‹ Traité des maladies des articulationsChapitre 38 sur 74 · INFLAMMATION AIGÜE DE LA HANCHE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION AIGÜE DE LA HANCHE

teindre 1840, le Rhône', dans un débordement, envahit la maison qu’il habitait, et, pendant trois ou quatre jours, le matin et le soir, il entra dans l’eau jusqu’au sommet des cuisses, pour quitter ou regagner son logis. Les douleurs ne se manifestèrent point immédiatement, et il continua pendant plusieurs semaines encore le travail pénible de sa profession. Le 14 octobcev^un mois environ après ces événements, dans l’espace d’une nuit, la hanche du côté gauche devint douloureuse, et la station comme la marche furent impossibles. Il fit venir un médecin qui ordonna des sangsues, des vésicatoires, des frictions avec l’huile de morphine d'abord et puis avec l'onguent mercuriel. Les douleurs s’étaient un peu calmées et il commençait à marcher, à la fin du mois d’octobre, lorsque eut lieu une nouvelle inondation plus considérable que la première. Étendu dans son lit, il voyait les maisons s’écrouler autour de son habitation peu solide et envahie par les eaux. L’émotion et la frayeur que lui causèrent les dangers de sa position aggravèrent son étal, et une fois hors de sa maison qu’il avait abandonnée en s’embarquant avec beaucoup de peine sur un radeau improvisé, il vint à l’Hôtel-Dieu, le 6 novembre, dans la salle Saint-Bruno . ,

On lui mit Un vésicatoire sur la hanche, mais ce moyen, déjà employé antérieurement, ne produisit pas de bons effets ; on ordonna encore des bains de vapeur, mais leur application fut impossible, à raison des douleurs produites par le moindre mouvement.

C’est alors (le 25 novembre) qu’il entra dans mon service, salle Saint- Loüis, n” 83. Jé l’examinai avec soin et constatai les symptômes suivants : le contour de la hanche paraît tuméfié, les ganglions du pli de l’aine sont augmentés de volume et se présentent en grand nombre ; mais, à part l’altération de ces ganglions, on ne peut trouver aucune dureté manifeste, aucune fluctuation au niveau de cette jointure.

Le malade est étendu sur le dos, la cuisse est fléchie sur le bassin, il est facile de constater la fixité de cette jtosition ; car lorsqu’on veut poser sur le lit la face postérieure de la cuisse, la colonne vertébrale s’incurve de manière à présenter une concavité en arrière. Le membre fléchi est porté dans une abduction telle que le genou est éloigné du côté opposé de 0,70. Avec la flexion et l’abduction de la cuisse coexiste un mouvement de rotation très-prononcé en dehors, la rotule regarde cependant encore un peu en devant. Ce mouvement de rotation est maintenu avec fixité, car lorsqu’on le fait cesser et que la rotule regarde directement en avant, le tronc se tourne du côté droit, si bien qu’on peut s’assurer, en regardant la position des épines iliaques, qu’aucun mouvement ne s’est passé dans l’articulation de la hanche. Le bassin est placé de manière que l’épine iliaque du côté malade est plus élevée que celle du côté droit et se trouve sur un plan antérieur.

Je n’ai pu m’assurer s’il y avait allongement ou raccourcissement; car, pour résoudre cette question, il aurait fallu mettre les deux membres dans

MALADIES DES AJRTIGÜLATI0N3.

la même position, et l’on n'a pu y réussir qu’imparfailement. Toutefbis, en essayant de ramener le membre sain dans la même position que le membre malade, ee dernier a paru légèrement allongé.

Les douleurs de la hanche sont assez vives pour empêcher te sommeil, elles s’exaspèrent au plus léger mouvement que l’on veut imprimer au membre malade ; les mouvements volontaires sont tout-à-fait impossibles.

A ce tableau, on reconnaît suffisamment une phlegmasie aiguë trèsintense de la hanche, prouvée par la position anormale de la cuisse, par les douleurs que le malade ressent surtout dans le lieu de l’articulation, et par l’engorgement léger du membre.

Durant les premiers jours, je fis de nouveau appliquer des sangsues, pratiquer des embrocations hypnotiques et des frictions d’onguent mercuriel. Ces moyens ne furent suivis d’aucun résultat favorable.

Le 30 novembre, je m’occupai de substituer la position droite et étendue à la position vicieuse dans laquelle se trouvait le malade. Le redressement et l’adduction du membre inférieur purent être obtenus assez facilement, mais le mouvement de rotation persista presque entièrement. A défaut d’appareil plus complet, les deux membres inférieurs furent attachés ensemble, ayant entre eux un coussin allongé. Dès le jour mêine où ce redressement fut opéré, les douleurs de la hanche diminuèrent sensiblement, et ce/te amélioration se maintint tous les jours suivants. Si le malade fut encore agité, s’il eut encore de l’insomnie, celle-ci dépendait de la compression pénible exercée par les bandes, et de la gêne occasionnée par la nouvelle position dans laquelle il était placé,

Le 2 décembre, on place le grand appareil, le malade y entre avec facilité, la flexion et l’abduction de la cuisse n’existent plus, la rotation en dehors persiste, c’est le seul déplacement qui existe encore, La pression douloureuse du sacrum, rendu trèsrsaillant par l’amaigrissement des fesses, fait souffrir le malade pendant la journée, mais cette circonstance accessoire cesse bientôt.

A partir du moment où les douleurs commencèrent à se calmer, la diminution dû gonflement de la hanche fut graduelle. Ün mois plus tard, le malade put se lever et faire quelques pas avec des béquilles. Peu à peu la liberté des mouvements se rétablit, et, à la fin du deuxième mois, le malade put sortir marchant avec une canne et dans un état qui permettait d’espgrer une guérison complète.

Observation. — Inflammation aiguë de la hanche-, position vicieuse, ia cuisse malade étant portée dans la flexion, l'abduction et la rotation en dehors; redressement; guérison. — Etiennette Dangiiin, âgée de 15 ans, non encore réglée, jouissant, en apparence, d’une bonne santé, mais ayant cependant le caractère-des dispositions scrofuleuses à un faible degré, éprouva, vers le commencement de juin 1840, des douleurs dans la hanche du côté droit, sans qu’aucune cause occasionnelle, telle que vio-

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