DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU CONSÉCUTIF AUX FIÈVRES ÉRUPTIVES
Lorsqu’une fièvre éruptive , telle que la rougeole , la scarlatine ou la petite-vérole , suit un cours irrégulier , et surtout lorsque l’éruption cutanée est incomplète , il se manifeste quelquefois des douleurs et des inflammations disséminées dans diverses jointures ; le rhumatisme articulaire qui survient alors doit sans doute être distingué du rhumatisme aigu primitif. De même que la scarlatine et la petite-vérole sont des maladies spéciales dont les causes^ les symptômes et le traitement ont un caractère à part ; de même les rhumatismes qui leur sont consécutifs ont .un caractère spécial , et présentent des indications particulières. Ce sont ces considérations qui m’engagent à consacrer un article spécial au rhumatisme aigu , suite de fièvres éruptives.
Pour bien traiter de ce genre de rhumatisme , il faudrait en
avoir observé un grand nombre ^ avec l’intention d’en comparer les symptômes et la marche avec les symptômes et la marche du rhumatisme aigu primitif. Cette pensée ne paraît pas avoir préoccupé les médecins ; ils se sont bornés en général à rapporter les faits , tels qu’ils se présentaient à leur observation , et ils n’ont pas cherché à en approfondir l’étude.
Malgré ces imperfections , je vais exposer brièvement l’état de la science sur cette question, et citer les observations que j’ai pu rassembler sur les rhumatismes aigus consécutifs à la scar^ latine et à la variole.
Le docteur Pidoux a traité de cette coïncidence dans le Jowrnal des connaissances médico-chirurgicales , 3® année , page 27 . Sur huit cas où l’éruption scarlatineuse n’avait pas été trèsprononcée, il a vu six fois le rhumatisme articulaire se déclarer peu de temps après la disparition des plaques rouges. Dans ces cas, tout fait présumer que la maladie articulaire était due à l’éruption incomplète de la scarlatine.
Dans le Journal médico-chirurgical d’Edimbourg , t. 33 , le docteur Murray a publié l’histoire d’une épidémie de rhumatisme aigu , coïncidant avec la scarlatine. D’après ce médecin , l’éruption cutanée était précédée de symptômes fébriles irréguliers, et suivie d’une affection rhumatismale.
Enfin, M. Grisolle en a fait connaître deux cas^ qui sont rapportés avec détail dans les leçons de M. Chomel sur le rhumatisme.
Dans le premier cas , l’éruption scarlatineuse avait suivi un cours régulier , il n’était survenu aucun refroidissement ; la maladie articulaire s’était développée trois jours après le début de la'scarlatine , à l’époque où l’éruption commençait à pâlir. Elle fut très-légère , car elle disparut au bout de cinq jours , à la suite d’une application de sangsues et d’une saignée de 10 onces.
Dans le second cas , l’éruption scarlatineuse fut douteuse , probablement incomplète , et ce fut pendant son cours que se manifestèrent des douleurs , dont quelques-unes avec gonflement dans plusieurs jointures. La malade resta vingt-trois jours à l’hôpital, et quelques semaines après, elle était complètement rétablie.
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Les observations que je viens de citer n’offrent aucun cas de production de pus dans les jointures; elles tendent à faire penser que le rhumatisme (^ui coïncide avec la scarlatine, ou qui lui succède, n’a pas une disposition- suppurative. Il paraît, sous ce rapport, différer de ceux qui succèdent à la petite-vérole et dans lesquels la tendance à la suppuration est assez marquée.
En cherchant à savoir comment la scarlatine influe sur la production des maladies aiguës des jointures, on peut attribuer cette influence, ainsi que l’a pensé M. Requin, à ce que la transpiration cutanée est supprimée dans la scarlatine, et que la suppression produite par cette cause spéciale agit sur les articulations comme si elle dépendait d’un refroidissement ordinaire. Cette opinion est ingénieuse^ mais, si elle était vraie, les rhumatismes devraient être très-fréquents à la suite des scarlatines; et iis devraient être d’autant plus intenses que l’éruption serait plus forte, la transpiration étant plus complètement supprimée dans ce dernier cas. Or, il n’en est point ainsi; le rhumatisme n’est qu’une affection exceptionnelle dans le cours ou à la suite d’une scarlatine^ et la plupart des observations que nous avons citées plus haut démontrent qu’il survient spécialement lorsque l’éruption est incomplète ; il est donc probable que la scarlatine influe sur la production du rhumatisme, moins par la modification qu’elle imprime constamment aux fonctions cutanées que par les changements qu’entraîne son évolution incomplète.
Les rhumatismes ne sont pas rares à la suite des petites-véroles ; ils peuvent offrir les plus grandes variétés sous le rapport des produits de sécrétion qui s’épanchent dans les jointures ; mais souvent ils se terminent par suppuration, ainsi que le font un grand nombre de lésions consécutives à la variole. Je vais donner une idée de ce genre de rhumatisme en citant ce qu’en disent MM. Rilliet et Barthez (1) :
« Cette complication de la variole n’est pas très-fréquente dans nos notes, et nous ne pourrons en conséquence en donner qu’un aperçu très-peu détaillé. 4 malades nous ont offert des
(1) Traiid des maladies des enfants, tome U, p. 405,
symptômes qui se rapprochent de ceux du rhumatisme articulaire :
« La première observation a pour objet une fille de 3 ans qui, an seizième Jour d'une varioloïde discrète, et à l’époque où toutes les croûtes étaient tombées, fut atteinte d’un gonflement assez considérable du coude droit, sans rougeur ni fluctuation. Cette tuméfaction alla en augmentant pendant quelques jours, puis elle diminua, et, neuf jours après son apparition, elle était dissipée.
« Dans un autre cas, il s’agit d’un garçon de 10 ans, atteint de variole hémorrhagique très-grave, qui, le 25e jour de la maladie, 23® de l’éruption, présenta une tuméfaction douloureuse du coude droit, sans rougeur ; trois jours plus tard, la douleur avait diminué, ainsi que la tuméfaction; mais des symptômes analogues s’étaient développés dans la région sous-, malléolaire gauche; le 29e cette inflammation avait disparu. Le 33® jour, la tuméfaction du coude n’existait plus ; elle avait toujours été sans rougeur. Une émission sanguine et l’application d’un vésicatoire ont puissamment contribué à faire disparaître cette inflammation.
« La troisième observation est celle d’une fille de 11 ans qui, au 19e jour d’une éruption de variole normale, fut prise de douleur avec gonflement et rougeur aux deux coudes et au pied gauche. Cette inflammation articulaire persista au même degré pendant deux jours; le troisième, elle diminua pour disparaître bientôt. Cependant, au septième jour de l’appariiion de ce rhumatisme, il survint une tuméfaction œdémateuse, d’un rouge érysipélateux, de toute la jambe gauche jusqu’au genou ; celte nouvelle inflammation, qui n’était plus articulaire, disparut en six jours.
« La quatrième observation est relative à un garçon de 4 ans qui, au troisième jour environ de l’éruption variolique, présenta une tuméfaction du coude droit, des pieds et des mains; l’enfant se plaignait surtout du coude, qui demeura gonflé et douloureux. Cependant, au troisième jour de cette phlegmasie, la douleur et la tuméfaction diminuèrent ; le qua- , trième, l’articulation était revenue à l'état normal. 18 jours plus tard, l’épaule droite se tuméfia et devint douloureuse, et au bout de 22 jours, il se lit un abcès, qui fut ouvert ; il en sortit un bon verre de pus. Plusieurs autres abcès se formèrent successivement autour de l’épaule. Cependant l’état général se soutint bon, et l’enfant guérit. »
Je termine par une observation que je trouve dans mes notes , sans me rappeler précisément à quel auteur je Tai empruntée.
Il s’agit d’un garçon de 44 ans, qui entra à l’hôpital des Enfants pour y être traité d’une pleurésie. Etant convalescent, il fut atteint d’une variole; au quatrième jour de réruptiou, le poignet droit devint douloureux.
pais il se tuméfia, puis les douleurs gagnèrent d’autres articulations, et
le malade succomba dans le dernier degré du marasme.
A l’autopsie, pratiquée 48 heures après la mort, « on ouvre successive- « ment toutes les articulations : celle du poignet droit, qui avait la pre- « mière donné des signes de souffrance, est ouverte la première. A peine O le bistouri a-t-il pénétré dans l’intérieur de l’articulation, qu’il s’en « écoule un pus blanchâtre très^iquide. Il existe un foyer purulent entre « les muscles de la partie antérieure de l’avant-bras du même côté. La (I jambe gaüche offre plus de volume que l’extrémité inférieure du côté « opposé; elle paraît être le siège d’une espèce d’empâtement, L’arlicuk- « tion fémoro-tibiale contient plusieurs cuillerées de pus. La synoviale 6 offre une rougeur très-manifeste ; elle est érodée en quelques points, « boursoufflée en d’autres. L’articulation coxo-fémorale du même côté « contient un pus blanc crémeux ; les cartilages sont détruits en plusieurs « points. Enfin, toutes les articulations qui avaient donné des signes de « souffrance, si on excepte celle des doigts, nous ont offert de la suppiia ration. »
Sans aucun doute, les rhumatismes consécutifs aux fièvres éruptives demandent un traitement spécial, et ce traitement doit être celui des accidents consécutifs à ces fièvres. On peut dès lors employer spécialement les purgatifs, les diurétiques et les excitants de la peau. Ce dernier ordre de moyens est sûrement celui qui doit être préféré. On ne peut recourir aux émissions sanguines qu’autant que les douleurs seraient extrêmement vives et accompagnées de symptômes inflammatoires très-aigus.
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