administré en solution étendue ; sous cette forme il ne produit aucun effet toxique. Les observations de MM. Or fil a et Devergie sur l’empoisonnement qu’il peut produire à la dose de 30 à 60 grammes, ne se rapportent qu’au cas où il est administré en substance et non en solution. « Il faut le prescrire, dit M. Martin Solon, aux « doses de 8, 10 et 15 gramme» par litre de tisane, de ma- « nière que le malade prenne, dans les vingt-quatre heures,
« de 16, 20, 40 ou même 60 grammes de sel potassique. La « dose ordinaire est de 30 grammes. On ne doit arriver à 60 « que quand la soif est vive et qu’il devient nécessaire d’accor- « der cinq à six pots de tisane pour l’étancher. On peut em- « ployer pour véhicule une simple limonade, une infusion de « fleurs de tilleul, de fleurs pectorales ou de toute autre plante « légèrement aromatique qui s’accorderait au goût du malade.
« La tisane sera convenablement édulcorée > ordinairement « froide, et donnée par verre d’heure en heure ou de demi- « heure en demi-heure, suivant le désir du malade et la quan- « tité qu’on eu doit administrer. »
La durée du tra,itement par le nitrate de potasse ne doit pas être très-prolongée. On s’accorde généralement à le considérer comme devant agir pendant les quatre ou cinq premiers Jours de son administration ; passé ce temps, s’il ne survient aucun amendement, il sera inutile d’insister sur son emploi.
A quelle période du mal convient-il d’administrer le nitrate de potasse dans le rhumatisme articulaire aigu? Cette question n’a point été examinée par les auteurs. On va voir que la réponse est subordonnée à la solution de cet autre problème :
comment agit le nitrate de potasse dans le rhumatisme articulaire aigu?
Tous les auteurs sont d’accord sur les effets physiologiques du nitrate de potasse ; Jœrg, qui les avait le premier constatés d’une manière positive, avait vu que l’usage de ce sel à petite dose, augmente ordinairement la sécrétion urinaire et modifie à peine la sécrétion cutanée ; qu’il exerce une action sédative générale, bientôt suivie d’une réaction énergique. M. Martin Solon, qui a surtout bien étudié les effets thérapeutiques de ce médicament, a vu que, le plus souvent, il n’y a point de sueur augmentée, celle qui existe paraissant être un phénomène de la maladie et non un résultat du remède; qu’il n’y a point d’excrétion alvine liquide plus considérable, point d’urine surabondante ; seulement la sécrétion a paru devenir, par l’usage du sel, plus claire, limpide, jaune orangée, de jumenteuse, jaunâtre et briquetée qu’elle était ; enfin, un peu pius abondante qu’auparavant^ et en proportion correspondante à celle des boissons. Les effets les plus évidents que cet observateur ait reconnus sont le ralentissement de la circulation, la diminution de la fièvre et l’abattement de la douleur.
Ces faits établis, on peut se demander quelle interprétation Ton doit en donner. D’après BrocWesby, ce serait par une sécrétion critique des urines et une diapborèse salutaire que là fièvre serait jugée dans le traitement par le nitrate de potasse. Mais les faits démentent cette opinion.
Aujourd’hui c’est comme sédatif ou contro-stimulant que le nrtre est surtout employé. Mais, qu’on le remarque bien, ce mot de contro-stimulant n’explique rien ; il ne fait qu’indiquer un fait, sans donner la raison de son existence. Il en est de même du mot altérant dont se sert M. Martin Solon. Comme celui de contro-stimulant, il n’exprime qu^une modification particulière exercée sur l’organisme , sans en spécifier le caractère.
La véritable explication, et que je m’étonne de ne voir indiquée dans aucun des Mémoires cités plus haut, c’est la dissolution du sang par l’action du nitre ; c’est pourtant celle q^ue les anciens médecins avaient soupçonnée.
1)11 RHUMATISJIE AIGU INFLAIVUMATOIEE . 361
En 1741, Bœclier publiait un travail sur cette question :
Jn nitrum sanguinem resolvat aut coagulet P II considérait le nitre comme un dissolvant susceptible de détruire la plasticité du sang. Barthez, de même que l’auteur que 3e viens de citer, considérait le nitrate de potasse comme doué d’une action spéciale sur le sang, « comme un résolutif de l’état du sang et des humeurs. » H conseille son emploi « lorsqu’on a tiré par là saignée un sang tenace et coenneux, et qu’on a d’autres signes sensibles de l’épaississement du sang et des humeurs dans le rhumatisme aigu. »
Mais il est facile de démontrer directement que le nitre agit alors en dissolvant le sang, en diminuant sa plasticité ; il suflSt pour cela de prouver qu’il est absorbé et que, chimiquement, il dissout la fibrine dont la proportion augmente dans tout état inflammatoire, et en particulier dans le rhumatisme articulaire aigu.
En premier lieu, le nitre est absorbé. Baynard d’Amiens l’a trouvé dans le sang et dans l’urine d’un homme à qui il l’avait administré à haute dose. M. Martin Solon l’a découvert également dans Turine, et en si grande quantité qfi’il pouvait en obtenir des cristaux. Enfin, mon parent, M. Eugène Bonnet, a constaté sa présence dans l’urine de plusieurs malades traités dans le service de M. Brachet.
En second lieu, le nitrate de potasse dissout la fibrine. C’est là un fait acquis à la science depuis les travaux de M. Denis sur ce sujet. Je l’ai moi-même constaté dans bien des circonstances, soit en recevant le sang d’une saignée dans une solution de nitrate de potasse, soit en faisant macérer de la fibrine dans cette solution saturée. Dans le premier cas, le sang restait liquide, il ne se formait pas de caillots ; dans le second, la fibrine se dissolvait complètement.
Ces explicafions chimiques s’accordent parfaitement avec les faits observés au lit du malade. Si le nitrate de potasse est un dissolvant du sang, il ne peut être utile que dans les cas où il y a état inflammatoire du sang et augmentation de la fibrine. C’est ce que l’expérience démontre en effet. M. Martin Solon n’en a rien obtenu en l’absence de la fièvre. « Il n’a pas, dit-il.
d’action bien importante dans le traitement du rhumatisme articulaire chronique, des arthrites partielles apyrétiques, du rhumatisme musculaire ou fibreux choronique et des rhumatalgies. » n ne faut donc employer le nitre que quand le sang est enflammé, c’est-à-dire aux diverses époque de la maladie où le sang est couenneux, mais surtout au commencement dans la période d’invasion et d’état du rhumatisme.
En voyant l’utilité d’un dissolvant de la fibrine, tel que le nitre, dans le rhumatisme aigu, on se demande si l’on ne pourrait pas recourir aux autres sels qui ont aussi la propriété de dissoudre la fibrine, tels que l’hydrochlorate d’ammoniaque: et l’iodure de potassium. C’est là précisément ce que quelques praticiens ont déjà fait. Barthez dit que le sel ammoniac, pris à doses assez fortes, lui a paru un résolutif fort avantageux dans la première période du rhumatisme aigu (1), et l’iodure de potassium a été conseillé dans ces derniers temps.
Mais ces moyens, jouissant de propriétés excitantes trèsénergiques, doivent être proscrits dans l’état inflammatoire. Comme l’expérience l’indique, le nitrate de potasse doit leur être préféré. Ce moyen est l’un de ceux qui, semblables à la saignée, doivent rester dans la pratique ; ce n’est pas seulement vers le début de la maladie qu’il peut être utile, mais lorsque celle-ci a acquis toute son intensité et qu’elle est arrivée àpe que l’on appelle sa période d’état.
Traitement par Vopium.
L’histoire du traitement du rhumatisme aigu vient de nous montrer que la saignée et le nitrate de potasse ont été conseillés par un si grand nombre d’auteurs, qu’ils se sont maintenus dans la pratique à travers toutes les vicissitudes qu’a subies le traitement du rhumatisme aigu. Il en est de môme de l’opium; l’existence constante de la douleur devait conduire à le mettre fréquemment en usage ; aussi , l’a-t-on prescrit à haute ou à petite dose , seul ou associé à divers médica-
(!) Loc. cit., t, I, p. 329.
ments. Les combinaisons les plus répandues dans la pratique ont été celles de l’opium avec l’ipécacuanba , qui constitue la poudre de Dower, si généralement employée ; celle de l’opium et du camphre dont Barthez dit avoir obtenu les eEFets les plus heureux ; enfin celle de l’opium avec le calomel, comme le recommandait Duringe.
Dans le traitement du rhumatisme aigu, l’opium a été administré à haute dose, soit à l’intérieur, soit en applications externes. M. le docteur Corrigan préfère l’usage interne ; il ne donne guère moins de ôO à 60 centigrammes d’opium par jour. En même temps, il fait sur les articulations douloureuses des embrocations avec l’essence de térébenthine chaude, l’eau-de-vie camphrée ou une simple décoction de tête de pavots. M. Piédagnel a lu à l’Académie de médecine un Mémoire dans lequel il cherche à dénaontrer les avantages de la méthode de M. Corrigan.
Nous avons fait , M. Trousseau et moi , des expériences nombreuses sur les effets de l’opium administré par la méthode endermique, dans le rhumatisme articulaire aigu, et nous avons rendu compte de nos observations dans un Mémoire publié en Archives générales de médecine.
Cependant, quels que soient les éloges donnés au traitement du rhumatisme aigu par l’opium à haute dose, il importe de prémunir les praticiens contre l’importance exagérée qui lui a été donnée. Les grands observateurs de tous les temps ont signalé les inconvénients qu’il entraîne ; Sydenham, Cullen, Quarin, YamSwieten, Barthez ont proscrit l’opium ou en ont beaucoup restreint l’usage dans le rhumatisme aigu. L’expérience, dit Barthez, apprend que l’opium est le plus souvent un palliatif équivoque des douleurs de rhumatisme,, et que, lorsque son action vient à cesser, les douleurs se renouvellent dans la même partie ou dans d’autres avec autant ou plus de violence. « Il est à craindre, ajoute-t-il, que l’opium ne détermine le transport du rhumatisme sur le cerveau ou , les poumons, qu’il n’augmente réchauffement en resserrant le ventre, etc. » A en juger par les cas nombreux où j'ai eu l’occasion de suivre le traitement du rhumatisme par l’opium à hautes doses,, les malades sont
jetés par le narcotisme dans un état très-pénible ; leurs douleurs deviennent moins aiguës à la vérité, mais ils éprouvent des envies de vomir, un malaise général ; les rêves les plus fatigants troublent leur sommeil, et lorsqu’ils sortent de l’assoupissement où ils ont été plongés, leurs douleurs se reproduisent avec presque autant d’intensité qu’auparavant. Ils les préfèrent toutefois au malaise indicible qui suit l’emploi de l’opium. Ce moyen doit être proscrit à haute dose et tant que dure l’état inflammatoire; on ne doit l’employer qu’en petite quantité et dans les cas où il est indiqué par la violence des douleurs.
Traitement par V émétique à haute dose.
Les préparations antimoniales, depuis leur découverte, ont souvent été conseillées dans le rhumatisme chronique ; cependant,, excepté Haxa, qui prescrivait le vin stibié par goutte dans lé rhumatisme aigu, il faut arriver jusqu’à Rasori pour trouver une large application de l’antimoine dans le traitement de cette affection. L’émétique administré suivant les principes de l’école italienne, dans le but de combattre le rhumatisme articulaire aigu^ a y oui en France, grâce au patronage de Laennec, d’une vogue momentanée. Mais des observations plus récentes, celles de Dance, de MM, Chomel et Trousseau, ont diminué de beaucoup l’importance qu’on avait d’abord accordée è cette médication. Le Mémoire de Dance (1) appuyé sur vingt faits soigneusement observés et dont les conséquences sont rigoureusement établies, est sans contredit le travail le plus complet qu’on ait publié sur cette matière; aussi nous servirar t-il de guide dans l’appréciation de la méthode antimoniale.
Les auteurs qui ont administré l’émétique comme controstimulant dans le rhumatisme aigu, ont conseillé, en général, de débuter par une dose de 20 à 30 centigrammes. Quelquesuns ont eu la hardiesse d’aller graduellement en augmentant jusqu’à 1 gramme^ 1 gramme 1/2 et même 2 et 4 grammes. Les effets déterminés par ces doses énormes n’ont pas différé
(1) Archives de médecine, 1829.
Bü RHUMATISME AIGU INFLAMMATOIRE. 365
sensiblement de ceux que Ton obtient par de plus petites quantités. Dance établit qu’à la dose de 40 centigrammes, l’émétique doit produire son maximum d’action.
La forme que l’on préfère généralement pour l’administration de l’émétique est une solution de ce sel dans 100 grammes environ d’infusion ou d’eau sucrée, à prendre dans la journée par petites portions et d’heure en heure.
L’administration de l’émétique dans le rhumatisme aigu a toujours été suivie de déjections abondantes pendant les deux ou trois premiers jours. La tolérance s’est en général établie au troisième ou au quatrième jour.
Une sédation assez marquée dans la fièvre rhumatismale, une diminution notable, quelquefois complète, du gonflement articulaire ont souvent été observées à la suite de ces évacuations. Dans plusieurs cas cette prompte amélioration s’est maintenue pendant la période de tolérance, et la guérison a été définitive. Tels sont les cinq cas rapportés par Dance dans lesquels quelques jours ont suffi à l’établissement de la guérison. Mais, dans la grande majorité des cas^ la fièvre et les douleurs articulaires ont reparu dans toute leur intensité aussitôt après l’établissement de la tolérance.
Il résulte de cette observation, vérifiée par MM. Cbomel et Trousseau, qne le tartre stibié n’agit point sur l’affection rhumatismale en sa qualité d’agent contro-stimulant, mais simplement par la dérivation puissante que déterminent les évacuations qu’il provoque.
Quant aux résultats généraux obtenus par l’émétique à haute dose dans le rhumatisme aigu, ils sont de nature à ne point encourager les praticiens à persévérer dans de nouvelles recherches sur ce sujet.
Sous le rapport des résultats obtenus, les malades de Dance ont été classés de la manière suivante :
5 malades atteints de rhumatismes médiocres ou touchant à leur terminaison ont été guéris complètement dans l’espace d’un petit nombre de jours. Tous ont éprouvé des vomissements et des évacuations alvines au début du traitement. Plus tard il y a eu tolérance plus ou moins grande.
366 MALADIES DES ARTICüLATlOîfS.
3 malades affectés de rhumatisme assez intense ont paru d’abord retirer un soulagement véritable du traitement ; mais après une courte rémission, survenue à la suite des évacuations excessives, la maladie a reparu avec une nouvelle intensité aussitôt que la tolérance s’est établie incomplètement.
Chez 10 malades le rhumatisme était violent ou d’une intensité moyenne : on n’a observé chez les uns aucun effet; chez d’autres, une exacerbation de la maladie ; dans quelques cas, un soulagement temporaire
2 malades ont éprouvé, à la suite du traitement par l’émétique, une irritation assez violente des voies digestives.
Le Mémoire de Dance se termine par la conclusion suivante :
« Si nous avions recours à cette médication contre le rhutna^ a tisme, ce serait au début de cette maladie et non à une pé- « riode avancée ; mais nous aurions une plus grande confiance « dans le traitement antiphlogistique, et nous n’insisterions pas « sur l’emploi du tartre stihié dans la persuasion où nous som- « mes que le rhumatisme a quelque chose de fixe dans sa mar- « che et sa durée,, malgré les moyens les plus actifs et les plus « perturbateurs. »,
Traitement par le quinquina et le sulfate de quinine à haute dosCi
L’idée d’appliquer le quinquina au traitement du rhumatisme articulaire aigu n’est point nouvelle ; Morton, Fôther^ gill , Barthez ont conseillé l’emploi de ce moyen dans quelques cas d’affections rhumatismales présentant un certain degré d’intermittence ou liées à quelque fièvre de mauvais caractère. Plus tard , Haygarth l’érigea en méthode générale dans le traitement du rhumatisme aigu. Tandis que ses devanciers n’avaient jugé le quinquina utile que dans des cas exceptionnels, il se crut autorisé à le proclamer un spécifique de l’affection rhumatismales
Haygarth administrait le quinquina en poudre à la dose de 2 à 12 grammes par jour. Cette pratique eut un petit nombre d’imitateurs ; elle était à peu près complètement tombée dans l’oubli, lorsque M. Briquet vint, en 1842, appeler l’attention des médecins sur les effets du sulfate de quinine à haute dose dans
Dü RHUMATISME AIGU INFLAMMATOIRE. 367
le rhumatisme articulaire aigu. Cette pratique a été imitée par M. Andral, et les résultats obtenus par ces deux expérimentateurs méritent de fixer l’attention. Voici le résumé de leurs travaux:
Dans un premier Mémoire , publié en 1842 , et dont le compte-rendu a été fait par la Gazette Médicale de la même année, M. Briquet rapporte que sur vingt-trois malades, vingtun ont été radicalement guéris ; un le deuxième pur du traitement , quatorze le troisième , et six le quatrième. Des deux derniers, l’un ne fut guéri que le septième jour, et chez l’autre le traitement fut abandonné.
Dans un second Mémoire , publié deux mois et demi après celui que nous venons de citer, le môme auteur a fait connaître l’observation dé vingt-sept nouveaux malades. Sur cés vingtsept malades, trois sont sortis du septième au dixièmé jour du traitement , onze du douzième au vingtième jour , deux le vingt-sixième jour , et deux le trente-cinquième et trentesixième jour, un le quarante-septième jour, un le cinquantième jour , et un le soixantième. Ce qui donne pour moyenne vingttrois journées de séjour à l’bôpital. Au moment de la publication de ces faits , trois malades restaient encore dans les salles , tous guéris ou en convalescence. Un seul avait vu son état s’améliorer seulement, mais sa maladie était ancienne et il avait été exténué par un régime antiphlogistique rigoureux ( 7 saignées, 4 vésL, 15 bouteilles d’eau de Sedlitz).
Les observations dues à M. Andral ont été recueillies dans son service par M. Monnerct , qui en a publié le résumé (1). Le travail de M. Monneret comprend vingt-deux observations; sur ce nombre, sept malades ont été guéris, l’état des autres simplement amélioré.
Le sulfate de quinine peut être administré en poudre ou en solution. C’est cette dernière forme à laquelle on s’est arrêté , parce que l’absorption du remède en est plus complète , qu’on peut le fractionner et le suspendre s’il survient des accidents toxiques.
(l) Gazelie médicale^ iSiZ.
MALADIES DES AETICüLATIONS»
Dans le commencement de ses expériences , M. Briquet donnait jusqu’à ô et 6 grammes par jour de sulfate (fe quinine ; plus tard, les inconvéniens qui se. montrèrent ont fait réduire la dose à 1, 2 ou 3 grammes au plus , suivant la gravité des cas. Le sel était administré dissous dans une potion gommeuse de 190 grammes , à l’aide de 10 à 12 gouttes d’acide sulfurique. Cette potion était donnée par cuillerée;, de manière à être prise en douze heures.
Quant aux effets immédiats , voici les plus remarquables s le pouls est manifestement ralenti et la fièvre paraît diminuer ; les malades éprouvent une sorte d’ivresse , que l’on a désignée sous le nom à'iviresse quinique ; ils ne peuvent appliquer leur esprit, ils éprouvent des bourdonnements , des sifflements, des tintements d’oreille , et assez souvent un peu de dureté de l’ouïe , de faiblesse de la vue , des vertiges et de la titubation. Ces troubles fonctionnels sont ordinairement passagers , mais quelquefois ils deviennent plus graves , et les malades tombent dans un véritable état typboïque , caractérisé par l’adynamie et la prostration. Quatre malades sont morts à la suite de ces acck dents : le premier , dans le cours d’un rhumatisme articulaire aigu^ a été frappé d’un délire furieux , et à l’autopsie l’on a trouvé la pie-mère injectée, ainsi que la surface du cerveau ; cèt organe était superficiellement ramolli. Le second , affecté d’un rhumatisme chronique , a succombé à des symptômes cérébraux; la pie-mère était légèrement injectée. Le troisième, également atteint de rhumatisme chronique , est mort après avoir présenté les phénomènes caractéristiques de l’action toxique do sulfate de quinine ; on n’a trouvé aucune lésion dans le cerveau. Dans le dernier cas enfin , il s’agit d’un jeune fille atteinte d’un rhumatisme aigu consécutif à une phlébite qu’avait causée une saignée malheureuse. Sa mort fut précédée d’une perte subite de connaissance avec aspect tétanique et raideur de tout le corps.
On peut dire sans doute , pour affaiblir l’impression pénible qu’ont produite ces faits , que dans tous ces cas le sulfate de quinine a été donné en poudre et non en solution , que dans quelques-uns d’entre eux l’on aurait pu s’arrêter (ce qu’on n’a
Dü RHUTVIÂTISME AIGU IISFLAMMATOIRE. 369
pas fait) dès^que les premiers accidents se sont déclarés. Le preriiier malade, d’ailleurs, offrit des symptômes qu’on observe souvent dans le rhumatisme articulaire aigu , traité par d’autres , moyens que lè sulfate de quinine, et le dernier présenta des signes de résorption purulente qui, comme on sait , suffit à elle seule pour entraîner la mort.
Toutes ces considérations constituent , si l’on veut , des circonstances atténuantes, mais elles n’ont pas d’autre valeur. Les malades sont morts avec les symptômes caractéristiques de l’empoisonnement par le sulfate de quinine , et de ces quatre malades , deux étaient affectés de rhumatisme chronique dont tout le monde connaît le peu de gravité.
En présence de ces faits , on est conduit à rejeter l’emploi du sulfate de quinine à la dose de 2 à 3 grammes par jour. Cette proscription est d’autant mieux justifiée , que la moyenne de vingt-trois jours , qui est celle des rhumatismes traités par M. Briquet, n’a rien qui soit propre à entraîner la conviction , puisqu’un nombre indéterminé de malades, entre ceux qui y ont été soumis, avaient des affections légères ou de médiocre intensité. Mais si l’on doit cesser de tenter des expériences dangereuses avec le sulfate de quinine à haute dose , peut-on recourir à ce médicament en le donnant à des doses ordinaires , comme celles de 25 à 50 centigrammes par jour. L’expérience ne permet pas de se prononcer sur la valeur du sel de quinine administré de la sorte ; mais il est permis de douter de son efficacité. Probablement il ne doit rester dans la pratique que comme moyen accessoire de combattre des symptômes intermittents qui pourraient se manifester dans le cours du rhumatisme aigu. Si la faiblesse était extrême dans la période décroissante de la maladie , le quinquina pourrait sans doute être aussi employé ainsi que le conseillait Haygarth.
Traitement par les procédés hydro-thérapeutiques.
Les procédés hydro-thérapeutiques que nous avons décrits, page 173 et suivantes, tels que le grand bain froid précédé de