Tome
MALADIES DES ABTIGÜLATÎONS.
la seconde, le cadavre étant maintenu dans la position assise, les aides appuyaient sur les épaules et sur le haut de la poitrine de manière à produire une courbure en arc à concavité postérieure.
Renversement de la tête en arrière , ou flexion forcée de la colonne vertébrale en arrière de laportion cervicale.— Sur la plupart des sujets , la tête portée en arrière peut venir toucher la partie supérieure du dos , sans qu’il y ait des lésions physiques appréciables. Si l’on porte le mouvement forcé plus loiuj l’occiput glisse le long du rachis et la tête éprouve un léger mouvement de bascule. La courbure à convexité antérieure que forme la région cervicale est alors augmentée surtout au niveau des vertèbres inférieures. De même que pour le mouvement forcé de flexion en avant , les vertèbres supérieures sont soumises à une tractionfà peu près parallèle au diamètre occipito-bregœatique de la tête.
Six expériences ont été faites sur ce mouvement forcé ; les désordres ont toujours eu lieu au niveau des 6® et 7** vertèbres cervicales. Je n’ai jamais constaté à la dissection de désordres dans les muscles superficiels de la région antérieure du cou. Les scalènes antérieurs , les muscles long du cou et grand droit latéral étaient déchirés. Le trousseau ligamenteux antérieur étaij, déchiré , le disque inter- vertébral étaii détaché de la vertèbre supérieure, complètement ou seulement dans ses trois quarts antérieurs. Quelquefois un décollement incomplet s’observait entre plusieurs vertèbres. Plus étendu entre la 6® et la 7® cervicales, il existait à un moindre degré entre la 5® et la 6®, et entre la 4® et la Ô®. Dans une expérience l’écartement avait lieu entre la 7® vertèbre cervicale et la D® dorsale. En arrière les apophyses épineuses s’imbriquaient fortement les unes sur les autres et quelques-unes étaient fracturées; la l®® vertèbre dorsale et la 7® cervicale ont été presque toujours brisées. Dans un cas où le mouvement forcé n’avait pas été porté très-loin, une des branches de bifurcation de l’apophyse épineuse de la 6® vertèbre cervicale avait été seule brisée.
Les ligaments jaunes , n’étaient pas déchirés ; mais ils paraissaient contus par le bord inférieur des lames. Celles-ci étaient toujours intactes ; il en était de même du trousseau li-
ENTORSE i)E LA COLONNE VERTÉBUÀLE. 46/
gamenteux postérieur et du corps des vertèbres. Il ne s’est jamais produit de luxation complète; mais on comprenait qu’une violence plus grande eût produit le déplacement en arrière de la portion supérieure du rachis. Les ecchymoses et les épanchements de sang dans le tissu cellulaire inter-musculaire , ainsi que dans le canal vertébral^ s’observaient dans tous les cas. La moelle épinière^ l’artère vertébrale et la veine qui l’accompagne n’ont pas offert de lésion apparente.
Effets physiques produits par le renversement en arrière de la portion dorso-lombaire de la colonne vertébrale. — Ce mouvement forcé était imprimé à la colonne vertébrale de la manière que j’ai indiquée, et sous l’influence des pressions exercées par les aides on voyait le ventre faire saillie en avant et un angle rentrant se former en arrière à la base de la région dorsale. Après l’expérience, si l’on portait la main le long du rachis, on constatait la mobilité anormale d’une ou de deux apophyses épineuses à la fin de la région dorsale ; à la dissection , je n’ai jamais constaté de déchirures dans les muscles de la paroi antérieure de l’abdomen j toutes les fois que j’ai infléchi la colonne vertébrale , en maintenant le sujet dans la position assise , ainsi qu’il a été dit. Cette absence de lésions s’explique parce que d’après le mode d’expérimentation employé , la colonne vertébrale, en même temps qu’elle était infléchie en arrière à sa partie inférieure , était affaissée et légèrement courhée en avant à la partie supérieure de la région thoracique , et de la sorte les muscles de l’abdomen étaient moins tendus que si la colonne vertébrale eût été courbée en arrière dans toute son étendue. Dans une expérience qui fut faite en infléchissant le rachis de manière à ce que ces dernières conditions se rencontrassent , j’ai observé la déchirure des muscles droits de l’abdomen dans plusieurs points de leur longueur. Voici comment je procédai : un cadavre étendu sur sa face postérieure fut placé de sorte que la tête et le thorax fussent en dehors de la table sur laquelle le bassin était solidement fixé ; de cette manière en renversant le tronc en arrière on peut courber la colonne vertébrale dans ce sens , sans la comprimer suivant sa longueur.
J’avais été conduit à rechercher l’état des muscles superficiels de l’abdomen à la suite du renversement forcé en arrière du tronc, par l’observation d’un malade dont je vais rapporter l’histoire en peu de mots,
Observation, — Un jeune homme , fortement constitué soulevait une botte de paille , pendant qu’il la maintenait en l’air à l’aide d’une fourche, le vent la repoussa en arrière et entraîna le corps dans le môme mouvement. Dans les efforts que fit ce malade pour résister à la violence du vent , il éprouva une vive douleur dans le dos et vers la partie supérieure du muscle droit du côté gauche. Ces douleurs assez fortes pour empêcher tout travail persistaient depuis six mois lorsque je le vis pour la première fois ; à cette époque les membres inférieurs étaient le siège de fourmillements et d’une paralysie commençante, le malade se plaignait d’une douleur fixe au bas des reins et au côté gauche de la région épigastrique et prétendait reconnaître de temps en temps dans ce dernier point une tumeur que l’on avait prise pour une hernie , et qu’il me fut toujours impossible de sentir. Je me rendis compte de l’état de ce jeune homme en supposant que le renversement forcé du tronc avait produit une rupture du muscle droit , et du côté de la colonne vertébrale des désordres physiques analogues à ceux que je vais décrire.
Sur cinq expériences de renversement du tronc en arrière, les lésions eurent lieu quatre fois entre la U® et la 2® lombaire. Voici celles que j’observai : le trousseau ligamenteux antérieur, les piliers du diaphragme, ainsi que les muscles psoas , sont déchirés au niveau de l’écartement des vertèbres. Le disque intervertébral est arraché de la vertèbre supérieure; les muscles inter-transversaires sont déchirés, le trousseau ligamenteux postérieur est le plus souvent rompu. L’écartement entre les deux vertèbres disjointes forme un V ouvert en avant, la vertèbre qui en forme le plan supérieur est fracturée. La ligne de la solution de continuité passe entre les deux apophyses articulaires], de manière que les deux apophyses transverses et les articulaires supérieures restent fixées au corps de l’os ; tandis que l’apophype épineuse et les arti-
ENTORSE 1)1 LA COLONNE VERTÉBRALE. 469
culaires inférieures sont adhérentes à la vertèbre placée audessous. Les ligaments jaunes sont arrachés dans une petite étendue à leur insertion supérieure. C’est au niveau de la fracture des masses apophysaires que se trouve le centre du mouvement angulaire qui produit l’écartement des vertèbres à la partie antérieure. Dans ce mouvement , les apophyses épineuses chevauchent latéralement les unes sur les autres et évitent ainsi le plus souvent la fracture qui serait le résultat inévitable de la pression qu’elles subiraient sans cette déviation. Dans une seule expérience l’apophyse épineuse de la 11® vertèbre dorsale a été fracturée à sa base.
La moelle épinière est évidemment soumise à un certain degré de traction dans ce mouvement forcé ; je n’y ai cependant jamais constaté de lésion appréciable. La dure-mère était intacte , mais du sang était épanché dans le canal rachidien et et dans les intervalles des muscles profonds des gouttières. Ce sang était fourni par les sinus vertébraux et par les veines rachidiennes. La veine cave et l’artère aorte n’ont jamais été lésées.
Le déplacement des vertèbres ne constituait pas une luxation véritable ; c’était un mouvement-angulaire qui ne se produisait que sous l’influence du renversement du tronc en arrière et qui ne s’accompagnait d’apeun glissement suivant l’épaisseur. Les fragments étaient maintenus par les muscles et les ligaments postérieurs.
Effets physiques produits sur la colonne vertébrale par des mouvements forcés de flexion latérale.
La colonne vertébrale est plus rarement soumise à une flexion latérale qu’à une flexion en avant et en arrière ; cependant, un fardeau porté sur l’épaule, un éboülement de terrain etc., peuvent entraîner le tronc de côté et imprimer au rachis une flexion forcée dans ce sens. La tête peut aussi être fortement inclinée à droite ou à gauche par une violence extérieure. J’ai cherché à constater expérimentalement quels étaient lés désordres physiques produits par ce mouvement forcé sur la région
470 MALADIES DES ASTICÜLATIONS.
cervicale ainsi que sur la région thoracique et lombaire de la
colonne vertébrale.
Effets physiques produits par le mouvement forcé de flexion latérale sur la portion cervicale du rachis. — Si l’on se contente d’incliner violemment à droite ou à gauche la tête d’un sujet sans que le cou soit fixé , les parties latérales de la tête vien-r nent appuyer sur l’épaule avant qu’il y ait aucune lésion produite, et l’effort se transmet alors à la fin de la région dorsale:: Je n’ai jamais observé de désordres à la région cervicale à la suite du mouvement forcé produit dans ces conditions. .
Sur des sujets suspendus à l’aide d’un lien passé autour du cou , j’ai imprimé à la tête des mouvements de îatérabté à la Suite desquels les désordres eurent lieu dans la région cervicale supérieure. Ces lésions ayant été produites dans des circonstances toutes spéciales , ce n’est pas le lieu d’en parler dans cet article consacré à l’étude des mouvements forcés simples. Je donnerai plus loin quelques détails sur le résultat de ces expériences dans lesquelles le mouvement de flexion latérale -était combiné avec la suspension.
Effets physiques produits par le mouvement forcé de flexion la-^ téralesurla portion dorso-lombaire de la colonne ver télrak, — De même que pour les mouvements forcés précédents , le sujet était maintenu dans la position assise et l’on agissait sur la colonne vertébrale en appuyant sur l’une des épaules ou sur le sommet de la poitrine, de manière à produire l’incurvation latérale. C’est toujours à la fin de la région dorsale et au commencement de la région lombaire que les lésions étaient produites. Sur quatre expériences, trois fois il y eut fracture avec écartement des vertèbres entre la F® et la 2® lombaire , une fois entre la 12® dorsale et la 1*^® lombaire; les muscles superficiels des parois abdominales étaient intacts, les psoas , intertransversaires et transversaires épineux étaient déchirés du côté de la courbure occasionnée par le mouvement forcé. Le disque inter-vertébral était arraché du corps de l’une des vertèbres , soit dans toute son étendue , soit dans les trois quarts seulement du côté de la convexité de la courbure. Les trousseaux ligamenteux antérieur et postérieur étaient déchirés en totalité
ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE. 47 î
OU eu partie suivant l’étendue du mouvement forcé. Du côté de l’incurvation latérale ^ les corps de la et de la 2® vertèbres lombaires étaient éicrasés, les apophyses articulaires étaient presque toujours fracturées. Le centre du mouvement latéral se trouvait au niveau des apophyses articulaires qui étaient brisées par compression , tandis que du côté opposé il y avait diastase des surfaces articulaires ; les apophyses trans verses étaient arrachées par la traction des muscles et des ligaments; l’apophyse, épineuse de la 12® vertèbre dorsale a été fracturée dans une seule expérience. La moelle épinière n’a pas paru altérée ; son nevrilème était intact. Du sang était épanché dans le canal rachidien et dans le tissu cellulaire autour des vertèbres disjointes et fracturées.
Effets physiques produits sur la colonne vertébrale par les mouvements de rotation forcée.
Les mouvements forcés de torsion ou de rotation de la colonne vertébrale sont presque toujours produits par la contraction musculaire. C’est à cette cause que se rattache le plus souvent la production des luxations de l’une des apophyses articulaires de la région cervicale, comme dans les deux faits rapportés par Boyer (1) d’après Desault et Chopart. C’est encore l’action musculaire , dans le mouvement de rotation forcée, qui donne lieu à une maladie particulière à laquelle on donne le nom de tour de reins quand elle fixée dans les régions dorsale ou lombaire.
Cependant des violences extérieures peuvent aussi entraîner la tête et le tronc dans’un mouvement de rotation forcée, et à la région cervicale par exemple, des luxations incomplètes des vertèbres ont été produites par cette cause (2). J’ai fait des expériences pour étudier les effets physiques produits par les mouvements de rotation forcée, et bien que les résultats obte-
(1) Traité des maladies chirurgicales, t. W, p. m.
(2) Boyer, loc. cil., p. 115. — Œuvres d’Àstley Cooper, note des traduct., p. 191. — Dictionnaire de médecine, 1. 111, p. 303.
nus ne soient pas rigoureusement applicables aux cas où la contraction musculaire est la cause efficiente des désordres , ils ej^priment d’une manière exacte quelle est Faction de la rotation forcée du rachis sur les vertèbres et sur les ligaments, quelle que soit d’ailleurs la cause du mouvement.
Effets physiques produits sur la portion cervicale du rachis par le mouvement de rotation forcée de la tête — Ce mouvement était imprimé à la tête au moyen d’une tige de fer qui traversait le crâne d’une région temporale à l’autre et qui le dépassait de chaque côté de 3 décimètres environ. A l’aide de ce levier , la tête était portée de gauche à droite dans un mouyement de rotation aussi étendu qu’on le voulait , et le tronc étant solidement fixé, l’effort agissait sur la région cervicale.
En procédant de la sorte, des désordres plus ou moins graves se produisirent suivant que le mouvement forcé avait été porté plus ou moins loin. Dans un cas où la rotation avait été exagérée au point que la face regardait directement en arrière, il y eut luxation ou plutôt diduction complète entre la 4® et la 5® vertèbre cervicale. Cette lésion se reconnaissait à une mobir lité excessive et dans tous les sens au niveau de la partie moyenne du cou. En portant le doigt à la partie postérieuçe de cette région on sentait un écartement entre deux vertèbres. La dissection montra que les muscles superficiels étaient intacts , à l’exception du sterno-cleido-mastoïdien gauche dont le faisceau claviculaire était déchiré. Le grand et le petit complexus , le cervical descendant , les transversaires épineux et inter-épineux , les muscle long du cou , grand droit intérieur et droit latéral de la tête étaient dilacérés entre la 4® et la o® vertèbre cervicale. Tous les ligaments étaient rompus entre ces deux vertèbres. Le disque inter-vertébral avait été divisé obliquement d’avant en arrière en deux moitiés latérales , de telle sorte qu’une portion était adhérente à la 4®, l’autre à la ô® vertèbre cervicale. Les ligaments jaunes avaient arraché leurs points d’insertion au bord supérieur de la Ô® vertèbre et étaient restés fixés aux lames de la 4®. Les trousseaux ligamejnteux antérieur et postérieur étaient irrégulièrement déchirés au niveau du cartilage inter-articulaire. L’artère et la veine vertébra-
ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE. 473
les n’offraient pas de lésions apparentes bien qu’elles eussent été soumises à de yiolentes tractions par suite du changement de rapports entre les deux vertèbres disjointes. La dure-mère rachidienne n’était pas déchirée; mais le cordon médullaire était aplati, et la pulpe nerveuse était comme broyée au niveau du déplacement des vertèbres. Du sang était épanché autour des parties lésées.
Dans deux autres expériences où le mouvement forcé n’avait pas été porté aussi loin , il a donné lieu à la luxation des apophyses articulaires. Dans l’un de ces cas le déplacement avait lieu entre la 4® et la ô® vertèbre cervicale ; dans l’autre, la luxation incomplète avait lieu à la fois entre ces deux vertèbres , et entre la 7® cervicale et la F® dorsale. Après l’expérience, la tête conservait l’attitude dans laquelle l’avait placée le mouvement forcé. La face était tournée à droite et la tête était inclinée dans ce sens. On pouvait reconnaître en arrière par le toucher la déviation des apophyses épineuses. La tête et le cou pouvaient être ramenés facilement dans leur état de rectitude normale , si l’on exerçait une légère traction sur la tête en même temps qu’on la portait dans un sens opposé à celui du mouvement forcé. Cette réduction s’accompagnait ù’un soubresaut qui se produisait aussi à un moindre degré , lorsque ramenant la tête dans la rotation forcée on renouvelait le déplacement. Les muscles étaient intacts à rexception des inter-transversaires des transversaires épineux et inter-épineux qui étaient déchirés partiellement entre les vertèbres luxées. Les ligaments jaunes étaient presque entièrement détachés de la vertèbre supérieure. Le disque inter-articulaire était en partie arraché , mais il maintenait encore les rapports des vertèbres entre elles. Les ligaments qui unissent les apophyses articulaires étaient presque complètement déchirés. Î1 en restait à gauche quelques portions à la partie antérieure. Dans un cas l’apophyse transverse de la 4® vertèbre cervicale avait été fracturée. L’artère vertébrale et sa veine satellite n’étaient pas lésées ; il y avait peu de sang épanché , la moelle ne paraissait pas avoir été tiraillée.
Si l’on se rappelle la disposition des apophyses articulaires des vertèbres cervicales, on comprendra facilement le méca-
474 MALADIES DES AiHÎCtiLATIONS.
nisme du déplacement qui s’opérait sous l’influence du mouvement de rotation. Les apophyses articulaires supérieures forment un plan incliné d’avant en arrière et de haut en bas, dont l’obliquité est à peu près la même que celle des apophyses épineuses; les apophyses articulaires inférieures offrent une conformation inverse , et il en résulte que les vertèbres cervicales sont imbriquées les unes sur les autres par leurs parties postérieures. Dans le mouvement forcé de rotation de gauche à droite , l’apophyse droite de la vertèbre qui tend à se déplacer, se porte en arrière et s’écarte de l’apophyse articulaire sur laquelle elle était appliquée. L’apophyse gauche, au contraire, glisse le long du plan incliné que lui offre la vertèbre sur laquelle elle est appuyée, et si le mouvement est porté assez loin, elle dépasse en avant la surface articulaire. Alors la face supérieure de l’apophyse articulaire sur laquelle le mouvement de rotation s’opère , correspond au bord inférieur de la lame de la vertèbre déplacée. La fixité des deux os dans cette situation tient à la conservation des muscles et d’une partie des ligaments , ainsi qu’à la saillie du rebord inférieur de l’apophyse articulaire luxée , d’où résulte une sorte d’engrènement des surfaces. L’inclinaison latérale droite de la tête, dépend de ce que dans leurs nouveaux rapports , les apophyses articulaires gauches de la vertèbre luxée sont sur un plan plus élevé que les apophyses articulaires droites. Tandis que les premières ont glissé de bas en haut sur le plan incliné de la surface articulaire placée inférieurement, les secondes par un mouvement inverse se sont abaissées en s’écartant de la vertèbre inférieure. Pour opérer la réduction de cette luxation incomplète , il faut faire cesser le chevauchement des apophyses articulaires, et on y parvient facilement en exagérant un peu l’inclinaison latérale de la tête, et c’est en maintenant ainsi la tête inclinée et en opérant une traction légère que l’on ramène la face en avant , et que l’on fait cesser le déplacement des* vertèbres.
Dans deux expériences où le mouvement de torsion de la tête n’avait pas été très-violent, je^ne constatai pas de luxation ; mais j’observai les désordres suivants : il y avait des déchirures partielles des muscles profonds de la région postérieure du cou
ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE. 47 Ô
au niveau des 4®, 6® et 6® vertèbres cervicales ; le tissu cellulaire , dans le voisinage de ces vertèbres , était infiltré de sang.
Les ligaments des apophyses articulaires droites étaient déchirés, et les surfaces articulaires étaient dispintes entre les 4®, ô® et 6® vertèbres. Les ligaments du côté gauche étaient intacts , le disque inter-vertébral était en partie détaché de la 6® vertèbre cervicale. L’apophyse tranverse droite de cet os était fracturée.
Pour se rendre compte de l’ahsence de déplacement et de lésions du côté gauche , il faut remarquer que dans le mouvement de rotation de gauche à droite, les apophyses articulaires gauches sont fortement pressées l’une contre l’autre , tandis que les apophyses articulaires du côté droit ne résistent à l’elîort de diduction auquel elles sont soumises que par la solidité de leurs moyens d’union. Quelquefois, ainsi que nous l’avons vu précédemment , le déplacement a lieu des deux côtés et leà apophyses gauches glissent au dessus et en avant les unes des autres ; il y a alors luxation complète ou incomplète. Mais il peut arriver aussi que ce glissement ne s’effectue pas , et dèslors le centre du mouvement de rotation est transporté du corps de la vertèbre sur les apophyses articulaires qui ont résisté ; de telle sorte que le déplacement peut être très-marqué à droite, tandis qu’il est très-peu apparent à gauche. L’élasticité des disques inter-vertébraux et leur arrachement partiel favorisent cette diduction. On Comprend d’ailleurs qu’ils seront arrachés surtout du côté où les apophyses transverses et articulaires auront cédé les premières (1).
Effets physiques produits par les mouvements forcés de rotation sur la portion dorsodombaire de la colonne vertébrale. — La colonne vertébrale offre une résistance très-grande aux violences qui tendent à exagérer le mouvement de rotation , et il faut employer beaucoup de force pour produire expérimentalement par ce moyen des lésions physiques du rachis. Pour étudier les
(1) Afin d’abréger la description et la rendre plus facilement intelligible, j’ai décrit les effets physiques du mouvement de rotation dans une seule direction, de gauche à droite ; U est constant qu’il n’y aurait qu’à changer les termes pour l’interprétation des effets physiques du mouvement forcé de rotation en
MALADIES DES AKÏICULATIONS.
effets physiques de ce mouvement forcé , je plaçais le sujet soumis à rexpérimentation de telle sorte que le thorax seul reposât par sa face postérieure et fût solidement fixé sur l’extrémité d’une table de dissection ; je fléchissais les deux cuisses à angle droit , et les membres inférieurs me servaient de levier pour imprimer à la partie inférieure du tronc un mouvement de torsion, en vertu duquel le bassin était tourné de droite à gauche (1). Cinq expériences furent faites en suivant ce procédé, et dans deux cas il fut impossible d’agir sur la colonne vertébrale; les cuisses furent luxées ou fracturées. Dans les trois autres cas , les désordres eurent lieu sur le rachis au commencement de la région lombaire. Le mouvement forcé ne fut jamais porté assez loin pour produire une diduction complète entre les portions de la colonne vertébrale entraînées en sens inverse par le mouvement de rotation. Il était impossible de reconnaître par le toucher des parties extérieures la nature de la lésion produite. A l’autopsie, je constatai sur un sujet l’éraillement et la déchirure de quelques fibres des muscles larges de la paroi abdominale , du côté droit à cinq centimètres au-dessus (lu tiers externe de la fosse iliaque. Dans ce cas, comme dans les deux autres , les muscles superficiels des gouttières ne parurent pas avoir été lésés ; les petits muscles profonds étaient déchirés au niveau de la fracture des vertèbres ; le trousseau ligamenteux antérieur était déchiré imparfaitement ; les fibres profondes des psoas du côté droit étaient dilacérées ; le corps de la première vertèbre lombaire était fracturé. Examinée à la partie antérieure , cette fracture était oblique de haut en bas et de gauche à droite ; il y avait déchirure des ligaments des apophyses articulaires droites , entre la douzième vertèbre dorsale et la première lombaire , entre celle-ci et la deuxième. Les ligaments jaunes du côté droit étaient détachés de leur insertion à la deuxième vertèbre lombaire. Le tissu cellulaire était infiltré
(I) Imprimer au bassin un mouvement de rotation de droite à gauche, c’est comme si l'on imprimait au thorax un mouvement de gauche à droite, de telle sorte que la violence à laquelle sont soumises les vertèbres a la même direction ici qu’à la région cervicale.
ENTOUSE DE LA COLONKE VERTÉBRALE. 477
de sang autour de la fracture ; il y avait un peu d’épanchement sanguin dans le cânal rachidien , la moelle paraissait intacte.
En reproduisant le mouvement forcé , on voyait que la rotation avait pour centre les apophyses articulaires gauches qui étaient fortement appuyées Tune contre l’autre , tandis que celles du côté opposé s’écartaient d’un centimètre environ* C’est le même mécanisme que pour la région cervicale ; mais ici la tion sans fracture est tout-à-fait impossible , à cause de la direction verticale des apophyses articulaires qui ne peuvent pas glisser l’une sur l’autre , de manière à opérer le chevauchement que je signalais pour la région cervicale. Il est remarquable d’ailleurs que les apophyses articulaires gauches fortement pressées l’une contre l’autre , n’aient été fracturées dans aucune expérience ; il faut noter aussi que le corps des vertèbres a été fracturé , tandis que les disques inter-vertébraux n’ont etc ni arrachés , ni déchirés , ainsi que nous l’avions constaté dans les expériences sur les autres mouvements forcés du rachis.
Effets physiques produits sur la portion cervicale de la colonne
vertébrale par les mouvements forcés de rotation ou de flexion,
combinés avec V effort de traction longitudinale.
Dans tous les mouvements forcés précédents imprimés à la portion cervicale du rachis , j’avais été étonné de n’avoir jamais observé de lésion entre la première et la deuxième vertèbre cervicale. Rapprochant ce résultat négatif' des doutes élevés par M. Malgaigne sur la fréquence des prétendues luxations de l’atlas sur l’axis , je résolus de faire quelques expériences dans le but de rechercher si ce déplacement s’opérait dans des conditions autres que celles des mouvements forcés simples, précédemment étudiés.
Boyer, explique par la production d’une luxation de l’apophyse odontoïde , la mort soudaine d’un enfant , dont il fait le récit en ces termes : « C’est ainsi sans doute , (par la luxation « de Vatlas sur l’axis) qu’il faut entendre l’observation si céiè- « bre de J.-L. Petit. Un jeune enfan de six à sept ans est « soulevé par un homme qui , dans un badinage grossier et
« dangereux, le saisit par la partie antérieure et la partie pos- « térieure de la tête; l’enfant se mutine, s’agite et meurt (1).» Pour me rapprocher autant que possible des conditions dans lesquelles cet accident s’était produit , je fis l’expérience suivante que je répétai trois fois , sur des cadavres d’enfants de ^ 10 ans. Je suspendais le sujet par la tête, et j’imprimais au ■^onCun mouvement de rotation, en vertu duquel l’épaule droite était portée en arrière et l’épaule gauche en avant , en môme temps que j’opérais une traction directe qui s’ajoutait au poids du corps et agissait dans le même sens. Il n’y avait aucun lien autour du cou , et le crâne traversé d’une région temporale à l’autre qiar une tige de fer, était ainsi maintenu facilement dans une immobilité complète. Il me fallut employer beaucoup de force pour produire par ce mouvement forcé des lésions delà colonne vertébrale ; et dans ces cas encore les désordres eurent lieu , non pas au niveau des vertèbres supérieures, mais à la partie moyenne et inférieure de la région cervicale. La diduction et le déplacement des vertèbres eurent lieu deux fois entre la troisième et la quatrième vertèbre cervicale, une fois entre la sixième et la septième ; les lésions des muscles et des ligaments étaient les mêmes qüe celles dont j’ai signalé la production à l’occasion du mouvement forcé de rotation. Les os n’étaient pas fracturés , les muscles profonds étaient seuls déchirés , les ligaments étaient arrachés , les disques inter-vertébraux étaient détachés des vertèbres ou incomplètement déchirés, etc. En même temps qu’il existait une rupture complète des moyens d’union des deux vertèbres, il y avait des désordres partiels dans les articulations voisines, et notamment l’arrachement des ligaments des apophyses articulaires droites.
Pour compléter ces recherches sur les conditions de la production des déplacements traumatiques de l’atlas et de l’axis , il restait à examiner les effets de la suspension par le cou, joints à l’inclinaison latérale de la tête. C’était reproduire la fameuse manœuvre de ce bourreau , dont on parle dans tous les livres
(i) il ne paraît pas que l’on ait constaté, après la mort, la nature de la
ENTORSE DE LA COLONNE VERTÉBRALE
de chirurgie et de médecine iégale , où il est question de luxations des vertèbres ou de suspension, et qui fit connaître à Louis son procédé de inort subite. Dans les faits relatifs aux suppliciés , comme dans le cas précédent , la théorie plutôt que l’examen anatomique , conduisit à conclure qu’il j avait nécessairement luxation de la première sur la deuxième vertèbre. Plus tard, des expériences faites sur les animaux par M. Richond (1) et reproduites par M. Ansiaux (2) semblèrent prouver que dans les cas de suspension avec rotation de la tête , la mort peut survenir d’une manière instantanée par suite de la luxation de l’atlas sur l’axis. Ces expériences faites sur des lapins et sur des chats , sont loin, comme le fait remarquer M. Orfila (3), d’être applicables à l’homme d’une manière rigoureuse, parce que l’articulation atloïdo-axoïdienne est très-faible chez ces animaux. Quant aux observations directes sur l’homme, je n’ai trouvé qu’un seul exemple où l’on ait dit avoir constaté positivement une luxation de l’apophyse odontoïde sans fracture. Ce; fait a été rapporté d’après Ch. Bell, par M. Ollivier, dans le Dictionnaire de médecine (4). La luxation se produisit dans des circonstances qui ne semblaient pas devoir donner lieu à un pareil accident. « Un homme dirigeant une brouette, la « pousse tout-à-coup avec force , pour faire franchir à la roue « l’angle d’un trottoir; il y réussit, mais la brouette l’entraîne « en avant avec rapidité ; il tombe, et reste mort sur la place. «L’apophyse odontoïde était passée au-dessous du ligament « transverse ét avait écrasé la moelle épinière. »
Dans les autres cas rapportés par les auteurs , l’examen anatomique n’a pas été fait ; ou bien il s’agit de fractures de l’atlas ou de l’axis , ou bien de déchirures des ligaments postérieurs et de déplacements incomplets, comme dans les deux faits rapportés par Astley Cooper (o), mais non de luxations simples et complètes de l’apophyse odontoïde.
(1) Thèses de Paris, 1822, n° 52.
(2) Voir dans le Traité de médecine légale de M. Orfila, ô”* édit., t. Il, p. 427.
(3) Loc. cil., p. 439. /
(4) Nûueeav. Dictionnaire de médecine, t. IV, p. 302.
(5) Traduction française des Œuvres d’Àstïe^ Cooper, p. 190.
J’ai étudié sur quatre sujets les effets physiques produits par la suspension combinée avec la flexion forcée de la tête ; jamais je ne suis parvenu à opérer la luxation de la première vertèbre sur la seconde, pas plus sur les cadavres d’adultes que chez les jeunes sujets. Dans trois expériences, il y a eu écartement entre les deuxième et troisième vertèbres cervicales avec déchirure et arrachement des ligaments, rupture des muscles profonds et fracture partielle des apophyses trans verses de l’axis. Dans un seul cas, l’axis a été atteint d’une fracture double qui isolait le corps de l’os et l’apophyse odontoïde des deux masses latérales. Examinée à la partie antérieure , la ligne de cette double fracture s’étendait obliquement de la base de l’apophyse odontoïde au trou de conjugaison, entre la deuxième et la troisième vertèbre cervicale ; le disque inter-articulaire était détaché de la face inférieure de l’axis. Il y avait du sang épanché dans le tissu cellulaire, autour de la colonne vertébrale et dans le canal rachidien. La dure-mère rachidienne a été rompue une seule fois ; dans les autres Cas , le cordon médullaire n’a pas offert de lésion appréciable. La déduction des vertèbres cervicales ne s’est jamais opérée sous l’influence des tractions opérées sur le cou par le poids du corps , alors même qu’on lui imprimait des secousses. L’addition d’un poids de 80 kilogram. ne suffisait pas pour donner lieu à la diastase des vertèbres, même sur des enfants de 8 à 10 ans; il a fallu constamment incliner la tête avec violence en avant ou sur les côtés pour produire les désordres qu’on vient d’indiquer sommairement.
Considérations générales sur les effets physiques produits par les
mouvements forcés de la colonne vertébrale, et comparaison des
résultats de l'expérimentation avec les faits cliniques.
Les résultats fournis par les expériences et par les faits que j’ai rapportés précédemment , me paraissent donner lieu d’une manière rigoureuse aux conclusions suivantes :
1® Les mouvements forcés du rachis portent spécialement leur action sur les points où la mobilité normale est le plus étendue , à l’exception cependant de la partie supérieure de la
ÈNTORSÉ DÉ LÀ COLONNE VERTÉBRALE
région cervicale. Dans ce point , Tarticulation atloïdo-axoïdienne offre une très-grande solidité , et malgré l’étendue du mouvement de rotation de cette Jointure , les mouvements forcés , dans ce seûs de même que dans les autres directions , agissent plutôt sur la partie moyenne et inférieure du cou que sur la portion supérieure.
2“ A la région cervicale , les mouvements forcés de flexion en divers sens portent spécialement leur action sur les dernières vertèbres. Le mouvement forcé de rotation agit surtout sur la partie moyenne de cette région.
Dans^ la région dorso - lombaire , les désordres survenus sous r èfluence des mouvements forcés se passent au niveau des onzième et douzième vertèbres dorsales , des première et deuxième lombaires , et spécialement de la première.
3® Les luxations incomplètes et permanentes des vertèbres, la déchirure et l’arrachement des ligaments sans fracture des os s’observent seulement à la région cervicale , et surtout dans le mouvement forcé de rotation. Au dos et aux lombes , il y a toujours fracture des vertèbres , toutes les fois qu’il y a lésion du rachis à la suite d’un mouvement forcé , quelle qu’en soit la direction.
4° Les muscles courts et profonds qui entourent la colonne vertébrale sont ceux dont la lésion est le plus fréquente. Des ecchymoses et des épanchements de sang se font dans presque tous les cas autour du rachis et dans le canal vertébral. La moelle épinière est très-rarement lésée.
5® La luxation des apophyses articulaires des vertèbres cervicales ne s’accompagne pas de déchirures si considérables, que l’on ne puisse quelquefois tenter la réduction de ces déplacements^ ainsi que Desault l’a pratiquée (1), et que d’autres chirurgiens l’ont faite après lui (2).
6® Les maladies chroniques de la colonne vertébrale , désignées sous le nom de mal de PoU , affectant le plus souvent les
(1) vidal de Cassis, Traité de pathologie externe, t. II, p. 301.
{'î) OEuvres chirurgicales d’ As/ley Cooper, p. 19'2, noie des traducteurs. Nouveau Dictionnaire de médecine, 1813, l. 27, p. 64.