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MALADIES DES AaTICULÂTION».
lorsque, par suite du mouvement forcé, le fond de cette cavité a été incomplètement abandonné. Dans les expériences que l’on fait sur l’articulation coxo-fémorale, on est frappé de cette influence de la pression de l’air ; elle est telle, en effet, qu’après avoir incisé circulairement la capsule , on voit les surfaces articulaires demeurer néanmoins dans un contact parfait.
Si l’on fait cesser ce contact en portant le membre dans une adduction forcée ou dans la rotation en dedans, on voit les débris de la capsule et des parties molles environnantes se précipiter dans la cavité cotjloïde pour en combler le vide instantané. Cet emboîtement parfait des surfaces est dû à la présence du bourrelet cotyloïdien.
En effet, le cercle élastique qu’il représente semoule exactement sur les contours de la tête articulaire au-delà de son plus grand diamètre, de manière à former une sorte de collier qui emprisonne la tête du fémur dans la cavité cotjloïde. Il est impossible de ne pas admettre que, sur le vivant comme sur le cadavre, cette disposition anatomique ait une influence véritable pour empêcher le déplacement de la tête fémorale et pour donner lieu à des phénomènes particuliers occasionnés par la pression de l’air. Des épanchements de sang doivent se faire dans la cavité cotyîoïde , les débris de la capsule et des muscles déchirés doivent y être entraînés au moment des luxations traumatiques de la hanche, pour tombler immédiatement le vide laissé par le déplacement de la tête du fémur.
Quant aux déchirures de muscles que j’ai signalées et à celles que j’aurai occasion de signaler encore, on peut se demander si ce ne sont pas là des effets physiques dont la production n’a lieu que sur le cadavre et qui ne s’observeraient pas sur le vivant. Je répondrai à cette objection en rappelant que dans l’observation d’une luxation du fémur en bas, rapportée par M» Billard, d’Angers, les jumeaux, le grand et le moyen fessier, étaient dilacérés. Dans une observation de luxation en arrière rapportée par Astley Cooper (1), d’après M. B. Tood; le pyramidal, les jumeaux, les obturateurs et le carré crural
(1) Oruvrcs complètes d’Aslley Cooper, (raduclion, p. 2G.
étaient déchirés. On voit d’après ces faits qu’à un degré moindre peut-être, les désordres des muscles et des parties molles ont lieu dans les luxations sur le vivant comme sur le cadavre.
Si l’on compare là multiplicité des désordres af ec là guérison prompte et complète de la plupart des luxations traumatiques de la cuisse , il faut reconnaître que l’absence du contact de l’air est pour beaucoup dans l’innocuité de ces lésions.
En résumé, le mouvement forcé d’adduction de la cuisse a donné lieu à des fractures du tiers supérieur du fémur S fois sur 1 expériences. Les deux autres cas ont présenté des luxatioDs en arrière du fémur , luxations incomplètes et sans arrachements du ligament rond. Dans nos expériences, la violence était interrompue aussitôt que des craquements multipliés se faisaient entendre ; c’est pour cette raison que le déplacement ne fut pas plus étendu, et il eût été sans doute aussi plus considérable si au mouvement forcé d’adduction avait été ajoutée (comme cela a lieu dans les chutes sur les extrémités inférieures) une pression de haut en bas et d’avant en arrière.
Effets physiques produits par le mouvement foreé d’abduction de la cuisse.
L’abduction de la cuisse est de tous les mouvements celui dont l’exagération donne lieu le plus facilement à des lésions physiques de la jointure. Ce mouvement est limité par la rencontre de la face supérieure du col du fémur avec le rebord de la cavité cotyloïde. Cette abduction peut s’opérer dans diverses positions du membre, lorsqu’il est étendu et lorsqu’il est fléchi. Il m’a paru que dans cette dernière attitude le mouvement était plus étendu que dans la première, à raison de la saillie plus considérable que présente en haut le rebord de la cavit cotyloïde.
Le mouvement forcé d’abduction dé la cuisse, étudié dans ces deux attitudes, n’a jamais donné lieu à des fractures sur les adultes. Sur les cadavres de deux enfants âgé de 4 à 6 ans, il a occasionné la fracture du fémur immédiatement au-dessous du grand trochanter. De même que toutes les fractures des extrémités osseuses sur les enfants, celles-ci n’étaient pas mar-
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quées par un déplacement considérable des fragments. Ceux-ci
étaient maintenus en rapport par le périoste.
Sur un jeune sujet de 8 ans environ, l’abduction forcée de la cuisse produisit une fracture du col fémoral dans l’intérieur de la capsule ; c’était un véritable décollement de l’épipbyse qui paraissait s’être opéré sous l’inflence de la traction du ligament inter-articulaire. A la partie supérieure du col fémoral les tissus fibreux n’étaient pas déchirés et formaient une sorte de charnière, centre des mouvements des deux fragments. La capsule orbicuiaire était déchirée à sa partie inférieure, et il y avait luxation incomplète en même temps que fracture. Celleci était évidemment produite par la traction du ligament rond et par la résistance des parties molles, qui s’opposaient à un déplacement complet de la tête du fémur.
Voici quels sont les désordres et les lésions anatomiques que l’expérimentation du mouvement forcé d’abduction de la cuisse a produits sur les sujets adultes, lorsque le cadavre reposant en supination sur un plan solide, et le bassin étant solidement fixé par des aides, je portais violemment la cuisse en dehors.
Les muscles grêle interne, moyen adducteur et pectiné sont exposés à la distension la plus forte et se déchirent en premier lieu. Si la violence a été plus grande, la capsule est déchirée et la tête de l’os fait saillie au travers de cette ouverture, sans s’y engager complètement ; à ce degré, il n’y a qu’un déplacement temporaire dont les signes physiques disparaissent avec la cessation de la violence qui l’a produit, mais dont il est important cependant de constater l’existence. La connaissance de la possibilité de ces faits mettra en garde conbre une sécurité trop grande^ dans le cas où f’examen clinique né montrant pas de désordre appréciable, la nature de la cause traumatique et les souffrances des malades pourront faire supposer l’existence de lésions semblables à celles que je viens de signaler.
Sur un jeune sujet de lÔ à 18 ans, l’abduction forcée de la cuisse avait occasionné une de ces luxations incomplètes et temporaires qui coïncident avec un arrachement de la capsule à son insertion sur la partie antérieure du col du fémur. En examinant, après la dissection de la pièce, les phénomènes qui
ENTORSES DK LA UANCHE.
accompagnaient la sortie de l’os hors de la cavité cotyloïde, on voyait que la pression atmosphérique faisait pénétrer la capsule dans cette cavité au moment où la tête s’en échappait. Puis quand celle-ci rentrait à sa place, la capsule repliée ne reprenait pas immédiatement ses rapports normaux. Il fallait imprimer des mouvements à la cuisse pour que le ligament orhiculaire se dégageât d’entre les surfaces osseuses ei vînt recouvrir la tête du fémur. N’y a-t-il pas là une raison anatomique qui indique l’utilité des mouvements imprimés aux membres après certaines entorses, et qui explique aussi les succès obtenus quelquefois dans ces cas par les manœuvres violentes des rebouteurs ?
Le mouvement forcé d’abduction de la cuisse a produit encore , indépendamment de la déchirure de la capsule, des muscles adducteurs j grêle interne et pectiné, une luxation incomplète^ mais permanente, de la tête du fémur sur le rebord antérieur de la cavité cotyloïde. Enfin, lorsque la violence avait été très-considérable, la luxation était complète et le ligament rond était détaché de son insertion au fémur. Je vais donner la description de deux faits de ce genre ; ils feront connaître quels sontles désordres le plus généralement produits.
A. Sur un sujet de constitution moyenne la cuisse étendue est portée directement en dehors jusqu’à ce qu’elle fasse avec le corps un angle de 60 degrés environ, ouvert en haut. Des craquements nombreux se font entendre, la tête de l’os fait saillie en avant et en bas de la cavité cotyloïde. On sent au travers de la peau peu chargée de graisse la dépression au fond de laquelle s’insère le ligament rond ; on reconnaît aussi qu’ij n’est pas entièrement détaché de la tête de l’os sur laquelle il forme un cordon arrondi. La réduction est très-facile, il suf. fit de ramener , par un léger effort , le membre dans une latitude parallèle à l’axe du tronc. Après l’incision de la peau, la tête articulaire paraît à nu. Les muscles grêle interne, pectiné, petit et moyen adducteurs sont dilacérés. Les nerfs et les vaisseaux obturateurs sont demeurés intacts au milieu des muscles déchirés. Les vaisseaux et nerfs cruraux sont reportés en dehors de la tête articulaire et ne paraissent pas avoir éprouvé
MALADIES DES ARTIGüLÂTIONS.
de lésion physique. La capsule est arrachée du pourtour de la cavité cotyloïde en avant et en bas. Le ligament rond est incomplètement détaché de son insertion au fémur, la moitié environ de ses fibres est conservée. La luxation avait lieu en bas et eu avant. La résistance de la portion intacte de la capsule et l’arrêt du grand trochanter contre le rebord postérieur et supérieur du cotyle, étaient, plus encore que l’intégrité des fibres du ligament rond, un obstacle à la luxation complète.
B. Sur le cadavre d’un sujet jeune et vigoureux, la cuisse fléchie à angle droit sur le bassin est portée dans une violente abduction. Il en résulte une luxation complète de la hanche, luxation qui persiste alors même que la cuisse est ramenée dans une situation parallèle au tronc. Le membre paraît raccourci; il est dans la rotation en dehors, on sent la tête du fémur en avant et au-dessus de la cavité cotyloïde. Pour opérer la réduction, il faut bien tirer en bas et porter la cuisse dans la rotation en dedans. Les muscles de la partie antérieure et supérieure de la cuisse sont déchirés, comme dans l’expérience précédente; de plus, le moyen fessier est dilacéré. Ce désordre contraste avec l’intégrité des parties voisines. La capsule est largement ouverte en avant et en haut ; la branche horizontale du pubis et la partie antérieure et inférieure du col fémoral sont dépouillées de tissus fibreux. Le ligament rond est détaché à son insertion sur la tête articulaire, qui dépasse d’un centimètre environ le bord supérieur de la branche horizontale du pubis.
Ainsi, le mouvement forcé d’abduction peut produire des lésions diverses et spécialement des luxations de la tête du fémur sur le bord antérieur de la cavité cotyloïde. Les observations citées par Astley Cooper (1) offrent plusieurs exemples de ces luxations, et montrent ainsi les rapports de Texpérimentation cadavérique avec les faits pratiques. Bien que je ne fasse pas une étude spéciale et complète de ces déplacements, je devais les signaler comme une des conséquences immédiates du mouvement forcé d’abduction ; je devais mentionner les dé-
(1) Traduction des œuyi os complètes d’Aslley Cooper, p. 18.
sordres que présentent dans ces cas les parties ipolles, et faire remarquer aussi avec quelle facilité se réduisent quelques-unes de ces luxations. En effet, cette réduction peut s’opérer spontanément en quelque sorte, immédiatement après l’accident, et, à moins d’être prévenu par l’observation des résultats de l’expérimentation cadavérique , il serait impossible, je pense, d’avoir une opinion exacte sur les lésions physiques que peut occasionner le mouvement forcé d’abduction de la cuisse.
Effets physiques produits par les mouveraeuts forcés de rotation de la cuisse. ^
Les mouvements de rotation de l’articulation de la hanche pourraient être exagérés sur le vivant, soit par la contraction des muscles, soit par l’action directe d’une violence extérieure qui entraînerait le bassin ou le membre inférieur dans un mouvement de rotation forcé, tandis que l’une de ces parties serait retenue et maintenue immobile.
Dans nos expériences, les mouvements forcés de rotation de la cuisse ont été produits en se servant de la jambe fléchie à angle droit comme d’un levier dont les .mouvements en arc de cercle avaient leur centre ou, pour mieux dire, leur axe dans le fémur. Le bassin était d’ailleurs solidement maintenu, de manière à ne pouvoir suivre le mouvement de torsion imprimé au membre inférieur. D’autres expériences ont été tentées aussi, en agissant sur le pied, la jambe étant étendue. Dans ces cas, les désordres n’ont pas porté sur la cuisse, mais exclusivement sur la jambe et sur le pied; je les signalerai à propos de l’étude des lésions produites par les mouvements forcés sur ces parties du membre inférieur. Je vais seulement rapporter ici les résultats fournis par l’expérimentation dans les cas où l’on suivait le premier mode d’action.
A. Effets physiqms produits par le mouvement forcé de rotation de la cuisse en dehors. — Dans le mouvement de rotation en dehors, si la cuisse est étendue, le col du fémur ne tarde pas à rencontrer en arrière le rebord de la cavité cotyloïde, et le mouvement est limité par cet obstacle. Avec une flexion moyenne, ce mouvement est limité par la rencontre du bord postérieur du grand trochanter avec la tubérosité sciatique.
MALADIES DES AilïICÜLATIONS.
Quand la cuisse est fléchie de manière à faire avec le tronc un angle obtus, presque droit, alors la rencontre de ces saillies osseuses n’a plus lieu; et, si le mouvement de rotation est très-fort, très-étendu, le grand trochanter, dépassant la tubérosité sciatique, vient se loger dans la fosse ovale.
Si l’on produit le mouvement forcé de rotation en dehors dans les premières conditions, c’est-à-dire lorsque la cuisse étant étendue, le col du fémur et le grand trochanter viennent appuyer sur l’os des îles, en dehors de la cavité cotyloïde , aiorSj à raison de la fixité de l’os dans cette attitude, il arrive fréquemment que tous les désordres se passent dans l’articulation tibio-fémorale ; celle-ci est soumise, en efîet, à un effort considérable pendant ce mouvement forcé, puisque, comme je l’ai dit, la jambe demi-fléchie sur la cuisse sert de levier pour le produire.
Quelquefois le fémur est atteint d’une fracture très-oblique et avec esquilles à sa partie moyenne ou dans son tiers supérieur. Dans ce dernier cas, la fracture a son siège à 4 centîm. environ des deux trochanters, et l’obliquité de la ligne droite par la solution de continuité de l’os est parallèle à la direction de la ligne qui s’étend de l’une à l’autre de ces tubérosités. Cette lésion du fémur est constante toutes les fois que le système osseux est friable. Dans des cas contraires, c’est-à-dire lorsque j’expérimentais sur des sujets adultes de bonne constitution, voici ce que j’ai observé : dans l’une de ces expériences, des craquements nombreux s’étaient fait entendre au niveau de l’articulation du genou et de celle de la hanche, au moment où la violence avait été imprimée au membre. Les désordres du genou étaient considérables, ils consistaient en une luxation du tibia avec fracture des condyles fémoraux. A la hanche, l’examen extérieur ne permettait de reconnaître aucune lésion. En disséquant la pièce. Je trouvai le muscle moyen-fessier dilacéré, et le muscle petit-fessier incomplètement déchiré. Si l’on étudiait ainsi à nu les effets du mouvement forcé de rotation en dehors, on voyait le grand trochanter se rapprocher de la tubérosité sciatique en refoulant les muscles jumeaux, obturateur interne et carré crural. Le nerf sciatique soulevé par ces
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muscles se portait en arrière des saillies osseuses et évitait ainsi la pression à laquelle étaient soumis les muscles précités. L’épine iliaque antérieure et supérieure était arrachée par la trac tion de la bande ligamenteuse qui s’y insère. Une portion des übres d’insertion du droit antérieur était adhérente à ce fragment. Par suite de l’arrachement de l’épine iliaque antérieure et supérieure et du rebord cotyloïdien, la capsule était ouverte en haut ; mais la tête de l’os n’abandonnait pas la cavité articulaire,, et le ligament rond, était intact.
Dans une autre expérience où le mouvement forcé de rotation fut porté plus loin, il se produisit une sorte de luxation de la tête du fémur en dehors et en haut. Je ne sache pas que l’on ait donné ]usqu’ici la description d’un pareil déplacement et pour cette raison je l’indiquerai avec quelques détails.
Le membre paraissait raccourci de 4 centimètres environ et il était porté dans une forte rotation en dehors, le grand trochanter faisant saillie à la partie moyenne de la face iliaque externe. En arrière et au-dessus du point correspondant à la cavité cotyloïde, on sentait une autre tumeur arrondie formée par la tête du fémur. Le membre avait de la fixité dans cette attitude et, pour réduire la luxation, il fallait des tractions assez fortes en bas et en avant. Â la dissection, je trouvai, de même que dans l’expérience précédente, un arrachement du rebord osseux de la cavité cotyloïde, au-dessous de l’épine iliaque antérieure et inférieure. La capsule était détachée du rebord cotyloïdien dans sa moitié postérieure et externe. La moitié interne et inférieure, demeurée intacte, recouvrait en partie la cavité cotyloïde. Cette portion de ligament était fortement tendue par suite du déplacement en dehors du col fémoral, à la partie postérieure duquel elle s’insère. Le ligament rond avait été arraché à son insertion fémorale. La tête du fémur reposait en arrière et en haut sur le rebord de la cavité cotyloïde, de telle sorte que le point d’insertion du ligament rond sur cette tête regardait en avant et en dehors. La tension de l’aponévrose fascia lata et du muscle droit antérieur était l’obstacle qui retenait la tête du fémur immédiatement en dehors de l’épine iliaque antérieure et inférieure. Ces organes
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formaient une corde tendue qui masquait en dehors l’ouverture de la capsule. La réduction était très-facile, lorsque l’on faisait cesser la distension de ces parties en fléchissant la cuisse. Les muscles moyen et^'petit fessiers étaient dilacérés.
A part quelques fibres du muscle droit antérieur entraînées avec la portion d’os arrachée, je n’ai pas observé de déchirures musculaires à la partie antérieure de la cuisse. Les fibres des muscles de cette région avaient seulement une direction oblique en dehors plus marquée que dans l’état ordinaire. Cette déviation cessait lorsque l’os était ramené à sa situation normale.
La luxation que je viens de décrire était, comme on le voit, une luxation particulière en dehors et en haut. Sa production sur le cadavre dans les conditions que j’ai signalées indique la possibilité d’un accident pareil sur le vivant. Si quelques-uns des signes qui accompagnent le déplacement pouvaient faire croire dans quelques cas à une fracture du col du fémur, la saillie formée par la tête de l’os au-dessus de la cavité cotyloïde, la dépression des tissus au niveau de cette cavité, la fixité du raccourcissement seraient autant de faits qui serviraient à fixer le diagnostic. D’après les données fournies par l’expérimentation, il faudrait, pour opérer la réduction, que les tractions fiissent dirigées en avant et en bas, et que la cuisse fût maintenue pendant les tractions dans une attitude demi-fléchie.
Lorsque le mouvement forcé de rotation en dehors est imprimé à la cuisse tandis qu’elle est demi-fléchie sur le bassin, on peut l’exagérer au point que le creux du jarret devienne interne et même antérieur, sans qu’il en résulte une dislocation complète de la jointure, ou la fracture des os. Toute difformité cesse dès que la violence extérieure est interrompue. Examinée pendant le mouvement de rotation forcée^ la cuisse présente à la partie supérieure une tumeur arrondie, formée par les muscles qne soulève le grand trochanter. Tous les faisceaux musculaires sont soumis à une torsion très-forte qui change complètement la forme du membre. A la dissection, on trouve que les muscles moyen et petit fessiers, pyramidal, jumeaux, obturateur interne et carré crural ont été déchirés. Le grand tro-
ENTORSES 1)E LA HANCHE. 347
chantet a fracturé parfois la partie antérieure de la tubérosité sciatique, en passant au-devant des muscles de la région postérieure de la cuisse, qui s’insèrent à cette saillie osseuse. Le grand nerf sciatique , soumis au mouvement de torsion de toutes les autres parties^ est fortement distendu et se porte obliquement en bas et en dedans. Les muscles adducteurs sont soulevés et fortement comprimés par le grand trochanter ; les vaisseaux et nerfs cruraux n’ont pas offert de lésion appréciable. Le plus souvent la capsule est intacte, ou bien elle présente quelques déchirures à son insertion sur le col fémoral, et alors des parcelles osseuses sont arrachées dans ce point. Dans la pluralité des cas, le ligament rond demeure attaché au fémur et à la cavité cotyloïde, des parcelles osseuses du grand trochanter sont quelquefois arrachées par le muscle moyen fessier qui résiste alors à la distension.
J’ai indiqué les désordres qui suivent un mouvement de rotation en dehors très-étendu. À un moindre degré, la déchirure du moyen fessier, et en second lieu, celle du pyramidal, des jumeaux et de l’ohturateur interne, sont les lésions que l’on observe le plus ordinairement.
B. Effets physiques produits par le mouvement forcé de rotation de la cuisse en dedans. — ■ Le mouvement forcé de rotation de la cuisse en dedans produit, ainsi que le précédent, en se servant de la jambe demi-fléchie comme d’un bras de levier, donne lieu presque constamment à la luxation de la tête du fémur en dehors. Ce résultat s’observe, soit que la cuisse demeure étem due, soit que le mouvement de rotation se combine avec la flexion et avec un léger degré d’adduction du membre inférieur.
A l’occasion du mouvement forcé d’adduction, j’ai signalé l’opinion de M. Gerdy relativement au rôle du ligament rond dans la sortie de la tête du fémur hors de sa cavité. Ces considérations s’appliquent aussi au mouvement forcé de rotation en dedans ; car alors l’enroulement du ligament rond sur la tête de l’os s’opère comme dans l’adduction, et le centre du mouvement se transporte également au point d’insertion de ce ligament à la partie antérieure et inférieure du cotyle. Il est constant
d’ailleurs qu’avec l’intégrité du ligament rond, le mouvement de rotation en dedans ne peut être porté au point que la face antérieure du col fémoral vienne rencontrer le rebord de la cavité cotyloïde, sans que la tête de l’os abandonne le fond de cette cavité.
Elle y est retenue par la brièveté de la capsule articulaire et par l’action de la pesanteur atmosphérique, qui, à raison de l’emboîtement exact des surfaces, s’oppose efficacement à une disjonction brusque qui tendrait à faire un vide au fond de la cavité cotyloïde. Cette influence de la pesanteur est remarquable surtout dans le mouvement forcé de rotation en dedans, pendant lequel la tête du fémur remplit le plus exactement possible la cavité articulaire. Dans la rotation en dehors, au contraire, le point d’insertion du ligament rond fait saillie en dehors du cotyle avant que le contact du col du fémur sur le le rebord cotyloïdien tende à faire basculer la tête : dès-lors un passage est frayé sur les côtés du ligament rond, et fait communiquer le fond de la cavité avec le reste delà jointure, et l’influence de la pression atmosphérique ne s’observe pas comme dans le mouvement opposé.
Quoi qu’il en soit de la succession des phénomènes qui amènent la sortie de la tête de l’os, la luxation du fémur en dehors dans la fosse iliaque est presque toujours la suite du mouvement forcé de rotation en dedans. Voici quels étaient les signes qui caractérisaient ce déplacement dans nos expériences et quels étaient les désordres qui l’accompagnaient.
Le membre était raccourci, porté dans la rotation en dedans et dans l’adduction. Ce déplacement de la tête de l’os était permanent et la réduction ne s’opérait pas d’elle-même, quels que fussent les mouvements imprimés au tronc du sujet. Cette réduction était produite, soit en tirant en bas et en avant sur la cuisse étendue, soit en fléchissant fortement la cuisse et en la portant ensuite dans l’abduction et la rotation en dehors.
Si l’on faisait la dissection pendant que l’os était dans sa position anormale, on reconnaissait que la tête du fémur était placée en arrière et en avant de la*, cavité cotyloïde, de telle sorte que le point d’union de la tête avec le col correspondait
au rebord de la cavité articulaire. Le col du fémur était obliquement en travers de l’ouverture du cotyle. Le grand trochanter correspondait à l’éminence iléo-pectinée au devant de laquelle il était situé. Dans quelques cas où le déplacement était plus considérable, le grand trochanter se trouvait au devant de la cavité cotyloïde. La capsule était largement ouverte en haut,' en dehors et en bas ; elle était arrachée du pourtour de la cavité articulaire. Le ligament rond était détaché de son insertion au fémur. Les muscles de la région antérieure étaient intacts, ainsi que les nerfs et les vaisseaux cruraux. Le moyen fessier était constamment dilacéré. Les muscles pyramidal, jumeaux, obturateurs, carré crural, étaient aussi plus ou moins déchirés. Le grand fessier et le petit fessier étaient rarement lésés. La tête du fémur reposait fréquemment sur la partie antérieure de ce dernier muscle. Je n’ai jamais vu, comme l’indique Boyer (1), qu’elle fût placée directement sur la fosse iliaque et qu’elle fût recouverte par le petit fessier.
Les muscles demi-tendineux, demi-membraneux et biceps étaient repliés à leur partie supérieure et se dirigeaient presque transversalement en dehors dans ce point pour rejoindre le fémur. Les vaisseaux et les nerfs fessiers n’étaient pas rompus, ils étaient comme disséqués et se présentaient sous la forme de cordons arrondis au milieu des muscles déchirés de cette région. Le nerf sciatique paraissait complètement intact.
Lorsque l’on opérait la réduction, il arrivait souvent qüe des lambeaux de muscles demeuraient engagés entre la tête du fémur et la cavité cotyloïde ; cet obstacle n’empêchait pas la coaptation de se faire et les mouvements modérés imprimés à la cuisse chassaient en dehors les parties molles retenues dans la cavité articulaire. Le mouvement forcé de rotation en dedans a produit des luxations de la nature de celles que j’ai décrites, cinq fois sur six expériences faites sur des sujets d’âge et de constitutions divers. Dans un seul cas, le fémur a été fracturé à l’union de son tiers moyen avec le tiers inférieur. Une es-
(l) Traité des malodies chirurgicales, t. IV, p. 294.
MALADIES DES ABTICüLATIOîVS.
quille très-allongée était détachée de deux fragments. L’articulation coxo-féraorale était parfaitement intacte.
Dans l’exposé de mes expériences sur les mouvements forcés de la cuisse, j’ai signalé un grand nombre de luxations ; c’est qu’en effet les déplacements de la tête du fémur sont une des conséquences immédiates les plus fréquentes des mouvements forcés de la cuisse. Si j’avais eu pour but d’étudier spécialement les luxations de la hanche, ce que j’en ait dit serait sans doute insuffisant ; mais je rappelle que j’ai voulu déterminer seulement quelles sont les lésions physiques produites par l’exagération des mouvements de la cuisse. Je pense avoir donné sous ce rapport des détails utiles, en indiquant, soit les espèces de déplacements qui se sont présentées à mon observation, soit les lésions des parties molles qui accompagnaient les luxations ou qui étaient seules produites sous l’influence des mouvements forcés.
Je ferai remarquer en terminant, que, sur les enfants, les mouvements forcés de la cuisse produisent rarement les luxations, tandis qu’ils donnent lieu fréquemment à la fracture de l’extrémité supérieure du fémur au-dessous du trochanter. La friabilité du système osseux des vieillards rend aussi les fractures plus fréquentes sur eux que sur les adultes.
Sur les premiers j’ai observé surtout des fractures du col fémoral et des fractures intra^capsulaires. Sur les derniers, au contraire, le corps de l’os a été le plus souvent brisé, et ces fractures avaient toujours lieu avec esquilles. La production constante de ces esquilles dans toutes nos expériences me fait penser qu’il doit en être ainsi dans toutes les fractures de la diaphyse, et je crois, avec M. Malgaigne, que la solidité et l’épaisseur du fémur s’opposent à ce qu’il puisse y avoir des fractures tout-à-fait simples du corps de cet os.
Toutes les observations que nous venons d’exposer sur les effets physiques produits par des mouvements forcés de la hanche ne doivent être considérées que comme des matériaux pouvant servir à l’histoire de l’entorse de cette articulation. Il nous resterait à établir le diagnostic de ces lésions diverses et les
CONTUSIONS DE LA HANCHE. 3ôl
traitements spéciaux qu’elles réclament ; mais je ne pourrais présenter à ce sujet que des présomptions. Il me suffira de dire, en ce qui regarde le diagnostic, que lorsqu’il n’y a ni fracture, ni luxation, on ne peut que présumer les déchirures du ligament rond, de la capsule fibreuse, de la synoviale et des muscles. Si la persistance des douleurs et de la difficulté des mouvements, si des ecchymoses sous-cutanées confirment ces présomptions, on pourra se faire une idée approximative du siège et de l’étendue des déchirures, en connaissant le mouvement forcé qu’a exécuté le malade, et en se rappelant les effets physiques que l’expérience nous a démontré être la conséquence de cet ordre de mouvement.
Quant au traitement je ne puis rien en dire de spécial d’après l’expérience. Je suis porté à croire que la reproduction des mouvements naturels de la cuisse doit toujours en faire partie. Je pense qu’après avoir fait assujettir le bassin par un aide, il faut exercer quelques tractions sur le fémur, le fléchir, et lui faire exécuter ensuite un mouvement de circumduction, afin de s’assurer qu’aucun obstacle ne s’oppose au rétablissement des mouvements normaux de la hanche ; après ces manœuvres on devrait avoir recours au massage prolongé, si l’on avait lieu de soupçonner la contraction convulsive de quelques muscles, puis, suivant les indications, au repos et aux antiphlogistiques.