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546 maladies des articulations.
scs besoins d’uriner sont fréquents , et quelquefois l’excrétion de l’urine s’accomplit avec difficulté. Les articulations qui doivent être affectées sont raides et douloureuses.
Suivant Sydenham, l’attaque se déclare le plus ordinairement au milieu de la nuit. Une douleur vive réveille subitement le malade et se fait sentir à l’articulation du gros orteil et du premier métatarsien. D’abord supportable , cette douleur augmente et acquiert une intensité extrême vers la fin du jour, et persiste souvent à ce degré pendant vingt-quatre heures ; au bout de ce temps , c’est-à-dire vers les deux ou trois heures du matin , le malade éprouve tout-à-coup un soulagement qui lui permet de goûter quelque repos. À son réveil , il aperçoit la partie malade rouge et tuméfiée , la fièvre s’allume^ le pouls est fort , plein et tendu ; cependant , l’articulation enflammée devient le siège d’un gonflement avec œdème sous-cutané ; elle est entourée de veines variqueuses ; les douleurs qu’elle fait ressentir et la fièvre concomitante éprouvent des exacerbations chaque soir; le calme se rétablit tous les matins. C’est de l’enchaînement de ces accès particuliers que se compose une attaque régulière de goutte. En général, elle dure deux ou trois semaines seulement ; lorsque la guérison a lieu, la peau est le siège d’une desquammatîon.
Cependant, ce n’est que dans des cas très-légers, et en général au début de la maladie, que l’attaque se borne à l’un des orteils. Plus tard , elle se porte sur les deux pieds , et, après avoir envahi les gros orteils , elle s’étend au talon , aux malléoles et aux mollets. Il est des cas où les articulations des mains , celles des genoux , des épaules , de la hanche deviennent simultanément ou successivement le siège de l’inflammation aiguë de nature goutteuse. Scudamore , à qui l’on doit des recherches très-précises sur la goutte , a observé que sur 198 cas , le premier accès s’est manifesté cent trente fois sur le gros orteil d’un seul pied , dix fois sur celui des deux pieds , une fois sur le premier et le quatrième orteil , trois fois sur le gros orteil et le coude-pied , deux fois dans le gros orteil et le coude-pied des deux membres ; ainsi , cent quarante-six fois sur cent quatrevingt-dix-huit , la première attaque s’est manifestée dans les
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pieds ; dans les autres cas , elle a débuté par les autres articulations des membres , sans affecter de prédilection pour aucune d’elles.
Aux symptômes locaux que nous venons de signaler , se joignent constamment dans les accès de goutte aiguë des symptômes généraux qui doivent être étudiés dans chaque système en particulier.
La circulation est plus active, le pouls est fréquent et plein ; le malade est irritable, sujet à des crampes, son estomac paraît être le siège de sécrétions acides , comme l’indique la nature des rapports et des vomissements , et comme tendent à le dé^ montrer les faits nombreux observés par Prosper Martianus, Frédéric Hoffmann , Barthez , etc. Ges auteurs ont en outre remarqué que les vomissements de matières acides étaient suivis d’un amendement remarquable dans l’état du malade.
Dans les attaques de goutte , la sécrétion de l’uriné est diminuée, sa couleur est foncée et sa pesanteur spécifique augmentée. Dans l’état normal , cette pesanteur varie entre 1^010 et 1,015, tandis que dans la goutté elle est souvent de 1,035 à 1,040. L’urine laisse déposer un sédiment de couleur briquetée, toujours abondant, quelles que soient les boissons que prennent les malades , et quelles que soient les heures auxquelles on l’observe.
Bertbollet a remarqué le premier qu’â l’approche d’un paroxysme et pendant sa durée, l’urine contient une plus grande proportion d’acide que celle dès personnes d’une forte constitution, et en bien plus grande quantité que n’en ont les goutteux dans les circonstances ordinaires de la vie. Ce fait de l’acidité plus grande de l’urine a été confirmé par tous les observateurs qui se sont occupés de cette question depuis Bertbollet. Mais ce serait à tort, d’après Wollaston et Scudamore, que Bertbollet aurait attribué cet excès d’acidité à l’acide pbosphorique comme cet acide est combiné dans l’urine avec la chaux à l’état de sursel , et qu’il est difficile de dire à quoi tient l’acidité de l’urine , l’erreur de Bertbollet ne peut être rigoureusement démontrée.
Quoi qu’il en soit , il résulte des recherches de Wollaston ,
de Brandt et de Scudamore, que l’ urine dans l’attaque de goutte est riche en acide urique, en urates, en phosphates, que l’urée elle-même est prédominante, ainsi que le mucus ; en un mot , que la somme des principes solides que contient l’urine est augmentée.
Dans un accès de goutte aiguë , la smur s’établit aisément. . On a fait, sur les propriétés chimiques de ce produit d’exhalation , des recherches dont voici le résumé :
Berthollet a vu , pendant un accès de goutte , la transpiration rougir fortement le papier de tournesol. M. Turck a fait la même observation un grand nombre de fois. Cette remarque avait été faite également par Selle ; il dit dans l’appendice de sa Pyrétologie que les sueurs critiques des goutteux ont une odeur acide , très-prononcée, surtout aux extrémités affectées, et que les accès de goutte se terminent aussi par un vomissement de matières acides : Paroxysmus finitur madore partium et diaphoresi acidum odorem spiranti , vomitu materiœ acidœ.
A ces observations qui constatent l’acidité de, la sueur, il faut ajouter le fait suivant, observé par Hoffmann (1) :
« Un homme sujet à la podagre portait au doigt un anneau « composé avec un amalgame de mercure et de cuivre , et la « tuthie. Quelques jours avant l’attaque de goutte et pendant « toute sa durée , cet anneau contractait une noirceur livide , a qui se dissipait vers le temps du déclin de l’attaque , et faisait « place à sa couleur primitive. »
M. Turck (2) rapporte que , d’après la remarque de Coste , la sueur des goutteux donne quelquefois à l’argent une couleur noire. Ce fait, comme celui d’Hoffmann , fait croire à un développement d’acide suif hydrique.
On ne possède que très-peu d’observations sur l’état du sang dans la goutte aiguë ; il est probable que ce liquide est couenneux comme dans le rhumatisme articulaire aigu. Sydenham affirme qu’il ressemble très-souvent à celui qu’on obtient dans
(1) Barthez, Traité des mal. goutt., 1. 1, p. -49.
(“2) Traite de la goutte, p. 8.
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îe rhumatisme ou dans la pleurésie. Cependant, Scudamore (1) prétend que le sang des goutteux n’offre pas de couenne inflammatoire ; c’est un fait à vérifier. Cet auteur prétend que le caillot du sang des goutteux est remarquable par son volume , sa rougeur et sa consistance. Quant aux analyses chimiques, on n’en possède aucune de quelque valeur sur le sang des goutteux.
M. Turck dit seulement : « Ce sang jouit évidemment de qualités alcalines moins marquées que celui des autres individus ; le sérum qui s’en sépare a moins d’action sur le papier de curcuma et sur celui de tournesol rougi , comme je m’en suis assuré par quelques expériences , que chacun peut répéter facilement. »
Sanctorius avait remarqué que le sang des goutteux est épais, et que cette plasticité disparait par la transpiration. Dans l’aphorisme 88 de la section première, il dit : Humores poda~ gricorum etiam si crassissimi sint , solum per modum mporis resolvuntur.
Si l’on compare la description que nous venons de donner de l’accès de goutte aiguë avec celle du rhumatisme aigu , on trouve de nombreuses ressemblances ; ce serait à tort, toutefois, que l’on voudrait établir entre elles de l’identité. Les accès de goutte, en se reproduisant, laissent à leur suite des concrétions d’urate de soude et de chaux ; dans le rhumatisme , il y a simplement des épanchements de sérosité ou de fausses membranes. Ces deux maladies diffèrent essentiellement par leur tendance, et si elles sont constituées l’une et l’autre par le développement d’un état inflammatoire local et général, la cause qui le produit, et les conséquences qu’elles entraînent sont essentiellement différentes. Cependant , il peut être difficile de distinguer au moment où un accès se développe , s’il est de nature goutteuse ou rhumatismale. On sera conduit, en général , à penser (pi’il appartient à la première espèce , si l’inflammation occupe les articulations des orteils ou tout au moins celles des pieds, si l’accès que l’on a sous les yeux est la reproduction d’accès
Lôc. cif , p. 156.
antérieurs , et que ceux-ci aient été séparés par des intervalles à peu près égaux. On signale aussi comme propres aux inflammations goutteuses la turgescence des veines voisines de la jointure , la violence de la douleur , sa rémission , ainsi que celle de la fièvre pendant le jour , la coexistence de crampes, la desquammation consécutive de l’épiderme, et enfin les symptômes généraux, d’irritation du système nerveux.
Ces symptômes me paraissent très-distinctifs , mais je crois que c’est à tort que l’on a signalé l’œdème sousr-cutané et la rougeur des téguments comme propres à l’inflammation goutteuse des articulations. Il est très- vrai que l’on observe fort rarement cet œdème et cette rougeur dans le rhumatisme, lorsqu’il siège dans. le genou, dans le coude ou dans l’épaule; mais lorsqu’il occupe les petites articulations du pied ou de la main , et qu’en même temps il est intense , il s’accompagne également d’œdème dans le tissu cellulaire et de rougeur à la peau. Si ces derniers symptômes, sont plus fréquents dans la goutte que dans le rhumatisme, c’est uniquement parce que la première ne se manifeste ordinairement que dans les articulations super|cieUes.
Symptômes et marche de la goutte chronique.
Si la goutte chronique s’établit quelquefois d’emblée , sans être précédée d’accès de goutte aiguë , le plus souvent elle est la suite d’une succession d’attaques ; les articulations qu’elle envahit sont le siège de douleurs , en général plus aiguës la nuit que le jour ; un froid habituel se fait sentir autour d’elles ; quelquefois , cependant , le malade y ressent des alternatives de chaud et de froid ; leurs mouvements sont difficiles , leurs veines dilatées , les tendons et les muscles qui les avoisinent, quelquefois saisis de convulsions et de crampes. Tous ces symptômes s’aggravent lorsque des concrétions goutteuses se sont formées , soit autour des capsules synoviales , soit dans l’intérieur des articulations. Celles-ci deviennent alors noueuses et inégales , et environnées qu’elles sont d’une sorte 4e virole, elles cessent de pouvoir exécuter aucun mouvement.
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Cependant , à la suite des tuméfactions qui se font dans un sens et des ulcérations dans un sens opposé, les os changent de direction et offrent les déformations les plus étranges.
Dans la période la plus aYancée de la maladie , les concrétions goutteuses viennent faire saillie au-dessous de la peau , celle-ci s’enflamme et s’ulcère, et la matière tophacée s’échappe à travers l’ouverture qu’elle présente.
Cependant, les fonctions digestives sont altérées à des degrés divers, le sommeil est troublé ; le malade est irritable, il a souvent de la dyspnée et des palpitations ; sa peau est sèche au toucher , peu disposée à la transpiration, ainsi que l’ont prouvé les expériences de Sanctorius.
M. Turch (l) prétend avoir observé sur lui et sur d’autres goutteux, que la transpiration cesse d’être acide , ou du moins ne l’est que faiblement dans l’intervalle des accès. J’ajouterai que , suivant Pecklin et Kerckringius, la sueur des goutteux donne, après son évaporation, une grande quantité de matière blanchâtre et concrète, qui a la consistance du tartre (2).
Bertbollet a reconnu que l’urine des goutteux, dans l’intervalle des accès , contient moins d’acide que dans l’état normal.
Turck et Scudamore sont arrivés aux mêmes résultats , et se sont assurés , par des analyses précises , que dans les mêmes circonstances, il y avait une notable diminution, et , dans quelques cas même , une absence complète d’acide urique dans les urines des goutteux.
Si l’on est appelé auprès d’un malade] qui présente les symptômes que nous venons d’indiquer , comment reconnaître qu’il est réellement goutteux ? comment distinguer son état de ceux qui peuvent être confondus avec lui et en particulier du rhumatisme chronique ? Ces difficultés varient singulièrement , suivant l’époque à laquelle on observe le malade. Obscur dans les premiers'temps de la maladie, le diagnostic est facile lorsqu’il existe des ulcérations, et qu’à travers les trajets fistuleux sortent des concrétions plâtreuses , blanches , friables , dans lesquelles
(i) L. c., page 107.
(,2) Barlhez, 1. 1, p. 12.
on peut reconnaître l’acide urique. Pour s’assurer de l’existence de cet acide , on broie les concrétions goutteuses avec l’acide nitrique , on place ce mélange sur un verre de montre , et on l’expose à une douce chaleur. Lorsque la dessiccation est complète , il se produit une belle couleur pourpre , caractère distinctif de l’acide purpurique que produit l’acide urique en se combinant avec l’acide nitrique.
Le diagnostic est un peu moins facile lorsque les tumeurs ne sont point ulcérées ; on peut cependant les reconnaître alors aux caractères suivants : elles entourent plusieurs articulations, elles sont dures comme un os^, elles déforment étrangement les jointures autour desquelles elles se sont développées ; leur apparition a été lente et s’est accompagnée de tous les symptômes propres à la goutte.
Mais si le caractère goutteux de la maladie est facile à reconnaître lorsque les concrétions topbacées se sont déjà produites en abondance ; il n’en est pas de môme lorsqu’il y a simplement tendance à ces sécrétions d’urate de soude. Dans ces cas, le diagnostic ne peut être établi que d’une manière plus ou moins douteuse , et l’on peut rester incertain sur la question de savoir si l’on a affaire à la goutte ou au rhumatisme chronique.
On aura tout lieu de penser qu’il s’agit de la goutte , s’il y a eu des accès d’inflammation aiguë des articulations , offrant tous les caractères que nous avons signalés comme appartenant en propre à la goutte aiguë ; si le malade est replet, d’une forte constitution;, s’il mène une vie sédentaire , s’il se livre habituellement à la bonne chère , s’il n’a pas été exposé à l’influence de l’bumidité, etc. Le diagnostic acquerra un nouveau degré de probabilité , si les digestions sont altérées, et surtout si le malade compte dans sa famille des individus chez lesquels la disposition goutteuse se soit manifestée avec évidence par la production de concrétions topbacées.
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Causes.
La goutte ayant des caractères spéciaux doit avoir des causes spéciales. On ne peut pas admettre que les causes ordinaires des rhumatismes , telles que les refroidissements , l’action de l’humidité, le dérangement des fonctions cutanées qui en est la conséquence, puissent produire la sécrétion de l’urate de soude dans l’épaisseur de nos tissus.
Depuis ’plus de 15 ans que j’observe des malades dans les hôpitaux et que j’y fais des autopsies, je n’ai pas eu l’occasion une seule fois d’y rencontrer des goutteux ; cependant , parmi les malades que j’y ai observés , il en existe des centaines qui ont été soumis à toutes les variétés de refroidissement, par l’im- — pression d’un air froid ou par l’immersion dans l’eau froide , qui ont séjourné dans des maisons neuves ou dans des habitations humides ou mal aérées.
Dans ces circonstances si variées, les malades ont été soumis à toutes les causes qui modifient les fonctions de la peau , et si ces modifications pouvaient disposer aux sécrétions d’acide urique, combien de fois ne les aurais-je pas rencontrées?
Ces observations, conformes de tous points à celles des praticiens qui ont exercé la médecine et la chirurgie dans les hôpitaux , ne laissent aucun doute sur l’erreur de ceux qui ont attribué la goutte à un trouble dans les fonctions cutanées. D’où peut venir cette erreur? On peut l’attribuer à deux causes : 1® A ce fait journellement observé et signalé par Barthez , Scudamore , etc. , qu’un refroidissement est souvent la cause du retour des accès de goutte ; 2° à ce que l’on a confondu avec la goutte des maladies analogues , différentes cependant , et qui avaient été produites par l’action de l’humidité.
Mais de ce qu’une cause réveille les accès d’une maladie , il faut bien se garder d’en conclure qu’elle puisse produire la maladie elle-même. Lorsqu’il existe une épidémie de choléra , de dyssenterie , de fièvre typhoïde , des refroidissements peuvent être la cause déterminante de l’une de ces maladies chez
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IHALADIES DES ARTICULATIONS.
des personnes qui , sans ce refroidissement , n’en auraient pas été probablement atteintes. Cependant, l’on ne peut pas considérer le refroidissement comme cause du choléra ou de la djssenterie. Sans l’influence épidémique, il n’aurait produit aucun effet , ou bien il aurait produit un effet différent ; son rôle s’est borné à mettre en jeu les dispositions morbides dont l’existence était indépendante de lui. Quand on est bien pénétré de cette vérité qu’une influence extérieure qui réveille un mal assoupi , peut être différente de la cause du mal luimême , on est conduit à ne pas confondre un refroidissement qui détermine le retour des accidents de goutte avec la cause de la goutte elle-même.
La difficulté que l’on éprouve souvent , surtout au début de la maladie, à distinguer la goutte du rhumatisme, a sans doute puissamment contribué à faire jouer un grand rôle aux troubles des fonctions cutanées dans la production de la première de ces maladies. Cette difficulté de diagnostic fait que tous les cas douteux où des refroidissements ont été le point de départ du mal, ne peuvent être invoqués comme preuve de l’opinion contraire à celle que nous soutenons. Et sans doute, si l’on ne tient compte que de ceux où le diagnostic n’offrait aucune incertitude, l’on ne peut en trouver aucun qui puisse rigoureusement démontrer que des refroidissements puissent être cause de la goutte véritable , de la goutte avec sécrétion des produits qui , dans l’état normal , sont propres à la sécrétion rénale.
L’idée que la goutte peut dépendre d’écarts de régime qui ont amené une inflammation de l’estomac , n’est pas plus en rapport avec les faits , que celle qui 'attribue la goutte à des refroidissements. Tous les jours les gens du peuple irritent leur estomac par des boissons alcooliques ; tous les jours on en voit qui éprouvent des indigestions , etc. , et cependant la goutte ne s’observe pas chez eux. Les irritations de l’estomac peuvent renouveler des accès de goutte , mais ces causes ne sont qu’occasionnelles , et l’on peut dire à leur sujet ce que nous disions plus haut sur la nécessité de distinguer les influences qui activent la manifestation de certaines dispositions morbides de celles qui créent ces prédispositions.
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La goutte est souvent héréditaire ; il est même peu de maladies où la transmission du père aux enfants paraisse plus évidente ; mais lorsqu’elle est accidentelle , sa cause spéciale se trouve incontestablement dans une alimentation animale et abondante, combinée avec une vie sédentaire. On sait que les aliments tirés du règne animal et surtout les viandes faisandées, le gibier, etc., font pénétrer abondamment dans l’organisme les matériaux nécessaires à la formation de l’acide urique , et que cet acide prédomine dans l’urine à la suite des repas copieux , et dans lesquels on s’est nourri de viandes et fait usage de boissons alcooliques. La vie sédentaire , tout en contribuant à ren- , dre les digestions plus difficiles, diminue les sécrétions cutanées et urinaires , de telle sorte que les matériaux trop abondants qui servent à l’alimentation ne sont point éliminés par leurs émonctoires naturels. Quoiqu’il en soit de ces explications, il est certain que la goutté acquise ne s’observe que chez les personnes riches, adonnées à la bonne chère et à la vie sédentaire ; on ne la rencontre jamais dans les classes pauvres, qui se nourrissent mal, et qui s’adonnent à des travaux pénibles ; ses causes sont les mêmes que celles de la gravelle d’acide urique avec laquelle elle coexiste souvent. J’ai entendu raconter à M. Viricél , de Lyon, que les émigrés, qui étaient fiffectés de la goutte , virent pour la plupart leurs souffrances disparaître au milieu de la vie agitée et pleine de privations qui succéda à la vie calme et confortable qu’ils menaient dans leurs châteaux. Chez un grand nombre d’entre eux , les accès de goutte ne tardèrent pas à se faire sentir lorsqu’ils reprirent le genre de vie auquel ils avaient été momentanément arrachés. On se rappelle à ce sujet les paroles si souvent citées de Sydenham :
« Ce qui doit me consoler , ainsi que les autres goutteux qui n’ont ni grands biens , ni grand génie , c’est de voir que des princes , des généraux d’armée , des amiraux , des philosophes et plusieurs autres hommes illustres, ont vécu et sont morts de la sorte ; en un mot, la goutte a cela de particulier, et qu’on ne trouvera dans presque aucune autre maladie , c’est qu’elle tue plus de riches que de pauvres , et plus de gens d’esprit que de stupides. »
MALADIES DES ARTICULA TiOKS.
La goutte n'est pas seulement une maladie des articulations , c'est une maladie générale de V organisme.
Cette proposition , pour être démontrée vraie , doit être étudiée dans la goutte aiguë et dans la goutte chronique.
Dans les accès de goutte aiguë, il est impossible de nier que l’organisme tout entier ne soit affecté et que l’on n’ait affaire à une maladie générale. Plusieurs articulations sont souvent prises à la fois, le pouls est accéléré , il y a une fièvre inflammatoire, le système nerveux est irrité^ les digestions sont troublées, et toutes les sécrétions, jusqu’à présent étudiées, offrent, comme nous l’avons vu, les altérations les plus remarquables.
Dans la goutte chronique , la constitution tout entière n’est pas moins affectée qu’elle ne l’est dans la goutte aiguës P L’observation clinique démontre que chez les goutteux il n’est pas d’organe intérieur qui ne puisse être affecté en même temps que les articulations , et offrir certains symptômes caractéristiques de l’état goutteux. 2® Les sécrétions, jusqu’à présent étudiées dans la goutte, sont altérées ; les sueurs, les urines contiennent moins de leurs principes propres , elles ont moins d’acidité que dans l’état normal. 3® Il n’est pas de parties des membres dans lesquelles on n’ait observé des concrétions goutteuses, et .souvent les organes affectés simultanément sont si nombreux, qu’il n’est pas une seule articulation qui ne soit altérée. 4® Enfin, la cause qui produit la goutte agit si généralement, que chez un goutteux, il n’est pas une partie du corps qui, venant à être contuse, par exemple, ou exposée au froid, ne devienne le siège des symptômes caractéristiques de la goutte.
Traitement.
Ce traitement doit être étudié séparément, dans les attaques de goutte aiguë et dans la goutte chronique.
Traitement de l’attaque de goutte aiguë.
Lorsque l’accès est régulier ^ que les douleurs et l’inflammation locales ne sont pas très-intenses , et que la fièvre générale n’est pas vive , on ne doit recourir à aucun traitement actif.
DE LA GOUTTE
Le repos, le séjour au lit , les boissons calmantes , la dicte végétale suffisent ordinairement. Suivant le conseil donné par Scudamore , il ne faut pas entourer les articulations malades de coton recouvert de taffetas ciré , de bandes de flanelle. Tous ces corps, mauvais conducteurs du calorique, ne peuvent qu’augmenter la congestion sanguine et la douleur.
Si les articulations sont le siège d’une fluxion douloureuse , accompagnée de gonflement inflammatoire , que la fièvre soit allumée, la méthode expectante peut-elle suffire?
Quelques auteurs répondent à cette question par l’affirmative. Considérant les attaques de goutte comme une sorte de maladie critique, nécessaire, disent-ils , pour corriger la crase vicieuse du sang , ils conseillent d’éviter tout ce qui pourrait en entraver la marche naturelle et régulière ; cette opinion n’a jamais pu prévaloir dans la pratique. Dans le cas que nous examinons , les souffrances des malades sont trop vives pour qu’ils ne réclament pas énergiquement l’emploi de moyens propres à les soulager. Une saine théorie conduit aussi à la rejeter. Quand on sait que chaque attaque nouvelle de goutte laisse les articulations plus altérées qu’elles ne l’étaient auparavant , qu’il reste à sa suite des épanchements plus considérables , des ulcérations de cartilages plus étendues ; quand on sait que cette aggravation des lésions locales est proportionnée à l’intensité de l’attaque, on comprend la nécessité de modérer celle-ci autant que possible. Sans doute, aucune méthode ne permet de la faire avorter, et si cette méthode existait , probablement il ne faudrait point y avoir recours , mais on peut modérer l’inflammation , ramener une attaque forte au degré des attaques faibles. Ce but peut être atteint, et l’on doit s’appliquer à y parvenir.
Les moyens qui se présentent le plus naturellement sont ceux que nous avons préconisés dans le rhumatisme articulaire aigu, c’est-à-dire les saignées plus ou moins répétées, les applications locales de sangsues, les boissons tempérantes, etc.
La saignée a été recommandée par Boerhaave, Van-S wieten, Barthez ; Sydenham, cédant peut-être à cette disposition qu’ont tous les hommes affectés d’une certaine maladie , de juger de la valeur, d’un remède par les effets qu’ils en obtiennent sur
MAL AMES CES ARÎICüLAÏîONSi
eux-mêmes, a rejeté la saignée d’une manière presque absolue dans l’attaque de goutte ; il la conseille , toutefois , chez: ceuk qui sont jeunes et qui ont abusé des boissons alcooliques. Sans doute , ce moyen énergique doit être employé dans la période d’augment, et, suivant le conseil de Van-Swieten , il faut y revenir, môme plusiéurs fois , si le sujet est d’un tempérament sanguin, d’une forte constitution, si les symptômes inflammatoires sont intenses , et s’ils persistent après une première saignée. Les sangsues appliquées spécialement au-dessus du siège du mal contribuent à calmer les douleurs et l’inflammation; elles peuvent être employées en grand nombre,. suivant le conseil donné par Paulmier , qui le premier a employé ce moyen avec quelque hardiesse. Sans doute , il est des cas où les sangsues ne sont point applicables , chez les vieillards , par exemple, mais ce n’est pas une raison pour en rejeter l’emploi d’une manière absolue , ainsi que le fait Scudamore (1) ; rien
(1) Scudamore [Traité du rhumatisme et de la goutte, 1. 1, p. 328) blâme l’usage des sangsues dans l’arthrite aigue de nature goutteuse; il a reconnu, ditil, que la saignée locale est non seulement inutile, mais nuisible. Il a vu dans quelques cas, après l’application des sangsues, l’inflammation se transporter subitement sur l’autre membrci Suivant lui, l’augmentation de la douleur et de l’irritation inflammatoire suit de temps en temps l’application des sangsues, et souvent celles-ci entraînent un accroissement de la débilité des parties et un œdème incommode et de longue durée. Il n’a jamais expérimenté ni les vésicatoires, ni les excitants que ses théories ne le conduisent pas à adopter.
Dans l’inflammation aiguë des orteils, les pédiluves chauds doivent être rejetés. Dans deux cas, il a va l’emploi de ce moyen être suivi d’une rapide extension de la goutte à plusieurs grandes àrticuîâlions, et les accès furent d’une trèslongue duréè.
Les fomentations de décoction de pavots et la vapeur d’eau chaude Imprégnée ' d’herbes aromatiques, ont rarement produit un bon résultat; le plus souvent elles Ont été employées avec un désavantage manifeste. L’auteur blâme le bain d’acide muriatique, ainsi que l’emploi de l’air chaud obtenu par là combustion de l’alcool, et qu’on fait pénétrer au-dessous des couvertures. Ces moyens ont, suivant lui, une action trop locale, gcudamore rejette l’emploi des cataplasmes de mie de pain et de safran bouilli dans du lait, auxquels on ajoute une petite quantité d’huile de rose. L’expérience lui a appris que les cataplasmes augmentaient le gonflement œdémateux.
Après avoir rejeté ainsi successivement la plupart des moyens proposés dans les inflammations aiguës, moyens auxquels il faut ajouter l’emploi de l'eau
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ne prouve que l’influence qu’il leur attribue sur la rétrocession de la goutte soit fondée, et sans doute dans les cas où elles ont augmenté , comme il l’a vu , l’irritation et la douleur , elles avaient été appliquées sur le siège du mal, et non au-dessus , comme le recommande Barthez.
Indépendamment des agents médicamenteux dont nous ve^ nous de parler , l’on peut recourir à l’emploi intérieur et extérieur de l’eau froide. Ce moyen, que l’on a expérimenté à peine dans le rhumatisme aigu , a été l’objet de nombreuses recherches dans les attaques de goutte depuis Hippocrate jusqu’à nos jours. Je vais analyser ces travaux , car ils me paraissent d’une haute importance.
froide, dont il redoute l’influence répercussive, et qu’il suppose appliquée d’une manière continue, Scudamore n’admet, comme traitement localj que l’emploi des deux moyens suivants : l’application sur les parties malades de cataplasmes de mie de pain bouillie dans de l’eau, dont on exprime toute la partie aqueuse et qu’on humecte ensuite avec une lotion spiritueuse camphrée ; 2® des applications de compresses trempées dans cette lotion, formée d’une partie d’alcool et de trois parties d’une mixture camphrée. Parmi les occasions nombreuses où il a fait usage de cette méthode, il n’à vu que deux cas où les douleurs n’aient pas diminué. "
il est à noter que Scudamore, en blâmant les moyens généralement employés, ne tient pas compte des divers procédés que l’on peut suivre dans leur emploi, x M. Turck {Traité de la goutte, p. 440) blâme avec Scudamore les applications narcotiques, les cataplasmes émollients, le taffetas gommé, la flanelle, etc.; il reproche à ces moyens, d’une part, d’être inférieurs à ceux qu’il conseille, de l’autre, de prolonger l’accès et d’en faciliter le retour, tout en en diminuant l’acuité.
Cet auteur est un de ceux dont les idées sur la nature et la thérapeutique de la goutte sont le plus nettement formulées. Suivant lui, il faut favoriser toutes les sécrétions acides, et tâcher de ralentir toutes les sécrétions alcalines. Il rejette donc les purgatifs comme provoquant la diarrhée, c’est-à-dire la sécrétion de matières alcalines ; il recommande l’emploi de l’opium lorsqu’il y a diarrhée. Il conseille les boissons sudorifiques et diurétiques , telles que la tisane de bourrache, de fumeterre, auxquelles on ajoute un demi-gramme ou un gramme de nitrate de potasse ou de bicarbonate de soude. Il recommande d’une manière spéciale des lotions alcalines, sur toute la surface du corps, avec la dissolution d’aluminate de potasse, employée tiède dans les temps froids, et à la température de l’air dans lés temps chauds. Ces lotions doivent être renouvelées plusieurs fois par jour, et, immédiatement après les avoir pratiquées, il faut avoir .soin de coucher le malade dans un lit chaud.
MALADIES DES ASTICÜLATÎONS.
« La boisson de l’eau froide, dit Barthez (1), est d’une efficacité reconnue pour calmer les douleurs violentes d’une attaque de goutte, aussi bien que pour tempérer la soif et l’ardeur qui y sont quelquefois insupportables.
a Rondelet me parait être le premier qui ait regardé la boisson d’eau froide comme spécifiquement utile dans la goutte, Vanderbeyde dit qu’il n’est point de remède plus puissant pour prévenir l’accès de goutte, et pour le guérir, lorsqu’il a déjà commencé. Quoique cet éloge soit exagéré, Vogel a recommandé ce remède avec juste raison, et j’en ai vu souvent les
meilleurs effets . . •
« Cependant l’eau froide ne doit pas être employée lorsque la soif et la fièvre sont fortes, et l’on doit en éviter l’excès, de peur de fatiguer l’estomac.
« Hippocrate dit que l’eau froide, versée abondamment sur les parties goutteuses des articulations, soulage la douleur, qu’elle résout, en produisant un engourdissement modéré; Galien a confirmé la même chose. ^
« Sanctorius , tout en avançant que l’eau froide, versée abondamment sur les tumeurs goutteuses, offense les articulations et empêche la résolution qui doit dissiper la goutte, ajoute qu’elle est moins nuisible par ces effets, qu’utile en détruisant la douleur, ce qui fait cesser aussitôt la fluxion, et rétablit le sommeil.
« Prosper Martianus dit que les topiques froids, en fortifiant la partie affectée, aident l’expulsion de l’humeur goutteuse et préviennent la génération des duretés et des tufs.
Barthez insiste pour que l’affusion d’eau froide ne fasse pas tomber la chaleur des parties souffrantes, et il approuve le conseil donné par Houillier, de ranimer les parties par des réchauffants, après y avoir jeté de l’eau froide.
« Dans une attaque de goutte, Loubet, ayant ses pieds affectés d’érysipèle avec d’extrêmes souffrances, se détermina à mettre les pieds et les jambes dans l’eau froide, où il les laissa jusqu’à ce que l’eau fut dégourdie. Après s’être fait essuyer, il
(1) Barthez, Traité des maladies goutteuses, tome I, p. 96 et suiv.
DE LA GOUTTE
se remit au lit et s’endormit profondément. S’étant réveillé avec une transpiration abondante, qui dura plus de quinze heures, il se trouva libre et marcha le lendemain sans ressentir de douleur.
« Pechlin rapporte qu’un goutteux se délivra de ses douleurs de podagre, en frottant ses pieds avec de la neige et marchant ensuite sur la neige.
« Musgrâve â vu aussi que l’immersion des pieds dans l’eau froide, quoique très-souvent pernicieuse dans l’attaque de podagre, a eu chez plusieurs personnes l’effet de la dissiper trèspromptement. »
 ces citations que j’emprunte à Barthez j’en joins quelques autres encore que j’extrais dü Compendium de médecine pratique de MM. Monneret et Fleury.
« L’illustre Harvey ne manquait jamais à chaque accès de plonger sa jambe dans un seau d’eau bien fraîche et de dissiper les douleurs. Heberden, qui tenait ce fait des parents du célèbre physiologiste, ajoute qu’il n’en vécut pas moins jusqu’à un âge fort avancé. Floyer, Homberg, Hetsch, Marcard, ont beaucoup préconisé l’emploi du froid sur les jointures. Gianniüi en a fait,> avec le quinquina, la base du traitement qu’il considère comme spécifique ; il veut que les immersions soient passagères et momentanées : « A peine le malade est-il assis dans le bain, que j’exige qu’il en sorte, préférant plutôt avoir recours à Une seconde immersion, également momentanée, que de prolonger trop la première . Lès immersions froi¬
des, dont le but est d’enlever le gonflement et l’inflammation des articulations, devront non-seulement être courtes^ mais même pas très-froidés ou à la glace, comme je l’ai vu pratiquer dans un cas de goutte . Giannini craint avec raison,
ou une réaction trop vive, ou une dépression dont le malade ne pourrait se relever (1). »
Tant de travaux faits par des auteurs si compétents, et dont plusieurs étaient affectés de la goutte, conduisent à attacher une haute importance à l’emploi interne et externe de l’eau froide
(1) De la goutte et du rhumatisme, p. 101 y ia-12. Paris, 1810.