‹ Traité des maladies des articulationsChapitre 24 sur 74 · Tome · texte numérisé non relu

Tome

MALADIES DES ARTICÜLATIONJ.

plus commode, mais peut-être moins efficace, on remplit des sachets piqués, de sable ou de cendres chaudes, et on les place comme des cataplasmes autour des articulations. Sitôt que ces sachets deviennent un peu humides , on les chauffe et on les dessèche pour les appliquer de nouveau. Les cendres de bois , soit à cause de leur propriété alcaline , soit parce qu'elles conservent plus longtemps la chaleur , paraissent en général préférables au sable qui ne peut agir que par sa température. M. Viricel recommande de ne jamais employer les applications sèches et chaudes, lorsque les^articulations sont le siège de congestions actives et d’inflammations aiguës. Elles ne pourraient , dans ces cas , qu’augmenter l’irritation ; suivant lui ^ le moyen le plus convenable dans ces étals inflammatoires est l’emploi prolongé d’un cataplasme que l’on trouve recommandé dans de vieilles pharmacopées sous le nom de cataplasme de mille feuilles, moyen que la délicatesse de nos mœurs médicales permet difficilement d’appeler par son nom. Il faut l’autorité imposante de l’homme que nous citons, pour nous décider à parler de ce moyen ; mais M. Viricel en a vu des résultats si marqués dans les engorgements douloureux et inflammatoires qui se surajoutent fréquemment à des tumeurs fongueuses , il nous a cité tant de faits qui démontrent l’utilité de son emploi , que nous avons cru devoir le signaler, au moins à ceux qui habitent les campagnes , et qui ne peuvent disposer en général que de ressources très-bornées ; qu’on le remarque, du reste, les substances que nous avons recommandées, tome p. 310, dans les inflammations aiguës des jointures, primitives ou entées sur des états chroniques, sont des cataplasmes émollients par leur température et l’humidité qu’ils contiennent; toniques et excitants par les substances dont ils sont composés. Quand l’expérience a démontré la supériorité de ces moyens sur les émollients, n’est-on pas conduit à penser que des théories incomplètes doivent céder devant l’autorité des faits recueillis Jpar un empirisme heureux?

Sans aucun doute, un massage doux et prolongé pourrait être pratiqué avec avantage dans les tumeurs fongueuses du genou sans suppuration. On embrasserait l’articulation avec

tüMÈÜSS FONGUEUSES DU GENOU. 2^7

iés quatre derniers doigts de ehaque main, et avec les deux pouces l’on pratiquerait sur elle des frictions douces et prolongées, chaque jour, pendant 10 minutes à un quartd’heure. Ces frictions , d’abord assez légères pour agir seulement sur la peau et le tissu cellulaire sous-jacent, seraient exercées avec une force graduellement croissante , de manière que toutes les parties profondes situées entre la peau et les os fussent successivement soumises à des pressions et à des mouvements. Ces manœuvres faciliteraient l’absorption des liquides en les exprimant des cellules où ils sont contenus ; elles rétabliraient le glissement des parties molles les unes sur les autres, et, sans doute, elles amortiraient, comme nous avons vu que cela avait lieu dans les entorses, la sensibibté des parties douloureusesi Aucune articulation ne nous paraît plus favorablement disposée qne celle du genou pour ressentir les effets du massage. La synoviale se prolonge tout autour de la rotule, assez superficiellement et dans une étendue assez considérable pour qu’elle puisse être soumise aux pressions et aux mouvements que produisent les doigts de l’opérateur.

Je termine par l’histoire succincte d’un malade que je traite en ce moment par l’ensemble des méthodes que je conseille dans les tumeurs fongueuses simples, elle permettra de juger avec quelle rapidité cette combinaison de moyens peut améliorer l’état des malades.

Observation. — L’enfant qui fait le sujet de cette observation est âgé de 6 ans; sa constitution, quoique' un peu lymphatique, est naturellement bonne, elle s’est altérée par le séjour durant la nuit dans un appartement frais et humide. La maladie du genou a débuté vers l’âge de 4 ans. Pendant la première année, l’on n’a remarqué que de la difficulté dans la marche et des douleurs qui se faisaient sentir lorsque le malade avait marché longtemps. Pendant la seconde année, le genou est devenu extrêmement volumineux ; cette tuméfaction a paru produite par un épanchement de sérosité dans la jointure. A la suite de l’application de vésicatoires, de mouches de Milan, et de l’emploi de la compression, le liquide s’est résorbé, mais le genou est resté volumineux et empâté, comme on le voit dans les tumeurs fongueuses. Au commencement de la troisième année du mal, l’enfant pouvait à peine faire quelques pas, le genou était le siège d’une chaleur brûlante ; il y avait une luxation légère du tibia en arrière et en dehors ; la jambe faisait avec la cuisse un angle ouvert

en dehors ; l’extension et la flexion complète étaient impossibles. Avec le gonflement et l’empâtement général de toute la jointure, qui formait comme une boule au milieu du membre amaigri, coexistait une fluctuation circonscrite au côté externe de l’articulation ; cette fluctuation me fit craindre le développement d’un abcès. Voici le traitement qui a été suivi :

Dès le début du traitement, 1" novembre 1844, emploi de la gouttière représentée planche XIV, fig. 3. Cette gouttière est placée seulement pendant la nuit ; un coussin situé au côté externe de la jambe, et un autre placé au côté interne de la cuisse, servent à ramener, lorsqu’on serjrla gouttière, la jambe et la cuisse dans leurs rapports naturels. Chaque jour on administre une douche de vapeur chaude qui est prolongée pendant 8 à 10 minutes. Après la douche de vapeur chaude, douche de vapèaE— froide qui dure une minute seulement. Pendant le jour, on permet au malade de marcher dans l’appartement, et l’on imprime des mouvements artificiels de flexion et d’extension à la jambe, sur la cuisse, au moins pendant 6 à 7 minutes ; l’enfant est mis à l’usage de l’huile de foie de morue, à la dose d’une cuillerée à bouche chaque matin, après laquelle il boit une demi-tasse d’infusion de glands de chêne torréfiés ; il habite un appartement très-sec.

Ce traitement est continué sans interruption pendant trois semaines; les trois semaines suivantes l’intensité du froid oblige d’interrompre l’usage des douches. On continue l’emploi de la gouttière, les mouvements artificiels et l’huilè de foie de morue ; les douches sont remplacées par des cautérisations pratiquées tous les 3 ou 4 jours sur le genou avec le crayon de nitrate d’argent. Ces cautérisations sont suivies d’un suintement considérable de sérosité.

Pendant les septième et huitième semaines, on suspend les cautérisations, et l’qn pratique le massage chaque jour pendant 8 à 10 minutes, et l’on applique durant la nuit des cataplasmes de farine de graines de lin délayée dans de l’eau-de-vîe saturée de camphre.

Sous l’influence de ces moyens, dont chacun est destiné à remplir une indication spéciale, l’amélioration a été graduelle, rapide et régulière sous le rapport de l’état général et de l’état local ; la forme normale du membre s’est peu à peu rétablie, la chaleur brûlante a disparu, le gonflement a diminué presque entièrement, la peau a repris sa mobilité ; les mouvements de la jambe se sont rétablis en grande partie, et l’enfant, vers la fin du deuxième mois, a pu faire des courses de plus d’un quartd heure, tandis qu’au début du traitement il pouvait à peine faire quelques pas sans douleur. Je ne doute pas qu’on n’arrive à une guérison complète en employant avec quelques modifications le traitement qui a été mis jusqu’à présent en usage.

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