DES DÉPLACEMENTS CONSÉCUTIFS DU GENOU
Les déplacements du genou consécutifs à des lésions organiques sont de deux sortes : dans les uns, les os changent de rapports, il se produit une véritable luxation ; dans les autres, les surfaces articulaires s’ulcèrent ou s’affaissent d’un côté, le genou s’infléchit, mais dans la difformité qui se produit alors les os conservent leurs rapports entre eux.
Les luxations consécutives sont fréquentes, ’à cet état où les os ne sont que médiocrement éloignés de leurs rapports normaux; elles ne sont que rarement assez étendues pour frapper à première vue l’attention de l’observateur. Les variétés qu’elles présentent sont nombreuses, mais ne sont pas exactement semblables à celles des luxations traumatiques. Tandis qu’à la suite des violences extérieures^, le tibia peut se déplacer en dedans , je ne sache pas qu’on l’ait jamais vu se luxer de ce côté, à la suite des lésions organiques. Il est à remarquer aussi que les luxations spontanées les plus fréquentes sont celles où la jambe se porte en arrière et en dehors en même temps qu’elle éprouve un mouvement de rotation dans ce dernier sens, et que ce genre de déplacement est très-rare, si même il existe, ce dont j’ai lieu de douter, à la suite des violences extérieures. Quoiqu’il en soit, l’on peut observer à la suite des maladies du genou : 1° la saillie du genou en dedans sans luxation ; 2® la luxation du tibia en avant ; 3® la luxation dn tibia en arrière ; 4® la luxation du tibia en arrière et en dehors avec rotation de la jambe dans ce dernier sens.
Saillie du genou en dedans, sans luxation.
La saillie du genou en dedans dépend assez fréquemment, comme nous le verrons plus ^loin, de la luxation du tibia en dehors. L’extrémité inférieure du fémur proémine seule alors au côté interne de l’articulation, et au-dessous d’elle existe un enfoncement plus ou moins considérable. Cependant il est des cas, rares à la vérité; où le genou fait une saillie plus ou moins
MALADIES DES aRTICüLATIONS.
considérable en dedans , sans qu’il y ait cependant aucune ç luxation ; cet état a été observé sur la malade qui fait le sujet
f delafig. .1, pl. Yï, etc. Chez elle le tibia formait avec le
fémur un angle obtus qui ne s’éloignait pas de plus de 30 à 40 degrés de l’angle droit. Cependant, à l’autopsie, l’on a trouvé les os dans leurs rapports normaux ; il y avait seulement au côté externe de l’articulation une ulcération cunéiforme des surfaces articulaires du tibia et du fémur, telle que lorsque l’on eut opéré le redressement de la jambe sur la cuisse, il y avait en dehors un intervalle entre les os de 3 centimètres à peu près. J’ai dit que chez cette malade la saillie du genou en dedans s’était produite à la suite d’une position vicieuse dans laquelle le membre avait reposé longtemps sur le côté interne du pied et de la jambe.
Si] l’on n’observe jamais la luxation dn tibia en dedans, ce n’est pas, comme on vient de le voir, parce que la position qui pourrait la produire, c’est-à-dire, celle où le malade appuie le membre sur le bord interne du pied, ne s’observe jamais; c’est ^ probablement parce que l’extrémité inférieure du fémur tend à se porter en dedans aussi bien que l’extrémité inférieure du tibia. Les surfaces articulaires continuent donc à rester en rapport, et la déformation se réduit à la saillie du genou en dedans et à l’ulcération des surfaces articulaires dans le lieu où elles pressent les unes contre les autres. La tendance du fémur à se porter en dedans doit être attribuée, d’une part, à sa direct tion naturelle qui est de haut en bas et de dehors en dedans, ^ et de l’autre, à la disposition de son extrémité inférieure qui V est telle que le condyle interne est plus saillant que le condyle ,h externe.
Luxation du tibia en avant.
i Cette luxation est très-rare, je ne l’ai jamais observée. Le seul cas que je connaisse est celui qu’a cité A. Cooper (1).
a Quelquefois, dit cet auteur, les déviations les plus remarquables sont produites par l’irritation et l’action spasmodique
(1) OEuvres compl., traduction française, p. 37.