‹ Traité des maladies des articulations (volume 2)Chapitre 38 sur 53 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

Lorsque les accès de fièvre précédés de frissons ne laissent aucun doute sur la gravité qu’a déjà prise la maladie, tous les moyens qu’on peut mettre en usage sont généralement inutiles; la cautérisation ne réussit plus que dans des cas très-exceptionnels , et l’on ne doit presque rien attendre des efforts de la nature. Je n’ai pas vu guérir un seul des malades qui ont eu des abcès articulaires à la suite de la résorption purulente,

Lorsqu’un malade, par suite de la transmission de la morve, est affecté de cètte maladie, que l’on a crue si longtemps spéciale au cheval, ses articulations peuvent devenir le siège de douleurs et de gonflements aigus que l’on pourrait confondre avec le véritable rhumatisme articulaire.

La seulé indication des circonstances au milieu desquelles se produit cette maladie articulaire, suffit pour en montrer le caractère spécial et faire comprendre la nécessité d’une description à part. Autant la morve est une maladie spéciale, différente de toute autre maladie, autant les affections qui lui sont consécutives doivent être spéciales aussi; l’on verra, par le cas que je vais citer, que l’affection des jointures consécutives à l’inoculation de la morve peut offrir des rapports nombreux avec celle qui survient dans le cours d’une résorption purulente. Mais si les effets extrêmes de ces deux maladies peuvent offrir quelques rapports, si, dans l’une et l’autre, les articulations peuvent devenir le siège d’abcès, leur cause est trop différente pour que l’on n’établisse pas entre elles les plus profondes différences.

Voici le seul cas que je connaisse de suppuration des jointures consécutive à la morve :

Observation. — M. vétérinaire dans un régiment, âgé de 25 ans, fortement constitué, se piqua- le doigt en ouvrant un abcès du cou à un cheval morveux. Quelque temps après, sa piqûre s’enflamma, et le seizième jour, il avait un chapelet de petits abcès le long de l’avant-bras et du bras. Je cautérisai au fer rouge la surface interne de chacun de ces abcès, qui étaient au nombre de quatre. Malheureusement il était .trop tard, le

virus avait pénétré dans l’économie. Quelques jours plus tard se manifesta un nouvel abcès à la partie postérieure d’une cuisse. A une époque plus éloignée, une douleur et un gonflement se firent sentir à l’une des articulations tibio-tarsiennes. Pendant trois mois, le malade languit dans un état qui laissait encore quelque espoir, mais au bout de ce temps ses deux genoux et l’un de ses coudes devinrent douloureux ; le délire survint et la mort ne tarda pas à le suivre.

A l’autopsie nous trouvâmes du pus accumulé dans les articulations qui avaient été malades durant la vie. Ce pus n’était entouré d’aucune inflammation. La synoviale articulaire était dans le même état qü’à la suite des résorptions purulentes consécutives aux amputations.

BU rhumatisme puerpéral. ■

Il n’est pas rare de voir survenir cliez les femmes nouvellement accouchées des douleurs et des inflammations articulaires. Ces douleurs et ces inflammations offrent, sous le rapport de leur marche et de leur gravité, des caractères spéciaux qui les ont fait décrire isolément par M. Cruveilhier (Ij sous le nom de rhumatisme puerpéral. Nous ne foisons qu’imiter l’exemple dn professeur de l’École de Paris en consacrant un article particttlier ù ee genre d’affection.

Nous avons dit ailleurs qu’on pouvait distinguer les affections rhumatismales en deux catégories : 1® les rhumatismes primitifs qui se manifestent d’emblée, sans avoir été précédés d’aucune maladie ; 2” les rhumatismes consécutifs qui surviennent à la suite de quelqu’autre affection. Cette seconde classe offre de nombreuses variétés parmi lesquelles vient naturellement se placer le rhumatisme puerpéral. En effet, tous les cas graves que j’en ai pu observer et tous ceux que j’ai trouvés dans les auteurs étaient survenus à là suite de métrite, péritonite, phlébite ou lymphite utérines. Cependant M. Cruveilhier admet qu’il peut se manifester en l’absence de toute autre lésion, mais il n’en cite aucun exemple.

Ce n’est pas à l’article rhumatisme qu’il faut chercher ce qui a été dit par les auteurs sur les douleurs articulaires qui viennent compliquer les couches. Dans les ouvrages anciens, et

(1) Anatomie pathologique, livre 17.

MALADIES DES ÂRTICÜL AXIONS.

môme dans ceux du siècle dernier, c’est en consultant ce qui a été écrit sur les dépôts laiteux qu’on trouve mentionnées ces douleurs ; encore ne le sont-elles que par très-peu d’auteurs, parmi lesquels il faut nommer en première ligne Raulin, qui en parle plus longuement que les autres (1), et qui les considère comme produites par l’arrêt de la circulation laiteuse dans les extrémités des capillaires membraneux des parties souffrantes. Il distingue les douleurs aiguës et les douleurs chroniques. Il paraît môme avoir très-bien connu leur tendance à la suppuration. Cependant il n’entre dans aucun détail précis sur l’anatomie pathologique de cette affection. Il est à remarquer que Puzos, qui a écrit plusieurs mémoires très-estimés sur , les dépôts laiteux, n’y prononce pas même une seule fois le nom de rhumatisme.

Quant aux auteurs modernes qui ont parlé des inflammations et des ahcès articulaires qui se manifestent chez les nouvelles accouchées, aucun, à l’exception de M. Cruveilhier, n’a songé à en faire une maladie distincte, parce que l’anatomie pathologique, qui leur servait surtout de guide, leur apprenait que toujours ces inflammations articulaires coïncidaient, soit avec une phlébite ou une lymphite utérine , soit avec nne phlegmasia alba dolens. C’est en consultant ce qu’ils ont écrit sur ces différentes maladies qu’on trouve des renseignements précis sur les symptômes et sur les lésio^ns qui appartiennent au rhumatisme puerpéral. Entre autres monographies importantes qu’on lira avec beaucoup de fruit, je citerai celle de M. Théodore Helm (2) ; elle contient d’assez longs détails sur les abcès articulaires puerpéraux, sur les signes qui annoncent leur formation, et sur les caractères anatomiques qui les distinguent. Mais, loin de les considérer comme une affection rhumatismale, il les regarde comme des métastases de là phlébite utérine.

Je conçois très-bien que les accoucheurs ne fassent pas du rhumatisme puerpéral une affection distincte, puisqu’elle est

(i) Traité des maladies des femmes en couches, 1771, page 293.

t2) Traité sur les maladies puerpérales, 1840. ■

toujours symptomatique d’une autre affection plus importante ; mais, dans un traité complet des maladies des articulations, on ne pourrait, sans commettre une grave omission, le passer sous silence ; dans un pareil ouvrage on est tenu d’indiquer toutes les conditions au milieu desquelles ces maladies peuvent se développer.

Anatomie pathologique. — Lorsqu’on a occasion de faire l’autopsie d’une femme ayant présenté des signes de rhumatisme survenu peu de temps après les couches, on trouve habituellement les lésions anatomiques suivantes : les articulations qui étaient douloureuses contiennent une quantité plus ou moins considérable de pus, seul ou mélangé avec un peu de synoyie. Ge pus est ordinairement épais et blanchâtre; la membrane syno^dale est quelquefois rouge et ramollie,, mais assez souvent sa consistance et sa coloration sont â peine changées. Les cartilages articulaires sont presque toujours érodés, amincis, quelquefois même ils ont'entièrement disparu, et les extrémités osseuses sont complètement dénudées et rugueuses.

Je ne sache pas qu’il existe dans la science un seul cas où ces phénomènes aient été localisés dans une seule jointure : toujours on les retrouve dans une série d’articulations, principalement dans les genoux, les coudes, les poignets et les hanches. Les symphyses sacro-iliaques sont également le siège fréquent de ces mêmes altérations ; mais, qu’on le remarque bien, l’inflammation puerpérale de ces symphyses ne doit pas toujours être considérée comme l’effet d’un état général ; elle dépend souvent de la propagation par simple continuité de tissu de l’inflammation du péritoine et du tissu cellulaire intrapelvien aux fibro-cartilages dés symphyses. Aussi est-elle habituellement localisée, tandis que le rhumatisme puerpéral fait toujours invasion sur plusieurs jointures à la fois ou successivement.

Une autre particularité du rhumatisme puerpéral, sous le rapport anatomique, c’est que non seulement on trouve du pus épanché en abondance dans les jointures , mais encore on trouve de vastes abcès circonvoisins, c’est-à-dire ayant leur siège dans les interstices des muscles environnants, dans le tissu cellulaire sousTCUtané et dans les gaines des tendons.

MALADIES DES ARTiCULATIONS.

'Enfin, l’onjrouve presque constamment des fausses membranes et de la sérosité purulente dans le péritoine, du pus dans les ligaments utérins, dans les veines et surtout dans les vaisseaux lymphatiques de la matrice. Il n’est pas rare non plus de trouver de la suppuration épanchée dans le péricarde et dans les plèvres.

Parmi les faits sur lesquels sont appuyées les propositions que je viens d’émettre^ je citerai ceux que renferme l’ouvrage de M. Bouillaud sur le rhumatisme aigu, et surtout ceux que l’on trouve dans VJnatomie pathologique de M. Cruveilhier. Je ne pense pas qu’il soit utile de reproduire ici ces observations ; mais, pour les corroborer, à cause de leur petit nombre, j ’en citerai une qui m’appartient et qui d’ailleurs leur ressemble en tous points.

Observation. Rhimaiisme puerpéral avec suppuration dans le genou droit et dans plusieurs parties du tissu cellulaire inter-museulaire’ péritonite purulente et suppuration des veines de la matrice. — Le l"mars 1843, entra dans mon service une femme, âgée de 19 ans^ qui était accouchée 42 jours auparavant. Six jours après sa couche, elle avait pris froid, ses lochies s’étaient supprimées, et il s’était manifesté des douleurs vives dans le ventre, dans le genou gauche et dans la jambe droite. Son mat avait fait les plus rapides progrès, et lorsqu’elle entra dans mon service, elle offrait des symptômes qui firent penser que la mort n’était point éloignée. Celle-ci eutlieu en effet quatre jours après.

A l’autopsie nous trouvâmes le genou gauche rempli de pus, et des abcès réparant le muscle triceps du fémur dans toute sa longueur, et s’étendant du genou au coude-pied, à travers les muscles de la partie antérieure de la jambe. Ces abcès communiquaient avec le genou, et, comme ils avaient été ouverts pendant la vie, leur surface interne était noirâtre et comme gangrénée. Les cartilages du genou étaient complètement absorbés, les ligaments ramollis par la suppuration, et les os étaient restés intacts.

Il y avait des abcès inter^musculaires dans le tissu cellulaire des muscles antérieurs de la jarnbe droite. La même altération s’observait autour de la partie inférieure du muscle grand fessier.

Le péritoine était rempli de fausses membranes et de sérosité purin lente. Il y avait un abcès à la partie supérieure de la matrice, dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ; cet organe était revenu sur lui-même, et la plupart de ses sinus étaient remplis de pus; il n’y avait, du reste, point de phlébite dans les ligaments larges.

pans toutes les parties remplies de pus, on n’observait nulle part, ni

injection sanguine, ni fongosités. Tout le corps était amaigri et d’une pâleur extrême.

Les dispositions anatomiques observées dans ce cas sont conformes, ainsi qu’on le voit, à celles qui ont été signalées par M. Gruveiîhier ; ainsi, dans toutes les autopsies de rhumatisme puerpéral qui ont été publiées jusqu’à ce jour, on voit que du pus était épanché dans plusieurs articulations, qu’il existait des abcès entre les muscles, que la matrice et ses annexes étaient aussi le siège d’une inflammation suppurative.

Cependant ttoutes les affections articulaires qui se manifestent à la suite des couches . n’entraînent pas la formation du pus dans Jes jointures. Quelques-unes de ces affections sont franchement inflammatoires et se terminent par résolution.

On voit des malades chezdesqu elles, deux ou trois semaines après leur délivrance, quelquefois même plus tôt, à la suite d’un refroidissement brusque, plusieurs articulations se gonflent, deviennent chaudes, rouges et douloureuses , et chez lesquelles ces symptômes, après avoir duré 4, 5, 6 ou 8 jours, diminuent graduellement' et disparaissent tout-à-fait. Dans ces cas, il ne s’est pas formé de pus dans les jointures, il existait simplement une inflammation aiguë de îa synoviale et du tissu cellulaire sous-cutané, avec les caractères qui sont propres au rhumatisme aigu primitif. Enfin, il est des cas fréquents et moins graves encore ou des douleurs se font sentir à la suite des couches, sans qu’il existe aucune lésion matérielle dans les articulations.

Symptômes , marche et terminaison. — Le rhumatisme puerpéral étant presque toujours précédé , comme je l’ai déjà dit , de l’inflammation du péritoine ou de la matrice , on observe ordinairement avant son invasion les signes d’une péritonite , d’une phlébite ou d’une lymphite utérine. En outre, quelques symptômes annoncent d’une manière plus spéciale là prochaine apparition du rhumatisme ; ce sont des frissons irréguliers et de la gène dans les mouvements. Bientôt après , les malades se plaignent de violentes douleurs dans les articulations, sans que cependant celles-ci soient rouges , chaudes ou gonflées. Le moindre mouvement augmente ces douleurs d’une manière

MALADIES DES ARTICULATIOKS.

sensible. La maladie peut parcourir toutes ses périodes sans | présenter d’autres phénomènes locaux ; mais il n’en est pas toujours ainsi. On voit des malades chez lesquelles il y a non-seulement douleurs , mais encore tuméfaction , chaleur et rougeur ; des jointures. Alors la moindre pression arrache des cris , le contact même du drap de lit ne peut être supporté. Dans ces cas^ on peut craindre que l’inflammation n’ait envahi le tissu cellulaire sous-cutané, et que du pus ne se soit épanché dans les interstices musculaires ou dans les gaines tendineuses.

Il est à remarquer que le rhumatisme puerpéral est souvent accompagné à son début de Tœdème général du membre. Aussi a-t-on souvent confondu ce rhumatisme aveH la maladie désignée sous le nom de phlegmasia alla dolens ; suivant M. Cruveilhier , cette dernière maladie est toujours le résultat j d’une phlébite , tandis que le rhumatisme puerpéral coïncide le plus souvent avec l’inflammation suppurative des vaisseaux ! lymphatiques. Cette opinion] n’est pas encore démontrée par un nombre de faits suffisants.

Si la maladie est simplement inflammatoire , comme nous avons admis qu’elle pouvait l’être dans quelques circonstances, surtout quand elle se manifeste à une époque déjà éloignée de l’accouchement , et qu’elle ne vient pas s’enter sur une métropéritonite elle se comporte comme un simple rhumatisme articulaire aigu primitif. Au bout d’une ou deux semaines environ, elle diminue graduellement, et bientôt les articulations douloureuses reprennent le libre exercice de leurs mouvements. Mais si,. comme cela arrive dans la plus grande majorité des cas, l’inflammation articulaire est de nature suppurative, la marche de la maladie n’est plus aussi simple; les symptômes, au lieu de tendre à diminuer , deviennent chaque jour pins fâcheux ; des frissons suivis de chaleur reparaissent à des intervalles plus ou moins éloignés , le faciès prend l’empreinte d’une profonde altération, la langue se sèche , la fièvre devient brûlante et continue. Tous les accidents propres à l’infection purulente ne tardent pas à survenir et à entraîner la mort.

Toutefois , même dans les cas, où du pus s’êst épanché en assez grande abondance dans les articulations , la marche du

rhumatisme puerpéral n’est pas touiours aussi funeste. Ce pus peut être peu à peu résorbé , et , dans ce cas , la maladie peut se terminer par une guérison qui se fera sans doute longtemps attendre, mais qui n’en aura pas moins lieu. M. Teissier , médecin de l’Hôtel-Dieu de Lyon , m’a communiqué un fait qui tend à confirmer ce que i’ayance. Il donne encore, au moment où j’écris ce chapitre, des soins à une dame qui, trois jours après un accouchement naturel, s’exposa pendant la fièYre de lait à un refroidissement , et qui à la suite de cette imprudence présenta tous les symptômes d’une phlébite utérine, laquelle se compliqua quelques jours après d’inflammations articulaires ayant tous les caractères d’une inflammation suppurative. Les symptômes généraux étaient extrêmement graves, et rappelaient exactement ceux de la résorption purulente ; quant aux phénomènes locaux , ils consistaient dans un engorgement avec fluctuation manifeste des articulations endolories. Malgré leur aspect alarmant , tous ces symptômes s’amendèrent sous l’influence d’un traitement énergique par le calomélas à l’intérieur et par des onctions mercurielles sur le ventre.

Causes. — Les causes du rhumatisme puerpéral sont les mêmes que celles de la péritonite ou de la phlébite Utérine qui se ' développent à la suite des couches , et dont il n’est le plus souvent , comme nous avons eu soin de le dire , qu’un épiphénomène. Ainsi, les manœuvres laborieuses auxquelles on est quelquefois obligé d’avoir recours pour extraire l’enfant ou l’arrière-faix de l’utérus , l’influence du froid sec et surtout du froid humide , la putréfaction de quelques caillots retenus dans la cavité utérine , certaines influences miasmatiques ou épidémiques , les erreurs dans le régime , les frayeurs , etc. , etc. , peuvent être considérées comme des causes soit prédisposantes, soit occasionnelles du rhumatisme puerpéral. Toutefois , les causes qui troublent la sécrétion des lochies , celle du lait et celle de la transpiration cutanée , comme les refroidissements , lui donnent bien plus souvent naissance que toutes les autres conditions que nous avons signalées.

Quant aux raisons qui expliquent la tendance pyogénique du rhumatisme puerpéral , on ne peut en donner d’autres , si ce

M4.LADIES DES ARTICULATIOIfS.

n’est qu’à la suite des couches , il se forme une espèce de diathèse purulente ; car toutes les phlegmasies qui s’établissent à cette époque sur une région quelconque du corps , tendent à se terminer par suppuration , comme on le voit dans l’inflammation du sein, du péritoine, des plèvres, de l’utérus, des veines et dans la phlegmasie alba dolens.

Pronostic. — On peut établir d’une manière générale que le rhumatisme puerpéral , suivi de suppuration , est extrêmement grave, sinon par lui-même, du moins par la nature de la maladie dont il est la conséquence. Tous les cas que j’ai eu l’occasion de voir ont eu une issue malheureuse , et ceux qui sont relatés dans l’ouvrage de M. Bouillaud et dans celui de M. Cruveilhier ne se sont pas terminés plus heureusement. La gravité de ce rhumatisme se conçoit très-facilement ; elle découle de ce qne nous avons dit sur sa nature. Par la même raison qu’on ne voit presque jamais guérir la phlébite et la lymphite utérines puerpérales, on ne peut pas espérer de voir souvent guérir le rhumatisme qui apparaît à leur suite et qui n’en est qu’une complication.

Cependant ce serait commettre une grande erreur que de toujours pronostiquer la mort, par cela même qu’il existerait des inflammations articulaires chez une nouvelle accouchée. Je tiens de médecins accoucheurs très-expérimentés qu’il n’est pas rare d’observer des rhumatismes puerpéraux se terminer par la guérison chez les femmes qui sont placées dans de bonnes conditions hygiéniques , et surtout quand ils se déclarent dix jours au moins après les couches.

A mesure qu’on s’éloigne de ce moment , la diathèse pyogénique s’affaiblit , et par conséquent les inflammations articulaires, quand elles se développent, ont moins de tendance à devenir purulentes^ et par conséquent à acquérir de la gravité.

Traitement. — Les auteurs n’ont point insisté sur le traitement du rhumatisme puerpéral ; l’on ne doit pas s’étonner du silence qu’ils ont gardé à cet égard, du moins en ce qui regarde les cas graves , car ceux-ci étant une conséquence des métropéritonites puerpérales , il était naturel de s’occuper surtout du traitement de ces dernières.

En partant de cette idée que le rîiuinatisine puerpéral exige moins un traitement spécial que le traitement des affections dont il est la suite , on est conduit à conseiller les moyens suivants :

S’il se manifeste au début du mal , comme on le voit fréquemment, de l’amertume dans la bouche, des envies de vomir* et même le rejet de matières bilieuses , il faut débarrasser les premières voies, recourir aux vomitifs et spécialement à l’ipécacuanba , administré suivant la méthode de Doulcet. Cette méthode consiste à faire prendre , dès le début du mal , un gramme d’ipécacuanba en deux doses , à une heure et demie de distance ; on doit répéter plusieurs fois l’emploi de ce vomitif, suivant l’opiniâtreté des symptômes , et soutenir son action par l’usage d’une potion huileuse , avec addition de 10 centigrammes de kermès. Si les malades sont constipés ^ il faut secourir à l’emploi des laxatifs, tels que la décoction de pulpe de casse et de tamarin , le petit-lait antilaiteux purgatif de Weiss , etc. Les laxatifs souvent répétés sont indiqués dans l’immense majorité des cas. Chez les personnes vigoureuses, je n’hésiterais pas à administrer même des purgatifs sécs et énergiques , comme le jalap , pour déterminer des évacuations plus abondantes et une dérivation plus puissante.

Les avantages que l’on peut retirer de la saignée ont été très-diversement appréciés par les auteurs ; les uns, comme M, Bouillaud , conseillent de la pratiquer avec autant d’assurance que dans le rhumatisme primitif ; mais la plupart des accoucheurs , et entre autres Dubois , tenant compte de la tendance qu’a la maladie à passer à l’état typhoïde, recommandent de ne saigner qu’avec beaucoup de ménagement. On sera conduit à adopter ce conseil , si l’on admet que le rhumatisme purulent qui succède aux couches aies plus grands rapports avec la suppuration des jointures qui survient à la suite des grandes opérations. On sait que dans ce dernier cas elle n’est d’aucune utilité , et qu’elle tend même à aggraver l’état du malade.

Les frictions mercurielles à haute dose et le calomélas, administrés de manière à provoquer la salivation , ont été aussi

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conseillés. On fait chaque jour des frictions sur le ventre avec 20 à 30 grammes d’onguent mercuriel dans les vingt-quatre heures , et l’on continue ce moyen jusqu’à ce que la sahvation se soit développée. Nous avons dit plus haut que par cette méthode énergique , M. Teissier avait réussi dans un cas à sauver la vie d’une femme qui, à la suite d’une couche , avait présenté tous les symptômes qui font reconnaître un rhumatisme purulent consécutif à une métro-péritonite. Il est vrai que cette femme ne s’est complètement rétablie que huit mois après sa couche ^ et qu’elle a longtemps éprouvé des accidents assez graves pour inspirer des craintes sur sa vie.

Des vésicatoires multipliés et appliqués successivement sur toutes les jointures souffrantes peuvent être d’une grande utilité. Dans le cas où les douleurs articulaires sont très-violentes, les préparations d’opium sont formelleuient indiquées. Il faut alors recouvrir les jointures malades de compresses trempées dans une forte décoction d’opium, et faire prendre à l’intérieur Ô ou 1 0 centigrammes d’extrait thébaïque par jour , sous forme pilulaire ou dans une potion.

Je ne sache pas que l’on ait conseillé , dans le rhumatisme puerpéral , le sulfate de quinine ou le nitrate de potasse, sur lesquels l’on a fait de nombreux travaux dans le traitement da rhumatisme articulaire primitif.

DTI RHUMATISME AIGU, SUITE D’UNE DISTENSION DU CANAL DE L’üEÊTEE.

L’expérience démontre que lorsque le canal de l’urètre a été distendu par des bougies, par des sondes ou par des calculs, il peut se manifester dans les articulations des gonflements et des douleurs qui ont une grande analogie avec celles qu’on observe dans le rhumatisme articulaire aigu , et que l’on a confondues dans plusieurs ouvrages avec cette maladie.

Le rhumatisme consécutif à une distension de l’urètre a une grande tendance à se terminer par suppuration ; il n’est pas cependant toujours suivi de mort. Sous le premier rapport , il doit être distingué du rhumatisme primitif ; sous le second

Bü RHUMATISME AIGU CONSÉCUTIF. 397

rapport , il diffère de l’artlirite consécutive aux résorptions purulentes.

On trouve dans les auteurs des matériaux assez nombreux sur ce genre de rhumatisme.

M. Moffait a cité dans sa thèse sur les inflammations des membranes synoviales, et M. Bouillaud a reproduit, dans son Traité du rhumatisme , une observation dont voici l’analyse :

üii jeune homme, jouissant d’une assez bonne santé, entra à l’Hôtel- Dieu pour se faire traiter d’une fistule au périnée. Une sonde, introduite dans la vessie, y reste pendant trois jours. Des douleurs se développent dans diverses articulations. On retire la sonde. La fièvre se manifeste, les premières douleurs persistent, et d’autres se font sentir dans la poitrine et l’abdomen. Les accidents sont suivis de dévoiement, d’amaigrissement prompt et d’infiltration des membres. Mort le douzième jour après l’apparition des douleurs.

A l’autopsie, on trouva dans la cavité du genou droit une à deux verrées d’un liquide en partie séreux, en partie purulent. Une couche de fausse membrane recouvrait la synoviale, qui était rouge et d’un aspect velouté. Il y avait également du pus dans plusieurs autres articulations, et Un épanchement de sérosité purulente dans les cavités du thorax et de l’abdomen.

On trouve encore dans le traité de M. Bouillaud sur le rhumatisme l’observation suivante : -

Observation. — Uif^pographe, d’environ 40 ans, vint à la Piiié, dans le service de M. Samson, pour y être traité d’un rétrécissement de l’urètre. M. Samson employa le cathétérisme forcé. La sonde pénétra dans la vessie. La nuit, il y eut une petite hémorrhagie urélrale.

Au bout de deux jours, une douleur vive se fit sentir dans l’articulation tibio-tarsienné droite, sans aucun gonûement et sans rongeur à la peau. Le jour suivant, le malade se plaignît de la persistance de la douleur de l’articulation; on remarqua dans sa figure une sorte de tremblement continuel.

Le troisième jour, à la douleur du pied se joignirent du gonflement et de la rougeur.

Le cinquième jour, la fluctuation devint distincte à la partie interne de l’articulation (une incision en fit sortir du pus).

Le sixième jour, les symptômes généraux devinrent plus graves et les articulations scapulo-humérale et huméro-cubitale droites furent le siège de douleurs sans gonflement sensible ni rougeur. 24 heures après, ces douleurs étaient plus vives et sans rougeur à la peau. Les symptômes nerveux firent des progrès, et le dixième jour le malade succomba.

A l’ouverture du cadavre on ne trouva aucune lésion évidente dans les organes internes. L’articulation de l’épaule ne présenta rien d’anormal (c’était la moins douloureuse ) ; celle du coude contenait du pus en assez grande quantité, mais non réuni en masse; il tapissait toute la surface de la cavité articulaire, qui ne présenta de rougeur dans aucun point. On trouva aussi du pus dans l’articulation tibio-tarsienne ; le foyer extérieur ne communiquait pas avec l’articulation.

Un traitement antiphlogistique énergique avait été mis en usage sans avoir paru modifier en rien la marche de la maladie.

M. Yelpeau s’exprime ainsi sur le rhumatisme suite de dis^ tension de l’urètre :

« A la suite du cathétérisme ou des opérations qu’on pratique sur l’urètre , on voit survenir quelquefois des affections articulaires qui doivent être rapportées à la variété d’arthropa-^ thies que nous étudions en ce moment. Bien que cette formé de l’arthrite n’ait été l’ohjet d’aucun travail spécial, il ne paraît pas cependant qu’elle soit très-rare. On en trouve un exemple dans la thèse de M. Moffait. Je l’ai observée moi-même plusieurs fois. Vous devez être bien prévenus que dans ces cas la maladie a une grande tendance à la suppuration. L’un des malades, que j’ai observés, tourmenté depuis longtemps par une coatètation urétrale , était pris d’un violent accès de fièvre à chaque tentative que je faisais pour lui passer une bougie. Le soir d’ün de ces essais, le tremblement et la fièvre furent accompagnés de très-vives douleurs à l’articulation tibio-tarsienne gauche. La suppuration a d’ailleurs été si rapide , que le vaste abcès qui en résulta, déjà élevé jusqu’au tiers moyen du péroné, dut être largement ouvert le quatrième jour. La guérison se fit longtemps attendre; néanmoins le malade quitta l’hôpital environ trois mois après, ne conservant qu’un peu de gêne et de raideur dans l’articulation (1). »

M. Civiale (2) parle avec détail des abcès qui surviennent dans diverses parties du corps pendant le traitement des maladies de l’urètre ; il n’a pas malheureusement étudié avec soin quel était le siège précis des suppurations qui avaient succédé à la dis-

(1) Clinîq. chirurg. t., p. 35.

(2) Traité des maladies des organes gsnita-urinaires, t. 1er, p. 5SO.

tension de Turètre ; sous ce rapport , son travail n’a pas toute Tutilité qu’il pourrait avoir , comme moyens d’éclairer le sujet qui nous occupe; voici ^ toutefois, le résumé des cinq observations qu’il cite. Les deux premières sont celles de deux malades qui ont succombé.

■ 1“ TJn officier de 36 ans, s’étant sondé avec une bougie trop volumineuse, éprouva quelques jours après, à l’épaule, des douleurs excessives avec tuméfaction et rougeur considérable ; il se forma à l’épaule un vaste abcès, d’où coula une grande quantité de pus lactescent, mal lié et trèsfétide. Plus tard, un abcès superficiel se forma à la face externe de la jambe gauche, il s’ouvrit de luUmême. et donna un pus semblable à celui de l’épaule.

Le malade mourut, mais on ne fit pas son autopsie.

20 Un adulte, fortement constitué, avait eu deux fois le canal de l’urètre cautérisé, et il avait introduit pendant longtemps des sondes flexibles.

Lorsque le traitement était presque terminé, il se déclara une fièvre avec frissons, et il se forma successivement des abcès au périné, à la jambe droite et au genou du même côté, et enfin, plus tard, dans la jambe opposée. Le malade -mourut, on ne fit pas son autopsie.

Dans les trois autres cas cités par M. Civiale , il y a eu guérison.

1° M. D., de l’Ile-de-France, éprouva tout-à-coup, pendant le cours du traitement par la dilatation d’un rétrécissement du canal de l’urètre, de très-vives douleurs. Il se forma des abcès successivement à la partie supérieure et antérieure du tibia, sur le côté externe de l’articulation du genou, à la région interne et inférieure de la cuisse; plus tard, à la partie supérieure du derrière de la cuisse. Le malade finit par guérir.

2“ Un menuisier de 56 ans éprouva des symptômes graves à la suite de la sortie d’un calcul anguleux et très-dur, ayant deux lignes de diamètre; il eut des frissons suivis de sueur, et un vaste abcès, accompagné de fièvre, se développa dans l’épaisseur de la cuisse gaucbe. Le malade sortit de l’hôpital sans être guéri.

3“ Dans le dernier cas qui nous reste à citer, il s’agit d’un maçon de 35 ans. A la suite d’une séance de lithotritie et de l’extraction d’une pierre arrêtée dans la portion membraneuse de l’urètre, il éprouva de violents accès de fièvre ; il eut plus tard un abcès derrière la malléole externe, un autre au-dessous de la malléole interne, sur la partie moyenne et supérieure du métatarse, et un troisième sous la plante du pied. Ces abcès s’ouvrirent, et le malade gliérit.

Quelque nombreux que soient les travaux que nous venons

de citer , ils sont loin de permettre la solution des questions les plus importantes qu’on peut soulever au sujet du rhumatisme par distension de l’urètre. En réfléchissant au mode suivant lequel ce rhumatisme peut se produire, j’ai été conduit à penser qu’il pouvait bien dépendre d’une distension du canal de l’urètre, avec déchirure de ce canal , infiltration d’urine dans le tissu érectile^, et phlébite consécutive.

Par une circonstance malheureuse, dans aucun des cas citéSj l’on n’a fait l’autopsie du canal de l’urètre ni celle des veinés qui en partent ; je n’ai donc pas pu vérifier si j’étais ou ùon dans le vrai , et si l’on devait assimiler le rhumatisme par distension de l’urètre à l’arthrite qui survient à la suite de l’infection purulente. Je ne puis douter que cela n’ait lieu quelquefois; mais puisque la formation de ces abcès consécutifs n’a pas toujours été suivie de mort, on est conduit à penser qu’ils peuvent être indépendants de toute déchirure de l’urètre , et plus tard de toute phlébite. Cette opinion est d’autant plus probable, que , chez plusieurs malades , la distension de l’urètre n’a pas été violente.

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