‹ Traité des maladies des articulationsChapitre 39 sur 74 · INFLAMMATION AIGÜE DE LA HANCHE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION AIGÜE DE LA HANCHE

lence extérieure, refroidissement, parût avoir donné lieu à la maladie.

'Vers le 15 du même mois, elle fat obligée d’interrompre ses travaux de domestique et de se mettre au lit, tant étaient vives les souffrances que lui faisait éprouver la hanche. On lui appliqua huit sangsues et quatre vésicatoires autour de cette jointure. Ces moyéns n’ayant produit qu’un soulagement peu marqué, elle entra à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Marthe, le 25 Juillet, dans l’état suivant : douleurs vives dans l’articulation coxofémorale, glandes du pli de l’aine légèrement tuméfiées, engorgement à peine sensible de^ parties molles qui entourent la hanche ; point de trace de fluctuation. Le membre inférieur droit dépasse de cinq travers de doigt celui du côté opposé ; la malade peut cependant faire quelques pas pendant lesquels'sott corps, s’incline fortement du côté opposé à l’affection. Pendant les vingt premiers jours on se borne aux cataplasmes émollients et aux frictions hypnotiques sans aucun succès.

Le 15 avril j je pris le service. Tout d’abord mon attention fut attirée par la mauvaise position dans laquelle était placé le membre malade, et je me convainquis que l’allongement n’était qu’apparent, qu’il était dû à l’abaissement de l’épine iliaque du côté droit, à la rotation en deliors et à i’ abduction de la cuisse du même côté. En conséquence, je crus devoir remédier à cét état, qui probablement entretenait la persistance des douleurs, en produisant la distension de la capsule en avant.!

Le 20, je cherchai, par des efforts violents et prolongés pendant 8 à 1 0 minutes, à porter le membre malade dans la rotation en dedans et l’adduction. Ces manœuvres furent très-douloüreirses, elles n’eorént aucun résultat immédiat, et la difficulté de fixer le bassin les rendit moins efficaces. Bès le lendemain cependant l’on remarqua que le membre du côté malade ne dépassait plus celui du côté sain que de trois travers de doigt; les douleurs qu’avait produites l’opération cessèrent bientôt.

Le 22, on recommença la même opération; le résultat ne fut point appréciable. Voyant ainsi que ces manœuvres douloureuses n’avaient pas permis d’obtenir un redressement aussi complet qu’on pouvait le désirer» je plaçai la malade dans le grand appareil, le 25 du même mois, et j’exerçai une traction continue sur le membre du côté sain.

Le 6 septembre, on sortit la malade de l’appareil, le redressement était alors presque complètement obtenu ; les deux pieds descendaient presque à ia même hauteur, la déviation primitive persistait toutefois à un faible degré. A cette époque, la malade put sè lever et faire quelques pas après la levée de l’appareil.

Du 7 au 14 on fit des frictions avec le baume nerval.

A partir du 14, on la purgea tous les deux jours, pendant deux semaines, avec le hochet purgatif, et l’on fit sur la hanche des frictions de pommade iodée qui firent écailler la peau.

Le 10 du mois de septembre, la malade quitta V’Hôtel-Dieu ; à cette époque, le membre malade n’avaii qu’un centimètre de plus en longueur

que le membre du côté sain, La malade boitait à peine et pouvait monter et descendre les escaliers et se promener sur une surface plane pendant près d’un quart d’heure.

, Je passe maintenant à deux autres faits qui peuvent encore montrer toute l’importance de la substitution d’une bonne à une mauvaise position dans les arthrites coxo-fémorales, mais qui se rapportent à celles dans lesquelles le membre inférieur est porté dans l’adduction et la rotation en dedans.

Observation. — Coxalgie durant depuis deux mois', douleurs extrêmement vives au moindre mouvement -, position demi-fléchie, la cuisse étant portée dans l’adduction et la rotation en dedans ; conversion de cette position en la position droite; soulagement immédiat et durable. — Marie Perrachon, d’Ecully, âgée de 10 ans, avait joui d’une bonne santé jusqu’au mois de juillet 1839. A cette époque elle s’assit, ayant très-chaud, sur un banc en pierre extrêmement frais. Dès le lendemain du jour où elle commit cette imprudence, elle éprouva dans la hanche une douleur vive eontre laquelle elle employa inutilement pendant un mois des frictions calmantes. Au bout de ce temps les souffrances étant devenues intolérables, elle se fit apporter (27 juillet 1839) à l’Hôtel-Dieu, et nous constatâmes, le jour même de son entrée, les symptômes suivants ;

Douleur extrêmement vive dans l’articulation coxo-fémorale gauche. Le contour de cette jointure est tuméfié. La cuisse gauche est plus courte de 5 centimètres que celle du côté droit; elle est fléchie, portée dans la rotation en dedans et dans l’adduction. Le grand trochanter fait une saillie considérable en dehors, et le fémur est ainsi placé dans la position où tend à se faire la luxation sur l’os des iles. Au moindre mouvement, la malade pousse les hauts cris ; on ne peut l’approcher pour examiner sa hanche ou tirer les draps qui sont sous elle, sans déterminer les souffrances les plus aiguës.

Le peu d’ancienneté du mal me fit présumer qu’il n’existait pas de luxation spontanée. D’après la position que prenait la malade, le gonflement général, l’acuité de ses douleurs, je pensai qu’elle était affectée d’une inflammation aiguë de la hanche. Malheureusement j’ignorais à cette époque la cause qui entretient ces douleurs si vives et si persistantes, et je passai un mois à appliquer sur la hanche, d’abord des sangsues et des cataplasmes émollients, plus tard, des vésicatoires, et enfin deux moxas qui furent placés derrière le grand trochanter.

Pendant l’emploi de ces moyens, qui constituent à peu près la thérapeutique ordinaire, la malade n’éprouva aucune espèce d’amélioration ; seulement la fièvre qui existait au début et la chaleur de la hanche diminuèrentun peu ; quant à l'articulation, elle resta presque aussi doulou-

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reuse, et les moindres contacts continuèrent à produire des souffrances assez vives pour arracher les hauts cris.

Dans le commencement de septembre, ün peu plus de deux mois après le début de la maladie, conduit enfin à reconnaître que la position où se tenait celte enfant entretenait toutes ses douleurs, je pensai à la faire coucher sur^^te dos et à étendre ses jambes et son tronc.

N’ayant point d’appareil à ma disposition, je me contentai d’attacher les deux jambes ensemble avec un coussin entre deux et de les lier sur une planche qui s’étendait dans toute leur longueur. De premier jour je né redressai qu’incomplètement les genoux. Le second jour les jambes étaient parfaitement étendues sur les cuisses, mais les cuisses étaient incomplètement redressées. Le troisième jour, la déviation avait encore diminué et le raccourcissement du membre malade ne dépassait pas deux centimètres. Du moment où l’appareil fut mis en place, les douleurs se calmèrent et elles cessèrent entièrement le quatrième jour. Dès ce moment on put toucher la malade et la lever sans la faire souffrir ; elle reprit de l’appétit, et sou mal éprouva une amélioration vraiment inespérée. ,

Cependant l’appareil insuffisant que j’avais employé déterminant de la gêne, j’enlevai, le lO novembre, les coussins et la planche sur lesquels l’enfant était attachée, en lui recommandant toutefois de garder la position étendue et le décubitus sur le dos auquel elle s’était habituée. L’amélioration continua sous l’influence seule de celte position toute volontaire. A la lin du mois de septembre, la tuméfaction de la hanche avait beaucoup diminué, et le raccourcissement ne dépassait pas 15 millimètres.

Au commencement de décembre, la jeune fille commença à descendre de son lit et a marcher àfaide de deux béquilles. Peu à peu sa santé et ses forces se rétablissant, elle sortit le 19 janvier 1840. A celte époque, elle faisait le tour de la salle en s’aidant seulement d’un bâton, La claudication était encore ' très-prononcée, mais la petite malade l’attribuait à la faiblesse du membre, et la douleur avait entièrement disparu.

Les mouvements d’extension et de flexion étaient assez faciles, ceux d’abduction et de rotation en dehors étaient très-limités. Le raccourcissement apparent était encore d’un centimètre. La hanche gauche, siège du mal, offrait une tuméfaction assez prononcée avec empâtement des parties molles ; cette tuméfaction empêchait de sentir bien distinctement la saillie du trochanter.

Cette enfant revint me voir au commencement de février ; la santé générale s’était beaucoup améliorée, la marche était plus facile, tout faisait présager une guérison solide Æt parfaite.

En traitant des inflammations aiguës de l’articulation du genou , j’ai eu soin de signaler une différence essentielle entre les résultats qu’on obtient par la conversion des positions nuisibles

MALADIES DES ARTiCULAïIONS.

chez ceux dont la jointure était préalablement saine , et ceux au contraire beaucoup moins satisfaisants qu’on obtient dans les cas où la pblegmasie aiguë était entée sur des altérations chroniques. On comprend sans peine que la même difîerence doit exister pour la hanche , sous ce rapport. Ainsi j lorsque l’inflammation aiguë se développe , l’articulation étant malade depuis un temps plus ou moins long , le traitement applicable à cette inflammation ne produit plus une guérison complète et permanente ; il se borne à ramener la jointure dans l’état plus ou moins grave où elle se trouvait avant le développement des symptômes aigus. Ces accidents passés on retombe, dans toutes les difficultés inhérentes aux maladies organiques de la hanche.

Je pourrais citer encore des faits nombreux à l’appui de ces dernières propositions , mais comme ces observations allongeraient ce travail outre mesure, et qu’elles serviraient seulement à démontrer ce que les résultats obtenus dans les arthrites aiguës sans complication font aisément présumer, je crois devoir me borner à dire que les méthodes de traitement que je propose améliorent , mais ne guérissent pas les articulations coxo-fémorales qui , après Une maladie chronique , sont devenues le siège d’une inflammation aiguë. Une bonne position fait, dans ce cas, partie essentielle du. traitement, mais elle est bien loin d’en constituer l’ensemble.

Quelque soit le degré d’importance que j’attache à l’immobilité dans une bonne position , je dois dire que, dans un cas , je n’ai retiré aucun avantage de ce moyen. C’était pour un enfant de huit ans, né d’une mère scrofuleuse, et chez qui l’inflammation aiguë de la hanche était accompagnée d’une fièvre aiguë et violente. Quelques mois après le moment où j’eus cessé de le voir , il se forma un abcès qui s’ouvrit en dehors. J’ai lieu de penser que l’existence de cet abcès , profondément situé , fut la. cause qui rendit inutiles tous les moyens que je mis en usage pour obtenir un soulagement.

Quoi qu’il en soit des limites dans lesquelles est renfermée la puissance du traitement mécanique , il ne faut pas oublier , si ’on a recours à l’immobilité , qu’il est indispensable de ne pas

INFLAMSIATIOX CHUONIOCE BS LA HANCUE. 363 ia prolonger au-delà de quelques semaines. Passé ce temps, si ■’on ne fait pas^-sorür le malade de l’appareil , il faut au moins imprimer des mouvements à ia cuisse , et , un peu plus tard , lui faire quitter l’appareil au moins une partie du jour. Sans ces précautions, l’on observera les accidents que nous avons signalés dans l’observation rapportée , pa ge 3 2 7 .

DE l’iNELAMMATICiN CHROjVIQüE DE LA HANCHE.

L’inflammation chronique de la hanche sans suppuration ni fongosités s’observe assez fréquemment à la suite des rhumatismes qui se sont localisés. Elle se voit surtout chez les adultes et les vieillards, lorsque ces malades sont naturellement d’une bonne constitution, et qu’ils ont été exposés à des causes d’humidité qui ont agi pendant assez peu de temps, pour que leur constitution n’ait pas été détériorée.

Les altérations anatomiques que l’on trouve dans ces cas sont celles que nous avons décrites , en traitant en général de l’inflammation chronique par cause interne. Ainsi l’on trouve la synoviale rouge, injectée, le ligament capsulaire et les tissus environnants épaissis et indurés par la formation de tissus fibreux. Les cartilages sont ordinairement absorbés , et un peu de sang liquide existe dans l’articulation.

Les particularités anatomiques que je signalerai sont les suivantes : les parties molles qui ^entourent l’articulation sont ordinairement saines. Tout au plus, les ganglions lymphatiques du pli de l’aine sont-ils engorgés. L’on peut trouver des gonflements avec déformation de la tête du fémur. Dans ce cas j les cartilages sont absorbés et la cavité cotyloïde est agrandie.

Ces inflammations chroniques sont difiiciles à diagnostiquer avec rigueur ; comme elles ne se traduisent par aucun gonflement à l’extérieur , elles sont bien plus difficiles à reconnaître que celles du genou ou du coude.

Les deux observations suivantes donneront une idée des symptômes et de i’anaiomie pathologique du genre de maladie que je décris ici. Je les publierai avec les commentaires dont j’ai fait suivre leur démonstration dans des leçons cliniques. Ces commentaires serviront à établir le diagnostic différentiel des inflammations chroniques de la hanche.

Observation. — Inflammation chronique de la hanche avec absorption des cartilages et des os ; formation de fausses membranes en partie fibreuses, dans l’articulation; épaississement de la capsule, etc.; diagnostic précis porté durant la vie et vérifié par l’autopsie. — Un conducteur de ■wagon, sur le chemin de fer de Lyon à Saint-Étienne, vint pour se faire traiter d’une maladie de la hanche gauche qui durait depuis sept mois, et qui était survenue dans le cours d’un rhumatisme aigu. Ce malade, âgé de 42 ans et fortement constitué, avait, indépendamment de sa maladie de la hanche, un rhumatisme chronique dans plusieurs autres articulations.

J’ai fait connaître son histoire à l’article anatomie pathologique du rhumatisme chronique, 1. 1, p.494, je ne parlerai ici que de la maladie de la hanche qui se présenta dès le début avec tous les caractères d’un rhumatisme chronique localisé.

Voici les symptômes qu’il présentait du côté de la hanche :

La cuisse gauche, très-légèrement fléchie sur le bassin, était portée dans une légère abduction et dans la rotation en dehors. Cette position vicieuse, semblable à celle que l’on voit dans la planche VI, fig. 2 étaitmaintenue avec une grande fixité. Le malade, par ses pi’opres efforts, ne pouvait pas la faire cesser. Quels que fussent les mouvements que l’on imprimât au membre inférieur, il était impossible d’augmenter la flexion ou de faire cesser l’abduction et la rotation en dehors.

Cependant le membre malade était plus court que celui du côté opposé de 2 centimètres à peu près. Ce raccourcissement pouvait tenir en partie à l’élévation de l’épine iliaque du côté correspondant. Mais comme cette élévation n’était que d’un centimètre,, elle n’expliquait pas la totalité du raccourcissement, qui était de 9 centimètres. Cette observation fit penser qu’il y avait un raccourcissement réel.

Tout le contour de la hanche paraissait légèrement tuméfié, mais cette tuméfaction n’avait rien d’évident. D’aucun côté Ton ne reconnaissait de fluctuation, les glandes du pli de Taine étaient seulement un peu gonflées.

Le malade éprouvait dans la hanche des douleurs extrêmement vives et ne pouvait goûter aucun repos. Dès son entrée à THôtel-Dieu, on le plaça dans mon grand appareil; là, sa cuisse fut maintenue dans l’immobilité, et Ton s’opposa, en partie du moins, à la rotation en dehors ; au bout de peu de jours, les douleurs furent sensiblement calmées. Après trois

INFLAMMATION CHRONIQUE DE LA HANCHE. 365 seimines, il quitta l’appareil et, quoique moins souffrant, il continua à languir. Ses poumons devinrent malades, et il mourut le onzième mois de sa maladie.

Voici sur quelles données fut basé le diagnostic :

La maladie de la hanche réside essentiellement dans l’articulation coxo-fémorale, puisqu’elle est survenue dans le cours d’un rhumatisme aigu, et c’est sur les articulations que porte surtout ce genre de rhumatisme. La position dans laquelle le membre est maintenu est précisément celle qu’affecte la cuisse dans les maladies de la hanche. Enfin, la tuméfaction est générale, ainsi qu’on a coutume de le voir lorsque le centre du membre, c’est-à-dire l’articulation, est le siège principal du mal.

Puisque la position où se trouve la cuisse est maintenue avec une grande fixité, il existe diverses altérations anatomiques qui maintiennent ' cette fixité. Ce n’est pas la soudure des os les uns avec les autres, puisque de légers mouvements persistent encore ; ce doivent être d’autres lésions. Or, les lésions, suites des rhumatisnaes chroniques, qui maintiennent ordinairement avec fixité les rapports des os, sont: l’ahsorption des cartilages et de la superficie des os, d’où résulte une déformation des surfaces articulaires et l’épaississement avec rigidité des tissus fibreux environnants. On a lieu de penser que ces diverses altérations existent dans le cas présent.

La position de la cuisse est celle qui produit l’allongement apparent; il y a cependant raccourcissement ; celui-ci étant indépendant de la position ,. est donc réel. Mais , un raccourcissement réel est dû ou à une luxation sur l’os des îles, ou à une absorption des os. Il n’est pas dû à la première de ces causes, puisque la position du membre est opposée de tous points à celle dans laquelle il y a luxation de l’os des îles ; elle est donc due à une absorption de la tête du fémur ou du fond de la cavité cotyloïde.

Du reste, la longue immobilité dans laquelle le membre est resté depuis longtemps doit avoir été suivie, partiellement du moins, de cette absorption.

Enfin, les douleurs vives qu’éprouve le malade ne laissent aucun doute sur l'existence de l’inflammation.

A en juger par l'absence de toute fluctuation, par la nature rhumatismale du mal, et enfin par la bonne constitution du sujétion peut penser qu’il n’y a pas de suppuration.

Juiopsie. — On voit que, d’après les symptômes observés pendant la vie, nous étions conduit à dire qu’il y avait dans ce cas raccourcissement ’ réel, dû à l’ulcération des cartilages et des os, inflammation chronique de la synoviale, épaississement des ligaments ; l’autopsie justifia ce diagnostic.

Le ligament capsulaire de l’articulation de la hanche avait dans tous les sens plus d’un centimètre d’épaisseur, tant son diamètre était

MALADIES DES AEÏICÜLATIONS.

augmenté par la formation accidentelle de tissus fibreux dans les parties environnantes. Tout l’intérieur de l’articulation était rouge, contenait un peu de sang, et oifrait des fausses membranes, en partie vasculaires, en partie fibreuses, qui unissaient le fémur à la cavité cotyloïde ; les cartilages étaient complètement absorbés, et il y avait ulcération de la partie supérieure de la tète du fémur, ainsi <que du fond et de la partie postérieure de la cavité cotyloïde. Du reste, les os qui avoisinaient les parties ulcérées, et spécialement le rebord de la cavité cotyloïde, étaient augmentés de volume. ,

OssEUVATioN. — In animation chronique de Varîiculaiion de la hanche-, caiiiérimtion transcnrrente ; insuccès, — Le nommé Giraud, cultivateur, âgé de 62 ans, fortement constitué et d’un tempérament saniguin, vint, au mois de février 1840, me consulter sur une maladie de rarticulation de la hanche qui durait depuis 3 ans et qui s’accompagnait de rallongement du membre malade.

La douleur de la hanche droite s’était développée peu à peu, sans cause connue et sans que la constitution en ressentît la plus légère influence. Cette douleur se faisait sentir dans la partie profonde de la jointure ainsi qu’au genou.

Ses souffrances augmentaient dans les temps humides, par la marche, par un travail forcé ; mais, quoique assez vives pour fatiguer le malade, elles ne l’avaient jamais empêché de se livrera ses travaux et sa santé générale n’avait pas subi d’influence fâcheuse.

Parmi le grand nombre de médecins que consulta le malade, les uns lui conseillèrent des sangsues , d’autres des vésicatoires, quelques-uns, des frictions diverses. Tous ces moyens employés à diverses reprises furent complètement inutiles, le mal continua à s’aggraver progressivement.

Lorsque Je vis le malade pour la première fois il était dans l’état suivant ;

Dans la station debout, le membre inférieur droit était plus long de 3 centimètres que celui du côté opposé, la jambe était légèrement pliée sur la cuisse, et la cuisse sur le bassin. Avec cette flexion de la cuisse se combinait un léger mouvement d’abduction et de rotation en dehors. En même temps le bassin était plié sur les cuisses ; et comme, dans cette position, les fesses sont portées en arrière, et qué l’articulation sacro-vertébrale regarde un peu en devant, ce qui oblige, pour que l’équilibre soit établi, que la colonne vertébrale se courbe en arrière, le malade avait le corps penché en avant, tout en offrant une forte cambrure en arrière; on peut juger de cette position en consultant la planche Vf,, fig. 2,

Lorsque le malade était couché, sa difformité était moins sensible; il étendait parfaitement la jambe sur la cuisse, et la colonne vertébrale reprenait sa rectitude; mais la cuisse, toujours légèrement fléchie et portée dans l’abduction et la rotation en dehors , dépassait de 2 à 3 centimètres celle du côté opposé. Dans ce décubitus dorsal, lors

INFLAMMATION CHRONIQUE DE LA HANCHE. 367 même que le malade était couché dans la direction du lit, l’épine iliaque du côté malade était plus basse d'un centimètre que l’épine iliaque du côté sain. Lorsqu’on avait placé ces deux épines au même niveau, l’allongement persistait toujours de plus d’un centimètre du côté malade, et l’on ne pouvait faire disparaître le . raccourcissement du côté opposé en exerçant des tractions sur le membre sain. L’allongement avait donc bien le caractère de fixité observé par les auteurs'; mais cet allongement étaitil dû à la répulsion de la tête du fémur poussée au dehors de la cavité cotyloïde, ou bien était-il dû à une position permanente du membre inférieur ? Voici les observations qui nous permirent de résoudre celle question;

En mesurant la distance qui sépare l’épine iliaque de la tubérosité externe du fémur, nous trouvâmes que cette distance du côté allongé était moindre d’un centimètre que celle du côté raccourci. Cette observation, comme on le comprend sans peine, ne s’accordait point avec l’idée d’un allongement réel ; car, si celui-ci eût eu lieu, la distance aurait été plus grande entre l’épine iliaque et le condyle du fémur du côté allongé que du côté raccourci. Or, comme cette distance était moindre du premier côté que du second, il fallait en conclure que l’allongement n’était point réel, et l’on était conduit à penser que cet allongement était dû à l’abduction du membre malade combinée avec l’adduction du membre sain. On sait que Tabduction rapproche l’épine iliaque de la tubérosité externe du fémur, et que l’adduction éloigne ces deux points.

Mais, à la vue de ce malade, l’on ne s’apercevait point qu’un côté fût dans l’adduction et l’autre dans l’abduction. Ces mouvements existaient toutefois, mais, pour les apercevoir, il fallait suivre l’axe prolongé du bassin, et alors on voyait que cet axe prolongé allait croiser celui du fémur gauche vers son extrémité inférieure. Ce fémur était donc dans l’adduction.

Arrivé, par ces observations, à soupçonner que l’allongement n’était pas réel et qu’il devait être dû à la position des membres sur le bassin, il suffisait, pour démontrer celte opinion, de rétablir l’égalité de longueur en portant le membre du côté sain dans le même degré d’abduction que le membre du côté malade. Ce projet put être réalisé sans peine, et nous pûmes nous convaincre, et convaincre tous les assistants, que l’égalité de ! ongueur était alors parfaitement rétablie.

Toute hésitation était donc levée, l’allongement n’était qu’apparent et dû à la position fixe où se trouvait le malade.

Quelle était la cause de la fixité de cette position? ce n’était pas une affection nerv'euse de l’ordre de celles qui sont caractérisées par la douleur, car le malade ne souffrait point en arrière de la cuisse, dans le mollet ou le pied, ainsi qu’on l’observe souvent dans les sciatiques; il n’éprouvait ni fourmillement, ni refroidissement dans le membre inférieur.

L’absence de toute contracture apparente, soit autour de la hanche,.

soit dans le membre inférieur, prouvait l’absence de raideur musculaire, telle que peuvent les produire les maladies de la moelle épinière. La permanence de la position du malade dépendait donc d’une maladie de la hanche.

Quelle était cette maladie? On ne pouvait soupçonner ni une sécrétion de pus, ni une sécrétion de matière orgànisable, tant la santé était bonne et la marche encore libre ; mais l’on était conduit à penser à une inflammation chronique de l’articulation. Cette idée était rendue plus probable paf le soulagement que produisaient le repos et la fatigue qui survenait après la marche ou sous l’influence de l’humidité.

Arrêté sur ce diagnostic qui ne peut offrir aucun doute sous le rapport du siège du mal, et qui est assez probable sous le rapport de la nature de celui-ci, nous discutâmes la question du traitement et nous nous arrêtâmes à la cautérisation transcurrente par le fer rouge. Celle-ci fut pratiquée le 21 février 1840. Je passai sur la hanche 6 raies de feu ayantchacune 6 ou 8 pouces de longueur. A la suite de cette cautérisation, il y eut pendant plusieurs jours de la fièvre, de l’insomnie, de la soif. Ces symptômes se dissipèrent assez rapidement.

Au bout d’un mois, toutes les plaies étaient entièrement cicatrisées, après avoir fourni une abondante Suppuration. Dans le lit, les mouvements de flexion de la cuisse paraissaient plus faciles, et l’allongement semblait avoir diminué ; mais quand on fit lever le malade, on reconnut que la position du membre était toujours la même et que la coxalgie était à peu de chose près au même point qu’avant son entrée à l’hôpital.

Le traitement de l’inflammation chronique de la hanche est celui que j’aL fait connaître tom. 1 , page 1 19 et suiv. ; il n’oflre rien de spécial. Je me contenterai de dire que , lorsque les lésions ont la gravité qu’elles présentaient dans l’observation citée plus haut d’un conducteur de wagons , tous les moyens que l’on peut mettre en usage ontbien peu d’efficacité. L’immobilité dans une bonné position peut calmer les douleurs , mais elle ne les guérit pas. Je pense qu’il faut insister sur les mouvements artificiels, en ayant soin de fixer le bassin ; mais je dois prévenir que ces mouvements, pratiqués avec persévérance dans un cas qui n’ofirait aucune complication- particulière, et pour lequel j’ai imaginé l’appareil représenté planche XV, fig. 4, n’ont été d’aucune utilité.

KtbAfe.THEOSES DE LA HANCHE.

HYD ARTHROSES DE LA HANCHE;

Oà a longtemps mis en quëstiOïi l’existence des épanchements de liquide dans l’articulation de la hanche ; cependant j l’analogie ne nous permet pas de douter que ces épanehements ne puissent se former soit à l’état aigu , soit à l’état chronique. PÆ. Cloquet les a, du reste, observés à la suite d’écoulements blennorrhagiques , et M. Joly en a rencontré un cas sur un cadavre (1).

On comprend à priori combien doit être difficile le diagnostic de Fhydarthrose delà hanche. Pour l’établir avec certitude , il faudrait avoir des signes qui permissent de reconnaître la présence des liquides encore renfermés dans la synoviale articulaire. L’épaisseUr des parties molles qui la recouvrent, empêche de saisir ces symptômes.

Lorsque j’ai observé pour la première fois que l’injection forcée d’un liquide dans l’articulation de la hanche place la cuisse dans la position qui produit l’allongement , c’est-à-dire dans la flexion , l’abduction et la rotation en dehors , je pensai qu’il serait possible de reconnaître les hydarthroses de la hanche par la position dans laquelle la cuisse serait maintenue avec fixité; mais des réflexions ultérieures ne m’ont pas permis d’attacher une grande importance à cette méthode dé diagnostic. Sans aucun doute , la position dans laquelle la Cuisse est allongée peut être indépendante de toute hydarthrose ; et , s’il sè fait un épanchement de liquide dans l’articulation , cet épanchement peut être sans influence sur la position du fémur , soit parce qu’il est en trop petite quantité, soit parce qu’il s’est fait avec lenteur , et que la'^capsule fibreuse s’est graduellement distendue. Dans ces deux derniers cas , il ne peut presser directement sur les os (2).

(1) Dissertations sur les hjdropisies synoviales,.

(2) Au moment où je corrige cette épreuve, je reçois un Mémoire de M. Maisonneuve, sur les'^coxalgies, inséré dans les Annales de la chirurgie française et étrangère, janvier 1845. J’y lis : « M. Parise, se fondant sur les expériences dé M. Bonnet, qu’il a répétées en lés variant de mille manières, et dont j’ai moi-

To.«k 2. 24

Le diagnostic de l’hydarthrose ne pouvant être établi rigoureusement , on ne peut qu’en présumer l’existence d’après les conditions générales où sé trouvent les malades , et d’après les lésions concomitantes dans d’autres articulations. L’impossibilité où l’on est d’établir un diagnostic précis né permet pas de signaler un traitement spécial.

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