‹ Traité des maladies des articulationsChapitre 43 sur 74 · MALADIES DES ARTICULATIONS DE LA COIÎONNE YERTÉBEALE · texte numérisé non relu

MALADIES DES ARTICULATIONS DE LA COIÎONNE YERTÉBEALE

Les articulations de la colonne vertébrale sont de deux nrdres : les unes, semblables à celles que nous avons étudiées jusqu’à présent , sont pourvues de cavités , en partie tapissées par des membranes synoviales , en partie recouvertes de cartilages d’incrustation; les autres ne présentent ni cavités, ni membranes synoviales , ni cartilages ; les premières s’obsen ent entre les apophyses articulaires de toutes les vertèbres , et entre les corps de l’atlas avec l’occipital , et de l’atlas avec l’axis ; les secondes sont les amphiartbroses des corps des vertèbres situées au-dessous de l’axis. Entre ces corps existent des fibro-carlilages solides et flexibles tout à la fois, mous à leur centre, quoique sans cavité distincte , sans trace de membrane synoviale , et différant des cartilages d’incrustation par leur structure et par leur vitalité. Cette composition des jointures qui unissent entre eux les corps des vertèbres inférieures^ fait aisément pressentir que leurs maladies diffèrent de celles que nous avons étudiées jusqu’à présent. Là où la structure anatomique est spéciale, la pathologie l’est également ; aussi n’avons-nous à signaler dans les fibro-cartilages intervertébraux ni les inflammations avec sécrétion de sérosité, de fausses membranes ou de pus , si fréquentes dans les synoviales du genou et de la hanche, ni les usures, les décollements et les disgrégations propres aux cartilages d’incrustation.

Les maladies articulaires de la colonne sont ordinairement

MALADIES DES ARTlCüt ATIONS.

compliquées : et d’abord , elles coexistent presque constamment avec des lésions osseuses , que leur cause soit interne ou qu’elle soit traumatique. Cette coexistence est si fréquente que Fétude des unes ne peut être séparée de celle des autres ; avec les altérations articulaires , il faut s’occuper des altérations osseuses et réciproquement.

La moelle que renferme la colonne vertébrale reste rarement intacte au milieu des lésions de l’étui osso-cartilagineux dans lequel elle est renfermée ; de telle sorte qu’à la complication qui résulte de l’association si fréquente des maladies articulaires et des maladies osseuses , il faut joindre celle que produisent les compressions , les ramollissements et les suppurations de la moëlle. Pour embrasser tous les éléments des questions que nous sommes obligé de soulever , il faut tenir compte encore des déformations que peuvent éprouver , consécutivement aux artbropathies du rachis ^ le cou, la poitrine et l’abdomen ; des troubles fonctionnels qui résultent de ces déformations; enfin , des altérations consécutives des organes en rapport avec le rachis , tels que le pharynx , les poumons et les gros intestins.

Si les maladies articulaires de la colonne vertébrale sont difiiciles à connaître par suite des caractères spéciaux qu’elles présentent et des lésions concomitantes qui les compliquent, la profondeur à laquelle elles sont situées ajoute encore à cette difficulté. Cette profondeur rend le diagnostic obscur ou incertain, tant que les lésions n’ont pas acquis une extrême gravité, et elle s’oppose à l’emploi d’un grand nombre de moyens directs qui augmentent la puissance de la thérapeutique dans les arthropathies des membres *

Ces considérations font aisément pressentir combien la science doit présenter de lacunes en ce qui regarde la pathologie des articulations vertébrales ; aussi , malgré les nombreux travaux dont elle a été l’objet , il est impossible d’en présenter une histoire complète. Nous traiterons successivement: 1" des entorses; 2“ des inflammations aiguës et chroniques ; 3*^ des abcès ; 4® des déplacements consécutifs de la colonne vertébrale.

L’impossibilité où nous sommes de séparer l’étude des ma-

ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE. 4üÔ

ladies osseuses , de celle des lésions articulaires , nous oblige de traiter toutes ces questions sans distinction du siège spécial du mal.

BE l’entorse de LA COLONNE VERTEBRALE.

Il est difficile d’indiquer d’une manière générale en quoi consiste l’entorse de la colonne vertébrale, car , sous cette dénomination , on peut comprendre des affections semblables quant à leur cause, mais différentes quant à leur gravité, leur nature et leur siège. Si l’on prend pour type l’entorse grave de la colonne vertébrale , celle qui survient à la suite d’un mouvement forcé imprimé auTachis par l’action d’un fardeau pesant ou d’une chute , on trouve le plus souvent des fractures et des luxations des vertèbres associées aux lésions des muscles et des ligaments. Si , au contraire , l’on a seulement en vue la maladie qui succède parfois à des mouvements violents mais spontanés de la colonne vertébrale -, et qui a reçu le nom de tour de reins , il ne s’agit alors le plus souvent que d’une affection des muscles étrangère aux articulations. En étudiant la question dans sa généralité , je serai donc conduit à parler des fractures et des luxations des vertèbres à propos de l’entorse de la colonne vertébrale ; mais je m’occuperai surtout des cas moins graves où les symptômes observés à la suite d’un mouvement forcé , ne peuvent pas se rattacher â l’une ou à l’autre de ces lésions

Les affections que je vais décrire dans ce chapitre reconnaissent toutes pour cause des mouvements forcés du rachis ; mais ces mouvements peuvent être le résultat d’une violence extérieure, ou bien ils peuvent être spontanés , c’est-à-dire produits par une contraction musculaire violente , comme il arrive dans un mouvement brusque de torsion de la tête ou du tronc. Cette distinction n’est pas sans importance , et nous verrons le plus souvent cette différence dans la manière d’agir delà cause, coïncider avec une différence dans lès- lésions produites et dans la gravité du mal.

MALADIES DES ARTICÜLATIOÎVS,

Je décrirai en premier lieu les afFections qui succèdent à des mouvements forcés produits par des violences extérieures. Ces afieclions présentent à considérer deux ordres de faits : des lésions physiques et des lésions vitales.

Pour étudier d’une manière exacte et complète les lésions physiques, j’ai eu recours à l’expérimentation directe et je m’appuierai spécialement sur les données qu’elle m’a fournies. La comparaison des résultats des expériences avec les détails d’anatomie pathologique donnés par les auteurs est un moyen déjuger quel degré de confiance on peut ajouter à ce mode de recherches. Pour ce qui regarde les effets physiques produits par les mouvements forcés de la colonne vertébrale, les rapports entre ces deux ordres de faits sont assez nombreux pour que l’on soit autorisé à conclure rigoureusement des résultats fournis par l’expérimentation à ce qui se produirait sur le vivant dans des conditions analogues. Cette considération et celles que j’ai fait valoir déjà en parlant des effets physiques produits par le mouvement forcé dans le chapitre consacré à l’entorse en général justifient l’emploi de l’expérimentation cadavérique à l’aide de laquelle seulement on peut déterminer les rapports directs de la cause à l’effet.

Les mouvements généraux du rachis se passent surtout au niveau des régions cervicales et lombaires et à la fin de la région dorsale. Ces mouvements offrent sinon autant d’étendue, du moins autant de variétés que ceux des articulations orbiculaires les plus mobiles (1). L’on y trouve : 1“ le mouvement de flexion en avant ; 2° l’extension et la flexion en arrière ; 3“ l’inclinaison latérale à droite ou à gauche ; 4° la circumductiou dans laquelle la colonne vertébrale décrit un cône dont le sommet est à la partie inférieure et la base à la partie supérieure ; 5® la rotation sur l’axe ou le mouvement de torsion.

A part la circumduction , chacun de ces mouvements peut être exagéré par une violence extérieure et de là peuvent résulter dès désordres divers. On sait quel danger accompagne les affections traumatiques graves de la colonne vertébrale , danger

{IJ Cruveilhicr^ Anatomie descriptive, l. p. SCO.

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presque toujours mortel , qui tient à la lésion de la moelle épinière. Dans quelques cas cependant la gravité des accidents ne dépend pas des altérations subies par le cordon médullaire ; mais bien des désordres produits sur la colonne vertébrale ellemême par les mouvements forcés. On a rapporté des cas dans lesquels la mort survint à la suite des mouvements forcés de la colonne vertébrale, trois mois après l’accident, la suppuration des vertèbres et la fièvre hectique avaient alors marqué les derniers termes de la maladie (1).

Les mouvements forcés imprimés à la colonne vertébrale peuvent porter leur action sur la région cervicale ou sur le tronc.

Si la tête ou la partie supérieure du cou est entraînée dans une direction forcée , l’effet agit principalement sur la région cervicale qui offre d’ailleurs moins de solidité que les autres portions ffu rachis. Si la violence extérieure agit sur le tronc , les dernières vertèbres dorsales et les premières lombaires sont alors le plus souvent lésées. C’est là une conséquence de la disposition anatomique et les résultats de l’expérimentation , de même que les faits cliniques répondent parfaitement sur ce point aux données théoriques.

Weber (2) a étudié d’une manière spéciale les mouvements normaux de la colonne vertébrale , et il s’est appliqué à déterminer quelles étaient les vertèbres au niveau desquelles les mouvements étaient le plus étendus. D’après le résumé de ses recherches, il résulte : 1“ que les vertèbres du cou , et particulièrement la troisième et la septième ^ sont les plus mobiles de toutes ; S"" quéles vertèbres dorsales qui supportent les vraies côtes ont très-peu de mouvements , que les dernières vertèbres de cette région jouissent de mouvements de flexion médiocres ; mais que la torsion y est très-prononcée ; -3 que les vertèbres lombaires , au contraire , ont la flexion en tous sens très-mar-

(1) Boyer, Traite des maladies chirurgicales, l. IH, p, 495. — Dictionnaire des sciences médicales, t. LVII, 292.

(.2) Weber, Recherches anatomico-physiologiques sur quelques dispositions particulières dans le mécanisme de la colonne vertébrale chez l’homme. (Journal cornplemenlaire, l. 29, p. 271.)

4Ô8 MALADIES DES ABTICÜLATIONS.

quée et la torsion à peu près nulle (1). En comparant ces conclusions avec les résultats fournis par les expériences sur les mouvements forcés, on verra que les lésions physiques ont toujours lieu dans les points où la mobilité est le plus étendue et où , suivant l’observation du docteur Earl (2), le canal vertébral a le plus grand diamètre.

La portion cervicale , d’une part, les régions dorsales et lombaires, d’autre part, peuvent être soumises isolément à l’action des mouvements forcés. Dès lors j’aurai à examiner successivement quels sont les effets physiques que peut produire l’exagération de chacun des mouvements normaux de la colonne vertébrale dans deux conditions principales : lorsque la tête est entraînée violemment dans une direction forcée , ce qui agit surtout sur la portion cervicale ; lorsque la violence extérieure agit sur le tronc et conséquemment sur la partie inférieure de la colonne vertébrale.

Effets physiques produits par le mouvement forcé de flexion en avant imprimé à la colonne vertébrale.

De tous les mouvements normaux de la colonne vertébrale , c’est la flexion en avant qui est le plus exposée à être exagérée par une violence extérieure. Un fardeau porté sur la tête ou sur le dos , ou bien soulevé avec les mains , tend presque toujours à infléchir la colonne en avant. Les chutes sur la partie postérieure du cou , le choc d’un corps pesant sur celte région , sont autant de causes qui agissent en fléchissant ainsi fortement la colonne vertébrale. Dans la plupart des observations citées par les auteurs , au sujet des lésions traumatiques du rachis produites par des mouvements forcés , on trouve que c’était la flexion en avant qui avait été exagérée.

1® Effets physiques produits par le mouvement forcé de flexion en avant sur la portion cervicale de la colonne vertébrale. — Dans cette première série d’expériences , j’imprimais à la tête d’un ca-

(1) Anatmne chirurgicale de Malgaigue, t. 2, p. 14.

(2) Philosophical transactions, 1822.

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davre ua mouvement forcé de flexion en avant , et j’appuyais sur l’occiput , jusqu’à ce que j’entendisse les craquements qui indiquent la production des désordres physiques. Yoici les résultats que j’ai observés chez tous les sujets ; le menton vient toucher le sternum , avant qu’il y ait aucune lésion produite. Si le mouvement forcé est porté plus loin , il arrive que le menton s’ahaisse en glissant au-devant du sternum , ou que , prenant un point d’appui sur le devant de îa poitrine , la tête opère un mouvement de bascule dont le centre se trouve ainsi âu point de contact du menton avec le thorax.

Le premier efl’et a lieu lorsque la violence agit sur la partie inférieure de l’occiput , ou bien au niveau des premières vertèbres cervicales ; le second mécanisme s’observe lorsque l’on appuie sur le sommet la face postérieure delà tête. Dans l’un et l’autre cas , c’est à la fin de la région cervicale que la flexion est le plus marquée ; c’est dans ce point que les désordres s’observent.

Si , après cette expérience , on porte le doigt sur les apophyses épineuses , on reconnaît un écartement anormal entre la septième cervicale et la première dorsale. Cet écartement, apparent surtout , lorsque la tête est fléchie en avant , s’accompagne parfois d’un déplacement en avant de la vertèbre supérieure , lorsque le mouvement forcé a été violent. Après avoir enlevé la peau qui était toujours ipj^te , je constatais à la dissection la déchirure des muscles et flés tissus fibreux au niveau de l’espace qui sépare la portion cervicale de la portion thoracique du rachis. L’aponévrose du trapèze , quelques fibres du rhomboïde et du petit dentelé postérieur et supérieur , le splénius et le grand complexes sont plus ou moins déchirés au niveau de l’écartement des deux vertèbres. Les muscles transversaires épineux sont entièrement dilacérés. Le ligament surépineux et l’inter-épineux sont détachés de la septième vertèbre cervicale , de même que les ligaments jaunes. Les apophyses articulaires sont disjointes. Les apophyses inférieures de la vertèbre cervicale glissent d’arrière en avant sur le plan incliné que présentent les apophyses supérieures de la première dorsale. A travers l’écartement postérieur des vertèbres , on voit à nu la duremère rachidienne. Le grand trousseau ligamenteux postérieur est

intact, de même que le ligament antérieur. Le corps de la septième vertèbre cervicale est écrasé en avant. En arrière il y a désunion entre cette vertèbre et le disque ligamenteux. Une quantité considérable de sang est épanchée entre les muscles et dans le canal rachidien. Les ecchymoses s’éteiident dans un rayon de 10 centimètres en longueur et de 5 à 6 centimètres en largeur au niveau de la solution de continuité. L’artère et la veine vertébrale ne sont pas rompues. Lorsque la tête est ramenée dans la position droite , le déplacement angulaire des vertèbres cesse et elles reprennent leurs rapports normaux. Les épanchements de sang constituent un caractère anatomique important des lésions de la colonne vertébrale. Ils s’observent alors même que les désordres sont peu étendus. Ils sont produits par la déchirure des lacis veineux qui entourent le corps des verte" bres , et lorsqu’il y a écrasement des os , le sang s’échappe à travers les vaisseaux du tissu spongieux.

Sur un sujet dont on a mis à découvert la partie antérieure du rachis en conservant intactes la veine azygos et les autres veines prévertébrales , si l’on infléchit en avant la colonne vertébrale , on voit les veines se gonfler outre mesure dans le mouvement de flexion forcée , comme si le sang renfermé dans le corps de la vertèbre était chassé au-dehors dans ce mouvement qui comprime les vertèbres surtout à la partie antérieure. Quand la colonne est redressée , au contraire , les veines cessent d’être distendues et semblent se vider dans le diploë de l’os. 6e phénomène constant sur tous les sujets est très-marqué sur les enfants. Il atteste une sorte de compressibilité élastique du corps des vertèbres , laquelle n’était peut-être pas étrangère à l’étendue des mouvements de flexion de la colonne vertébrale. Cette intéressante observation est dué à M. le docteur Pommiès , qui m’a si bien secondé dans mes recherches expérimentales.

Quant aux épanchements sanguins dont j’ai signalé l’existence , ils sont très-étendus lorsque le cadavre est demeuré couché sur le dos avant et après l’expérience. La position déclive des parties déchirées, et l’action de la pesanteur expliquent cette extravasation du sang qui, dans d’autres conditions, ne s’opère pas d’une manière aussi constante ni en quantité aussi forte.

ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE

Le docteur Christison a consigné dans les Annales Hygiène et de Médecine Légale (1) les résultats d’un certain nombre d’expériences faites dans le but d’étudier l’effet des contusions sur les individus morts, comparativement aux effets produits sur le vivant par les mêmes causes. Dans une de ses expériences , il inclina violemment en avant la tête d’un cadavre, et avec des désordres physiques analogues à ceux que j’ai décrits , il constata également l’épanchement sanguin inter-musculaire et interrachidien. Ces résultats ont une grande importance en médecine légale , et nos expériences confirment les conclusions posées par M. Orfila (2), savoir : que les lésions de la colonne vertébrale accompagnées d’infiltration de sang dans l’épaisseur des mus^ des environnants et même dans le canal rachidien , ne prouvent pas que la strangulation ou la suspension aient eu lieu pendant la vie.

La nature du déplacement des vertèbres observé dans nos expériences se rapporte , comme on le voit , à la maladie que Bell désignait sous le nom de diastase et qu’il définissait ainsi : une séparation violente des vertèbres avec retour à leurs rapports normaux. Dans une expérience où le mouvement forcé avait été porté très-loin , le déplacement s’était opéré suivant l’épaisseur en même temps qu’il y avait eu écartement en arrière entre la septième cervicale et la première dorsale. Le désordre des parties molles était le même que dans les autres cas, seulement comme le trousseau ligamenteux postérieur était déchiré, le corps de l’os était déplacé en avant d’un centimètre, bien que le ligament antérieur et les muscles long du cou et grand droit antérieur fussent conservés. Si l’on conçoit qu’il soit possible que la moelle n’ait pas été comprimée dans les premiers cas , il n’en est pas de même dans celui-ci ; il y avait non-seulement compression de la moelle , mais encore compression des nerfs à la sortie des trous de conjugaison entre la septième cervicale et la première dorsale.

Sur un sujet , la flexion de la tête en avant , en même temps

(1) Juillet 1829.

(2) Médecine ligale, troisième édition, f. II, p. -i4o,

qu’elle a produit l’écartement des vertèbres entre la portion cervicale et la portion thoracique du rachis , a occasionné aussi la déchirure des muscles et des ligaments jaunes entre la sixième et la septième vertèbres cervicales.

Dans un autre cas , l’écartement eut lieu entre la première et la deuxième vertèbre dorsale. 11 y avait, indépendamment de la déchirure des ligaments et des muscles , une fracture de l’une des apophyses transverses de la première vertèbre dorsale.

Malgré les différences peu importantes dans le résultat des expériences , on peut établir d’une manière générale que les désordres physiques ont lieu entre la septième vertèbre cervicale et la première dorsale , à la suite des mouvements forcés de flexion en avant imprimés au cou ou à la tête. Je les ai observés tels que je les ai décrits, six fois dans huit expériences. Les vertèbres cervicales supérieures n’ont pas été lésées dans ce mouvement de flexion forcée. Ce fait paraît étonnant lorsque l’on se rappelle tout ce qui a été dit de la facilité des luxations de l’atïas et de l’axis ; mais si l’on se rend compte de l’action du mouvement forcé de flexion en avant sur la colonne cervicale ; on voit qu’à la partie inférieure elle est soumise à un effort angulaire qui écarte l’une de l’autre les vertèbres en arrière et les rapproche en avant , tandis que les vertèbres supérieures sont soumises seulement à une tension parallèle à leur axe vertical. La description des expériences faites à propos des autres mouvements forcés du cou , montrera d’ailleurs que l’articulation atloïdo-axoïdienne offre une solidité supérieure à celle des vertèbres moyennes et inférieures de la région cervicale.

2° Effets physiques produits par le mouvement forcé de flexim en avant sur les portions dorsale et lombaire de la colonne vertér braie. — Pour opérer ce mouvement forcé de flexion en avant sur les sujets soumis à nos expériences et nous rapprocher autant que possible des conditions dans lesquelles ce mouvement forcé s’opère sur le vivant , je faisais maintenir le sujet dans la position assise , et l’on appuyait fortement sur les épaules et sur les deux ou trois premières vertèbres dorsales , de manière à infléchir en avant le rachis comme un arc dont on rapprocherait les deux extrémités. La force de deux ou trois aides agis-

ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE

saut simultanément et par secousses était nécessaire pour produire ainsi sur la colonne vertébrale des désordres appréciables.

Ils sé manifestaient à l’extérieur , par la saillie des apophyses épineuses à la région thoracique , et parla facilité du

nttouvement de flexion en avant. La main portée sur la face postérieure du raebis reconnaissait la mobilité anormale d’une ou de plusieurs [apophyses épineuses , et constatait leur déviation. Il était facile, d’ailleurs, de faire cesser toute déformation apparente en ramenant la colonne vertébrale dans une situation à peu près droite.

Sur cinq expériences où le mouvement forcé de flexion en avant avait été imprimé ainsi qu’il a été dit , trois fois les désordres anatomiques ont Milieu au niveau de la première lombaire , une fois entre la ^pfxième et la onzième dorsales , une fois au niveau de là deuxième lombaire. Les muscles superficiels du dos et des gouttières sont rarement lésés dans ce mouvement forcé ; la distension à laquelle ils sont soumis est peu considérable relativement à l’étendue de leurs fibres. Il n’en est pas de même des muscles transversaires épineux et inter-transversaires : ceux-ci sont toujours dilacérés. Dans deux cas , le ligament surépineux n’a pas été rompu , et alors le sommet de trois ou quatre apophyses épineuses a été fracturé. L’effort auquel était soumis le ligament , s’était ^transmis alors de proche en proche, du lieu où l’écartement postérieur des vertèbres était le plus considérable à des points supérieurs et inférieurs du rachis , et les insertions ligamenteuses des apophyses épineuses avaient été arrachées jusqu’à ce que le ligament eût été détaché dans une étendue assez grande pour que son élasticité naturelle suffit à l’étendue de la 'distension dans ces nouvelles conditions; il éludait aussi l’effort en glissant sur les côtés des apophyses épineuses fracturées. Cet arrachement du sommet de trois apophyses épineuses a été observé dans un cas où le ligament surépineux était rompu au niveau du plus grand écartement et de la fracture des vertèbres entre la douzième dorsale et la première lombaire.

Jamais, à la suite de ces mouvements forcés de flexion, il n’y eut simple écartement ou luxation des vertèbres dorsales

OU lombaires; les os ont toujours été fracturés. Le plus souvent la ligne de la fracturé sépare les apophyses articulaires supérieures et inférieures, et la lame est divisée longitudinalement, de manière que la plus grande portion dqgjj^j^physe épineuse fait partie du fragment inférieur, qui demeure adhérent à la vertèbre placée au-dessous de celle qui est le siège de la fracture. A la partie antérieure, le trousseau ligamenteux est intact ; il est froncé au niveau du corps de la vertèbre, qui est irrégulièrement fracturé en arrière et dont la partie antérieure est écrasée. Le plus souvent, cette fracture du corps de la vertèbre qui commence en arrière, au-dessous et à la base des masses apophysaires, est un peu oblique en haut et en avant. Le trousseau ligamenteux postérieui^t le plus souvent déchiré, complètement ou incomplètement ; * disques intervertébraux sont détachés dans une certaine étendue du corps de la vertèbre supérieure ; mais jamais ils ne sont déchirés. Les épanchements de sang entre les muscles et dans le canal rachidien sont plus abondants encore qu’à la région cervicale. Ce que j’ai dit de leur origine et des conditions de leur formation est applicable à toute l’étendue de la colonne vertébrale, et spécialement à sa région dorso-lombaire.

Dans le cas où les désordres s’étaient opérés au niveau de la onzième et de la douzième vertèbres dorsales , l’apophyse épineuse de la première de ces vertèbres avait été fracturée , les ligaments jaunes étaient arrachés à leur implantation sur la onzième vertèbre ; les apophyses articulaires étaient disjointes sans fracture ; les muscles intercostaux étaient déchirés dans l’étendue de 1 à 2 centimètres ; les corps des onzième et douzième vertèbres étaient écrasés à leur partie antérieure. En arrière, le trousseau ligamenteux était déchiré.

Les effets physiques produits par le mouvement forcé de flexion en avant ont été étudiés aussi sur les cadavres de jeunes sujets de 12 à lô ans. La flexibilité du rachis dans le jeune âge le met en quelque sorte à l'abri des lésions traumatiques produites par cette cause. Je ployais la colonne vertébrale jusqu’à ce que la poitrine vînt en contact avec le bassin , sans que cela donnât lieu à des lésions physiques apparentes des verte-

ENTORSE DÉ LÂ COLONNE VERTÉBRALE, bres. Pour les briser par ce mouvement de flexion, il m’a fallu enlever les viscères contenus dans l’abdomen, de manière à ce que leur présence ne s’opposât pas au mouvement forcé; j’observai alors, comme chez les adultes, la fracture des masses apophysaires de la première ou de la deuxième vertèbre lombaire et l’écrasement du corps de ces os à leur partie antérieure; La grande mobilité du rachis chez les enfants tient à l’épaisseur des disques intervertébraux proportionnellement plus grande que chez les adultes, et à l’ossification incomplète de la partie antérieure du corps des vertèbres.

La moelle n’a pas paru atteinte d’une manière grave dans ces diverses expériences ; la dure-mère était toujours intacte, bans une seule expérienp où le mouvement de flexion avait été porté très-loin et où il y avait eu glissement en avant dé la portion supérieure du rachis sur l’inférieure au niveau de la fracture , le cordon médullaire était aplati d’avant en arrière ; je n’ai jamais constaté d’épanchement de sang à l’intérieur de la dure-mère.

Effets physiques produits par le mouvement forcé de renversement ou de flexion en arrière de la colonne vertébrale.

Il est rare que, pendant la vie, le renversement de la colonne vertébrale soit porté assez loin pour produire des lésions graves. Toutefois, le fait de ce militaire (1) qui releva violemment la tête èn plongeant dans une rivière peu profonde et qui eut une fracture de la cinquième vertèbre cervicale, se rapporte à l’action de ce mouvement forcé. J’ai observé moi-même un malade dont je rapporterai l’histoire, et qui eut une sorte d’entorse de la colonne vertébrale par suite du renversement du tronc en arrière.

J’ai étudié expérimentalement les eSets physiques de ce mouvement forcé sur la portion cervicale du rachis et sur les por-, fions dorsales et lombaires. Dans la première série d’expériences , je renversais violemment la tête du sujet en arrière ; dans

(1) Archives générales de médecine, t. 13, p. 449.

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