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dernières vertèbres dorsales et les premières lombaires, les ^ mouvements forcés du rachis peuvent être rangés parmi les causes occasionnelles de ces lésions , à cause de la nature et du siège des désordres qu’ils produisent.
L’absence de lésions physiques des articulations supérieures de la région cervicale à la suite des mouvements forcés , ne permet pas d’établir le môme rapport de causalité entre ces violences extérieures et la production des ankylosés ou des luxations spontanées de l’atlas ou de l’axis. !
Ces données générales fournies par l’ensemble de nos expériences trouvent de nombreuses confirmations dans les faits d’observation clinique rapportés par les auteurs.
Ainsi , dans le beau mémoire de Louis (1) sur les fractures de la colonne vertébrale , on voit que dans tous les cas où les lésions étaient produites par des mouvements forcés , c’était à la fin de la région cervicale , au bas de la région dorsale ou bien aux lombes qu’on les observait. Dans un seul cas , il y avait avec la fracture des apophyses épineuses à la fin de la région cervicale, un écartement d’un travers de doigt entre la premièrè et la deuxième vertèbre.
Les faits consignés dans les Leçons orales de Dupuytren (2) donnent lieu à la même observation. Lés lésions de la portion cervicale du rachis siègent toutes entre la cinquième et la septième vertèbre. Les fractures de la portion inférieure atteignent les ver tèbres comprises entre la onzième dorsale et la deuxième lombaire.
Dans une pièce d’anatomie pathologique présentée à l’Académie de Médecine par M.; Lauth (3), c’était au niveau de la quatrième et de la cinquième cervicale que l’on voyait la soudure des vertèbres opérée après une chute dans laquelle la tête - du sujet avait été fortement infléchie en avant.
Les observations rapportées par Âstley Cooper, celles qui
(1) Mémoire lu à l’Aeadémie royale de cliirurgie, le 18 avril 1774, par Louis, secrétaire de celle Société, travail inédit consigné par M. Désemieris dans ks Archives générales de médecine, 1836, p. 398.
(2) Leçons orales de Dupuytren, t. 1, p. 459, deuxième édition.
(5) Mémoires de l’Académie de médecine, t, IV, p. 412. ^
EKTOaSE DE LA COLONNE VERTÉBBALEont été consignées dans les notes ajoutées à son ouvrage par les traducteurs français (1), ainsi que les faits indiqués par M. Ollivier dans le Dictionnaire de médecine f2) fournissent encore de nombreux exemples de luxations des vertèbres, de fractures et d’écrasements de ces os. La description de ces lésions offre beaucoup d’analogie avec celle que j’ai donnée des résultats de nos expériences, et leur siège presque exclusif correspond aux points spécialement atteints dans les mouvements forcés du racbis.
Symptômes des lésions traumatiques du rackis consécutives à des mouvements forcés.
Parmi les phénomènes consécutifs aux lésions produites par les mouvements forcés de la colonne vertébrale , il faut noter dans la région distendue une douleur fixe qui augmente par la pression et par les mouvements. Les parties environnantes sont ordinairement le siège d’un empâtement plus ou moins étendu , et des ecchymoses ne tardent pas à y apparaître. La déchirure de quelques fibres musculaires des parois abdominales , et notamment des muscles droits , peut quelquefois donner lieu à des douleurs siégeant dans des points éloignés de la lésion des vertèbres. Dans les cas les plus graves, lorsqu’il y a luxation ou fracture avec déplacement , la forme régulière des parties est altérée , il y a des saillies , des dépressions anormales qui indiquent le siège et la nature de la lésion. Lorsque la maladie passe à 1 ’état chronique , et suivant la constitution des sujets , on peut observer des abcès froids ou des abcès par congestion et tous les symptômes du mal vertébral de Pott.
S’il n’y a pas de déplacement des vertèbres , si la moelle n’a pas été comprimée ou tiraillée au moment de l’accident, les mouvements des membres peuvent être conservés, ou bien les phénomènès de paralysie ne sont pas immédiats et ne se développent qu’au moment de la réaction inflammatoire.
(l) Œuvres cMiwgicales d’Astley Coopei\ iradaclion de MM, Chassaignac et Riclielot, p. 186 et suiv.
(.2) Dictionnah'e de médecine^ 1843, t. 27, p. 43.
MALADIES DES AKTICULATIÜNS.
Lorsque , au contraire , le cordon médullaire a été atteint , il y a insensibilité et perte de mouvement dans toutes les parties qui reçoivent des nerfs dont l’origine est au-dessous de la lésion de la moelle. Si les désordres ont leur siège à la fin de la région dorsale ou au commencement de la région lombaire , les membres inférieurs , la vessie et le rectum sont paralysés.
Si ce sont les vertèbres du cou qui sont atteintes , la paralysie remonte jusqu’aux membres supérieurs; la respiration continue toutefois à s’exécuter par le diaphragme , lorsque la lésion a lieu au-dessous de la quatrième vertèbre et de l’origine des nerfs diaphragmatiques. L’asphyxie et la mort sont la conséquence immédiate de toutes les compressions de la moelle au-dessus de la quatrième vertèbre cervicale. Les symptômes de paralysie ne restent pas bornés aux points primitivement envahis. Âu moment de la réaction inflammatoire , ils se montrent dans des points plus élevés, parce qu’ alors l’altération de la moelle remonte vers des parties qui n’avaient pas été froissées , mais qui sont atteintes d’inflammation. Les épanchements sanguins dans l’intérieur du canal vertébral peuvent aussi être la cause d’accidents nerveux immédiats ou consécutifs.
A la région cervicale, les lésions traumatiques du rachis qui s’accompagnent de phénomènes de paralysie entraînent presque toujours l’asphyxie ; à la région dorsale et aux lombes elles ne sont pas aussi promptement mortelles, et la science a consigné plusieurs cas de guérisons , à la suite desquelles la paralysie des membres inférieurs s’est dissipée complètement ou incomplètement. Le plus souvent toutefois cette complication persiste ; il y a rétention des urines et des madères fécales, les membres inférieurs s’atrophient , des eschares se développent au sacrum, et la mort arrive après un temps plus ou moins long.
Les symptômes nerveux qui accompagnent la luxation simple d’une apophyse articulaire cervicale sont presque nuis. On a noté comme phénomène concomitant, l’engourdissement du membre thoracique . du côté correspondant au chevauchement des apophyses r et opposé à l’inclinaison latérale de la tête. La raideur du cou et la déviation de la tête sont le plus souvent les seuls phénomènes consécutifs à ce déplacement ; ce qui explique
ENTOUSE DE LA COLONNE VESTÉBRÂLE. 485
]a réserve de la plupart des chirurgiens qui conseillent de s’abstenir de toute tentative de réduction.
Les difficultés que présente le diagnostic des affections traumatiques du rachis consécutives aux mouvements forcés , sont en raison inverse de la gravité des lésions. En effet, s’il s’agit d’une luxation ou d’une fracture avec déplacement, le toucher et la vue des parties malades, la connaissance de la cause et les accidents graves de paralysie qui ne tardent pas à se développer, ne permettent pas de douter de la nature de la maladie. La situation des apophyses épineuses, leur mobilité, la crépitation, sont autant de circonstances qui peuvent servir à faire reconnaître une fracture ou une luxation. Si l’on sait dans quelles conditions l’accident a eu lieu, la connaissance des résultats de l’expérimentation fournira des données importantes pour juger de la gravité des désordres inappréciables à la vue et au toucher, pour interpréter quelques signes tels que la douleur et les ecchymoses. Le tour de reins et le lumbago rhumatismal n’offrent pas comme les affections traumatiques du rachis, les symptômes dépendants de la lésion de la moelle. Ils surviennent après un mouvement brusque , ou à la suite de l’impression du froid. Les rapports normaux des vertèbres entre elles sont conservés , car si des déviations du rachis en sont la conséquence , ce n’est que lorsque la maladie a duré fort longtemps. Les mêmes considérations sont applicables au diagnostic différentiel de certains torticolis développés à la suite d’un mouvement brusque de rotation de la tête ou sous l’influence d’une cause rhumatismale , si on les compare avec les luxations des apophyses articulaires et les autres lésions traumatiques de la portion cervicale de la colonne vertébrale.
Traitement.
Les entorses du rachis réclament deux sortes de traitement : un traitement mécanique qui s’adresse spécialement aux lésions physiques ; un traitement destiné à combattre les phénomènes vitaux et notamment l’inflammation des parties lésées.
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Le premier soin, dans le traitement mécanique , doit être de ramener dans leur direction normale les parties qui peuvent en être éloignées. Cette indication remplie avec les ménagements qu’exige l’organe important renfermé dans le rachis , on doit s’occuper du soin de maintenir le tronc dans l’immobilité. On ne peut atteindre ce but en faisant coucher le malade sur un lit dur, ainsi que le conseillent un grand nombre d’auteurs. Rien n’empêche alors le tronc de s’incliner à droite ou à gauche , et ne prévient la flexion ou la torsion de la colonne vertébrale, lorsque le malade a besoin de se soulever pour satisfaire à ses besoins ou pour que Ton change les draps sur lesquels il repose.
Les lits mécaniques dans lesquels le plan de support peut être soulevé à volonté suppléent en partie à l’ insuffisance des lits ordinaires, mais ils n’assurent pas encore une immobilité complète ; ils ne soutiennent pas le tronc sur les côtés et ils ne se moulent pas en arrière assez exactement sur les formes de la colonne vertébrale.
Les gouttières convenablement disposées peuvent seules assurer l’immobilité des articulations de la colonne vertébrale, sans exercer de compression sur le ventre et sur la poitrine. Aucun auteur, à ma connaissance , ne s’est occupé d’en faire construire pour le tronc. J’ai tâché de combler cette lacune , et l’on peut voir, pl. XVÏ, fig. 6, le dessin de la gouttière que j’ai fait construire dans cette intention. Cette gouttière embrasse tout le tronc depuis la partie inférieure du bassin jusqu’à la partie moyenne du cou, et ne laisse libre que la face antérieure. Quoique arrondie en arrière , elle ne peut tourner dans aucun sens , soutenue qu’elle est de chaque côté par des prolongements latéraux. Pour en rendre l’usage plus commode aux malades , on peut attacher des cordes à ses quatre extrémités , et à l’aide d’une moufle placée au dessus du ciel du lit , comme on le voit dans la fig. 3 de la pl. 'XV, le malade peut se soulever sans qu’aucun mouvement se passe dans la colonne vertébrale. Cet appareil remplit parfaitement le but auquel il est destiné; les résultats que j’en ai obtenus en l’appliquant à quelques distensions de la colonne m’ont confirmé dans l’idée que je m’étais faite à priori de son utilité.
LÈSIOKS DE LA COLONNE VERTÉBRALE. 487
L’emploi des saignées générales et locales a été conseillé par tous les auteurs dans les cas de lésions traumatiques de la colonne vertébrale. Le voisinage de la moelle épinière et la crainte de voir cet organe devenir le siége^ d’une pblegmasie mortelle sont des raisons puissantes pour insister sur la méthode antiphlogistique , et notamment sur les évacuations sanguines répétées, à îaide desquelles on peut espérer de provoquer la résorption plus rapide des épanchements sanguins à l’intérieur et à Textérieur du canal rachidien.
LÉSIONS PRODUITES PAR LES MOUVEMENTS FORCÉS IMPRI¬ MÉS AU RACHIS PAR LA CONTRACTION SPONTANÉE DES MUSCLES.
Les mouvements violents imprimés au rachis par la contraction musculaire peuvent être la cause d’une maladie particulière qui paraît siéger dans les muscles eux-mêmes , et que l’on observe quelquefois au cou, et le plus souvent à la région lombaire. Lorsqu’elle est fixée dans ce dernier point, on lui donne vulgairement le nom de tour de reins. Cette dénomination me paraît préférable à celle à’entorse qui emporte avec elle l’idée d’une affection des articulations et des ligaments, et celle de lumbago qui désigne spécialement les douleurs de nature rhumatismale fixées sur les lombes. Le tour de reins est ordinairement le résultat d’un redressement brusque de la colonne vertébrale, ou, comme son nom l’indique, d’un mouvement subit de rotation. Il peut encore s’observer à la suite d’un effort pour soulever un fardeau, et dans toutes les circonstances où le système musculaire du rachis a été le siège de contractions violentes ou longtemps prolongées. Le malade se plaint de douleurs très-vives, ffxées dans la région lombaire. Le moindre mouvement rend ces douleurs plus vives encore, ce qui condamne le patient à une immobilité complète. Parfois il dit avoir entendu un craquement au moment de l’accident, mais cette
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particularité n’a pas été toujours observée. Si l’on examine la région douloureuse, on n’y trouve ni fractures, ni luxations. Il n’y a ni rougeur^ ni tuméfaction appréciable ; les muscles sont contractés et douloureux à la pression. €ette maladie, essentiellement locale^ ne s’accompagne presque jamais de phénomènes généraux. Dans quelques cas seulement les douleurs vives qu’elle occasionne donnent lieu à un peu d’accélération dans le pouls et à une réaction fébrile peu intense. Abandonnée à elle-même, elle se dissipe ordinairement au bout de cinq à quinze jours ; quelquefois cependant elle laisse à sa suite des douleurs qui se prolongent pendant plusieurs mois, et même ne cessent pas du tout, ainsi que M. Martin en a vu plusieurs exemples.
Le diagnostic du tour de reins ne présente pas de difficultés sérieuses ; les circonstances dans lesquelles il se développe, l’absence des symptômes graves et de tous les signes qui résulteraient d’une luxation ou d’une fracture suffisent pour le faire distinguer de ces deux affections. Le lumbago rhumatismal qui siège dans’ les mêmes parties et qui s’accompagne aussi de douleurs très-vives et d’impossibilité des mouvements , ne se développe pas à la suite d’un mouvement forcé et se lie le plus souvent à un état général particulier, à une diathèse rhumatismale.
Les symptômes que je viens d’indiquer pour ta région lombaire peuvent aussi s’observer à la région cervicale. La maladie dépend le plus souvent alors d’un mouvement brusque et spontané de rotation de la tête , et elle s’accompagne des douleurs vives et de l’immobilité que j’ai précédemment signalées. Au moment de l’accident la face est quelquefois subitement ramenée du côté opposé à celui où elle avait été dirigée volontairement et elle demeure fixée dans cette nouvelle attitude. Ce changement soudain de position qui parait dû à une contraction musculaire involontaire, a été observé par Fouteau et je l’ai constaté aussi dans un cas que je rapporterai plus loin.
Si l’on recherche quelle est l’opinion des auteurs relativement à la lésion anatomique qui est la cause des symptômes du tour de reins et de la variété de torticolis que je viens d’indiquer,
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on trouvé que les uns , comme Mothe et Sedillot (l) , les ont fait dépendre d’une rupture des fibres musculaires ; que d’autres, comme Lieùtaud, Pouteau et Portai, etc. (2), les ont attribués à une luxation des muscles ; que d’autres enfin, comme M. Martin aîné, ancien chirurgien en chef de l’hospice de la Charité de Lyon , admettent dans ces cas l’existence d’un état de contracture douloureuse des muscles. L’examen de la valeur de chacune de ces 'opinions se lie intimement à l’étude des moyens thérapeutiques à employer ; car, malgré la diversité dans la manière d’envisager la nature du mal, la plupart des chirurgiens qui se sont occupés de cette affection s’accordent à conseiller la même méthode de traitement.
On trouve dans le précis de la médecine pratique de Lieutaud (3) le passage suivant ; « 11 faut encore distinguer de la « fausse néphrétique, une douleur lombaire très-vive avec im- « puissance de mouvement qui attaque subitement après un ef- « fort violent ou même en se redressant lorsqu’on a été courbé « dans une certaine attitude. C’est une vraie entorse qu’on « peut guérir sur le champ, en rétablissant la partie déplacée « ainsi qu’on le pratique pour le pied ; mais je ne sais par » quelle fatalité les chirurgiens ne sont pas ordinairement heua reux dans cette petite entreprise qu’on abandonne à des gens « sans expérience et qui s’en acquittent pourtant bien en « frottant fortement la partie bien huilée avec le pouce seul « ou avec toute la main. J’ai fait faire quelquefois cette opé- « ration par le premier venu et presque toujours avec succès.»
A côté de cette citation vient se placer naturellement le fait observé par Pouteau (4) et que je vais rapporter sommairement. Une demoiselle âgée de 14 ans regardait par une fenêtre , elle tourna fortement la tête de gauche à droite en la renversant pour parler à une personne qui était à un étage
(1) Mothe, Mélanges de chirurgie et de médecine, p. 296. — Sédillot, De rupîura musculari,m-i, 1786.
(2) Lientaud, Précis de médecine pratique. — Pouteau, Œuvres posthumes, tome 11. — Portai, Préas de la, chirurgie pratique, anatomie médicale, t. 11.
(3) Lieutaud, loc. cil., 557.
(4) Pouteau, loe. cit., p. 289 et suiv.
supérieur précisément au dessus d’elle. Elle sentit dans le moment une vive douleur à la partie moyenne , supérieure et latérale droite du cou avec une espèce d’éclat violent et bruyant. La tête était alors penchée et renversée sur l’épaule gauche et elle fut subitement renversée et inclinée sur l’épaule droite, circonstance singulière et qui mérite beaucoup d’attention. La tête ainsi inclinée à droite ne put pas être redressée par la malade ; elle souffrit dès ce moment des douleurs si vives et si continues qu’elle demeura pendant dix-huit heures sans prendre le moindre repos. Fouteau crut reconnaître dana ce cas une luxation musculaire , et fit sur les parties douloureuses de fortes frictions avec la main armée d’un bout de linge. Ces frictions suffirent pour amener une guérison presque instantanée et pour toute application , Fouteau conseilla l’application de la laine grasse autour du cou.
Au commencement de 1837 , M. Martin aîné , ancien chirurgien en chef de la Charité de Lyon , envoya à la société de médecine de cette ville un mémoire' intitulé; du Traitement de quelques affections musculaires faussement attribuées jusqu’à ce jour au rhumatisme. Conduit par une suite de raisonnements qu’il n’est pas de notre sujet d’indiquer, à penser que les accidents douloureux qui arrivent subitement dans les reins à la suite d’un effort , d’une fausse position ou de l’action d’un courant d’air froid, peuvent dépendre de la contraction irrégulière des muscles et qu’on peut faire cesser cette contraction par un massage prolongé, l’auteur de ce mémoire dit : « Je me proposais de faire des recherches et des expériences dans ce nouveau champ de découvertes à la première occasion , elle ne tarda pas à se présenter.
« Un mois après je fus appelé auprès d’un malade affecté d’un violent lumbago , il était couché dans son lit à la renverse , en proie à une sensation de douleur gravative dans les régions lombaires , cette douleur devenait aiguë jusqu’à produire la syncope dès qu’il exécutait les moindres mouvements pour changer déposition. Ce ne fut pas sans peine que je parvins à le placer à bouchon pour porter une investigation sur l’état des muscles sacro-lombaires. Je reconnus que ceux qui apparte-
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Raient au côté gauche du rachis étaient spasmodiquement contractés, et que les faisceaux, fibreux désignés sous le nom générique de multifidus d’Jlbims formaient autant de petits cordons raides et tendus qui tiraillaient vivement les vertèbres auxquelles ils s’attachent et imprimaient une courbure latérale vicieuse à la colonne lombaire ; je n’hésitai pas à les masser fortement avec les doigts dans toute l’étendue de leur tension contractile , et je parvins , en moins de dix minutes , à effacer complètement tous les cordons que j’avais découverts par le tact à plus ou moins de profondei^r. Cette opération terminée , les douleurs cessèrent immédiatement. Tous les mouvements du corps s’exécutèrent sans gêne. Le malade se leva, s’habilla sans aide et reprit le cours de ses occupations journalières.
« Â quelque temps de là , devant me réunir , pour consulter sur un cas grave de médecine opératoire , avec quelques confrères du nombre desquels était mon illustre ami Marc-Antoine Petit, il me fit prier par un message dé l’excuser auprès de la réunion à laquelle il était empêché d’assister par un violent lumbago qui le retenait sur sa chaise longue; je reçus son message sur les neuf heures du matin ; nous devions nous réunir à onze heures , je me rendis aussitôt auprès de lui , et je lui promis une guérison subite s’il voulait se soumettre à une manœuvre dont je lui donnerais l’explication théorique après la réussite. Il prit de prime abord ma promesse pour unp plaisanterie; mais , l’ayant assuré du plus grand sérieux que je pouvais escamoter son lumbago dans moins de dix minutes , il me dit en plaisantant : allons, mon cher escamoteur ; voyons , mets-toi à l’œuvre. Je le plaçai dans la position convenable , et , me mettant à califourchon sur son dos pour donner plus de force et de facilité au massage, je parvins , dans l’espace de cinq minutes , à effacer toutes les contractions partielles et irrégulières des faisceaux musculaires, et à lui rendre la pleine liberté de tous les mouvements dont il était privé. Il s’habilla et nous nous rendîmes ensemble au domicile du malade pour lequel nous devions consulter.
« Il s’est écoulé plus de trente ans depuis cette observation aussi présente à ma mémoire'que^si elle était d’hier. Je vois encore la figure étonnée de mon excellent ami , l’hésitation avec
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laquelle il s’aveuturait à se laouYoir en tout sens, je crois sentir encore l’impression de l’embrassade qu’il me donna dans l’effusion de sa reconnaissance.
« J’ai recueilli plus de cent observations du même genre, je me dispense de les présenter ici ; elles n’offriraient qu’une répétition fastidieuse des mêmes tableaux et des mêmes succès ; je n’en excepte qu’une seule , elle a un côté plaisant qui lui permettrait de figurer dans un feuilleton de gazette médicale.
« La femme d’un honnête ouvrier du pays que j’habite vint un jour me prier de visiter son mari, il était, me dit-elle, retenu dans son lit depuis huit jours par un rhumatisme qui résistait à tous les moyens de soulagement mis en usage par l’officier de santé qui le soignait; je me rendis auprès de lui au moment où on se disposait à placer sur les régions lombaires deux emplâtres vésicatoires. Après un court examen, je tirai à part l’officier de santé , et je fis de vains efforts pour lui faire comprendre la cause véritable des douleurs et le genre de manœuvre aumayen de laquelle je les ferais cesser en peu de temps. Il voulut entrer en discussion , je m’y refusai ^ il prit de l’humeur et se retira en haussant les épaules. Aussitôt après son départ, je me misa l’oeuvre. Le massage produisiten moins %e dix minutes son effet ordinaire ; le malade se leva et s’habilla sans aide ; j’avais sur le cœur l’irrévérence du pli d’épaules ; j’imaginai d’en tirer une vengeance innocente en faisant reporter immédiatement les emplâtres-vésicatoires à l’officier de santé par le prétendu rhumatisé , afin de lui prouver que j’étais fondé , en pareil cas , à dire au malade : surge et amhula.
«L’application de cette méthode à la torsion du cou, vulgairement torticolis, n’a pas lieu avec moins de succès ; celle-ciest le plus souvent produite par la contraction irrégulière d’un des muscles sterno-raastoïdiens , soit dans sa totalité , soit dans une partie seulement de ses faisceaux fibreux. Rien de plus aisé que de sentir à travers la peau la raideur du muscle ou les cordons arrondis et tendus qui se dessinent dans son épaisseur. Rien de plus aisé que de les ramener par le massage à leur étal naturel, et de faire cesser sur le champ la gêne douloureuse qu'ils opposaient aux libres mouvements de rotation du cou sur l’axe de
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la colonne cervicale. La contraction irrégulière n’est pas toujours fixée dans les muscles sterno-mastoïdiens ; je l’ai reconnue deux ou trois fois dans le trapèze , mais outre qu’il est facile de juger par la position dans laquelle la tête est entraînée , quels sont les muscles agissant pour déterminer cette position vicieuse, la recherche des faisceaux fibreux contractés est singulièrement facilitée par l’espèce de saillie plus ou moins prononcée en cordons arrondis dans laquelle ils se dessinent. »
J’ai cité textuellement un long passage du Mémoire de M. Martin aîné , afin de ne rien enlever au charme de son récit. J’ajouterai toutefois^ quelques développements à ceux qu’il a donnés. Son frère, que j’ai eu plus d’une fois l’occasion de citer dans cet ouvrage , après avoir été témoin de plusieurs guérisons opérées par le massage, y a eu recours lui-même nombre de fois avec un plein succès. Il recommande de presser fortement sur le muscle rétracté avec les deux pouces auxquels on imprime de légers mouvements de va et vient d’un ou deux centimètres. A leur aide , on masse successivement le muscle dans chacune des parties de sa longueur , et l’on prolonge l’opération pendant 10 à IS minutes. C’est surtout dans les accidents de l’ordre de cèux dont il est ici question , c’est-à-dire dans les lumbago suites d’efforts, qu’il a eu l’occasion d’observer les résultats les plus prompts et les plus complets.
Pour moi , j’ai employé un grand nombre dé fois le massage, soit sur la région lombaire , soit sur la région du cou. Je dois avouer , en ce qui regarde le massage des muscles des reins , que j’ai obtenu des résultats moins satisfaisants que MM. Martin. J’attribue ces résultats imparfaits^ d’abord à ce que je n’ai pas opéré avec toutes les précautions qu’ils ont mis constamment en pratique. Peut-être, au lieu de pétrir, de contondre en quelque sorte les muscles par une forte pression, faisais-je des mouvements trop semblables à ceux que l’on emploie dans les frictions ; peut-être me suis-je arrêté trop tôt, n’ayant pas prolongé les frictions au-delà de Ô à 6 minutes.
Je crois devoir aussi tenir compte de cette observation que la plupart des tours de reins que j’ai traités dans les hôpitaux étaient consécutifs à des efforts dans lesquels les malades , après
MALADIES DES AllTICüLATIOKS.
avoir essayé de soulever un lourd fardeau , avaient eu le tronc fléchi en avant par ce fardeau trop pesant pour leurs forces ; il y avait , dans ces cas , un double phénomène , celui qui dépend d’une énergique contraction des muscles et celui qui est dû à la flexion forcée de la colonne ; nous avons vu qu’il peut y avoir dans ce dernier cas des déchirures en arrière et des écrasements en avant , contre lesquels le massage est évidemment inutile. Quoi qu’il en soit;, nous avons toujours vu ce moyen produire une amélioration au moins momentanée , et nous n’hésitons pas à le recommander surtout dans les cas où l’on ne peut supposer aucun écrasement de la colonne vertébrale , et où tout le mal dépend d’un mouvement vicieux ou exagéré.
Au cou où les accidents , suites d’efî’orts , se présentent souvent dans l’état de simplicité indispensable à un succès complet, j’ai obtenu, dans les deux seuls cas où j’ai employé le massage, des résultats très-satisfaisants : voici l’observation du premier de ces cas.
Observation. — Un boulanger, âgé de 21 ans, se présenta chez moi, me disant qu’il éprouvait les douleurs les plus vives dans la partie postérieure gauche du cou, et qu’il était dans l’impossibilité de tourner la face de ce côté. La veille, ayant la tète chargée d’un panier qui contenait quelques pains, il avait rapidement tourné la face du côté gauche. Immédiatement il avait ressenti une très-vive douleur en arrière et à gauche^ La face s’était retournée du côte droit, et il ne pouvait plus la ramener à gauche. Les douleurs qu'il éprouvait depuis ce moment étaient exaspérées par le plus léger mouvement, et il était dans l’impossibilité de se livrer aux travaux de sa profession.
Ayant fait déshabiller le malade, je reconnus que la tète était légèrement penchée sur l’épaule gauche, que le muscle trapèze du côté gauche formait une corde dure et tendue, et que le malade ne pouvait porter la face de ce côté.
Après avoir huilé la partie du cou qui était rétractée, je fis sur elle, de haut en bas et avec les deux pouces, des frictions rudes et prolongées pendant S minutes. J’engageai ensuite le malade à tourner la tète du côté gauche, ce qu’il fit avec une facilité qui l’étonna lui-mérae et qui étonna tous les assistants. Comme le résultat me semblait un peu incomplet, j’exerçai les tractions sur la tète et la renversai du côté droit en faisant continuer le massage. Quand ces manœuvres furent terminées, le malade n’éprouvait plus que quelques douleurs et les mouvements s’exécutaient aussi bien qu’à l’état normal.