Tome
sueurs, ne sont pas usités dans le rhumatisme articulaire aigu. Le moyen conseillé dans ce cas par Priesnitz est l’enveloppement humide. Je vais faire connaître cette méthode de traitement, en transcrivant ce qu’en dit M. Scoutteten dans son ouvrage sur l’hydrothérapie.
« Voici comment on procède pour pratiquer l’enveloppement humide : on place sur un lit ordinaire deux ou trois couvertures de laine, qui ne montent que jusqu’à la hauteur de l’oreiller; elles sont recouvertes d’un drap de lit , préalablement mouillé , tordu énergiquement par les mains de deux hommes. Ce drap ne descend que jusqu’aux pieds , l’excédant est reporté vers la tête. Cette précaution est prise pour ne pas accumuler trop d’humidité vers les pieds, qui habituellement se réchauffent plus difficilement que les autres parties.
« Pour isoler la tête du drap mouillé , on place sous elle un oreiller ou simplement un autre drap sec plié en plusieurs doubles.
« Le malade, complètement nu, est posé sur le drap mouillé; on.lui enveloppe séparément les jambes et les cuisses, et le drap est croisé sur la poitrine , en portant les angles vers le dos. Les couvertures de laine sont repliées ensuite et de la même manière que dans l’enveloppement sec. L’impression du froid passe rapidement; elle dure rarement au-delà de 8 à 10 minutes. La chaleur transforme bientôt le drap en une large fomentation , qui assoupHt la peau et la prépare favorablement à laisser échapper la sueur. Il n’est pas rare de la voir percer le lit et couler sur le plancher. Lorsque le malade commence â suer, la face se colore, les yeux s’injectent légèrement , la circulation s’accélère , et souvent le pouls bat cent pulsations à la minute. C’est une espèce de fièvre artificielle déterminée par l’élévation de température.
« L’enveloppement humide est souvent employé dans le traitement des maladies aiguës. C’est un excellent moyen pour enlever la chaleur fébrile et rendre rapidement le calme à tout l’organisme, mais alors il faut bien se garder de provoquer la sueur; loin de là , il est indispensable de la renouveler , dès que le drap sèche ; on le change quelquefois de demi-heure en demi-
heure, même plus souvent, si la fièvre est violente et l’agitation excessive. »
M. Scoutteten a fait connaître, avec détails, trois cas de rhumatismes aigus traités par les moyens qui viennent d’être dé^ crits ; l’un d’eux est l’observation d’un jeune homme de 27 ans : dès le second jour , le drap mouillé fut mis en usage , il y eut une amélioration prompte ; on suspendit les moyens hydrothérapiques , le rhumatisme se manifesta de nouveau ; on revint à une nouvelle application du traitement , il survint une crise sous forme d’eczéma. La guérison fut complète trente-cinq jours après la première apparition des accidents.
La durée totale de ce rhumatisme fut assez longue pour que l’on puisse douter que le traitement ait été d’une eificacité réelle ; à part l’amélioration immédiate qui a suivi l’emploi du drap mouillé, le mal parait moit suivi sa marche naturelle.
La deuxième observation citée par M* Scoutteten, page 296, est celle d’un ofiicier , âgé de 29 ans , affecté d’un rhumatisme aigu qui envahit toutes les articulations des membres. Un trartement antiphlogistique assez actif fut employé pendant les vingt-six premiers jours, sans que les symptômes fussent amendés. Après ce temps, on eut recours au drap mouillé; l’améiioration fut immédiate et très-remarquable ; dix jours après le début de ce nouveau traitement , c’est-à-dire trente-six jours après l’invasion du mal, la guérison fut complète. Les effets du drap mouillé paraissent ici plus évidents ; le mieux a été immédiat et durable, la guérison a été prompte. Il est à remarquer, toutefois, que la maladie durait depuis vingt-six jours, ce qui sans doute favorisait les effets de tous les moyens employés à cette période.
La troisième observation est celle d’une femme , inère de plusieurs enfants , affectée d’un rhumatisme inflammatoire fixé au poignet. Pendant trois mois , cette inflammation persista , en faisant éprouver les douleurs les plus vives et sans être améliorée par les traitements nombreux et variés que l’on mit en usage. Au commencement du quatrième mois, M. Scoutteten eut recours au traitement hydrothérapeutique par les bains froids et les compresses sur les articulations ; l’amélioration fut rapide.
et, après quinze jours , la guérison était complète. On remarquera que ce cas ne peut pas être assimilé aux précédents , soit parce que le rhumatisme ne fut pas traité à une époque rapprochée de son invasion et que toute fièvre avait disparu alors, soit parce que l’on fît le traitement par les bains et non par le drap moùiiié.
Après avoir rapporté les trois observations que je viens d’analyser, M. Scoutteten ajoute: «Je possède l’histoire de vingt-deux autres faits non moins concluants que les précédents et que je crois inutile de rapporter. »
Pour moi, il me semble que si ces vingt- deux faits sont aussi différents les uns des autres que ceux qui viennent d’être cités, si les traitements ont été essayés , tantôt au début du rhumatisme , tantôt après trois ou quatre septénaires , tantôt lorsque le mal avait duré plusieurs mois ; si dans certains cas l’améHoration a été douteuse, dans d’autres évidente , les conclusions que l’on en peut tirer n’ont pas le caractère de simplicité que semble leur supposer M. Scoutteten^ et qu’il ne serait pas mutile de faire connaître les faits avec détails pour que l’on pût en apprécier la valeur.
J’ai fait usage du drap mouillé dans le traitement du rhumatisme aigu; mais je dois dire que je ne l’ai pas employé avec les précautions que recommande M. Scoutteten; on le mettait le soir et on l’enlevait le lendemain matin , c’est-à-dire qu’on employait l’eau froide plutôt comme agent tonique et réchauffant^ que comme moyen antiphlogistique. Aussi n’ai-je vu survenir dans le développement de la fièvre aucun changement , et mes observations , en cela , ne contrôlent en rien celles des hydropathes. Je n’ai d’ailleurs jamais pu insister longtemps, parce que le succès ne venait pas assez promptement justifier la continuation d’un pareil moyen.
Mais si je ne peux pas prouver que l’emploi du drap humide soit utile pendant la fièvre , il n’en est plus de même quand la fièvre est tombée et qu’il reste du gonflement, de la douleur et une raideur considérable dans les jointures ; le bain froid peut produire alors des effets très-remarquables. On a vu que M. Scoutteten a cité un cas de succès chez un malade affecté
DU RHUMATISSIE AIGU INFLAIVIMATOIRE.
d’une arthrite rhumatismale qui durait depuis trois mois. Je ferai connaître quelques cas de ce genre lorsque je traiterai du rhumatisme chronique.
En résumé, je n’ai aucune raison pour recommander l’usage du drap mouillé dans la période croissante ou dans la période d’état du rhumatisme. Je crois cependant que dans cette dernière phase de la maladie, ce moyen mérite d’être étudié, parce que l’eau ainsi employée a une action antiphlogistique des plus puissantes. Quand le mal se prolonge au-delà de deux mois et qu’il tend à passer à l’état chronique , le bain froid précédé de sueurs est incontestablement utile chezi les malades yigoureux et disposés à une réaction énergique. J’ai observé qu’à cette période de la maladie , il est plus facile qu’au début d’apprécier les effets d’une méthode de traitement. Pendant le premier mois d’un rhumatisme aigu, on ne peut guère sans erreur déterminer la marche du mal abandonné à lui-même, et par suite l’influence exercée sur lui par l’emploi d’une méthode quelconque ; mais après deux ou trois mois , quand ^ depuis longtemps , aucune amélioration ne succède à la disparition des symptômes aigus, si ‘une méthode de traitement , telle que l’hydrothérapie , fait disparaître les douleurs et le gonflement, et rend aux articulations leur mobilité dans un temps fort court , on ne peut douter qu’elle n’ait exercé une influence heureuse sur la marche de la maladie.
Pour compléter le cadre que je m’étais tracé dans l’étude des moyens propres à combattre le rhumatisme aigu, il me resterait à parler des sudorifiques^ des purgatifs , des mereuriaux et des vésicatoires multipliés.
Les sudorifiques ont produit des résultats avantageux, surtout au début du rhumatisme aigu , lorsque celui-ci avait été produit par des refroidissements. Les purgatifs, et en particulier les préparations de colchique , ont procuré des succès, soit au début, soit à la période où le rhumatisme tend à passer à l’état chronique. Les vésicatoires multipliés et appliqués successivement sur toutes les articulations souffrantes, ont réussi
entre les mains de M. Martin jeune , ancien chirurgien en chef de la Charité de Lyon.
Nous verrons plus tard que les vomitifs et les mercuriaux ont été conseillés dans le rhumatisme puerpéral ; mais comme il n’existe pas de travaux sur ces moyens thérapeutiques , comme i
sur le nitrate de potasse, le sulfate de quinine, dont les effets !
ont été étudiés avec soin par les auteurs modernes , je me con- ^
tente de les indiquer ici. J’aurai, du reste, l’occasion de revenir sur leur emploi quand je parlerai des rhumatismes consécutifs, ;
Conclusions.
Après l’énumération longue, quoique incomplète, des moyens qui ont été conseillés ou expérimentés dans le traitement du rhumatisme aigu , le lecteur doit rester incertain sur ce qu’il ferait s’il avait à traiter l’une de ces maladies. Il est difficile, au milieu de la divergence des opinions et de l’impuissance de la plupart des moyens , de tracer une règle de conduite à laquelle l’expérience donne une pleine justification. lime semble J toutefois, que l’on peut établir qu’il ne faut point se borner à l’emploi d’un moyen en excluant tous les autres. L’on doit recourir à une méthode qui varie suivant les diverses périodes du mal, et qui se prête aux formes particulières de l’affection et aux conditions spéciales du malade.
Nous avons vu que l’on pouvait distinguer quatre périodes dans le rhumatisme aigu : la première s’étend depuis le moment d’action de la cause morbide , jusqu’à celui où les douleurs se déclarent, c’est la période d’incubation; la seconde est celle où le mal se développe et s’accroît^ c’est la période d’augment; la troisième , celle où les phénomènes morbides ne s’aggravent plus et ne diminuent pas encore , c’est la période d’état ; la quatrième enfin , celle où la maladie suit une marche plus ou moins rapide vers la guérison.
Dans la première période , les agents à employer différeront comme la cause de la maladie ; si cette cause est un refroidisse- , ment , on devra recourir aux sudorifiques ; si c’est une amé-
Dû RHUIVIATISME AlGü INFLAMMATOIRE. 375
norrîiée, aux emménagogues ; si c’est la suppression d’une hémorrhagie active, à la saignée.
Passé cette première période , les moyens cessent de varier avec la cause ; le mal une fois développé, l’indication des agents thérapeutiques doit surtout être puisée dans l’étude des caractères spéciaux qu’il présente.
Dans la deuxième période, celle de croissance et à^augment, c’est le traitement antiphlogistique qui est indiqué; des saignées doivent être alors faites avec une énergie proportionnée à la force des sujets et à l’intensité de l’inflammation ; leur action doit être secondée par des boissons tempérantes , par l’immobilité et le nitrate de potasse à haute dose.
Dans la troisième période ou celle d’etof, on peut recourir au nitrate de potasse , à l’émétique , aux préparations opiacées et camphrées ; mais souvent ces préparations sont impuissantes , et l’on voit les malades passer des semaines et des mois dans d’atroces souflrances, sans que* l’on parvienne à les soulager ; on peut obtenir alors les améliorations les plus marquées , en immobilisant les articulations malades dans une bonne position.
Dans la quatrième période , les moyens qui favorisent les fonctions de la peau et des muqueuses, les purgatifs, les sudorifiques, sont surtout nécessaires. A côté d’eux, et comme agissant avec plus d’énergie , il faut placer les bains de vapeur ou même les bains froids, administrés de manière à provoquer une vive réaction à la peau.
On voit par là , qu’en ayant égard aux diverses périodes du rhumatisme primitif , on peut utiliser la plupart des moyens conseillés dans le traitement de cette maladie. Dans l’article suivant , où nous décrirons plusieurs autres variétés de maladies aiguës des articulations , nous verrons qu’il est peu de méthodes qui ne puissent trouver leur application dans certains cas particuliers.
Il est peu de maladies aiguës qui ne puissent entraîner à leur suite des douleurs ou des lésions articulaires présentant plus ou moins les symptômes du rhumatisme aigu. Une connaissance complète de tous ces états consécutifs jetterait un grand jour sur la question des maladies rhumatismales. Quoique la science soit encore bien loin de ce but désiré, il est plusieurs espèces de rhumatismes consécutifs sur lesquels nous possédons un assez grand nombre de faits bien observés pour en tracer l’histoire. Ces espèces sont : le rhumatisme blennorrhagique ; la maladie purulente des jointures qui se manifeste à la dernière période de l’infection purulente ; le rhumatisme puerpéral ; i celui qui est consécutif aux distensions du canal de l’urètre, et | celui qu’entraînent à leur suite les fièvres éruptives. j
Je traiterai d’abord du rhumatisme blennorrhagique ; de | tous ceux qui succèdent à d’autres maladies, c’est celui qui se rapproche le plus du rhumatisme inflammatoire aigu primitif.
Je décrirai ensuite le rhumatisme consécutif aux grandes I plaies ; ce dernier survient (dans le cours de l’infection puni- ] lente, et se termine toujours par suppuration ; il offre le type des affections aiguës purulentes des jointures. C’est à ce type, bien plus qu’à celui du rhumatisme inflammatoire, qu’appartiennent les affections aiguës des jointures consécutives aux couches, aux distensions du canal de l’urètre et aux fièvres éruptives. Nous en traiterons en dernier lieu. Comme elles tiennent tantôt du caractère du rhumatisme inflammatoire primitif, qui ne tend pas à la suppuration, tantôt du rhumatisme essentiellement purulenC qui succède aux grandes plaies et aux phlébites, on ne peut bien les faire connaître qu’après avoir tracé l’histoire des deux grands types dqnt elles sont des associations ou des variétés.
DU RHUMATISME BLENNORRHAGIQUE.
Ou donne le nom de rhumatisme blennorrhagique à l’inflammation aiguë d’une ou de plusieurs jointures survenant à la"
suite d’un écoulement urétral. La spécialité de la cause, comme la spécialité du traitement de ce genre de rhumatisme^ doivent nous conduire à le décrire à part.
Sous plusieurs rapports, le rhumatisme hlennorrhagique ressemble tellement au rhumatisme inflammatoire primitif, qu’on peut longtemps l’avoir sous les yeux sans soupçonner la cause spéciale qui lui a donné naissance ; le plus souvent, il a un caractère inflammatoire aigu ; il occupe successivement ou simultanément un grand nombre d’articulations; il entraîne des sécrétions séreuses dans les synoviales, il n’a point de tendance à la suppuration, et il exige un traitement antiphlogistique.
Outre les caractères qui lui sont communs avec le rhumatisme primitif, il présente encore quelques caractères spéciaux :
1° sous le rapport des circonstances au milieu desquelles il se produit; sous le rapport de son siège; 3° sous le rapport de son traitement.
Lorsqu’un rhumatisme articulaire aigu se manifeste chez un malade atteint de blennorrhagie, on peut observer trois cas qu’il importe de distinguer lés uns des autres. Dans les cas les plus simples, l’écoulement et le rhumatisme coexistent simultanément, sans que l’un paraisse influer sur l’autre ; dans ces conditions se trouve la première observation publiée par M. Yelpeau. Le gonflement des deux genoux se développa ‘ dans le cours d’une blennorrhagie qui durait depuis cinq mois, et le développement de la maladie articulaire ne modifia en rien la quantité de l’écoulement. Le rhumatisme est alors indépendant de la blennorrhagie ; il est faible. Car s’il était intense, il entraînerait probablement la suppression ou la diminution de l’écoulement urétral.
Après les cas où la maladie articulaire et celle de l’urètre coexistent sans influer l’une sur l’autre, viennent ceux où le rhumatisme articulaire aigu se développe pendant le cours d’une blennorrhagie, et en entraîne la suppression, après avoir duré un temps plus ou moins long. Dans ce cas, dont on trouve diverses observations dans les auteurs, et spécialement dans l’ouvrage de M. Gibert sur les maladies vénériennes, la bien-
norrhagie se supprime, comme le ferait tout autre écoulement, sous l’influence d’une dérivation puissante. Il est douteux que le rhumatisme mérite alors le nom de rhumatisme blennorrhagique. Ce nom doit être conservé au cas où la suppression d’un écoulement est suivie d’un rhumatisme articulaire aigu, et où l’étude des causes productrices; du mal fait penser que la suppression de l’écoulement a seule contribué à la production du rhumatisme. Si jamais on veut faire une monographie exacte du rhumatisme hlennorrhagique, il faudra ranger les observations sous les trois chefs que je viens d’indiquer, et insister surtout sur le diagnostic et le traitement de celles qui appartiennent à la dernière catégorie.
Les articulations qui sont spécialement le siège du rhumatisme hlennorrhagique sont les articulations des genoux. L’inflammation peut toutefois se manifester dans les pieds, dans les hanches, dans le coude, etc., en un mot, dans une articulation quelconque.
Dans toutes les observations de rhumatisme hlennorrhagique qui sont citées par les auteurs, et dans celles que j’ai recueillies, lorsque le mal occupait les genoux, les signes de l’hjdarthrose étaient très-évidents.
Je ne connais aucun cas où ce genre de rhumatisme ait été suivi de la mort, et j’ai cherché vainement l’histoire d’une autopsie de rhumatisme survenu à la suite d’un écoulement.
Suivant M. Ribes, le rhumatisme hlennorrhagique exige, comme traitement spécial, l’emploi du baume de copahu à haute dose. Dans le Mémoire qu’il a publié sur l’action du baume de copahu dans la gonorrhée et dans les accidents produits par la suppression spontanée de cet écoulement (1), il cherche d’abord à démontrer que, dans les cas qui font le sujet de son travail, le copahu doit être administré à haute dose, c’est-à-dire à des doses qui dépassent 10 à lÔ grammes par jour, et, après avoir cité des faits pour prouver l’utilité de cette méthode, non seulement dans la gonorrhée, mais dans les inflammations blennorrhagiques des testicules, dans les toux
(I) Revue medicale, 1822.
et les opîithalmies de même origine, il ajoute : « J’ai recueilli deux, observations de gonflement et d’engorgement très-douloureux du genou, après la suppression subite de la gonorrhée.
Chez l’un des sujets de ces observations, les deux genoux furent affectés en même temps ; chez l’autre, le genou droit était seulement engorgé et douloureux. Dans ces deux cas, le baume de copabu a été employé pendant douze jours avec un succès complet, et lés malades ont guéri sans qu’on eût mis d’autres moyens en usage. »
Ce passage est le seul que j’ai trouvé dans le Mémoire de M. Ribes qui soit relatif au rhumatisme blennorrbagique.
M. Yelpeau a publié quelques recherches sur le rhumatisme blennorrbagique, dans le tome II de sa Clinique chirurgicale.
Il traite ce rhumatisme par le baume de copabu combiné avec le poivre cubèbe. Ÿoici la formule qu’il adopte : On prend deux gros de copabu et quatre ou six gros de cubèbe ; on forme ainsi avec de la magnésie et deux grains d’opium une pâte que l’on divise en six parties et qu’on fait prendre en deux jours, une le matin, une à midi, une le soir. Si la maladie s’améliore, il ne faut pas cesser pour cela l’emploi du remède, on donne un jour de repos au malade ; on reprend une nouvelle dose le quatrième jour, laquelle dure trois jours ; le septième, nouveau repos ; on commence la troisième dose le huitième jour, on la fait durer quatre jours.
Au traitement par le copabu et le cubèbe, M. Yelpeau joint, suivant les cas, des frictions mercurielles, des vésicatoires volants et la compression. Il cite trois cas où ces divers moyens ont été employés. Le premier ne peut être rigoureusement considéré comme un rhumatisme blennorrbagique, car le gonflement des deux genoux se manifesta sans que l’écoulement, qui durait depuis cinq mois, fût supprimé, et même sans que sa quantité fût diminuée ; le traitement consista dans le repos , une saignée au début, et l’administration d’un mélange de baume de copabu et de poivre cubèbe ; trois jours après l’administration de ces moyens, la blennorrhagie disparut, et la maladie du genou était guérie neuf jours après l’entrée du malade à l’hôpital.
380 MALADIES ftES ARtTCüLATIOÎfS.
Les deux autres observations se rattachent plus immédiatement que celle-ci au sujet qui nous occupe. L’inflammation aiguë des articulations du genou avec hjdarthrose se manifesta peu de temps après la suppression d’un écoulement. Dans le premier cas, le malade guérit après 23 jours de traitement; sa constitution était bonne. Dans le second cas, la maladie résista obstinément pendant un mois et demi à un traitement où le copahu et le cubèbe, des vésicatoires volants, des frictions - mercurielles furent successivement employés. Il est à remarquer que la constitution du malade était extrêmement détériorée.
Si je m’en rapporte au petit nombre de cas où j’ai vu expérimenter le baume de copahu dans le rhumatisme blennorrhagique, on ne retire pas de son emploi des effets plus évidents que M. Velpeau n’en a retiré de la combinaison du cubèbe et du copahu. Je pense donc qu’il ne faut pas négliger les moyens que nous avons spécialement recommandés dans le rhumatisme primitif inflammatoire^ c’est-à-dire les saignées et le nitrate de potasse, et qu’il ne faut recourir au copahu qu’après avoir modéré par les antiphlogistiques l’état inflammatoire.
DU RHUMATISME AIGU SUITE DE l’INFECTION PURULENTE.
Dans le cours de l’affection générale désignée sous le nom d'infection purulente , il se manifeste souvent dans les articulations des douleurs aiguës avec gonflement , et à l’autopsie l’on trouve de la suppuration dans les jointures qui ont été te siégé de ces gonflements et .de ces douleurs. Tous les auteurs modernes ont senti la nécessité de distinguer cette affection aiguë des articulations du rhumatisme ordinaire. Cette distinction est fondée sur les raisons les plus solides , et sa justesse fait voir combien était irréfléchie la confusion qui s’est si longtemps maintenue, de toutes les affections aiguës des jointures, sous le nom de rhumatisme articulaire aigu.
La maladie des articulations qui survient dans le cours de la résorption purulente a des caractères tout-à-fait spéciaux sous le rapport des circonstances au milieu desquelles elle se déve-
m RHUMATISME AIGU CONSÉCUTIF, 381
loppe, de la nature des altérations articulaires , et enfin sous le rapport de sa gravité.
Je ne citerai pas ici des observations particulières , car il est si commun d’observer dans les hôpitaux des épanchements de pus dans les synoviales articulaires à la suite de la résorption purulente, que les faits isolés n’ont pas besoin d’être reproduits.
Les circonstances au milieu desquelles se développe l’affection aiguë des articulations , suite de résorption purulente , sont, avant tout, l’existence d’une plaie , spécialement de celles qui intéressent les veines ou les tissus veineux. La résorption purulente ne peut avoir lieu que lorsqu’il y a solution de continuité, et que celle-ci a été produite par un instrument piquant, par un instrument tranchant j ou par une contusion avec déchirure ; jamais elle n’est la suite d’une solution de continuité produite par la cautérisation. Il faut, toutefois, pour que la cautérisation 'n’expose pas à l’infection purulente, qu’elle ait détruit toutes les parties qu’elle a mises à découvert, et qu’ainsi elle n’ait pas servi simplement à faire une perforation à de grandes cavités dont elle aurait laissé les parois dans leur état normal.
J’ai développé avec détail ces idées sur la nature des plaies qui prédisposent à l’infection purulente dans mon Mémoire sur la cautérisation (1).
Sans doute , il est des cas où des solutions de continuité qui n’intéressaient que la peau et le tissu cellulaire ont été suivies d’infection purulente , mais ces cas sont extrêmement rares ; presque toujours il y a dans la plaie, qui est le point de départ de l’infection purulente , division des veines ou des tissus veineux ; j’entends ici par tissus veineux , ceux qui sont formés par des cellules qui communiquent librement avec les veines , et qui paraissent constitués par un tissu analogue à celui de ces vaisseaux. Dans ce cas se trouvent le tissu celluleux et le canal médullaire des os ; il est impossible de pousser une injection dans ce tissu celluleux ou ce canal médullaire , sans que cette injection ne pénètre dans toutes les veines circonvoi-
(1) Gazette médicale, 1845.
MALADIES DES ABTICÜLATIONS.
sines ; il en est de même des tissus érectiles de la verge ou du vagin. Les amputations des membres, opérations dans lesquelles il y a division tout à la fois du canal médullaire des os et de veines nombreuses , sont , de toutes les opérations , celles qui exposent le plus à l’infection purulente. Puis viennent les plaies des veines , les divisions qui pénètrent jusque dans l’intervalle des muscles, etc., etc.
Lorsqu’une plaie doit être le point de départ d’une infection purulente, il se manifeste des symptômes d’une suppuration plus ou moins étendue dans les veines ou dans le canal médullaire des os. Les signes de ces suppurations ne sont pas très^caractéris^ tiques dans la plupart des cas. Si les veines sont superficielles , des lignes rouges indiquent leur trajet , et elles forment un cordon dur et douloureux ; mais souvent la suppuration a commencé à s’y former, qu’aucun signe caractéristique n’en indique la présence.
Le diagnostic est bien plus difficile encore quand les veines sont profondes et occupent le centre d’un membre. Le gonflement et la douleur très-vive de ce membre , l’aspect grisâtre de la plaie peuvent faire présumer plutôt qu’ils ne démontrent l’existence de la phlébite. Quant à la suppuration du canal médullaire, on peut en soupçonner l’existence à la suite des amputations , toutes les fois que l’on voit s’élever du milieu de la section de l’os un champignon grisâtre et fongueux.
A ces symptômes locaux s’en joignent de généraux, qui indiquent un trouble profond de l’économie. Au début de la suppuration, le malade est abattu, sans appétit, en proie à une soif ardente, avec fièvre brûlante et continue; ses selles sont fétides , sa face altérée. Plus tard se manifestent des frissons avec un sentiment de froid général. Ces frissons durent un quart-d’heure , demi-heure , une heure ; ils sont suivis ensuite d’une chaleur brûlante et d’une transpiration abondante. Les accès de fièvre intermittente pernicieuse que constitue l’ensemble de ces symptômes , se renouvellent un certain nombre de fois , à des époques irrégulières, et cessent ordinairement après deux ou trois jours, pour faire place à une fièvre continue qui ne tarde pas à entraîner les malades.
DtJ RHUMATISME AlGü CONSÉCUTIF. 383
Pendant le cours de cette fièvre intermittente pernicieuse, se manifestent ordinairement des symptômes qui font présumer des abcès disséminés dans le foie où dans les poumons.
En général , ce n’est qu’ après le développement de tous les accidents que je viens de rappeler , que se manifestent , dans la résorption purulente , les symptômes de l’artbrite consécutive. Lorsque déjà quelques frissons ont eu lieu , les malades se plaignent d’éprouver des douleurs dans une ou plusieurs jointures; ces douleurs sont ordinairement très-vives et accompagnées de l’impossibilité d’exécuter aucun mouvement. Les articulations douloureuses et gonflées présentent les traces d’une fluctuation évidente , pourvu , toutefois , qu’elles soient superficielles , comme cellef du genou par exemple. En même temps, des douleurs et des épanchements de même nature se montrent autour des articulations ou dans leurs intervalles. La sécrétion du pus, comme on le verra par la suite , se fait alors dans le tissu cellulaire sous-cutané ou inter-musculaire.
J’ai toujours vu ces épanchements de pus annoncer une mort prompte, et celle-ci survenir avant que la suppuration ait eu le temps de se faire jour au dehors.
Anatomie pathologique, — Toutes les fois que dans le cours d’une infection purulente, les articulations sont devenues le siège des symptômes précédemment décrits , on trouve , après la mort :
Les restes d’une plaie non cicatrisée, grisâtre et comme gangrénée à sa surface ;
2® Des suppurations , soit dans des veines , soit dans des canaux médullaires ;
3® Un sang liquide et comme poisseux ;
4® Ordinairement des abcès disséminés dans le foie , dans le poumon ou dans d’autres organes ;
Ô® Enfin , des suppurations dans des synoviales articulaires qui ont été le siège, durant lavie^ de douleurs et de tuméfactions.
Dans ces synoviales , on trouve une quantité plus ou moins ' considérable d’un pus séreux, parfaitement liquide ; à leur surface , aucune trace des fausses membranes adhérentes , comme dans lès arthrites inflammatoires.
BÏAtAWES Ï)ES ARTICULATIONS.
La synoviale et le tissu cellulaire sous-synovial sont quelquefois aussi blancs que dans l’état normal ; l’on y aperçoit cependant d’ordinaire des traces d’une injection sanguine et capillaire; les cartilages sont sains, ainsi que les ligaments.
Le nombre des articulations qui sont le siège de ces épan* cbements, est très-varié ; il est des cas où l’on ne peut en ouvrir une seule sans qu’il ne s’en écoule du pus.
En même temps le tissu cellulaire sous-cutané et surtout le tissu cellulaire placé autour des muscles contient une quantité plus ou moins considérable de pus liquide ; et ce pus dans le tissu cellulaire , comme dans les synoviales , n’est accompagné ni d’injection vasculaire, ni de sécrétion de lymphe plastique; il n’y a dès-lors ni rougeur vive , ni gonflement , ni épaississe^ ment des tissus qui entourent l’abcès.
Pronostic et traitement. • — Quelque graves que soient les suppurations qui peuvent se former dans les synoviales pendant le cours d’une infection purulente , on voit qu’elles ne sont que secondaires et subordonnées à des lésions antécédentes ; avant qu’elles se développent , il y a toujours eu suppuration dans une solution de continuité ^ affection générale, caractérisée par un état fébrile spécial , et presque toujours formation d’abcès multiples dans des viscères importants. La maladie articulaire n’existerait point,, que les conséquences de l’affection générale seraient les mêmes , et qu’une mort prompte en serait toujours la suite.
La suppuration des synoviales, dans les conditions que j’examine ici , ne doit donc pas préoccuper sous le rapport thérapeutique ; elle n’offre aucune indication spéciale. Un traitement efficace serait celui qui , au lieu de guérir la maladie locale des jointures, préviendrait ou guérirait l’affection générale dont elle est la conséquence.
Après avoir reconnu par des observations faites dans les conditions les plus variées, que la destruction par le caustique de tumeurs quelconques n’entraînait jamais d’infection purulente, j’ai eu l’idée de cautériser toute la surface des plaies qui me paraissaient exposées à devenir le point de départ d’une résorption purulente. Il m’a semblé que , puisque les solutions de
DU RHUMATISME AIGU CONSÉCUTIF, continîiité produites par la cautérisation et spécialement par le fer rouge et le chlorure de zinc ne produisaient jamais cette résorption , on pouvait espérer que dans les cas où elle était imminente, on l’arrêterait en substituant une surface cautérisée à une plaie produite par l’instrument tranchant. Dans ce but, quand les symptùmes précurseurs de la résorption du pus se sont manifestés , j’ai cautérisé des plaies avec le fer rouge, ou mieux avec la pâte de chlorure de zinc , dont l’application effraie moins les malades , et qui dessèche plus complèteïnent les solutions de continuité.
J’ai appliqué surtout cette méthode aux plaies suites d’extirpation de tumeurs cancéreuses du sein ou du creux de l’aisselle de loupes m. dos et au cou ; l’expérience m’a si bien montré l’utilité immédiate et évidente de cette substitution, que dès que je vois , après l’extirpation d’une tumeur par l’instrument tranchant , que la plaie est grisâtre , qu’il s’en écoule un pus sanieux ou fétide , que les bords ont ce gonflement dmiloureux qui précède les phlegmons avec érysipèle , que la fièvre est brûlante , la soif vive , je cautérise sans hésitation toute la surface de la plaie. A parties amputations, je n’ai pas vu un seul cas où les accidents n’aient été arrêtés par cette méthode , dont les résultats , plus que toute autre observation peut-être , démontrent la puissance avec laquelle la cautérisation borne les maladies et les fixe dans le lieu où elle a été appliquée.
Je crois avoir par là prévenu des résorptions purulentes ; mais une telle opinion est si difficile à prouver, il reste tant de doutes dans l’esprit sur la justesse du pronostic qu’a porté un auteur qui prétend avoir prévenu une maladie , que je renonce à citer ici les observations qui me paraissent avoir confirmé mes présomptions sur la possibilité d’arrêter la résorption purulente , avant que les frissons se soient développés ; il n’y a que ceux qui ont eu les malades sous les yeux qui soient frappés de ces résultats. Je me contente donc d’appeler l’attention des praticiens sur la cautérisation des plaies menacées de résorption purulente, et de les engager à répéter des essais dont le résultat m’a paru extrêmement satisfaisant.